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	<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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	<description>Presse-toi &#224; gauche ! propose &#224; tous ceux et celles qui aspirent &#224; voir grandir l'influence de la gauche au Qu&#233;bec un espace r&#233;gulier d'&#233;change et de d&#233;bat, d'interpr&#233;tation et de lecture de l'actualit&#233; de gauche au Qu&#233;bec...</description>
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		<title>Presse-toi &#224; gauche !</title>
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		<title>Repenser le d&#233;veloppement pour repenser la solidarit&#233; internationale &#8211; douze pistes de r&#233;flexion</title>
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		<dc:date>2020-06-03T15:51:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gustave Massiah </dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2020-06-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous vivons une p&#233;riode de grandes incertitudes et de fortes contradictions. Cette situation n&#233;cessite d'interroger et de red&#233;finir les notions de r&#233;f&#233;rence. Il devient urgent de repenser la solidarit&#233; internationale confront&#233;e &#224; la mont&#233;e des id&#233;ologies racistes, x&#233;nophobes, s&#233;curitaires [1]. &lt;br class='autobr' /&gt; Paru Plate-forme altermondialiste (30 juillet 2019) &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette perspective, il est n&#233;cessaire de revenir sur le d&#233;veloppement qui s'est d&#233;gag&#233; comme une r&#233;f&#233;rence de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s, sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH104/arton43878-88471.png?1781304928' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous vivons une p&#233;riode de grandes incertitudes et de fortes contradictions. Cette situation n&#233;cessite d'interroger et de red&#233;finir les notions de r&#233;f&#233;rence. Il devient urgent de repenser la solidarit&#233; internationale confront&#233;e &#224; la mont&#233;e des id&#233;ologies racistes, x&#233;nophobes, s&#233;curitaires [1].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru Plate-forme altermondialiste (30 juillet 2019)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, il est n&#233;cessaire de revenir sur le d&#233;veloppement qui s'est d&#233;gag&#233; comme une r&#233;f&#233;rence de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s, sur les in&#233;galit&#233;s entre les soci&#233;t&#233;s et sur le syst&#232;me international. Ce texte propose douze pistes dans le but de repenser le d&#233;veloppement pour r&#233;inventer la solidarit&#233; internationale [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 1. S'interroger sur la notion et sur le concept de d&#233;veloppement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d&#233;veloppement dans ses significations r&#233;centes concernant l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s est d'utilisation assez r&#233;cente. Avant le 20e si&#232;cle, on parle du d&#233;veloppement comme du contraire de l'enveloppement, &#224; partir de la biologie ou de la psychologie. Il y a cinquante ans, ce mot pratiquement inconnu devient un lieu commun et est consid&#233;r&#233; comme un concept fondamental qui se d&#233;gage de la th&#233;orie &#233;conomique pour signifier la transformation et l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s. Au d&#233;part, le mot recouvre plusieurs composantes : la croissance &#233;conomique et le niveau de vie, la satisfaction des besoins fondamentaux, une condition de l'ind&#233;pendance nationale et de la souverainet&#233; des choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des premiers &#224; utiliser le terme de d&#233;veloppement dans le sens de la th&#233;orie de l'&#233;volution &#233;conomique est Joseph Schumpeter en 1932. Son utilisation actuelle se diffuse &#224; partir de 1950, autour de la question du sous-d&#233;veloppement et s'impose &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1960 sur l'ensemble des mutations de soci&#233;t&#233;s et particuli&#232;rement dans les institutions internationales, autour des agences des Nations Unies qui proposent des th&#233;ories du d&#233;veloppement. Le d&#233;bat sur le d&#233;veloppement commence aussit&#244;t. Il partage les diff&#233;rentes &#233;coles qui proposent diff&#233;rentes th&#233;ories du d&#233;veloppement. Il suscite aussi des approches critiques. Il emprunte au d&#233;part aux th&#233;ories &#233;conomiques classiques et n&#233;oclassiques, puis au keyn&#233;sianisme et au fordisme, puis au n&#233;olib&#233;ralisme. Il emprunte &#224; la r&#233;volution industrielle ses cat&#233;gories : production, consommation, investissement, croissance, productivit&#233;, progr&#232;s scientifique et technique, innovations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est appropri&#233; par de nombreux auteurs qui se r&#233;f&#232;rent &#224; l'approche marxiste et qui y inscrivent une d&#233;marche critique. Avec notamment les th&#233;ories de la d&#233;pendance, du centre et de la p&#233;riph&#233;rie, du d&#233;veloppement in&#233;gal, du d&#233;veloppement autocentr&#233;, du d&#233;veloppement durable. Il est mis en cause par une critique plus fondamentale, celle de la fin du d&#233;veloppement, qui lui d&#233;nie le caract&#232;re de concept scientifique en le consid&#233;rant comme une croyance ou une id&#233;ologie. Cette critique met en cause l'&#233;volutionnisme historique dans l'histoire des soci&#233;t&#233;s et soul&#232;ve plusieurs questions : le rapport entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature, l'&#233;volutionnisme comp&#233;titif, les besoins fondamentaux des personnes non r&#233;ductibles aux besoins des march&#233;s, le d&#233;veloppement local, la fin du d&#233;veloppement et l'apr&#232;s-d&#233;veloppement. [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 2. Remettre en cause la conception dominante du d&#233;veloppement, celle du rattrapage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la rupture de la d&#233;colonisation, une conception dominante du d&#233;veloppement s'impose, celle du rattrapage. Cette conception est elle-m&#234;me issue de la proposition d'aide aux pays sous-d&#233;velopp&#233;s cit&#233;e par Truman dans un discours en 1954. Le d&#233;veloppement est d&#233;fini comme le compl&#233;ment du sous-d&#233;veloppement. Cette conception implique qu'il n'y a qu'une seule d&#233;marche possible de d&#233;veloppement de chaque soci&#233;t&#233;, celle de la croissance productiviste, qu'il faut donc adopter, sinon imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche du d&#233;veloppement, formalis&#233;e par W W Rostow est adopt&#233;e par les &#233;conomistes dominants et devient la r&#233;f&#233;rence des institutions internationales, notamment la Banque Mondiale et le FMI. Elle est vulgaris&#233;e dans son livre, en 1960 : les &#233;tapes de la croissance &#233;conomique, un manifeste non communiste. Elle affirme que, de mani&#232;re lin&#233;aire, chaque soci&#233;t&#233; parcourt cinq &#233;tapes : la soci&#233;t&#233; traditionnelle (essentiellement agricole et hostile aux changements) ; les pr&#233;alables au d&#233;collage (la r&#233;volution agricole permet &#224; la croissance &#233;conomique de d&#233;passer la croissance d&#233;mographique) ; le d&#233;collage ou &#171; take-off &#187; (des investissements massifs dans l'industrie, am&#233;lioration des niveaux de vie, croissance autosuffisante) ; la maturit&#233; (production de masse, &#233;quilibre investissement et consommation) ; l'&#226;ge de la consommation de masse. Elle annonce la proposition de Francis Fukuyama qui publie en 1992, la Fin de l'Histoire, qui consid&#232;re que le capitalisme et la d&#233;mocratie lib&#233;rale pourront &#234;tre am&#233;lior&#233;s, mais ne seront pas d&#233;pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception s'impose d'autant que la vulgate marxiste et le mod&#232;le sovi&#233;tique affichent une proposition, elle aussi lin&#233;aire. Chaque soci&#233;t&#233; suivrait des modes de production correspondant &#224; un d&#233;veloppement des forces productives : le communisme primitif, l'esclavage, le servage, le f&#233;odalisme, le capitalisme, le socialisme. Cette vision est contest&#233;e par de nombreux courants marxistes. Etienne Balibar d&#233;veloppe les articulations entre les modes de production. Samir Amin met en &#233;vidence la non-lin&#233;arit&#233; et l'existence des modes de production tributaires centraux ou asiatiques qui rappellent l'ant&#233;riorit&#233; des grands empires dans l'histoire du tiers monde et du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement est appropri&#233; par les nouveaux &#201;tats issus des ind&#233;pendances. Il est mis en avant avec le non-alignement &#224; Bandoeng en 1955. On voit alors s'&#233;laborer un mod&#232;le des ind&#233;pendances nationales qui emprunte &#224; la fois au mod&#232;le fordiste et keyn&#233;sien, surtout dans la phase de la reconstruction en 1945, et au mod&#232;le sovi&#233;tique, &#224; travers ses variations dans les pays de l'Est, la Chine et le Vi&#234;tnam. Le d&#233;veloppement est fond&#233; sur les industries lourdes, base d'une accumulation ind&#233;pendante. Il s'appuie &#233;galement sur une r&#233;forme agraire qui doit moderniser l'agriculture &#224; partir de l'industrie et lui servir de d&#233;bouch&#233;, sur le contr&#244;le et la valorisation des ressources naturelles, sur la substitution des importations et le d&#233;veloppement du march&#233; int&#233;rieur, sur les entreprises nationalis&#233;es et sur le contr&#244;le du commerce ext&#233;rieur. Il implique la construction d'un &#201;tat puissant et incontest&#233;, d'un &#201;tat fort, garant de l'unit&#233; nationale, appuy&#233; sur la th&#233;orisation du parti unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1955 et 1980, le d&#233;bat sur le d&#233;veloppement est tr&#232;s vivace. Les pays non align&#233;s vont le porter au sein des Nations Unies. Ils d&#233;fendront l'id&#233;e du droit au d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit au d&#233;veloppement consacre les principes de l'&#233;galit&#233;, de la non-discrimination, de la participation, de la transparence, de la responsabilit&#233; ainsi que de la coop&#233;ration internationale. Dans son article premier, il rappelle que le droit au d&#233;veloppement implique le respect des droits et libert&#233;s fondamentales et rappelle le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. La d&#233;claration sur le droit au d&#233;veloppement sera adopt&#233;e en 1986. Elle est en contradiction avec le n&#233;olib&#233;ralisme qui monte en puissance et impose sa logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les institutions de Bretton Woods, dans les ann&#233;es 1960, on d&#233;fend toujours le lib&#233;ralisme, mais on fait des concessions. Au d&#233;part, la Banque Mondiale finance des infrastructures lourdes et accompagne la construction des &#201;tats. Dans un second temps, elle combat la priorit&#233; &#224; l'industrie lourde et propose l'approche des besoins fondamentaux (basic needs) et de la petite entreprise, accr&#233;ditant le fameux small is beautiful (&#171; ce qui est petit est beau &#187;) ; elle cherche &#224; d&#233;gager de nouveaux petits entrepreneurs &#224; partir du secteur dit informel. Ensuite, elle s'appuie sur l'exasp&#233;ration des paysanneries contre la baisse des cours et la gabegie des nouveaux syst&#232;mes d'encadrement et de collecte ; elle va proposer l'acc&#232;s des paysans au march&#233; et le &#171; d&#233;veloppement rural int&#233;gr&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentations tentent de masquer la rupture de la d&#233;colonisation. Les pays anciennement colonis&#233;s et d&#233;colonis&#233;s deviennent des pays pauvres, puis sous-d&#233;velopp&#233;s, puis en voie de d&#233;veloppement. Le Tiers monde fait son apparition, il c&#232;de la place aux pays du Sud. La g&#233;opolitique s'articule &#224; l'&#233;conomique. Apr&#232;s les empires coloniaux, on voit s'imposer les deux blocs, puis se d&#233;gager les non-align&#233;s et puis les &#233;mergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est engag&#233; dans le mouvement de solidarit&#233; internationale sur le d&#233;veloppement. Il partage les deux courants tiers-mondistes et antiimp&#233;rialistes ; il recoupe et fait bouger les anciennes lignes de clivage. Les tiers-mondistes trouvent les anti-imp&#233;rialistes &#233;tatistes et politistes. Les anti-imp&#233;rialistes trouvent les tiers-mondistes localistes et ruralistes. Leurs divergences seront relativis&#233;es par le d&#233;veloppement de courants qui minimisent la d&#233;colonisation et par l'arriv&#233;e des humanitaristes qui ne veulent prendre en compte que l'urgence. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 3. Prendre la mesure du n&#233;olib&#233;ralisme et de l'ajustement structurel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle conception du d&#233;veloppement va devenir dominante &#224; la fin des ann&#233;es 1970 ; elle s'imposera compl&#232;tement &#224; la fin des ann&#233;es 1980. Le mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral d&#233;termine les politiques de l'ajustement structurel. Il est d'abord impos&#233;, &#224; travers la crise de la dette, aux pays du Sud, avant d'&#234;tre adapt&#233; et g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; toutes les soci&#233;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir de 1977, le contexte international change. La crise p&#233;troli&#232;re a divis&#233; durablement le front, fragile, des pays du Sud. Les pays p&#233;troliers m&#232;nent leur offensive, au d&#233;triment des pays non p&#233;troliers du Sud, faisant &#233;clater le front de la d&#233;colonisation. Sur la sc&#232;ne internationale, la rupture entre l'URSS et la Chine d&#233;gage la route &#224; l'offensive des pays occidentaux. Le recyclage des p&#233;trodollars, mis en place par les pays industrialis&#233;s pour compenser et retourner &#224; leur profit l'augmentation des prix du p&#233;trole en 1977, pr&#233;pare la reprise en main. La dette du tiers monde accentu&#233;e par les d&#233;s&#233;quilibres macro&#233;conomiques structurels explose &#224; la suite des politiques mon&#233;taristes, de l'&#233;volution des taux de change et des taux d'int&#233;r&#234;t. La Banque f&#233;d&#233;rale am&#233;ricaine rel&#232;ve brutalement les taux d'int&#233;r&#234;t, elle les triple. C'est un coup d'&#201;tat mon&#233;taire mondial. Le taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;el (inflation d&#233;duite) passe de 1,8 % en 1980 &#224; 8,6 % en 1981. L'objectif principal des politiques &#233;conomiques et sociales n'est plus le plein emploi, il devient la lutte contre l'inflation. Le recours aux institutions financi&#232;res internationales devient un passage oblig&#233; pour le financement du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le mis en place est celui de l'ajustement structurel : il s'agit d'ajuster structurellement chaque &#233;conomie, chaque soci&#233;t&#233;, au march&#233; mondial. Le libre-&#233;change impose l'interdiction de freiner les importations et accentue la n&#233;cessit&#233; d'exporter. Les entreprises multinationales doivent pouvoir investir o&#249; et quand elles veulent, et peuvent sortir librement leurs b&#233;n&#233;fices. La logique est assez simple, le march&#233; se suffit &#224; lui-m&#234;me, plus besoin d'autres r&#233;gulations et surtout pas de la r&#233;gulation &#233;conomique par les &#201;tats. L'ajustement structurel impose une nouvelle pens&#233;e du d&#233;veloppement. Il entra&#238;ne la r&#233;duction du r&#244;le des &#201;tats dans l'&#233;conomie, la priorit&#233; donn&#233;e &#224; l'exportation qui entra&#238;ne l'exploitation effr&#233;n&#233;e des ressources, l'ouverture internationale des &#233;changes, la priorit&#233; &#224; l'investissement international et aux privatisations, la flexibilit&#233; et la pression sur les salaires, la r&#233;duction des syst&#232;mes publics de protection sociale, la r&#233;duction des d&#233;penses budg&#233;taires consid&#233;r&#233;es comme improductives (qui se traduit par la r&#233;duction des budgets de sant&#233; et d'&#233;ducation), la d&#233;valuation des monnaies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le favorise la croissance du march&#233; mondial en accentuant la concurrence internationale des capitaux et du travail. La logique dominante est celle du march&#233; mondial des capitaux. La financiarisation caract&#233;rise une refondation r&#233;volutionnaire du capitalisme ; une r&#233;volution conservatrice en rupture avec la pens&#233;e &#233;conomique qui pr&#233;valait de 1945 &#224; 1980. L'offensive contre la d&#233;colonisation accompagne la reprise en main par les pays dominants de l'&#233;conomie mondiale. La gestion de la crise de la dette et l'ajustement structurel servent d'arme politique pour la &#171; remise au pas &#187; des pays du Sud. L'appel &#224; pr&#234;ter aux pays du Sud a pr&#233;c&#233;d&#233; la crise de la dette. Cette offensive &#233;conomique, qui ne n&#233;glige pas les interventions militaires men&#233;es &#224; partir de pr&#233;textes divers, s'appuie sur les contradictions internes des r&#233;gimes issus de la d&#233;colonisation, notamment sur la question des libert&#233;s, de la d&#233;mocratie et de la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le s'impose du fait des difficult&#233;s et des &#233;checs des politiques li&#233;es aux mod&#232;les d'ind&#233;pendance nationale. La construction de l'&#201;tat, au d&#233;part moyen du d&#233;veloppement, est devenue une fin en soi. Elle s'est traduite par le d&#233;veloppement de bases sociales sp&#233;cifiques, administration et couches moyennes associ&#233;es, par la priorit&#233; donn&#233;e &#224; des arm&#233;es bien &#233;quip&#233;es, &#224; des polices arrogantes et &#224; des services sp&#233;ciaux omnipr&#233;sents. La fonctionnarisation acc&#233;l&#233;r&#233;e et l'urbanisation galopante ont provoqu&#233; un d&#233;s&#233;quilibre structurel des fondamentaux &#233;conomiques (budget, balance commerciale, balance des paiements). La modernisation de l'agriculture, tel qu'elle a &#233;t&#233; conduite, marqu&#233;e par la logique de l'industrialisation, a exclu une majorit&#233; &#233;crasante de la paysannerie pauvre. Les entreprises d'&#201;tat, &#224; priori consid&#233;r&#233;es comme inefficaces, n'ont pas &#233;t&#233; capables de r&#233;duire la d&#233;pendance technologique et commerciale par rapport aux multinationales. La bureaucratie et la corruption ont gangren&#233; les soci&#233;t&#233;s. Le d&#233;ni des droits fondamentaux et l'absence de libert&#233;s ont achev&#233; de r&#233;duire &#224; n&#233;ant la cr&#233;dibilit&#233; de ces r&#233;gimes. Le mod&#232;le a &#233;chou&#233; du fait de ses contradictions internes, par la rupture de l'accord politique entre les dirigeants et les peuples ; et du fait des causes externes, par la reprise en main du syst&#232;me international. La crise de la d&#233;colonisation est ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme a r&#233;ussi &#224; s'imposer en mettant en avant la n&#233;cessit&#233; de r&#233;duire les d&#233;s&#233;quilibres structurels. Ses propositions sont, en fait, au strict oppos&#233; de celles mises en avant par le mod&#232;le des ind&#233;pendances nationales. Les privatisations s'opposent aux nationalisations, l'ouverture au march&#233; mondial au protectionnisme, le march&#233; au plan et l'exportation au march&#233; int&#233;rieur. Cette nouvelle famille de politiques, exp&#233;riment&#233;es et impos&#233;es dans le Sud sous le nom de &#171; programmes d'ajustement structurel &#187;, gagnera le Nord, sous le nom de &#171; plan de stabilit&#233; ou d'aust&#233;rit&#233; &#187;, de &#171; politique de lib&#233;ralisation ou de modernisation &#187;. Les politiques n&#233;olib&#233;rales se caract&#233;risent alors par l'abandon de la recherche du plein emploi et par la priorit&#233; affich&#233;e &#224; la lutte contre l'inflation. Cette &#233;volution se traduit par la revalorisation des profits par rapport aux salaires. Avec le discours rab&#226;ch&#233; du ruissellement : les profits permettront les investissements qui se traduiront, plus tard, par des emplois et plus tard encore par une am&#233;lioration des salaires et des bas revenus. C'est aussi l'affirmation que la croissance est la condition du progr&#232;s et de la modernit&#233; et que cette croissance passe par l'expansion du march&#233; mondial et la libert&#233; donn&#233;e aux acteurs principaux du march&#233; mondial : les entreprises multinationales qui apporteraient le progr&#232;s technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistible ascension du mod&#232;le unique n&#233;olib&#233;ral a &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233;e &#224; partir des succ&#232;s du Japon, des &#171; dragons &#187; asiatiques &#8212; Hong Kong, Singapour, Ta&#239;wan &#8212; puis de la Cor&#233;e du Sud. En 1979, le G7 a intronis&#233; le mod&#232;le et l'a impos&#233; &#224; l'occasion de la gestion de la crise de la dette. Le mod&#232;le s'appuie sur une nouvelle r&#233;f&#233;rence : le Chili de la dictature de Pinochet exp&#233;riment&#233; par les Chicago boys, les &#233;l&#232;ves de Milton Friedman. Le nouveau mod&#232;le mon&#233;tariste, celui de la dictature du march&#233; remet en cause le mod&#232;le keyn&#233;sien et le mod&#232;le des ind&#233;pendances nationales. [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 4. Resituer l'altermondialisme comme une r&#233;ponse au n&#233;olib&#233;ralisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mod&#232;le de d&#233;veloppement correspond &#224; une situation et r&#233;pond &#224; des contradictions ; il en cr&#233;e de nouvelles. Le n&#233;olib&#233;ralisme r&#233;pond &#224; la situation cr&#233;&#233;e par la d&#233;colonisation. Le mouvement altermondialiste est le mouvement anti-syst&#233;mique du n&#233;olib&#233;ralisme consid&#233;r&#233; comme une phase de la mondialisation capitaliste. Il &#233;claire la logique et les cons&#233;quences des politiques dominantes : la financiarisation et la r&#233;gulation par le march&#233; mondial des capitaux, l'ajustement forc&#233; de chaque soci&#233;t&#233; au march&#233; mondial par les politiques n&#233;olib&#233;rales et les programmes d'ajustement structurel, la marchandisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1980 &#224; 1989, la premi&#232;re phase de l'altermondialisme est port&#233;e par les luttes contre la dette, les famines et l'ajustement structurel. Elle est surtout men&#233;e dans les pays du Sud. L'impact social des mesures de r&#233;ajustement &#233;conomique impos&#233;es aux pays endett&#233;s du tiers monde, valid&#233;es par le G7, conjugu&#233;es &#224; la chute du prix des mati&#232;res premi&#232;res, est devenu tr&#232;s vite insupportable. Les luttes contre les cons&#233;quences des programmes d'ajustement structurel sont nombreuses. Ces explosions mettent en cause nomm&#233;ment le FMI et la Banque mondiale. On assiste alors &#224; la contestation croissante de la mondialisation. Des &#233;meutes contre la dette &#233;clatent dans tous les continents. En 1984, les pays latino-am&#233;ricains signent le consensus de Carthag&#232;ne contre la dette et l'ajustement structurel. En 1984, &#224; Hiroshima, des mouvements asiatiques proposent de lancer une alliance globale des peuples (Global alliance of people). En 1988, de fortes mobilisations contestent l'assembl&#233;e annuelle du FMI et de la Banque Mondiale &#224; Berlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1989, face au Sommet du G7 et &#224; l'instrumentalisation du bicentenaire de la R&#233;volution fran&#231;aise, l'appel &#171; Dette, apartheid, colonies, &#231;a suffat comme ci ! &#187; organise, &#224; l'arriv&#233;e d'une manifestation syndicale et citoyenne, un concert g&#233;ant &#224; la Bastille. Le premier Sommet des sept peuples parmi les plus pauvres &#187;, organis&#233; par le Cedetim, le CRID et Agir Ici, prend le contre-pied du G7. &#192; partir de 1989, le mouvement op&#233;rera la jonction des luttes du Sud, contre l'ajustement structurel et la dette, avec les luttes sociales dans le Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1989 &#224; 1999, le mouvement altermondialiste d&#233;veloppe la contestation des institutions internationales et de la mondialisation. La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, pr&#233;cipite l'implosion de l'Union sovi&#233;tique. La victoire du capitalisme n&#233;olib&#233;ral et de la Triade (&#201;tats-Unis, Europe, Japon) est alors incontest&#233;e. Les vainqueurs veulent construire un syst&#232;me international correspondant &#224; leur h&#233;g&#233;monie. La chute du mur de Berlin sera suivie de la premi&#232;re guerre d'Irak pour signifier que les nouveaux vainqueurs n'accepteront aucun compromis et que la reprise en main des pays du Sud sera accentu&#233;e. Dans la m&#234;me p&#233;riode, l'offensive s'organise contre le syst&#232;me sovi&#233;tique et se traduira par son implosion. C'est une victoire &#233;clatante pour le n&#233;olib&#233;ralisme. Apr&#232;s la chute du mur de Berlin en 1989, commence une p&#233;riode de revanche sociale et d'arrogance n&#233;olib&#233;rale ; les couches dirigeantes qui avaient d&#251; accepter les compromis keyn&#233;siens rel&#232;vent la t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir de 1989, le &#171; consensus de Washington &#187; g&#233;n&#233;ralise les politiques n&#233;olib&#233;rales &#224; l'ensemble du monde. S'ouvre alors une p&#233;riode de revanche sociale et de casse des politiques sociales. Deux ouvrages explicitent l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale : l'essai de Francis Fukuyama, &#171; La Fin de l'histoire et le dernier homme &#187;, affirme que le capitalisme est ind&#233;passable et que ceux qui s'y opposent sont des d&#233;viants ; &#171; Le Choc des civilisations &#187; &#233;crit par Samuel Huntington relativise et marginalise la question sociale par rapport &#224; la guerre, aux religions et aux conflits de tr&#232;s longue dur&#233;e &#224; l'&#233;chelle des civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement anti-syst&#233;mique s'oppose &#224; cette red&#233;finition et particuli&#232;rement &#224; la pr&#233;tention de subordonner le droit international au droit aux affaires. Dans les ann&#233;es 1990, en Amazonie, les luttes des paysans, des femmes et des indig&#232;nes se relient sur des questions communes. En juillet 1996, le mouvement zapatiste organise la &#171; rencontre intercontinentale pour l'humanit&#233; et contre le n&#233;olib&#233;ralisme &#187;. Des campagnes et des plates-formes s'&#233;laborent &#224; l'&#233;chelle mondiale en liaison avec les contre-sommets internationaux organis&#233;s avec la soci&#233;t&#233; civile, par les Nations unies, confront&#233;es &#224; la volont&#233; de marginalisation du G8. C'est le cas par exemple sur l'environnement apr&#232;s Rio en 1992, sur les luttes f&#233;ministes apr&#232;s P&#233;kin en 1995, sur les droits humains apr&#232;s Vienne en 1994, sur l'habitat et la ville apr&#232;s Istanbul en 1996. Des grandes campagnes sont men&#233;es sur la dette, la responsabilit&#233; sociale et environnementale des entreprises, les paradis fiscaux, la taxation financi&#232;re internationale, la pauvret&#233; et les mouvements comme l'&#233;conomie sociale et solidaire, le commerce &#233;quitable. Les luttes sociales au Nord vont prendre de l'ampleur &#224; partir de 1994 et 1995. Les mouvements sociaux des ann&#233;es 1994 et 1995, en Italie, en France, en Allemagne, en Cor&#233;e du Sud, aux &#201;tats-Unis, au Canada vont converger avec les mobilisations contre le G7. C'est le cas de la manifestation de Washington en avril 2000. La campagne Jubilee 2000 contre la dette recueille 24 millions de signatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1999, &#224; Seattle, le mouvement de contestation appara&#238;t en pleine lumi&#232;re sur la sc&#232;ne publique internationale &#224; l'occasion de la Conf&#233;rence de l'OMC (Organisation mondiale du commerce). L'&#233;chec des n&#233;gociations de l'OMC a mis en &#233;vidence les positions des mouvements qui contestaient l'AMI (Accord multilat&#233;ral d'investissements) et l'OMC. Il a donn&#233; un nouveau souffle aux mobilisations et accru la confiance des mouvements porteurs d'initiatives et de propositions, combinant le refus de la mondialisation capitaliste et l'altermondialisme. Il a mis en &#233;vidence les r&#233;seaux internationaux de mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les attentats de New York, en septembre 2001, acc&#233;l&#232;rent le virage n&#233;oconservateur ; l'id&#233;ologie s&#233;curitaire et la x&#233;nophobie prennent le pas sur la r&#233;f&#233;rence au progr&#232;s. La nouvelle p&#233;riode combine la domination &#233;conomique n&#233;olib&#233;rale et l'instrumentalisation du terrorisme. Elle ne freine cependant pas les formes nouvelles de r&#233;sistance, le mouvement anti-syst&#233;mique altermondialiste et le processus des forums sociaux qui vient de commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2000 et surtout jusqu'&#224; 2008, le mouvement altermondialiste est caract&#233;ris&#233; par le processus des forums sociaux. Apr&#232;s Seattle, le mouvement d&#233;cide de se r&#233;unir sur ses propres valeurs pour discuter des r&#233;sistances et des alternatives. Il se r&#233;unit &#224; Porto Alegre en 2001 et 2002, et cr&#233;e le Forum Social Mondial en contrepoint du Forum &#233;conomique mondial qui se r&#233;unit &#224; Davos. Apr&#232;s les mobilisations au Qu&#233;bec contre la zone de libre-&#233;change am&#233;ricaine, le sommet du G8, en 2001, &#224; G&#234;nes a &#233;t&#233; marqu&#233; par des mobilisations massives d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; internationale entre les peuples du Sud et du Nord est une r&#233;ponse &#224; l'id&#233;e absurde, et mortelle, de la guerre des civilisations. Le droit doit l'emporter, dans chaque soci&#233;t&#233; et au niveau international. Le droit international ne peut &#234;tre fond&#233; que sur le respect des droits humains, des droits civils et politiques, des droits &#233;conomiques, sociaux et culturels. La convergence avec le mouvement antiguerre se manifeste d'abord en 2002 au Forum social europ&#233;en qui se d&#233;roule &#224; Florence, puis en janvier 2003 au Forum social mondial, &#224; Porto Alegre. Le 15 f&#233;vrier 2003, dix millions de personnes manifestent dans le monde entier contre la guerre en Irak.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement altermondialiste ne cesse de s'&#233;largir et de s'approfondir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;largissement g&#233;ographique d'abord avec les Forums Sociaux Mondiaux &#224; Porto Alegre (Br&#233;sil), Mumbai (Inde), Nairobi (Kenya), Bamako (Mali), Caracas (V&#233;n&#233;zu&#233;la) et Karachi (Pakistan), puis les forums continentaux, les forums nationaux et la cascade ininterrompue des forums locaux. L'&#233;largissement est social ensuite, avec les mouvements paysans et les mouvements de sans-terre, les syndicats ouvriers, les No-Vox, les peuples indig&#232;nes, les Dalits (caste des Intouchables, en Inde), les comit&#233;s de quartiers d&#233;grad&#233;s et de bidonvilles, les forums de migrants, la marche mondiale des femmes, les camps de jeunes, les consommateurs et les &#233;cologistes&#8230; L'&#233;largissement th&#233;matique enfin, avec les forums sectoriels, comme ceux de l'&#233;ducation, de la sant&#233;, de l'eau, de la protection sociale, et avec les forums associ&#233;s des autorit&#233;s locales, des parlementaires, des juges, des scientifiques. Ces &#233;largissements g&#233;ographiques, sociaux et th&#233;matiques construisent une autre approche du d&#233;veloppement. Ils pr&#233;parent la remise en cause fondamentale qui va se d&#233;velopper &#224; partir de 2008. [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 5. Prendre conscience du changement de paradigme engendr&#233; par l'&#233;cologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2008, la crise financi&#232;re montre les limites de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Une nouvelle p&#233;riode commence avec l'ouverture de la crise financi&#232;re et sa reconnaissance par l'opinion mondiale, les gouvernements et les institutions internationales. Le d&#233;bat sur le d&#233;veloppement va changer de nature avec l'irruption de l'&#233;cologie et la prise de conscience d'une r&#233;volution philosophique qui remet en cause les rapports entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat qui suit la crise financi&#232;re porte, au d&#233;but, sur les modes de r&#233;gulation et sur la place de la financiarisation dans le n&#233;olib&#233;ralisme. La sortie imm&#233;diate de la crise financi&#232;re passe par le sauvetage des banques et le creusement des dettes publiques. Deux propositions s'affrontent dans le d&#233;bat public. L'une pr&#233;conise la confirmation du n&#233;olib&#233;ralisme et le renforcement des politiques d'aust&#233;rit&#233;. L'autre avance une option n&#233;okeyn&#233;sienne, le renforcement de l'action &#233;conomique de l'&#201;tat et une politique sociale plus &#233;quilibr&#233;e. Quelques voix avancent l'hypoth&#232;se d'un &#233;puisement du mode de production capitaliste et de son d&#233;passement.&lt;br class='autobr' /&gt;
De mani&#232;re inattendue, le d&#233;bat engag&#233; sur la nature de la croissance et sur l'&#233;cologie a pris le pas sur les autres. Joseph Stiglitz et Amartya Sen, pour les r&#233;formateurs, se sont ralli&#233;s au &#171; Green New Deal &#187;. Les orthodoxes se sont pr&#233;sent&#233;s comme les seuls d&#233;fenseurs r&#233;alistes de la Nature et ont affirm&#233; que les r&#233;ponses technologiques &#233;taient les meilleures et que c'est par le march&#233; qu'on r&#233;pondrait aux d&#233;fis &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le questionnement sur la question de l'&#233;cologie n'est pas nouveau. D&#232;s 1960, le Club de Rome avait soulev&#233; la question de l'environnement, mais cette mise en garde avait &#233;t&#233; noy&#233;e dans l'accent donn&#233; &#224; la lutte contre la croissance d&#233;mographique qui &#233;tait apparue comme une caution donn&#233;e aux peurs n&#233;es de la d&#233;colonisation. Dans les ann&#233;es 1980, plusieurs courants mettaient en garde contre les exc&#232;s de la croissance et mettaient en avant la d&#233;croissance et la fin du d&#233;veloppement. Ce qui est nouveau, &#224; partir de 2008, c'est la prise de conscience et la place de cette interrogation dans tous les d&#233;bats sur le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'environnement s'est impos&#233; comme un risque majeur et la prise de conscience de cette &#233;volution a pris la premi&#232;re place. Les catastrophes naturelles ont toujours accompagn&#233; l'histoire de l'Humanit&#233;. Les tremblements de terre, les &#233;ruptions volcaniques, les s&#233;cheresses et la d&#233;sertification, les inondations, les ouragans et les tsunamis &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des accidents, des r&#233;actions intempestives et incoh&#233;rentes de la plan&#232;te. Le changement climatique a brutalement reli&#233; le temps g&#233;ologique et l'histoire humaine &#224; moyen et court terme. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, la temp&#233;rature de la plan&#232;te cro&#238;t. La fonte des glaciers, la salinisation des deltas, la mont&#233;e des eaux menacent la population agglom&#233;r&#233;e sur le littoral. La chaleur cro&#238;t en zone urbaine ; elle d&#233;stabilise les &#233;quilibres urbains et menace particuli&#232;rement les plus d&#233;munis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; humaine est la cause du changement climatique. C'est ce qui conduit &#224; la d&#233;finition du terme d'anthropoc&#232;ne, faisant l'hypoth&#232;se d'une nouvelle &#232;re g&#233;ologique, marqu&#233;e par l'&#233;mergence de l'activit&#233; humaine comme &#233;l&#233;ment d&#233;terminant de l'&#233;volution du syst&#232;me terrestre. L'humanit&#233; agit sur le climat de deux fa&#231;ons. D'une part, par la consommation des &#233;nergies fossiles, responsable des deux tiers de l'effet de r&#233;chauffement ; d'autre part, par le changement d'affectation des sols &#8212; et particuli&#232;rement la d&#233;forestation &#8212; qui en expliquerait le reste. La destruction des &#233;cosyst&#232;mes, la limitation de la biodiversit&#233;, le changement climatique ont mis en danger l'&#233;cosyst&#232;me plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de conscience de l'urgence a &#233;t&#233; renforc&#233;e par l'engagement de la communaut&#233; scientifique, en dehors de quelques climatosceptiques qui servent de caution aux politiques les plus r&#233;trogrades et aux grandes entreprises qui d&#233;fendent leurs int&#233;r&#234;ts &#224; n'importe quel prix. Une alliance a &#233;t&#233; conclue entre les scientifiques qui ont cr&#233;&#233; le GIEC et les mouvements d'urgence climatique. Le cinqui&#232;me rapport d'&#233;valuation du GIEC consid&#232;re qu'il est possible de maintenir le r&#233;chauffement en dessous de 2 &#176;C et de le ramener &#224; 1,5 &#176;C d'ici 2100. Le r&#233;chauffement est d&#233;j&#224; de pr&#232;s de 1,5 &#176;C par rapport au niveau de l'&#232;re pr&#233;industrielle. Les &#233;tudes scientifiques actuelles &#233;tudient les impacts probables d'un r&#233;chauffement au niveau actuel &#224; 2 &#176;C et &#224; 4 &#176;C, par rapport aux temp&#233;ratures de l'&#232;re pr&#233;industrielle &#224; 0,8 &#176;C, sur la production agricole, les ressources en eau, les &#233;quilibres &#233;cologiques et la vuln&#233;rabilit&#233; du littoral pour les populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, m&#234;me si dans l'imm&#233;diat les catastrophes sont naturelles, leurs cons&#233;quences &#224; terme ne le sont pas. Elles traduisent la rationalit&#233; du syst&#232;me et la renforcent. Ainsi de la famine qui suit la s&#233;cheresse. Les terroirs d&#233;truits sont r&#233;organis&#233;s, modernis&#233;s, normalis&#233;s. Le foncier redessin&#233; facilite la productivit&#233; agricole, mais les terroirs perdent leur capacit&#233; d'adaptation et les migrations s'amplifient. Les inondations vident le littoral reconstruit en installations de tourisme au d&#233;triment des agriculteurs et des p&#234;cheurs, comme on l'a vu au Pakistan. Les catastrophes sont utilis&#233;es pour faire du pass&#233; table rase ; elles permettent d'annuler les anciens droits, particuli&#232;rement fonciers, comme dans la logique coloniale. Elles permettent l'installation d'un nouvel ordre, celui de la marchandisation et de la financiarisation triomphante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la seule question pos&#233;e par le d&#233;veloppement comme nous le verrons plus loin. Mais il s'agit de mettre en cause le productivisme et le sens de la croissance, de remettre en cause la conception de la modernit&#233;, du progr&#232;s et des avanc&#233;es technologiques. Il s'agit en fait d'un changement de paradigme, d'une nouvelle mani&#232;re de penser l'&#233;volution du monde. Le syst&#232;me mondial est entr&#233; en contradiction avec l'&#233;cosyst&#232;me plan&#233;taire, et c'est la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'Humanit&#233;. C'est une r&#233;volution philosophique dans le rapport entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature. La fin de la croyance dans un monde infini et la n&#233;cessit&#233; de penser le temps fini. Dans les soci&#233;t&#233;s et dans le monde, les jeunesses s'emparent de la question. Le d&#233;bat change de g&#233;n&#233;ration. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 6. Partir de l'analyse de la situation actuelle pour identifier les d&#233;fis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2008, une nouvelle s&#233;quence va s'enclencher. Il faut partir de la situation et de ses contradictions pour identifier les questions et les d&#233;fis. D&#232;s 2011, les r&#233;ponses des peuples &#224; la crise du capitalisme se d&#233;clinent sous la forme des insurrections populaires qui peuvent &#234;tre qualifi&#233;es de r&#233;volutionnaires. Ce sont des dizaines de mouvements populaires qui mettent dans des dizaines de pays des millions de personnes sur les places. Rappelons les printemps arabes &#224; partir de Tunis et du Caire ; les indign&#233;s en Europe du Sud les Occupy &#224; Londres et New York, les &#233;tudiants chiliens, le parc Taksim &#224; Istanbul, les carr&#233;s rouges au Qu&#233;bec, les parapluies &#224; Hong Kong, les &#171; gens ordinaires &#187; &#224; New Delhi&#8230; On retrouve partout les m&#234;mes mots d'ordre : le refus de la pauvret&#233; et des in&#233;galit&#233;s, le rejet des discriminations, les libert&#233;s et le refus des r&#233;pressions, la revendication d'une d&#233;mocratie &#224; r&#233;inventer, l'urgence &#233;cologique. Et partout, un nouvel enjeu, le refus de la corruption, le rejet de la fusion des classes politiques et des classes financi&#232;res qui annule l'autonomie du politique et entra&#238;ne la m&#233;fiance des peuples par rapport aux instances du politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2013, l'arrogance n&#233;olib&#233;rale reprend le dessus et confirme les tendances qui ont &#233;merg&#233; d&#232;s la fin des ann&#233;es 1970. Les politiques dominantes, d'aust&#233;rit&#233; et d'ajustement structurel, sont r&#233;affirm&#233;es. La d&#233;stabilisation, les guerres, les r&#233;pressions violentes et l'instrumentalisation du terrorisme s'imposent dans toutes les r&#233;gions. Des courants id&#233;ologiques r&#233;actionnaires et des populismes d'extr&#234;me-droite sont de plus en plus actifs. Les racismes et les nationalismes extr&#234;mes alimentent les manifestations contre les &#233;trangers et les migrants. Ils prennent des formes sp&#233;cifiques comme le n&#233;oconservatisme libertarien aux &#201;tats-Unis, les extr&#234;mes-droites et les diverses formes de national-socialisme en Europe, l'extr&#233;misme djihadiste arm&#233;, les dictatures et les monarchies p&#233;troli&#232;res, l'hindouisme extr&#234;me, etc. D&#232;s 2013, commencent les contre-r&#233;volutions avec la mont&#233;e des id&#233;ologies racistes, s&#233;curitaires, x&#233;nophobes. Le n&#233;olib&#233;ralisme durcit sa domination et renforce son caract&#232;re s&#233;curitaire appuy&#233; sur les r&#233;pressions et les coups d'&#201;tat. Les mouvements sociaux et citoyens se retrouvent en position d&#233;fensive. Mais, dans le moyen terme, rien n'est jou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut revenir &#224; la situation pour prendre la mesure des cons&#233;quences d'une p&#233;riode de contre-r&#233;volutions. Actuellement nous vivons une p&#233;riode de plusieurs contre-r&#233;volutions conservatrices : la contre-r&#233;volution n&#233;olib&#233;rale, celle des anciennes et nouvelles dictatures, celle du conservatisme &#233;vang&#233;liste, celle du conservatisme islamiste, celle du conservatisme hindouiste. Elle rappelle que les p&#233;riodes r&#233;volutionnaires sont g&#233;n&#233;ralement br&#232;ves et souvent suivies de contre r&#233;volutions violentes et beaucoup plus longues. Mais, les contre-r&#233;volutions n'annulent pas les r&#233;volutions et le nouveau qui a explos&#233; continue de progresser et &#233;merge, parfois longtemps apr&#232;s, sous de nouvelles formes. Le durcissement des contradictions et des tensions sociales explique le surgissement des formes extr&#234;mes d'affrontement. Mais, il y a aussi une autre raison &#224; la situation, ce sont les angoisses li&#233;es &#224; l'apparition d'un Nouveau Monde. Trump aux &#201;tats-Unis, Bolsonaro au Br&#233;sil, Orban en Hongrie, Modi en Inde et Duterte aux Philippines&#8230;, en sont les visages grima&#231;ants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les changements profonds qui construisent le Nouveau Monde et qui pr&#233;figurent les contradictions de l'avenir. Nous pouvons identifier cinq mutations en cours, des r&#233;volutions inachev&#233;es dont nous percevons d&#233;j&#224; les premiers bouleversements. La r&#233;volution des droits des femmes remet en cause des rapports de domination mill&#233;naires. La r&#233;volution des droits des peuples, la deuxi&#232;me phase de la d&#233;colonisation, apr&#232;s l'ind&#233;pendance des Etats met en avant la lib&#233;ration des peuples et interroge les identit&#233;s multiples et les formes de l'&#201;tat-nation. La prise de conscience &#233;cologique est une r&#233;volution philosophique, celle qui repose l'id&#233;e d'un temps fini. Le num&#233;rique renouvelle le langage et l'&#233;criture et les biotechnologies interrogent les limites du corps humain. Le bouleversement du peuplement de la plan&#232;te est en cours ; il ne s'agit pas d'une crise migratoire, mais d'une r&#233;volution d&#233;mographique mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs bouleversements en cours, des r&#233;volutions inachev&#233;es et incertaines. Rien ne permet d'affirmer qu'elles ne seront pas &#233;cras&#233;es, d&#233;vi&#233;es ou r&#233;cup&#233;r&#233;es. Mais rien ne permet non plus de l'affirmer. Elles bouleversent le monde ; elles sont aussi porteuses d'espoirs et marquent d&#233;j&#224; l'avenir et le pr&#233;sent. Pour l'instant, elles provoquent des refus et des grandes violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des contradictions r&#233;v&#233;l&#233;es par la situation actuelle, nous pouvons identifier les d&#233;fis et les questions. On peut proposer une liste des th&#232;mes que devra prendre en compte l'invention d'une nouvelle pens&#233;e du d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs questions r&#233;sultent des limites du syst&#232;me dominant ; l'&#233;puisement du n&#233;olib&#233;ralisme et les hypoth&#232;ses de renouvellement ou de d&#233;passement du capitalisme. Plus directement aujourd'hui la question de la pauvret&#233; et des in&#233;galit&#233;s mondiales, le lien entre la justice sociale et la justice fiscale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau paradigme &#233;cologique et le rapport entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature d&#233;finissent la rupture et posent aussi la question de la justice environnementale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les grandes mutations identifi&#233;es autour de la r&#233;volution des droits des femmes, de la r&#233;volution des droits des peuples, du num&#233;rique et des biotechnologies, de la scolarisation des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle donne g&#233;opolitique avec la tendance &#224; la multipolarit&#233;, les guerres, le droit international et les multinationales, la nouvelle phase de la d&#233;colonisation apr&#232;s celle de l'ind&#233;pendance des &#201;tats, le rapport entre les &#201;tats, les nations et les peuples et la red&#233;finition de la souverainet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question de l'h&#233;g&#233;monie culturelle, des id&#233;ologies racistes, x&#233;nophobes et s&#233;curitaires, des droits fondamentaux et de l'universalit&#233; des droits.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'interrogation fondamentale sur le politique, la d&#233;l&#233;gation et la repr&#233;sentation, sur la corruption, sur les formes de la d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;finition et le r&#244;le des acteurs du changement, la mutation des classes sociales et du rapport entre les classes, le genre et les origines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le des mouvements sociaux et citoyens et la strat&#233;gie internationale des mouvements. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 7. Approfondir la r&#233;flexion sur le changement des soci&#233;t&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pens&#233;e du d&#233;veloppement occupe une place aussi importante, c'est parce qu'elle se pr&#233;sente comme la r&#233;f&#233;rence pour comprendre et agir sur l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s. Il faut tout de suite souligner le biais dans la place qu'a prise l'&#233;conomie dans la compr&#233;hension des transformations sociales par rapport &#224; la philosophie, aux sciences et aux technologies et aux sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es soixante, la pens&#233;e du d&#233;veloppement privil&#233;giait des dur&#233;es de vingt &#224; quarante ans, celle de l'amortissement des investissements et le temps d'une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s s'est beaucoup enrichie au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es. L'analyse marxiste, celle des modes de production et des formations sociales, des rapports sociaux et des structures sociales, s'est d&#233;gag&#233;e des rigidit&#233;s et des contresens du sovi&#233;tisme. L'&#233;tude des civilisations a progress&#233;, &#224; partir des progr&#232;s des recherches historiques et arch&#233;ologiques, notamment celles des &#233;conomies mondes et des syst&#232;mes mondes. La rupture de la d&#233;colonisation a &#233;t&#233; prolong&#233;e par l'&#233;tude de l'accumulation &#224; l'&#233;chelle mondiale. La rupture &#233;cologique am&#232;ne &#224; &#233;largir l'&#233;chelle du temps &#224; la g&#233;ologie et &#224; la Nature et l'&#233;chelle de l'espace &#224; celle de la plan&#232;te dans l'articulation entre le local, le national, les grandes r&#233;gions et le mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s &#233;tait repr&#233;sent&#233;e par des p&#233;riodes de relative stabilit&#233; interrompues par des r&#233;volutions qui marquaient le basculement vers une autre p&#233;riode. L'accent a &#233;t&#233; mis sur la complexit&#233; des soci&#233;t&#233;s, d&#233;finie non seulement par l'affrontement entre deux classes sociales, mais par l'articulation entre plusieurs modes de production faisant intervenir plusieurs classes sociales et des alliances de classes. L'attention a port&#233; sur la transition qui caract&#233;rise des p&#233;riodes longues et contradictoires d'une soci&#233;t&#233; &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;marche renouvelle la notion de transition qui n'est pas la conception d'une d&#233;marche progressive et r&#233;formiste ; elle inclut la n&#233;cessit&#233; de ruptures et de r&#233;volutions. Le rapport entre le temps long des transitions et les ruptures des r&#233;volutions doit &#234;tre pr&#233;cis&#233;. La transition n'annule pas du tout le r&#244;le des r&#233;volutions, des moments d'affrontements et d'invention qui marquent l'&#233;volution et les rapports de forces et dans lesquels s'imposent les id&#233;es nouvelles et se d&#233;finissent les nouveaux rapports sociaux. Les r&#233;volutions ne r&#233;sument pas la transformation des soci&#233;t&#233;s. L'Histoire ne se r&#233;duit pas &#224; une succession de &#171; Grand Soir &#187; qu'il suffit de pr&#233;parer ; tout deviendrait possible apr&#232;s et avant tout serait r&#233;cup&#233;rable et m&#234;me r&#233;cup&#233;r&#233;. Les historiens se sont beaucoup attach&#233;s &#224; l'&#233;tude des transitions longues qui ont caract&#233;ris&#233; certains grands empires et des transitions plus courtes et ma&#238;tris&#233;es. Un exemple de ce type de transition caract&#233;rise le passage du f&#233;odalisme au capitalisme, ma&#238;tris&#233; par la bourgeoisie en moins de quelques si&#232;cles. Comme il est compr&#233;hensible, c'est cet exemple qui sert de r&#233;f&#233;rence quand on s'interroge sur les sorties du capitalisme. Car le capitalisme ne r&#233;sume pas l'Histoire, il a eu un d&#233;but, il aura une fin et elle n'est pas &#233;crite.&lt;br class='autobr' /&gt;
La relecture de la transition du f&#233;odalisme au capitalisme permet quelques r&#233;flexions. L'Histoire n'est pas &#233;crite &#224; l'avance, et le d&#233;passement du capitalisme ne va pas automatiquement d&#233;boucher vers une soci&#233;t&#233; id&#233;ale, plus juste, plus &#233;galitaire. Il peut tr&#232;s bien d&#233;boucher vers un mode de production, une soci&#233;t&#233;, avec des rapports in&#233;galitaires et de domination m&#234;me s'ils ne sont plus capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais il peut aussi, en fonction des luttes et des mobilisations permettre un pas vers l'&#233;mancipation. Comme on l'a vu, les rapports sociaux capitalistes existaient d&#233;j&#224;, incomplets, dans les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales. On peut donc faire l'hypoth&#232;se que dans les soci&#233;t&#233;s actuelles il existe d&#233;j&#224; des rapports sociaux incomplets de d&#233;passement du capitalisme. Ce qui donne un autre statut aux recherches d'alternatives qui peuvent pr&#233;figurer de nouveaux rapports sociaux. Comme on l'a aussi vu dans la transition du f&#233;odalisme au capitalisme, aucune des deux classes principales f&#233;odales, l'aristocratie et la paysannerie, ne l'a emport&#233; ; ce sont deux nouvelles classes, la bourgeoisie et la classe ouvri&#232;re, n&#233;es dans le processus, qui se sont impos&#233;es comme classes principales. De nouvelles classes sont en gestation dans le d&#233;passement du capitalisme. Pour illustrer cette hypoth&#232;se, par exemple, les managers pourraient disputer aux actionnaires la direction ; &#224; l'inverse, les pr&#233;caires pourraient formaliser une nouvelle classe antagonique, un nouveau prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour caract&#233;riser la transition engag&#233;e, on peut mettre en avant la proposition d'une transition sociale, &#233;cologique, d&#233;mocratique et g&#233;opolitique. Une transition sociale pour une plus grande justice sociale et contre les in&#233;galit&#233;s nationales et mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une transition &#233;cologique pour une plus grande justice environnementale en &#171; changeant le syst&#232;me et pas le climat &#187;. Une transition d&#233;mocratique en refusant la confiscation des pouvoirs par des minorit&#233;s et en inventant de nouvelles formes du politique. Une transition g&#233;opolitique en refusant toutes les formes de domination. La proposition de transition rappelle la n&#233;cessaire action dans le temps long ; elle n'&#233;limine pas les indispensables acc&#233;l&#233;rations que portent les r&#233;volutions.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu est de s'engager dans une transition vers plus d'&#233;mancipation. Il s'agit pour cela d'articuler quatre formes d'engagement : les luttes et les mobilisations ; l'&#233;laboration et la r&#233;flexion th&#233;orique ; la lutte contre l'h&#233;g&#233;monie culturelle par la confrontation des id&#233;es et le d&#233;bat public intellectuel, scientifique, artistique ; la mise en &#339;uvre d'alternatives concr&#232;tes &#224; la logique dominante. [9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 8. Se situer dans une perspective strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perspective strat&#233;gique se d&#233;finit dans l'articulation entre le court terme et le long terme, entre l'urgence et l'alternative. Il faut &#233;videmment r&#233;pondre &#224; l'urgence et aux probl&#232;mes imm&#233;diats. Personne ne pourrait comprendre qu'on ne s'engage pas dans les actions rendues n&#233;cessaires par l'urgence. Mais la r&#233;ponse &#224; l'urgence ne suffit pas pour r&#233;pondre aux probl&#232;mes fondamentaux qui en sont la cause. Il faut inscrire la r&#233;ponse &#224; l'urgence dans la d&#233;finition et la r&#233;ponse &#224; une alternative radicale, une alternative qui s'attaque &#224; la racine, aux causes. La d&#233;finition de la strat&#233;gie d&#233;pend aussi des acteurs qui la d&#233;finissent. Elle se d&#233;finit &#224; l'&#233;chelle globale du changement de soci&#233;t&#233; au niveau de la prise du pouvoir. Elle se d&#233;finit aussi &#224; l'&#233;chelle des mouvements dans la perspective d'une action de long terme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La strat&#233;gie est souvent confondue avec la prise du pouvoir d'&#201;tat. On a pendant longtemps pens&#233; que pour changer une soci&#233;t&#233;, il fallait et il suffisait de prendre le pouvoir d'&#201;tat. Dans cette optique, la formulation de la strat&#233;gie est militaire, compte tenu de l'importance du militaire dans le pouvoir et dans la prise du pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'a si bien analys&#233; G&#233;rard Chaliand, cette strat&#233;gie a &#233;t&#233; marqu&#233;e par les guerres napol&#233;oniennes avec la recherche de la bataille d&#233;cisive que l'on va retrouver dans les strat&#233;gies du mouvement ouvrier avec l'id&#233;e de la r&#233;volution, du Grand Soir pour sortir du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#234;te &#224; Cromwell, dans les ann&#233;es 1650, la d&#233;finition de la strat&#233;gie qui a permis &#224; la bourgeoisie de prendre le pouvoir, autour de la proposition &#171; il faut cr&#233;er un parti, pour conqu&#233;rir l'&#201;tat, et pour changer la soci&#233;t&#233; &#187;. Apr&#232;s des ann&#233;es de d&#233;bat et de controverses dans la premi&#232;re Internationale, elle a &#233;t&#233; confirm&#233;e et adopt&#233;e par les 2e et 3e internationales comme l'axe strat&#233;gique pour la sortie du capitalisme. Cette strat&#233;gie est aujourd'hui interrog&#233;e. Les partis n'ont pas le monopole de l'intervention politique. Ensuite, un parti construit pour conqu&#233;rir l'&#201;tat se transforme en parti-&#201;tat, parfois avant m&#234;me la prise du pouvoir d'&#201;tat. Enfin, l'&#201;tat ne permet pas, g&#233;n&#233;ralement, de changer la soci&#233;t&#233; dans le sens d'une plus grande &#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion sur l'&#201;tat qui avait &#233;t&#233; au centre de la 1re internationale est &#224; approfondir en tenant compte des le&#231;ons des diff&#233;rentes p&#233;riodes : des &#201;tats-nations, des &#201;tats fascistes des ann&#233;es 1930, des &#201;tats coloniaux, des &#201;tats sociaux et keyn&#233;siens, des &#201;tats sovi&#233;tiques et socialistes, des &#201;tats n&#233;olib&#233;raux, des &#201;tats ind&#233;pendants en Am&#233;rique latine d&#232;s les ann&#233;es 1810 et des &#233;tats d&#233;colonis&#233;s, en Asie et en Afrique, d&#232;s les ann&#233;es 1950. Il s'agit aussi des d&#233;bats sur les niveaux de gouvernement : le niveau national en liaison avec l'&#201;tat nation et les d&#233;clinaisons de la souverainet&#233; ; le niveau mondial avec la nature du syst&#232;me institutionnel international et de la r&#233;gulation de questions telles que l'&#233;cologie ou les migrations ; le niveau local avec la d&#233;mocratie de proximit&#233;, les territoires, le municipalisme ; le niveau des grandes r&#233;gions g&#233;oculturelles et g&#233;o-environnementales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les partis n'ont pas perdu leur r&#244;le et leur n&#233;cessit&#233;, mais ils n'ont plus le monopole du politique. L'&#233;mergence des mouvements sociaux et citoyens change profond&#233;ment la nature du politique. Ils portent la diversit&#233; des situations et des projets ; ils mettent en avant la diversit&#233; des soci&#233;t&#233;s et dans les soci&#233;t&#233;s. Les partis en font partie, mais ne les dirigent pas, ne les d&#233;terminent pas. Ils modifient la nature des alliances sociales, culturelles et politiques. Nous proposons de mettre l'accent sur les strat&#233;gies des mouvements et de porter une attention particuli&#232;re &#224; la dimension internationale de ces strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partirons du mouvement altermondialiste pour mettre en &#233;vidence le d&#233;bat sur la strat&#233;gie, sur l'articulation entre court terme et long terme, entre urgence et alternative. Cette question a &#233;t&#233; illustr&#233;e au Forum social mondial de Bel&#233;m en 2009. Dans ce forum ont &#233;t&#233; avanc&#233;es des propositions pour r&#233;pondre &#224; la crise financi&#232;re de 2008. Dans ce forum ont &#233;t&#233; &#233;galement avanc&#233;es des propositions d'alternatives autour de la transition &#233;cologique, sociale, d&#233;mocratique. [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 9. S'attaquer &#224; l'urgence en renfor&#231;ant les r&#233;sistances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence est attest&#233;e tous les jours, dans tous les pays du monde. Elle s'exprime dans le refus de la pauvret&#233;, des in&#233;galit&#233;s, des exclusions, des discriminations, des r&#233;pressions, des guerres. Elle est port&#233;e par les mobilisations, par les luttes sociales et citoyennes. Dans chaque situation, les discussions portent sur des propositions et des politiques qui seraient susceptibles d'am&#233;liorer les situations imm&#233;diates. Ces politiques proposent des mesures imm&#233;diates de refus de l'insupportable. M&#234;me si elles ne pr&#233;tendent pas modifier, dans le court terme les causes des difficult&#233;s, elles pr&#233;tendent s'inscrire dans cette volont&#233; et pr&#233;parer des changements structurels. Les r&#233;sistances ouvrent le champ des possibles. La radicalit&#233; des luttes est port&#233;e par leur singularit&#233;. Chaque lutte porte des d&#233;passements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la crise financi&#232;re de 2008, la discussion a port&#233; sur les politiques &#224; mettre en &#339;uvre pour r&#233;pondre aux cons&#233;quences de cette crise et &#233;viter des situations de crise aussi grave. Le Forum social mondial de Bel&#233;m, en 2009, en est l'illustration. Le Forum a r&#233;affirm&#233; un programme d'urgence avec les propositions imm&#233;diates : le contr&#244;le de la finance, la suppression des paradis fiscaux et judiciaires, la taxe sur les transactions financi&#232;res, l'urgence climatique, la redistribution&#8230; Ces mesures avaient &#233;t&#233; discut&#233;es d&#232;s la deuxi&#232;me phase du mouvement altermondialiste, entre la chute du mur de Berlin et la r&#233;union de Seattle en 1999, dans la contestation des politiques &#233;conomiques, financi&#232;res et sociales d&#233;fendues par le G7, le FMI, la Banque Mondiale et l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se d'un changement de politique a &#233;t&#233; rejet&#233;e et combattue par les cercles dirigeants, les groupes financiers et les grandes entreprises multinationales, les institutions internationales &#233;conomiques et financi&#232;res et la plupart des dirigeants des grands &#201;tats. Pour eux, la crise financi&#232;re de 2008 est un accident, d&#233;j&#224; largement corrig&#233; &#224; partir d'un renforcement des politiques d'aust&#233;rit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, des &#233;conomistes reconnus, notamment Joseph Stiglitz, Paul Krugman, Thomas Piketty, qualifi&#233;s de keyn&#233;siens, ont d&#233;fendu une autre position. Ils ont avanc&#233; l'id&#233;e que la crise &#233;tait beaucoup plus fondamentale, sur les questions mon&#233;taires, sociales et de l'&#233;conomie internationale. Ils ont &#233;galement insist&#233; sur l'importance nouvelle de la question &#233;cologique. Le Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations Unies a mis en place une commission pour r&#233;agir &#224; la situation. Elle a &#233;t&#233; pr&#233;sid&#233;e par Joseph Stiglitz, reconnu comme keyn&#233;sien, et Amartya Sen qui d&#233;fend &#171; un processus de d&#233;veloppement et d'expansion des libert&#233;s r&#233;elles dont jouissent les individus &#187;. Cette commission a propos&#233; un programme qu'on a appel&#233; le &#171; Green new deal &#187;. On y retrouve plusieurs des mesures pr&#233;conis&#233;es dans les mesures d'urgence d&#233;fendues au Forum de Bel&#233;m. Ces propositions adopt&#233;es n'ont pas &#233;t&#233; appliqu&#233;es et n'ont pas emp&#234;ch&#233; le durcissement du n&#233;olib&#233;ralisme. Le d&#233;bat n'est pas clos pour autant. Il faut rappeler que le New Deal avait &#233;t&#233; d&#233;fini pour r&#233;pondre &#224; la crise de 1929, qu'il avait &#233;t&#233; adopt&#233; et d&#233;cr&#233;t&#233; par Roosevelt d&#232;s 1933, mais qu'il n'a &#233;t&#233; appliqu&#233; qu'en 1945 apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que le d&#233;bat sur le d&#233;veloppement va s'organiser autour du programme du &#171; Green New Deal &#187; comme proposition par rapport au mod&#232;le dominant n&#233;olib&#233;ral. On peut d&#233;j&#224; d&#233;finir trois positions qui s'affirment par rapport &#224; cette proposition. Les cercles dominants apr&#232;s avoir &#233;t&#233; tent&#233;s par des positions climatosceptiques reconnaissent l'importance de l'&#233;cologie et proposent d'y r&#233;pondre par un surcro&#238;t de capitalisme, par la marchandisation la privatisation et la financiarisation du vivant et de la Nature et par l'attente de miracles qui seraient apport&#233;s par les nouvelles technologies. Pour les courants les plus radicaux, le Green New Deal ne serait qu'une proposition de capitalisme vert et de renouvellement du capitalisme analogue &#224; celui qu'avait port&#233; le New Deal. Une position nouvelle tr&#232;s r&#233;cente pourrait renouveler le d&#233;bat et actualiser les questions des alliances. Elle a &#233;t&#233; apport&#233;e par Alexandria Ocasio-Cortez, dite AOC, nouvelle &#233;lue de New York &#224; la Chambre des repr&#233;sentants, et les nouveaux courants &#233;tats-uniens qui se d&#233;finissent comme socialistes et qui d&#233;fendent une conception beaucoup plus offensive et radicale du Green New Deal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un moment o&#249; les politiques dominantes sont de plus en plus injustes, in&#233;gales et r&#233;pressives, l'urgence est de renforcer les r&#233;sistances &#224; toutes les &#233;chelles locales, nationales et mondiales. Elles consistent &#224; soutenir les mouvements en lutte autour des th&#232;mes les plus d&#233;velopp&#233;s : refuser la pauvret&#233;, les in&#233;galit&#233;s, les discriminations ; lutter contre les r&#233;pressions ; refuser les remises en cause des libert&#233;s d&#233;mocratiques ; remettre en cause le r&#244;le croissant et les diff&#233;rentes formes de la corruption ; remettre en cause la volont&#233; de puissance et de richesses qui conduit &#224; des d&#233;mesures incontr&#244;l&#233;es ; refuser les guerres ; lutter contre la criminalisation des mouvements sociaux et des formes de solidarit&#233;. [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 10. Rendre visibles les alternatives, les nouveaux projets de soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; l'urgence ne suffit pas pour d&#233;finir une nouvelle pens&#233;e du d&#233;veloppement. Il faut pour ouvrir des perspectives d&#233;finir des alternatives. L'exp&#233;rience montre d'ailleurs que les alternatives sont n&#233;cessaires y compris pour r&#233;sister. Au Forum social mondial de Bel&#233;m en 2009, alors m&#234;me qu'&#233;taient propos&#233;es des politiques pour r&#233;pondre &#224; la crise financi&#232;re de 2008, de nombreuses interpellations ont mis en &#233;vidence le fait qu'il s'agissait d'une rupture plus profonde, particuli&#232;rement du fait de la discontinuit&#233; port&#233;e par la prise de conscience de l'urgence &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ensemble de mouvements sociaux et citoyens, les mouvements des femmes, les paysans, les &#233;cologistes et les peuples indig&#232;nes, surtout amazoniens, ont pris la parole pour affirmer : s'il s'agit d'une remise en cause des rapports entre l'esp&#232;ce humaine et la Nature, il ne s'agit pas d'une simple crise du n&#233;olib&#233;ralisme, ni m&#234;me du capitalisme, il s'agit d'une crise de civilisation, celle qui d&#232;s 1492 a d&#233;fini certains fondements de la science contemporaine dans l'exploitation illimit&#233;e de la Nature et de la plan&#232;te. C'est de l&#224; que date la d&#233;finition d'un projet alternatif, celui de la transition sociale, &#233;cologique, d&#233;mocratique, y compris politique et g&#233;opolitique. Cette transition s'appuie sur de nouvelles notions et de nouveaux concepts : les communs, la propri&#233;t&#233; sociale, le buen vivir, le pachamama ou la Terre-M&#232;re, la d&#233;mocratisation radicale de la d&#233;mocratie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sister, c'est lutter pied &#224; pied ; c'est aussi montrer que des progr&#232;s sont possibles &#224; travers les nouvelles pratiques et les nouvelles politiques, m&#234;me partielles. Il s'agit alors de contester la pr&#233;tention du capitalisme &#224; se pr&#233;senter comme le seul porteur du progr&#232;s et de la modernit&#233;. Le capitalisme se pr&#233;sente comme porteur de modernit&#233; et de modernisation et rejette tous ceux qui le contestent comme tenants de l'immobilisme et du refus du changement. Et c'est vrai que les changements impos&#233;s par le capitalisme sont porteurs de r&#233;gression sociale. Mais on ne peut pas se contenter de dire : il ne faut rien changer parce que ce sera pire, m&#234;me si c'est tr&#232;s probable que les changements entra&#238;neront une situation d&#233;grad&#233;e pour les travailleurs et les couches populaires. Le capitalisme est porteur d'une modernisation, mais comme l'avait d&#233;j&#224; point&#233; Gramsci, c'est une modernisation r&#233;gressive. Le mouvement altermondialiste l'a exp&#233;riment&#233; d&#232;s le d&#233;but du n&#233;olib&#233;ralisme avec Mme Tatcher, surnomm&#233; Madame TINA avec son affirmation &#171; There Is No Alternative &#187;. C'est &#224; cette agression que le mouvement altermondialiste a r&#233;pondu en affirmant qu'il y a des alternatives meilleures, &#171; Un autre monde est possible &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille porte sur le contr&#244;le des modernisations et sur la d&#233;finition d'une modernit&#233; progressiste en opposition &#224; la modernit&#233; r&#233;gressive. Nous voyons comment le capitalisme se modernise par le contr&#244;le du num&#233;rique et des biotechnologies. Mais la bataille est en cours ; ce sont les grandes entreprises qui pillent et d&#233;tournent les progr&#232;s possibles. Dans les collectifs de logiciels libres, les lanceurs d'alerte, les porteurs de la sant&#233; publique, l'urgence climatique, la biodiversit&#233;, le rejet de l'extractivisme et dans tant d'autres domaines, les affrontements ne font que commencer. Ils opposent clairement deux conceptions de la modernit&#233;, celle de la marchandisation et de la financiarisation d'un c&#244;t&#233; et celle du respect de la Nature et du d&#233;veloppement des droits fondamentaux individuels et collectifs de l'autre. Ce d&#233;bat qui a &#233;t&#233; men&#233; au forum social mondial de Bahia en 2018 sur les urgences &#233;cologiques, sur le travail et la quatri&#232;me r&#233;volution industrielle, sur l'emploi, sur la protection sociale universelle, sur la sant&#233;, sur l'eau, sur la terre, sur le logement, sur le climat, sur la culture&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche qui relie la r&#233;sistance et la cr&#233;ation d&#233;finit l'approche strat&#233;gique. En partant des r&#233;sistances, on peut les mettre en perspective dans un projet. Les r&#233;sistances d&#233;finissent les refus et ouvrent les pistes des alternatives n&#233;cessaires et possibles. La lisibilit&#233; d'un projet alternatif se dessine &#224; travers les refus. Le d&#233;bat ne porte pas sur la n&#233;cessit&#233; d'une alternative, mais sur la nature de cette alternative. Dans tous les cas, il y aura une transition &#233;cologique, sociale, d&#233;mocratique et g&#233;opolitique. La question est de savoir si elle peut &#234;tre plus juste. Quels sont donc les &#233;l&#233;ments qui permettront d'en juger et de pr&#233;parer une alternative d'&#233;mancipation. Quelques principes ont &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;s : le respect des droits fondamentaux ; l'acc&#232;s aux droits pour toutes et tous, et son prolongement, l'&#233;galit&#233; des droits ; le respect des libert&#233;s individuelles et collectives ; la solidarit&#233; &#224; toutes les &#233;chelles, locales, nationales, internationales. Ce d&#233;bat n'est pas nouveau. Aux Nations unies, depuis la d&#233;colonisation jusqu'au d&#233;bat sur la d&#233;claration pour le droit pour le d&#233;veloppement, certaines id&#233;es &#233;taient pr&#233;sentes. On a retrouv&#233; quelques-unes des discussions dans le d&#233;bat sur le Protocole facultatif pour les DESC et on le retrouve aussi dans le d&#233;bat sur les Objectifs du d&#233;veloppement durable (ODD). Le droit international est un des chantiers essentiels dans le renouvellement de la pens&#233;e des transformations &#233;cologiques, sociales et d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers l'affirmation des nouvelles orientations, la d&#233;finition des politiques de transition, la discussion sur les concepts et les th&#233;ories, l'exp&#233;rimentation des alternatives, les mouvements font progresser l'&#233;laboration d'un projet et amorcent un r&#233;cit d'&#233;mancipation. C'est une &#233;tape dans la lutte contre l'h&#233;g&#233;monie culturelle aujourd'hui dominante. [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;11. Lutter contre l'h&#233;g&#233;monie culturelle qui cherche &#224; imposer un monde in&#233;gal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2013, la situation internationale et dans un tr&#232;s grand nombre de pays est marqu&#233;e par la mont&#233;e des id&#233;ologies racistes, s&#233;curitaires et x&#233;nophobes. Elle se traduit par une double offensive : contre les migrants d'une part et par la criminalisation des mouvements sociaux et citoyens et particuli&#232;rement contre les mouvements de solidarit&#233;. La mont&#233;e de ces id&#233;ologies n'annule pas les contradictions et les r&#233;sistances sont tr&#232;s importantes dans toutes les soci&#233;t&#233;s. Mais, dans de nombreux pays des mouvements qui traduisent les volont&#233;s de souverainet&#233; par des nationalismes conservateurs et des blocs d'extr&#234;me droite, voire fascisants, gagnent des majorit&#233;s &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution peut &#234;tre expliqu&#233;e, en partie, par l'&#233;volution de la mondialisation. Les travaux de Branko Milanovic sur les in&#233;galit&#233;s mondiales mettent en &#233;vidence l'&#233;volution de la mondialisation et ses cons&#233;quences sur les in&#233;galit&#233;s exacerb&#233;es par les politiques d'aust&#233;rit&#233; qui ont suivi la crise de 2008. Les travaux montrent le recul de l'extr&#234;me pauvret&#233;, surtout en Asie, et l'explosion des in&#233;galit&#233;s avec le 1 % des ultras riches et l'explosion de la corruption dans tous les pays. Mais, ces travaux mettent aussi en &#233;vidence le recul du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes des pays riches et &#233;mergents. Il s'agit d'un v&#233;ritable appauvrissement, d'une paup&#233;risation relative. Cette tendance permettrait d'expliquer, en large part, le d&#233;sespoir des couches populaires et moyennes, par exemple le mouvement des gilets jaunes. Elle peut aussi expliquer l'&#233;coute des discours nationalistes et extr&#233;mistes, les votes pour Trump, Bolsonaro, Modi, Orban, Duterte et autres r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle permet aussi de comprendre l'&#233;volution autoritaire et violente du n&#233;olib&#233;ralisme : en perdant l'alliance avec les classes moyennes et certaines couches populaires qui avait fonctionn&#233; au temps du New Deal, le n&#233;olib&#233;ralisme, apr&#232;s la crise de 2008 tourne le dos &#224; une option d&#233;mocratique, m&#234;me relative ; il s'engage dans une version aust&#233;ritaire, m&#234;lant l'aust&#233;rit&#233; &#224; l'autoritarisme et d&#233;veloppe une violence d'Etat agressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport aux urgences et aux dangers des remont&#233;es totalitaires qui occupent l'espace philosophique et politique, l'alliance entre les humanistes et les alternatifs radicaux est essentielle. Elle n&#233;cessite un renouvellement et une r&#233;invention de l'humanisme, au sens d'une philosophie qui vise &#224; l'&#233;panouissement de la personne humaine et au respect de sa dignit&#233;. Elle rappelle l'importance et la f&#233;condit&#233; des d&#233;bats qui ont illustr&#233;, parmi d'autres, l'humanisme chr&#233;tien et la th&#233;ologie de la lib&#233;ration, la r&#233;sistance au stalinisme dans la pens&#233;e marxiste, la critique de l'universalisme occidental, les propositions pour un humanisme &#233;volutif et &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire des tendances totalitaires a &#233;t&#233; acquise au niveau des id&#233;es, des id&#233;ologies. L'extr&#234;me droite a commenc&#233; d&#232;s la fin des ann&#233;es 1970 son offensive contre l'&#233;galit&#233;. En France, en lien avec des cercles aux &#201;tats-Unis, le Club de l'Horloge a men&#233;, avec l'aide de scientifiques et d'intellectuels, une offensive pour affirmer que l'&#233;galit&#233; n'est pas naturelle et que ce sont les in&#233;galit&#233;s qui le sont. Cette offensive a cibl&#233; les libert&#233;s ne d&#233;fendant que la libert&#233; des entreprises et a combattu le droit international dans sa r&#233;f&#233;rence &#224; la D&#233;claration universelle des droits humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ainsi les explications de Gramsci sur l'importance de l'h&#233;g&#233;monie culturelle qui permet &#224; un syst&#232;me de domination de s'imposer en &#233;tant accept&#233; par les couches sociales domin&#233;es. Dans cette bataille culturelle, la d&#233;finition d'un projet, porteur d'une alternative d'&#233;mancipation, est essentielle. [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; 12. Repenser le d&#233;veloppement des soci&#233;t&#233;s et r&#233;inventer la solidarit&#233; internationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; internationale est interpell&#233;e par cette nouvelle situation. Il faut donc en rappeler les fondements et la mani&#232;re de tenir compte des nouvelles conditions. Dans la mesure o&#249; la solidarit&#233; internationale concerne les rapports entre les soci&#233;t&#233;s, il faudra revenir sur la mani&#232;re de comprendre le changement social et l'&#233;volution d'une soci&#233;t&#233; ; il faudra aussi s'interroger sur les rapports entre des soci&#233;t&#233;s et sur les in&#233;galit&#233;s et les rapports de domination qui peuvent caract&#233;riser les rapports entre les soci&#233;t&#233;s ; il faudra enfin s'interroger sur l'&#233;volution du syst&#232;me international. Les r&#233;flexions que nous avons propos&#233;es sur la pens&#233;e du d&#233;veloppement, comme une mani&#232;re de prendre en compte les changements des soci&#233;t&#233;s et de leurs rapports, doivent permettre de prendre en compte la situation actuelle et son &#233;volution par rapport aux ruptures qui ont &#233;t&#233; identifi&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Consid&#233;rons la solidarit&#233; internationale comme une valeur, une strat&#233;gie, des pratiques et un mouvement. Partons de la solidarit&#233; internationale en tant que valeur, examinons quelle strat&#233;gie permet de la d&#233;velopper, prenons en compte les pratiques qui la d&#233;finissent, examinons enfin les acteurs qui portent cette solidarit&#233; et consid&#233;rons qu'il existe des mouvements de solidarit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que valeur, la solidarit&#233; internationale est la dimension internationale de la solidarit&#233;. Il faut donc partir de la solidarit&#233; comme valeur et de l'&#233;volution de sa signification. La solidarit&#233; se distingue progressivement de la charit&#233; et de l'aide d'une part et de l'altruisme d'autre part. La solidarit&#233; traduit le lien entre des personnes qui se consid&#232;rent comme li&#233;es par leur appartenance commune &#224; une communaut&#233; ou &#224; un territoire. En cela, la solidarit&#233; internationale renforce et compl&#232;te la solidarit&#233; en &#233;largissant la communaut&#233; &#224; l'Humanit&#233; et le territoire &#224; la plan&#232;te. La solidarit&#233; est souvent per&#231;ue dans les valeurs fondamentales comme le compl&#233;ment de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233; en &#233;tant plus g&#233;n&#233;rale que l'injonction de fraternit&#233; ou de sororit&#233;. L'actualit&#233; de ces valeurs est renforc&#233;e par les d&#233;rives dans l'explosion des in&#233;galit&#233;s, la remise en cause des libert&#233;s et le renforcement de l'&#233;go&#239;sme. Les soci&#233;t&#233;s sont confront&#233;es &#224; l'inverse de la solidarit&#233; avec la folle d&#233;mesure dans la possession des richesses et dans l'ivresse de la puissance (ce qu'on a appel&#233; l'hubris).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233;, et la solidarit&#233; internationale sont pr&#233;sentes dans des pratiques multiples. C'est ce qu'on a vu dans les relations de travail avec la solidarit&#233; dans les syndicats ouvriers et paysans. C'est ce qu'on a vu aussi avec le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie sociale et solidaire, et particuli&#232;rement avec les coop&#233;ratives agricoles et ouvri&#232;res qui ont tent&#233; d'organiser la solidarit&#233; &#224; travers la coop&#233;ration. C'est aussi le cas des mutuelles quand elles ont r&#233;sist&#233; &#224; leur mutation dans le syst&#232;me bancaire. C'est le cas dans les territoires et dans l'histoire des municipalit&#233;s qui ont conserv&#233; pendant tr&#232;s longtemps des communs. Les pratiques de solidarit&#233; ont r&#233;sist&#233; &#224; la marchandisation, la privatisation et l'&#233;tatisation. Elles sont &#224; la base des propositions telles que les communs et la propri&#233;t&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; internationale a mis en avant des pratiques sp&#233;cifiques. D'abord pendant la d&#233;colonisation, la solidarit&#233; internationale a pris des formes actives dans le soutien, et m&#234;me la participation sous des formes diverses, aux luttes de lib&#233;ration nationale des peuples colonis&#233;s, et aussi aux luttes contre les racismes, les s&#233;gr&#233;gations et les discriminations. Apr&#232;s les ind&#233;pendances, la solidarit&#233; internationale a essay&#233; de s'engager dans la coop&#233;ration, mais l'&#233;volution des &#201;tats d&#233;colonis&#233;s a d&#233;courag&#233; ces tentatives. Les associations de solidarit&#233; internationale ont avanc&#233; une autre proposition, th&#233;orique et pratique, avec le partenariat. L'hypoth&#232;se du partenariat, et son pari, c'est de parvenir &#224; construire des relations d'&#233;galit&#233; alors que les situations sont profond&#233;ment in&#233;gales, du fait des in&#233;galit&#233;s et des dominations entre les soci&#233;t&#233;s auxquelles sont reli&#233;s les partenaires. C'est une option volontariste pour construire et inventer de la solidarit&#233; internationale en contradiction avec le march&#233;, les puissances financi&#232;res, les appareils d'&#201;tat. Suivant les situations ce partenariat peut &#234;tre possible ou impossible, b&#233;n&#233;ficier des contradictions ou au contraire en &#234;tre victime, permettre des marges de man&#339;uvre ou faciliter les r&#233;cup&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; internationale est un mouvement qui s'inscrit dans l'ensemble des mouvements sociaux et citoyens. Faisons l'hypoth&#232;se que tous les mouvements de solidarit&#233; doivent prendre conscience de l'importance de la solidarit&#233; internationale comme prolongement et comme fondement de toutes les actions de solidarit&#233;. Plus g&#233;n&#233;ralement, la solidarit&#233; est constitutive de tous les mouvements sociaux et citoyens ; c'est dans chacun de ces mouvements que na&#238;t et que se construit le sentiment d'appartenance &#224; des communaut&#233;s de destin. Et c'est tout naturellement que se construisent les r&#233;seaux internationaux de familles de mouvements, confront&#233;s &#224; la mondialisation n&#233;olib&#233;rale d'une part, et, d'autre part, heureux de se retrouver en confiance, d'apprendre les uns des autres, de chercher des r&#233;ponses, d'exp&#233;rimenter des pratiques. C'est ce qu'on peut voir avec les mouvements paysans, les syndicats salari&#233;s, les mouvements pour les droits des femmes, les peuples indig&#232;nes, les mouvements d'habitants&#8230; Prenons l'exemple de la Via Campesina ; c'est au niveau international qu'elle a d&#233;fini son programme et fait reconna&#238;tre l'importance des paysanneries. Chaque point de son programme est maqu&#233; par la solidarit&#233; et par la liaison entre le local, le national et le mondial : l'agriculture paysanne ; la biodiversit&#233;, les semences, et le refus des OGM ; la souverainet&#233; alimentaire et le refus de l'OMC ; la r&#233;forme agraire ; le respect des droits humains pour les communaut&#233;s rurales et les militants ; les droits des femmes, des jeunes et des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'altermondialisme est n&#233; de la convergence des mouvements sociaux et citoyens et des r&#233;seaux internationaux de mouvement. Ils ont rendu la solidarit&#233; internationale plus visible. Les forums sociaux mondiaux ont montr&#233; cette convergence ; ils sont encore pr&#233;sents en tant que processus. Une nouvelle phase du mouvement altermondialiste est &#224; inventer. La mondialit&#233;, propos&#233;e par &#201;douard Glissant, permettrait de d&#233;passer l'affrontement entre nationalisme et mondialisme. La multipolarit&#233; permettrait de d&#233;passer les contradictions toujours vivantes entre Nord et Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la continuit&#233; des &#233;chelles est &#224; r&#233;inventer en prenant comme imp&#233;ratif la n&#233;cessit&#233; de la solidarit&#233; internationale. Le local implique la liaison entre les territoires et les institutions d&#233;mocratiques de proximit&#233;, la red&#233;finition d'un municipalisme d'&#233;mancipation. Le niveau national implique la red&#233;finition du politique, de la repr&#233;sentation et de la d&#233;l&#233;gation dans la d&#233;mocratie, le renforcement de l'action publique et le contr&#244;le d&#233;mocratique du pouvoir d'&#201;tat. Les grandes r&#233;gions sont les espaces des politiques environnementales, g&#233;oculturelles et de la multipolarit&#233;. Le niveau mondial est celui de l'urgence &#233;cologique, des institutions internationales, du droit international qui doit s'imposer par rapport au droit des affaires, de la libert&#233; de circulation et d'installation et des droits des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de solidarit&#233; internationale est form&#233; par les mouvements sociaux et citoyens. Il met en avant le respect de la diversit&#233; des mouvements. La mise en avant de contradictions principales ne justifie pas la subordination de certains mouvements &#224; d'autres. C'est ce que signifie l'intersectionnalit&#233; qui ne se limiterait pas aux rapports entre classes, genres et origines. L'&#233;volution des mouvements est aussi &#224; interroger. Dans les forums sociaux, le d&#233;bat a &#233;t&#233; engag&#233; sur l'ong&#233;isation des mouvements et la diff&#233;renciation entre mouvements de mobilisations et mouvements d'influence par rapport &#224; des pouvoirs &#233;tatiques ou d'entreprises. Cette tendance a &#233;t&#233; renforc&#233;e par les Fondations qui sont, avec leurs contradictions, les formes d'un capitalisme philanthropique. Le partenariat doit &#234;tre interrog&#233; en tant que concept et en tant que pratique. Des changements culturels consid&#233;rables sont &#224; l'&#339;uvre qui vont marquer le mouvement de solidarit&#233; internationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Particuli&#232;rement, pour les nouvelles formes g&#233;n&#233;rationnelles d'engagement et les changements dans le rapport individuel/collectif, repenser le d&#233;veloppement, c'est red&#233;finir les strat&#233;gies de changement social. Le mouvement social de solidarit&#233; international rappelle que la transformation de chaque soci&#233;t&#233; ne peut pas &#234;tre envisag&#233;e en dehors du changement du monde. Il s'appuie sur un droit international construit autour du respect des droits fondamentaux. Il propose, en lieu et place d'une d&#233;finition du d&#233;veloppement fond&#233;e sur la croissance productiviste, une concurrence illimit&#233;e et des formes de domination, une strat&#233;gie de la transition &#233;cologique, sociale, d&#233;mocratique et g&#233;opolitique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche propos&#233;e est de partir de la strat&#233;gie des mouvements sociaux et citoyens. De proposer &#224; tous les mouvements, et aux r&#233;seaux internationaux de mouvements, de d&#233;finir leur strat&#233;gie par rapport aux changements et aux ruptures qui caract&#233;risent la situation actuelle et de mettre en &#233;vidence la dimension internationale de ces strat&#233;gies. La nouvelle phase de l'altermondialisme pourra &#234;tre d&#233;finie et construite &#224; partir des strat&#233;gies des mouvements sociaux et citoyens et de leurs r&#233;seaux internationaux. [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Ce texte est une contribution au d&#233;bat ouvert par le CRID sur la red&#233;finition de la solidarit&#233; internationale. La premi&#232;re &#233;bauche de ce texte a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e &#224; l'invitation de l'AG de la R&#233;gion Ile de France du CCFD, le 13 octobre 2018, autour du th&#232;me : repenser le d&#233;veloppement pour repenser le CCFD.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Gustave Massiah, avec &#201;lise Massiah, Une strat&#233;gie altermondialiste, Ed La D&#233;couverte, 2011. &lt;a href=&#034;https://livre.fnac.com/a2892696/Gustave-Massiah-Une-strategie-altermondialiste &#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://livre.fnac.com/a2892696/Gustave-Massiah-Une-strategie-altermondialiste&#160;&lt;/a&gt; ? &#8211; On y trouvera de nombreux d&#233;veloppements sur les questions abord&#233;es dans ce texte&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Voir AITEC, Vous avez dit progr&#232;s ? Sciences, progr&#232;s et d&#233;veloppement, Archim&#232;de et L&#233;onard, cahiers n&#176; 10, 1993 ; Thomas Coutrot et Michel Husson, Les destins du Tiers-Monde. Quarante ans de d&#233;veloppement en perspective, Ed Nathan, 1993 ; Suzanne Tremblay, Du concept de d&#233;veloppement au concept d'apr&#232;s d&#233;veloppement, trajectoires et rep&#232;res th&#233;oriques, UQAC, 1999 &#8212; &lt;a href=&#034;https://constellation.uqac.ca/2029/1/12056864T1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://constellation.uqac.ca/2029/1/12056864T1.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Samir Amin, Le D&#233;veloppement in&#233;gal, Ed de Minuit, 1973&lt;br class='autobr' /&gt;
Elsa Assidon, Les th&#233;ories &#233;conomiques du d&#233;veloppement, Ed La D&#233;couverte, coll Rep&#232;res, 2002 ; Gustave Massiah, Humanitaires et altermondialistes, octobre 2006 ; Gustave Massiah, La r&#233;forme de l'ONU et le mouvement altermondialiste, Aout 2004 ; &#201;ric Toussaint, Les mensonges th&#233;oriques de la Banque Mondiale, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org&lt;/a&gt;, juin 2019 ; Nations Unies &#8212; D&#233;claration sur le droit au d&#233;veloppement, 1986 ; Pierre Salama et Tran Hai Hac, Introduction &#224; l'&#233;conomie de Marx, Ed La D&#233;couverte, coll Rep&#232;res, 1992&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Voir AITEC, Le FMI ou comment s'en d&#233;barrasser, Archim&#232;de et L&#233;onard Cahiers N&#176; 1, 1989&lt;br class='autobr' /&gt;
ATTAC, &lt;a href=&#034;http://www.france.attac.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.france.attac.org&lt;/a&gt; ; Susan George, Jusqu'au cou : enqu&#234;te sur la dette du tiers monde, Ed La d&#233;couverte, 1988&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Voir Attac, L'ab&#233;c&#233;daire engag&#233; : D'altermondialime &#224; zapatisme, Ed Les Liens qui lib&#232;rent, 2018 ; Eddy Fougier, &#171; Altermondialisme : contre-pouvoir global ou grande alternative ? &#187;, Ed CERISCOPE Puissance, 2013 ; Gustave Massiah, avec &#201;lise Massiah, Une strat&#233;gie altermondialiste, Ed La D&#233;couverte, 2011&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Voir Genevi&#232;ve Azam, Le temps du monde fini, vers l'apr&#232;s capitalisme, Ed les Liens qui lib&#232;rent, 2010 ; Christophe Bonneuil, l'&#233;v&#233;nement anthropoc&#232;ne, Ed Le Seuil, 2013 ; Ren&#233; Dumont, L'utopie ou la mort, Ed Le Seuil, 1973 ; Gustave Massiah, migrations environnementales et villes durables, Aout 2016&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Voir plus loin Christophe Aguiton, La gauche du 21e si&#232;cle, enqu&#234;te sur une refondation, Ed La D&#233;couverte, 2017 ; Gilbert Achcar, Le Soudan et l'Alg&#233;rie reprennent-ils le flambeau du &#171; printemps arabe &#187;, Le Monde Diplomatique juin 2019 ; Gustave Massiah, Un nouveau monde qui tarde &#224; appara&#238;tre, octobre 2016&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Voir plus loin Samir Amin, L'Accumulation &#224; l'&#233;chelle mondiale, Ed Anthropos, 1970&lt;br class='autobr' /&gt;
Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein, Race, Nation, Classe, Ed La D&#233;couverte 2007 ; Fernand Braudel, la Grammaire des civilisations, Ed Flammarion, 2008 ; Immanuel Wallerstein, Comprendre le monde, l'analyse des syst&#232;mes mondes, Ed La D&#233;couverte, 2009&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Voir G&#233;rard Chaliand, Anthologie mondiale de la strat&#233;gie, Ed Robert Laffont, 2001&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Voir Facundo Alvaredo, Lucas Chancel, Thomas Piketty, Emmanuel Saez, Gabriel Zucman, Rapport sur les in&#233;galit&#233;s mondiales, World Inequality Lab, 2018 &#8212; &lt;a href=&#034;https://wir2018.wid.world/files/download/wir2018-summary-french.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wir2018.wid.world/files/download/wir2018-summary-french.pdf&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Salama, Le d&#233;fi des in&#233;galit&#233;s, Ed La D&#233;couverte, 2006&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Voir Gustave Massiah, R&#233;sister c'est cr&#233;er, cr&#233;er c'est transformer, le FSM de Salvador de Bahia, 2017 ; Gustave Massiah, Vers un nouveau cycle de l'altermondialisme, f&#233;vrier 2017&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Voir Fran&#231;ois Ch&#226;telet, Histoire des id&#233;ologies, Ed Marabout, 1978 (Les mondes divins, l'Eglise et l'&#201;tat, Savoir et pouvoir) ; Branko Milanovic, In&#233;galit&#233;s mondiales : le destin des classes moyennes, les ultras riches et l'&#233;galit&#233; des chances, Ed La D&#233;couverte, 2019 ;, Geoffrey Pleyers &#171; Fran&#231;ois Houtart, une sociologie de la lib&#233;ration &#187;, Topologik, vol. 22, no 2,&#8206; 2017.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Voir&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Beaudet, Dominique Caouette, Abdelhamid Benhmade, Paul Haslam, Enjeux et d&#233;fis du d&#233;veloppement international (sous la direction de), Presses de l'Universit&#233; d'Ottawa, 2019 ; Pierre Beaudet et Thierry Drapeau, L'internationale sera le genre humain, Ed M, 2015, &lt;a href=&#034;https://livre.fnac.com/Thierry-Drapeau-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://livre.fnac.com/Thierry-Drapeau-&lt;/a&gt; ; Roger Martelli, La bataille des mondes. &#171; Pour la d&#233;mondialisation, tapez 1 ; pour la mondialit&#233;, tapez 2 &#187;, Ed Fran&#231;ois Bourrin, 2013 ; Gustave Massiah, L'internationalisme, une culture et un engagement, Ritimo, 2019&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article de Gus Massiah est aussi disponible sur &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article49710&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article49710&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>PLUS JAMAIS &#199;A ! UN MONDE &#192; RECONSTRUIRE</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/PLUS-JAMAIS-CA-UN-MONDE-A-RECONSTRUIRE</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/PLUS-JAMAIS-CA-UN-MONDE-A-RECONSTRUIRE</guid>
		<dc:date>2020-06-03T15:34:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Coalition d'organisations citoyennes, syndicales et &#233;cologistes</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-06-02</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le contexte de &#171; d&#233;confinement progressif &#187; est encore tr&#232;s incertain et beaucoup d&#233;pend de param&#232;tres que personne ne ma&#238;trise, comme la mise au point d'un vaccin ou la d&#233;couverte de traitements efficaces contre le Covid-19. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment dans les p&#233;riodes de choc d'imm&#233;diat apr&#232;s-crise que l'histoire s'acc&#233;l&#232;re, que les bifurcations sont engag&#233;es ou pas, que les d&#233;cisions prises conditionnent pour une longue p&#233;riode la construction du futur. L'exp&#233;rience toute r&#233;cente est source (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Articles-du-bulletins-" rel="directory"&gt;Articles des bulletins&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Quebec-16-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-06-02-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-06-02&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH101/arton43877-7e657.png?1781304929' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le contexte de &#171; d&#233;confinement progressif &#187; est encore tr&#232;s incertain et beaucoup d&#233;pend de param&#232;tres que personne ne ma&#238;trise, comme la mise au point d'un vaccin ou la d&#233;couverte de traitements efficaces contre le Covid-19. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment dans les p&#233;riodes de choc d'imm&#233;diat apr&#232;s-crise que l'histoire s'acc&#233;l&#232;re, que les bifurcations sont engag&#233;es ou pas, que les d&#233;cisions prises conditionnent pour une longue p&#233;riode la construction du futur. L'exp&#233;rience toute r&#233;cente est source de prises de conscience et de r&#233;flexions de plus long terme sur lesquelles nous entendons bien nous appuyer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis plusieurs mois, des organisations syndicales et associatives convergent, convaincues que les r&#233;ponses aux urgences sociales et &#233;cologiques doivent &#234;tre construites ensemble. La crise qui a &#233;clat&#233; en ce d&#233;but d'ann&#233;e 2020 montre une fois de plus la n&#233;cessit&#233; de changer de syst&#232;me. C'est pourquoi nos organisations ont constitu&#233; un front &#233;largi et in&#233;dit pour initier une tribune, puis une p&#233;tition et un appel aux mobilisations du 1er mai. Nous pensons que le moment est venu de pr&#233;ciser les contours du &#171; plus jamais &#231;a &#187; que nous mettions en avant dans cette tribune le 18 mars et auquel nous entendons d&#233;sormais donner plus de corps. D&#233;sormais il est n&#233;cessaire de d&#233;passer l'effet de sid&#233;ration paralysant que g&#233;n&#232;re le traumatisme de la crise sanitaire. Il s'agit d'amener la population &#224; se saisir de ce moment pour exiger que des enseignements en soient tir&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le sens de ces mesures que nous versons au d&#233;bat. Elles sont volontairement pr&#233;cises et le plus souvent chiffr&#233;es. Il ne s'agit pas, cependant, de pr&#233;senter un plan fig&#233;, ficel&#233; et d&#233;finitif. Au contraire, ces propositions ont vocation &#224; &#234;tre soumises au d&#233;bat public et sont amen&#233;es &#224; &#234;tre compl&#233;t&#233;es. La relative pr&#233;cision des mesures pr&#233;sent&#233;es poursuit deux objectifs. D'abord, signifier que nous ne nous contenterons plus des grands mots, des d&#233;clarations d'intention, des formulations creuses. Nous voulons d&#233;montrer, &#224; travers l'articulation de mesures de court et de long terme, le pragmatisme et l'ancrage dans le r&#233;el de notre d&#233;marche. Ensuite, notre but est de faire la d&#233;monstration qu'il y a des alternatives au capitalisme n&#233;olib&#233;ral, productiviste et autoritaire, et que ces alternatives sont cr&#233;dibles, d&#233;sirables et r&#233;alisables, &#224; condition que la volont&#233; politique et les moyens financiers soient enfin mis au service des objectifs de transformation sociale et de pr&#233;servation de l'environnement, au lieu de les soumettre aux pressions et d&#233;sid&#233;ratas des lobbies. Du reste, un grand nombre de ces alternatives rel&#232;vent d'un d&#233;j&#224;-l&#224; qu'il s'agit de conforter, de r&#233;nover et de g&#233;n&#233;raliser, que ce soient les grands syst&#232;mes collectifs mis en place dans le cadre de l'&#201;tat social (protection sociale, services publics, etc.) ou les alternatives concr&#232;tes qui sont souvent autant de possibles si leur g&#233;n&#233;ralisation est envisag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure est aux urgences sanitaires et sociales et &#224; la satisfaction des besoins essentiels de la population, dans le respect des droits d&#233;mocratiques : les semaines &#224; venir seront d&#233;cisives et le gouvernement doit urgemment changer de logiciel, pour r&#233;pondre aux objectifs qui s'imposent et que nous nous fixons dans les deux premi&#232;res parties de ce plan de sortie de crise. En particulier doit &#234;tre lanc&#233; un vaste plan de renforcement et de d&#233;veloppement des services publics. Au mois de juin, sera pr&#233;sent&#233;e une nouvelle loi de finance rectificative : si l'on veut que cette crise ne soit pas l'occasion de plans d'aust&#233;rit&#233; et de nouvelles r&#233;gressions sociales, si l'on souhaite partager les richesses et financer la transition &#233;cologique, alors il faut refonder le syst&#232;me bancaire et financier et la fiscalit&#233;. C'est tout l'objet de la troisi&#232;me partie. Enfin, face aux plans de relance du gouvernement, qui ne font que relancer un syst&#232;me profond&#233;ment insoutenable, nous en appelons dans la derni&#232;re partie &#224; des mesures courageuses, permettant une reconversion sociale et &#233;cologique de la production agricole, industrielle et de services, pour &#224; la fois cr&#233;er des centaines de milliers d'emplois de qualit&#233; et cesser les activit&#233;s les plus n&#233;fastes pour les populations et la plan&#232;te. Cette reconversion doit &#234;tre aussi l'occasion d'une relocalisation des activit&#233;s, qui s'accompagnerait de mesures fortes de solidarit&#233; europ&#233;enne et internationale, que nous pr&#233;cisons &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce document se veut donc une contribution et m&#234;me un appel au d&#233;bat public. D&#233;battons partout, mobilisonsnous sur le terrain pour changer le syst&#232;me et exiger des pouvoirs publics des transformations radicales ! Changer en profondeur le monde qui a rendu cette crise aussi violente est l'affaire de toutes et tous, le monde d'apr&#232;s sera celui que nous serons capables de reconstruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire le PDF - cliquez sur l'ic&#244;ne&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5142 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.pressegauche.org/IMG/pdf/le_plan_de_sortie_de_crise.pdf?5142/ba1754819cf4c7eb46b25ed6ea0283124af9ec71d3fa1749bb7d52c27e6e3e24' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 483.8 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1781022450' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PLAN DE SORTIE DE CRISE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. LES CONDITIONS POUR UN D&#201;CONFINEMENT ASSURANT LA S&#201;CURIT&#201; SANITAIRE, LA D&#201;MOCRATIE ET LES DROITS FONDAMENTAUX&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif 1 : Garantir &#224; toutes et tous les mesures de protection et de pr&#233;vention&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure 1 : La gratuit&#233; des masques et l'acc&#232;s aux tests pour toutes et tous &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 2 : Un plan d'urgence pour l'h&#244;pital public &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 3 : Un plan contre les violences faites aux femmes &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 4 : Garantir la s&#233;curit&#233; au travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif 2 : Assurer la s&#233;curit&#233; sanitaire en renfor&#231;ant les droits d&#233;mocratiques et individuels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure 5 : La lev&#233;e de l'&#201;tat d'urgence sanitaire &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 6 : Le renforcement des droits des travailleuses et des travailleurs &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 7 : Pour les droits des femmes et contre le sexisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 8 : Pour les droits des &#233;tranger&#183;&#232;res et personnes incarc&#233;r&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. R&#201;PONDRE &#192; LA CRISE SOCIALE, ICI ET AILLEURS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif 3 : Du travail pour toutes et tous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure 9 : Hausse des salaires &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 10 : Le maintien des droits pour les intermittent&#183;es, l'indemnisation des ch&#244;meur&#183;euses &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 11 : La r&#233;duction et le partage du temps de travail &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 12 : L'interdiction des licenciements dans les entreprises qui font du profit &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 13 : La revalorisation imm&#233;diate des salaires et des carri&#232;res des femmes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif 4 : Garantir la satisfaction des besoins essentiels&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure 14 : Pour la cr&#233;ation d'emplois dans l'agriculture &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 15 : Pour un droit garanti au revenu et &#224; la protection sociale pour toutes et tous &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 16 : Pour l'acc&#232;s &#224; une alimentation de qualit&#233; pour toutes et tous &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 17 : Pour l'acc&#232;s et le droit au logement de qualit&#233; pour toutes et tous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif 5 : Pour une r&#233;elle solidarit&#233; internationale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure 18 : Engager des annulations de dettes des pays les plus pauvres &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 19 : Pour un fonds d'aides internationales &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 20 : La mutualisation des savoirs et des brevets pour garantir l'acc&#232;s mondial &#224; l'innovation et la coop&#233;ration sur les biens m&#233;dicaux &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 21 : Pour la souverainet&#233; alimentaire pour tous les peuples&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. L'&#171; ARGENT MAGIQUE &#187; EXISTE : IL SUFFIT D'ALLER LE CHERCHER AU BON ENDROIT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif 6 : Reprendre le contr&#244;le sur le monde de la finance et la dette publique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure 22 : Pour une politique mon&#233;taire et prudentielle au service des besoins sociaux et environnementaux esure 23 : R&#233;guler les activit&#233;s bancaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif 7 : Plus de justice fiscale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure 24 : Pour une imposition plus juste et progressive des revenus et du patrimoine &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 25 : Lutter efficacement contre la fraude et l'&#233;vasion fiscale &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 26 : Renforcer la taxation des transactions financi&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 27 : Supprimer les niches fiscales inutiles et les exon&#233;rations nocives pour le climat, la biodiversit&#233; et la lutte contre les in&#233;galit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. POUR UNE RECONVERSION &#201;COLOGIQUE ET SOCIALE DES ACTIVIT&#201;S&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif 8 : Accompagner durablement la reconversion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure 28 : Une loi pour soumettre les entreprises &#224; l'Accord de Paris et interdire les dividendes climaticides &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 29 : L'arr&#234;t des soutiens publics aux acteurs polluants &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 30 : Accompagner la reconversion via des syst&#232;mes de formation et d'enseignement-recherche r&#233;nov&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objectif 9 : Transformer nos modes de production, de mobilit&#233;s et de consommation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesure 31 : Stopper toutes les n&#233;gociations et finalisations d'accords de commerce et d'investissement&lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 32 : Repenser les mobilit&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 33 : Une loi pour b&#226;tir une &#233;conomie de sobri&#233;t&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesure 34 : Un plan de transition sociale et &#233;cologique de l'agriculture et de l'alimentation&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. LES CONDITIONS POUR UN D&#201;CONFINEMENT ASSURANT LA S&#201;CURIT&#201; SANITAIRE, LA D&#201;MOCRATIE ET LES DROITS FONDAMENTAUX&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a des services qui doivent &#234;tre plac&#233;s en dehors des lois du march&#233; &#187; d&#233;clare E. Macron le 12 mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant depuis le d&#233;but de la gestion de la crise, c'est la poursuite du syst&#232;me &#233;conomique d'avant qui a &#233;t&#233; la &#171; pr&#233;occupation &#187; centrale du gouvernement, au d&#233;triment de la sant&#233;. Ce n'est que contraint et forc&#233; par la r&#233;alit&#233; de la pand&#233;mie qu'il a commenc&#233; &#224; commander des masques, &#224; pratiquer des tests, &#224; prendre des mesures pour &#233;viter la propagation du Covid-19. Mais il a laiss&#233; continuer le travail dans des secteurs non essentiels exposant des centaines de milliers de personnes et leurs familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sant&#233; est plus que jamais une priorit&#233; absolue. Les politiques n&#233;olib&#233;rales ont fait totalement faillite et la pand&#233;mie a d&#233;montr&#233; que le syst&#232;me de sant&#233; doit &#233;chapper &#224; une gestion priv&#233;e. Il est urgent de r&#233;inventer un syst&#232;me public de sant&#233;, d'action sociale et de s&#233;curit&#233; sociale pour satisfaire les besoins de la population. Nous proposons en ce sens des mesures d'urgence pour prot&#233;ger chacun&#183;e en mettant &#224; disposition ce qui est indispensable &#224; sa s&#233;curit&#233;, mais aussi de renforcer le service public de sant&#233;, gravement affaibli, de lutter contre les violences faites aux femmes et de garantir la s&#233;curit&#233; des travailleur&#183;euses en leur donnant les outils n&#233;cessaires et en renfor&#231;ant l'effectivit&#233; des droits. Dans un m&#234;me mouvement, nous voulons sortir de l'&#233;tat d'exception dans lequel se trouve notre pays et que des mesures plus p&#233;rennes soient prises pour garantir les droits des femmes, des &#233;tranger&#183;&#232;res, des jeunes et des travailleur&#183;euses. Combattre les discriminations jusqu'au coeur des institutions est absolument indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIF 1 : GARANTIR &#192; TOUTES ET TOUS LES MESURES DE PROTECTION ET DE PR&#201;VENTION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 1 : La gratuit&#233; des masques et l'acc&#232;s aux tests pour toutes et tous&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous demandons la distribution gratuite des masques pour toutes et tous, &#224; la charge des entreprises pour les salari&#233;&#183;es et &#224; la charge de l'Etat, sous le contr&#244;le des collectivit&#233;s territoriales, pour le reste de la population. Les profits de la grande distribution sur un bien essentiel ne sont pas acceptables. La gratuit&#233; des tests et leur accessibilit&#233; doivent &#234;tre garantis. Partout l'acc&#232;s au gel et aux points d'eau doivent &#234;tre effectifs. Les protections n&#233;cessaires aux personnels soignants doivent &#234;tre enfin disponibles. Enfin, un plan de production du mat&#233;riel n&#233;cessaire doit &#234;tre engag&#233; avec r&#233;quisition des usines et entreprises en capacit&#233; de produire masques et mat&#233;riel m&#233;dical, ce qui commence par l'arr&#234;t de tous les PSE et fermetures de sites (exemples de Plaintel, Luxfer ou Famar).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 2 : Un plan d'urgence pour l'h&#244;pital public&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve vient d'&#234;tre donn&#233;e que le syst&#232;me de sant&#233; d'un pays peut g&#233;n&#233;rer ou au contraire compenser les in&#233;galit&#233;s. Dans ce syst&#232;me global, l'h&#244;pital public est un outil indispensable pour que l'Etat puisse garantir l'acc&#232;s gratuit aux soins de qualit&#233; sur l'ensemble du territoire. Il faut en urgence former et embaucher du personnel avec un 1er plan de 100 000 recrutements, augmenter les salaires en assurant l'&#233;galit&#233; avec les personnels &#233;trangers, supprimer la s&#233;lection et cr&#233;er des places dans les formations de sant&#233;, annuler la dette des h&#244;pitaux et augmenter leurs budgets d'au moins 5 %. Ces premi&#232;res mesures doivent permettre d'am&#233;liorer le fonctionnement de l'ensemble des services et d'ouvrir des lits en nombre suffisant au quotidien comme en p&#233;riode de crise sanitaire. Tous les plans de restructuration et de fermetures de sites ou de services doivent &#234;tre stopp&#233;s et une logique de coop&#233;ration doit &#234;tre mise en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 3 : Un plan contre les violences faites aux femmes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s l'annonce du confinement, les associations f&#233;ministes ont alert&#233; les pouvoirs publics des risques accrus de violences familiales. Elles n'ont pas &#233;t&#233; entendues, les difficult&#233;s rencontr&#233;es avant le confinement ont &#233;t&#233; amplifi&#233;es. Il est de la responsabilit&#233; du gouvernement de soutenir massivement le recours &#224; l'ordonnance de protection pour &#233;loigner les partenaires violents, d'assurer un accueil permanent pour les femmes et les enfants dans chaque commune, de garantir les moyens pour les associations de terrain. Un programme de pr&#233;vention doit &#234;tre engag&#233; en concertation avec ces associations : formation des policier&#183;es, des magistrat&#183;es, des personnels soignants afin que le recueil de la parole en mati&#232;re de violences de genre et &#224; leur identification soient garantis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 4 : Garantir la s&#233;curit&#233; au travail&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le confinement puis le d&#233;confinement les travailleur&#183;euses ont &#233;t&#233; mis en danger au travail. Les principes de pr&#233;caution doivent s'appliquer tout comme les obligations de s&#233;curit&#233; des employeur&#183;euses, ce qui passe par le r&#233;tablissement complet de leur responsabilit&#233; p&#233;nale qu'ils soient priv&#233;s ou publics. L'activit&#233; doit &#234;tre suspendue jusqu'&#224; la mise en place des mesures de protection en association avec les repr&#233;sentant&#183;es des salari&#233;&#183;es et il faut assurer le droit effectif des travailleur&#183;euses &#224; utiliser leur droit de retrait en cas de danger grave et imminent. Chaque travailleur&#183;euse touch&#233;&#183;e par le virus doit b&#233;n&#233;ficier de la reconnaissance automatique en accident du travail ou en maladie professionnelle. L'inspection et la m&#233;decine du travail doivent &#234;tre renforc&#233;es, avec la garantie de leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des employeur&#183;euses. Les pouvoirs des repr&#233;sentant&#183;es du personnel doivent &#234;tre aussi renforc&#233;s par le r&#233;tablissement et l'&#233;largissement des pr&#233;rogatives des CHSCT qui sont un outil d'alerte et de contr&#244;le important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIF 2 : ASSURER LA S&#201;CURIT&#201; SANITAIRE EN RENFOR&#199;ANT LES DROITS D&#201;MOCRATIQUES ET INDIVIDUELS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 5 : La lev&#233;e de l'&#201;tat d'urgence sanitaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La logique de protection, n&#233;cessaire en p&#233;riode de crise, est trop souvent remplac&#233;e par une volont&#233; de contr&#244;le et de p&#233;nalisation. L'&#233;tat d'urgence sanitaire est un monstre juridique qui donne des pouvoirs consid&#233;rables &#224; l'ex&#233;cutif, dessaisit le Parlement et fait reculer l'acc&#232;s &#224; la justice, il faut mettre fin notamment aux mesures liberticides et r&#233;gressives qu'il contient en urgence ! La multiplication des contr&#244;les a pes&#233; fortement dans les quartiers populaires, qui sont aussi ceux qui regroupent les &#171; premier&#183;i&#232;res de corv&#233;e &#187;, g&#233;n&#233;rant des violences polici&#232;res. Il y a urgence &#224; r&#233;tablir les libert&#233;s individuelles et collectives de se d&#233;placer, de se r&#233;unir et de manifester. Une communication scientifique sur le virus doit permettre d'avoir acc&#232;s aux informations permettant de se prot&#233;ger, sans qu'il soit recouru &#224; des mesures de confinement individuel impos&#233; ou de fichage, sans respect du droit au secret m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 6 : Le renforcement des droits des travailleuses et des travailleurs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les lieux de travail, comme ailleurs, l'urgence sanitaire s'est traduite en une perte de droits (aux cong&#233;s, d'intervention, de circuler pour les repr&#233;sentant&#183;es syndicaux, etc.), l'ensemble des mesures d&#233;rogatoires doivent &#234;tre lev&#233;es. La crise doit au contraire pousser au renforcement des droits et de la protection des travailleur&#183;euses, quels que soient leur statut, leur nationalit&#233;. Les travailleur&#183;euses d&#233;tach&#233;&#183;es doivent b&#233;n&#233;ficier des m&#234;mes droits que ceux du pays d'accueil. Il faut r&#233;tablir l'aide &#224; la recherche du premier emploi pour les jeunes. Les plus pr&#233;caires sont celles et ceux qui ont &#233;t&#233; les plus contraint&#183;es de poursuivre leur activit&#233; m&#234;me si elle les mettait en danger, les travailleur&#183;euses ind&#233;pendant&#183;es sont vuln&#233;rables face &#224; un arr&#234;t brutal de l'&#233;conomie. Nous demandons un alignement de leur protection et droits sociaux sur le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral. Par ailleurs, l'acc&#232;s &#224; l'assurance ch&#244;mage doit permettre une vie digne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 7 : Pour les droits des femmes et contre le sexisme&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le confinement a d&#233;montr&#233; combien les femmes jouent un r&#244;le essentiel dans notre soci&#233;t&#233;. Elles sont sur repr&#233;sent&#233;es dans nombre de professions essentielles, des infirmi&#232;res aux aides &#224; domicile, des enseignantes aux caissi&#232;res. L'&#233;galit&#233; de leurs droits n'est pour autant pas encore effective que ce soit au travail ou dans la soci&#233;t&#233;. Une r&#233;elle protection contre le harc&#232;lement sexiste et sexuel au travail doit &#234;tre mise en place : proc&#233;dures internes et application de la loi, formation sp&#233;cifique pour les personnels. La situation exceptionnelle de crise sanitaire n&#233;cessite des d&#233;lais rallong&#233;s pour l'acc&#232;s &#224; l'IVG. L'&#233;ducation &#224; l'&#233;galit&#233; femmes-hommes d&#232;s le plus jeune &#226;ge doit &#234;tre une priorit&#233;. Les femmes sont sousrepr&#233;sent&#233;es et invisibilis&#233;es dans les lieux de pouvoir, comme a pu le d&#233;montrer la crise du Covid-19, alors qu'elles sont en premi&#232;re ligne. Le gouvernement doit prendre des mesures ambitieuses en faveur de l'&#233;galit&#233; et de la parit&#233; pour assurer une juste repr&#233;sentation des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 8 : Pour les droits des &#233;tranger&#183;&#232;res et personnes incarc&#233;r&#233;es&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gularisation des sans-papiers et la fermeture des CRA doivent permettre l'acc&#232;s aux droits et d'&#233;viter les contaminations. Des mesures imm&#233;diates pour r&#233;pondre &#224; l'accueil des r&#233;fugi&#233;&#183;es et sans papiers (logements, aide &#224; la reprise de formation&#8230;) doivent &#234;tre prises. Il est urgent aussi, pour limiter les risques de crise sanitaire en d&#233;tention, de r&#233;duire drastiquement le nombre de personnes d&#233;tenues. Il faut limiter le nombre des entr&#233;es : privil&#233;gier les peines alternatives &#224; l'incarc&#233;ration, limiter fortement les audiences de comparution imm&#233;diate, particuli&#232;rement pourvoyeuses d'incarc&#233;ration. En parall&#232;le, il faut faire sortir de prison toutes les personnes qui peuvent l'&#234;tre : lib&#233;ration sous contr&#244;le judiciaire des pr&#233;venu&#183;es, am&#233;nagements de peine et anticiper la lib&#233;ration des personnes en fin de peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; fait face depuis trois mois &#224; une situation in&#233;dite, une crise sanitaire d'ampleur. Si l'h&#244;pital a tenu, malgr&#233; les plans d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;s depuis de nombreuses ann&#233;es, c'est bien du fait de la mobilisation des personnels. Ce ne sont pas les premiers de cord&#233;e, b&#233;n&#233;ficiaires des politiques n&#233;olib&#233;rales, qui ont permis &#224; notre soci&#233;t&#233; de tenir, mais bien le travail de salari&#233;&#183;es et de fonctionnaires d'ordinaire peu consid&#233;r&#233;&#183;es, peu valoris&#233;&#183;es, au statut parfois pr&#233;caire. L'utilit&#233; sociale des activit&#233;s n&#233;cessaires au bon fonctionnement de la soci&#233;t&#233; ces derni&#232;res semaines doit &#234;tre reconnue. La crise doit conduire l'&#201;tat, les branches professionnelles et les entreprises, &#224; prendre de nouveaux engagements pour revaloriser tous ces emplois &#224; pr&#233;dominance f&#233;minine. L'&#201;tat se doit de donner l'exemple, en tant qu'employeur, en revalorisant imm&#233;diatement les emplois et carri&#232;res &#224; pr&#233;dominance f&#233;minine de la fonction publique. Il doit aussi s'engager en tant que financeur des secteurs sanitaires, sociaux, &#233;ducatifs et de la d&#233;pendance. Reconstruisons un syst&#232;me de sant&#233; et de protection sociale de haute qualit&#233;, universel, socialis&#233;, dont les seuls profits seront le bien-&#234;tre collectif. D&#233;veloppons les services publics, en embauchant des personnels fonctionnaires, pour l'&#201;ducation Nationale, les universit&#233;s, la recherche publique, mais &#233;galement les collectivit&#233;s territoriales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour satisfaire les besoins sociaux, sanitaires, environnementaux, il faut une politique s'appuyant sur les citoyen&#183;nes, une politique d'&#233;mancipation et non de r&#233;pression. Nous n'avons pas besoin d'une gestion de crise paternaliste et r&#233;pressive, nous exigeons au contraire un &#201;tat qui s'adresse aux citoyen&#183;nes avec coh&#233;rence, franchise, avec des directives claires et pr&#233;cises, dont l'application sera permise par un rapport de confiance et non par la sanction et la r&#233;pression. Dans ce contexte, la question de l'information est d&#233;cisive. Elle doit &#233;clairer le d&#233;bat et les choix &#224; op&#233;rer. Ceci impose de faire reculer l'emprise du pouvoir politique sur le secteur public de l'information et la domination du secteur priv&#233; de l'information par une poign&#233;e de milliardaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. R&#201;PONDRE &#192; LA CRISE SOCIALE, ICI ET AILLEURS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La crise sociale li&#233;e au coronavirus court &#224; travers le monde et touche des millions de personnes en France. D&#233;j&#224;, le MEDEF et une partie de la classe politique veulent mettre en place des mesures qui ne visent qu'&#224; une seule chose : maintenir le taux de profit des grands groupes pour maintenir les dividendes vers&#233;s aux actionnaires. Leurs propositions sont bien connues : nous faire travailler plus et plus longtemps en laissant le ch&#244;mage et la mis&#232;re s'accro&#238;tre. Les risques de licenciements massifs et de pr&#233;carisation accrue sont bien r&#233;els. Le &#171; remboursement de la dette &#187; peut &#234;tre utilis&#233; pour &#233;trangler les populations, ici et ailleurs. Pourtant, rien n'est in&#233;luctable. Il est possible d'aller vers un autre avenir que celui qu'on va chercher &#224; nous imposer. Oui il y a des alternatives ! Nous avons des propositions concr&#232;tes pour r&#233;pondre &#224; la crise sociale et pour aller vers une soci&#233;t&#233; du bien-&#234;tre pour toutes et tous, qui ne laisse personne sur le bas-c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps de garantir &#224; toutes et tous l'acc&#232;s au travail et &#224; des revenus qui permettent de vivre avec dignit&#233;, &#224; un logement stable, d&#233;cent et &#224; une protection sociale universelle. Nous avons les moyens de satisfaire les besoins essentiels de l'ensemble de la population, il faut agir rapidement dans ce sens. Nous avons une vision qui d&#233;passe les fronti&#232;res : nous voulons faire en sorte que la solidarit&#233; internationale soit concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIF 3 : DU TRAVAIL POUR TOUTES ET TOUS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 9 : Une hausse des salaires&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice sociale passe par une hausse cons&#233;quente des salaires, pour que chacun&#183;e puisse vivre dignement de son travail. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale nous voulons des hausses de salaires et non des primes : comme premi&#232;re mesure l'augmentation uniforme et &#233;gale pour toutes et tous avec un minimum de 200 euros, pas de salaires en-dessous de 1700 euros nets, le d&#233;gel et hausse du point d'indice pour la fonction publique. La prise en compte de l'exp&#233;rience et des savoir-faire de chacun&#183;e et la reconnaissance des dipl&#244;mes et formations. Pour permettre &#224; chacun&#183;e d'avoir acc&#232;s &#224; un minimum d&#233;cent, il est n&#233;cessaire de poser des limites &#224; l'in&#233;galit&#233; des revenus, donc d'instaurer un plafonnement des salaires et des revenus et de fixer un &#233;cart maximum entre le plus haut salaire et le salaire minimum, prenant en compte le salaire m&#233;dian ; l'&#233;cart doit &#234;tre rendu public et faire l'objet d'un d&#233;bat d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 10 : Le maintien des droits pour les intermittent&#183;es, l'indemnisation des ch&#244;meur&#183;euses&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme de l'assurance ch&#244;mage et le d&#233;cret du 28 d&#233;cembre 2018 sur le contr&#244;le des ch&#244;meur&#183;euses doivent &#234;tre abrog&#233;s. Le d&#233;compte des p&#233;riodes d'indemnisation, y compris pour les intermittent&#183;es doit &#234;tre suspendu pendant toute la crise actuelle avec maintien des droits. Le ch&#244;mage partiel doit &#234;tre indemnis&#233; &#224; 100 % et les soci&#233;t&#233;s d'int&#233;rim doivent y avoir acc&#232;s pour que les int&#233;rimaires soient prot&#233;g&#233;&#183;es. Tous les travailleur&#183;euses, CDD, int&#233;rimaires, vacataires, ind&#233;pendant&#183;es doivent &#234;tre prot&#233;g&#233;&#183;es. Pour les intermittent&#183;es, il faut prolonger les droits de toute la p&#233;riode d'impossibilit&#233; de travailler normalement, allong&#233;e d'un an. Il faut &#233;galement soutenir celles et ceux qui n'ont pu obtenir une ouverture de droits &#224; cause de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 11 : La r&#233;duction et le partage du temps de travail&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partage du temps de travail est indispensable pour donner acc&#232;s &#224; toutes et tous au travail et gagner en qualit&#233; de vie. Nous souhaitons que le temps de r&#233;f&#233;rence soit les 32 h hebdomadaires, sans perte de salaire ni flexibilisation. Les travailleur&#183;euses doivent disposer d'un statut protecteur (CDI), avec un encadrement plus important des CDD abusifs. Nous sommes pour une surcotisation des employeur&#183;euses qui imposent le temps partiel, de mani&#232;re &#224; en limiter le champ et &#233;tendre les droits &#224; la retraite des employ&#233;&#183;es concern&#233;&#183;es. Le t&#233;l&#233;travail doit &#234;tre fortement encadr&#233; par des accords collectifs avec prise en charge du mat&#233;riel, des frais induits et le contr&#244;le du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 12 : L'interdiction des licenciements dans les entreprises qui font du profit&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous revendiquons la cr&#233;ation d'un droit de veto des CSE sur les licenciements qui ne sont pas justifi&#233;s par des difficult&#233;s &#233;conomiques graves et imm&#233;diates. La distribution de dividendes doit &#234;tre un motif d'interdiction des licenciements (interdiction des licenciements boursiers). Le donneur d'ordre g&#233;n&#233;ral a une responsabilit&#233; vis-&#224;-vis de la soustraitance qui lui est d&#233;pendante, y compris &#224; l'international. Nous sommes particuli&#232;rement vigilant&#183;es vis-&#224;-vis des montages juridiques qui organisent les pertes comptables et/ ou l'insolvabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 13 : La revalorisation imm&#233;diate des salaires et des carri&#232;res des femmes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'in&#233;galit&#233; salariale touche massivement les femmes. Il faut multiplier les bilans chiffr&#233;s des r&#233;mun&#233;rations par genre, niveau et cat&#233;gorie professionnelle. Nous souhaitons une revalorisation imm&#233;diate des salaires et carri&#232;res des femmes. Cette revalorisation doit &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans les m&#233;tiers &#224; dominante f&#233;minine, avec l'engagement &#224; court terme de n&#233;gociations professionnelles dans les branches concern&#233;es pr&#233;voyant des mesures de rattrapage et des grilles de r&#233;mun&#233;ration revaloris&#233;es couvrant l'ensemble de la carri&#232;re. Les femmes sont particuli&#232;rement p&#233;nalis&#233;es dans leurs carri&#232;res : nous voulons l'&#233;laboration de v&#233;ritables parcours professionnels sans barrages. Il faut mettre en place des objectifs annuels de diminution des &#233;carts et des augmentations en somme uniforme, des mesures pour les bas salaires, contre le temps partiel impos&#233;. Les salaires doivent continuer leur progression pendant la p&#233;riode de maternit&#233; ou d'adoption. Allonger significativement la dur&#233;e du cong&#233; paternit&#233; pour limiter l'impact n&#233;gatif de la maternit&#233; sur la carri&#232;re des femmes et r&#233;&#233;quilibrer les r&#244;les au sein des foyers. Le gouvernement doit mettre en place la stricte parit&#233; au sein des conseils d'administration et des comit&#233;s de direction des grandes entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIF 4 : GARANTIR LA SATISFACTION DES BESOINS ESSENTIELS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 14 : Pour la cr&#233;ation d'emplois dans l'agriculture&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition vers une alimentation suffisante et de qualit&#233; se fera gr&#226;ce &#224; une augmentation consid&#233;rable des emplois agricoles : nous voulons 1 millions de paysan&#183;nes ! Pour atteindre cet objectif, le m&#233;tier de paysan&#183;nes doit redevenir attractif, en garantissant un revenu d&#233;cent. Cela implique de r&#233;guler et r&#233;partir les volumes de production et l'&#233;laboration d'une loi interdisant l'achat en dessous du prix de revient. Une refonte en profondeur de la Politique Agricole Commune est imp&#233;rative : les aides doivent &#234;tre calcul&#233;es par actif et non par hectare, plafonn&#233;es, conditionn&#233;es sur le plan social, et soutenir des pratiques agro&#233;cologiques. Enfin le maintien des services publics en zone rurale permettra l'am&#233;lioration du cadre de vie. Ces mesures doivent &#234;tre doubl&#233;es d'une politique d'installation massive de paysan&#183;nes, avec une loi qui prot&#232;ge le foncier agricole (z&#233;ro artificialisation nette des sols), le r&#233;partisse &#233;quitablement et en garantisse l'acc&#232;s aux nouveaux&#183;elles entrant&#183;es. Une r&#233;forme de l'enseignement et de la formation est n&#233;cessaire pour mieux int&#233;grer les enjeux &#233;cologiques. Une politique d'incitation et d'accompagnement &#224; la transmission des fermes doit &#234;tre men&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 15 : Pour un droit garanti au revenu et &#224; la protection sociale pour toutes et tous&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des minimas sociaux et des aides sociales doit &#234;tre massivement revaloris&#233; pour lutter contre la pauvret&#233;. Le RSA doit &#234;tre ouvert aux moins de 25 ans. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les jeunes travailleur&#183;euses, qu'ils et elles soient ou non en formation, doivent b&#233;n&#233;ficier des m&#234;mes droits que le reste de la population. Il faut aller vers une protection sociale universelle qui int&#232;gre une am&#233;lioration des droits et des prises en charge pour toutes et tous, gr&#226;ce au financement par les cotisations sociales. Les droits &#224; la protection sociale doivent &#234;tre individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 16 : Pour l'acc&#232;s &#224; une alimentation de qualit&#233; pour toutes et tous&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une situation d'urgence comme celle-ci, les restaurations collectives qui ne tournent pas &#224; plein r&#233;gime doivent &#234;tre r&#233;quisitionn&#233;es pour la pr&#233;paration de repas &#224; destination de toutes les personnes en situation de pr&#233;carit&#233; alimentaire. Face &#224; une dualisation entre des produits de qualit&#233;, locaux et bios accessibles &#224; une fraction ais&#233;e de la population, et une nourriture industrielle, standardis&#233;e, de mauvaise qualit&#233; nutritionnelle pour les populations &#224; faible pouvoir d'achat, dont une majorit&#233; de femmes, la cr&#233;ation d'une branche alimentation dans le r&#233;gime g&#233;n&#233;ral de la s&#233;curit&#233; sociale, telle qu'elle a &#233;t&#233; pens&#233;e en 1945, doit &#234;tre explor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 17 : Pour l'acc&#232;s et le droit au logement de qualit&#233; pour toutes et tous&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour respecter le droit &#224; un logement d&#233;cent, durable, accessible, autonome et stable pour tous et toutes ainsi que r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts de la crise sanitaire, il faut commencer par cesser les expulsions. Un moratoire des loyers et des traites doit &#234;tre prononc&#233;, avec apurement des dettes (1 &#224; 2 milliards) pour les centaines de milliers de locataires et acc&#233;dant&#183;es en difficult&#233; et r&#233;tablir les montants des APL. La r&#233;quisition des logements vacants sp&#233;culatifs et le respect de la loi DALO doivent &#234;tre appliqu&#233;s par le gouvernement. Nous voulons rendre effectif le droit &#224; l'h&#233;bergement jusqu'au logement pour les sans-logis et les mal log&#233;&#183;es. La r&#233;alisation de 250 000 HLM et l'isolation compl&#232;te et performante de 500 000 passoires thermiques chaque ann&#233;e est urgente. Enfin, l'encadrement des loyers &#224; la baisse, la taxation des profits immobiliers et fonciers permettront de juguler le logement cher et la gentrification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIF 5 : POUR UNE R&#201;ELLE SOLIDARIT&#201; INTERNATIONALE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 18 : Engager des annulations de dettes des pays les plus pauvres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les pays &#224; revenu faible ou interm&#233;diaire, il est possible de d&#233;gager environ 400 milliards de dollars en annulant les remboursements pour l'ann&#233;e 2020. La suspension d&#233;cid&#233;e en avril par le G20 est insuffisante. Elle ne concerne que la dette bilat&#233;rale de 76 des pays et ne consiste qu'en un report, et non une annulation des paiements. Les risques d'une crise de la dette demeurent donc, les impacts &#233;conomiques de la crise du Covid sur ces pays &#233;tant susceptible de perdurer bien au-del&#224; de 2020. Cependant la d&#233;cision de ce moratoire par le G20 prouve qu'un accord commun sur l'annulation de la dette au niveau international est possible. Pour ce faire, la France doit pousser en ce sens et le G20 devra contraindre juridiquement les cr&#233;anciers priv&#233;s, d&#233;tenteurs d'une part significative de la dette des pays pauvres, &#224; respecter cette mesure pour accro&#238;tre la transparence mais aussi la possibilit&#233; pour les organisations de la soci&#233;t&#233; civile des pays du sud de contr&#244;ler l'utilisation faite de ces sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 19 : Pour un fonds d'aides internationales&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En coh&#233;rence avec les plans de r&#233;ponse des diff&#233;rentes agences des Nations Unies, la France doit fournir des financements additionnels en dons au juste niveau de son poids &#233;conomique mondial. Cela signifie une aide suppl&#233;mentaire d'au moins 14,5 milliards d'euros par an. De plus, compte tenu de la future crise du surendettement des pays du Sud, la France doit favoriser exclusivement les dons dans son aide publique au d&#233;veloppement &#224; destination de pays surendett&#233;s ou pr&#233;sentant un fort risque de surendettement selon le FMI. Enfin cette crise doit &#234;tre l'occasion de porter d&#233;finitivement et sur le long terme l'aide publique au d&#233;veloppement fran&#231;aise &#224; 0,7 % de son RNB. Un objectif vieux de 50 ans n&#233;cessaire afin de renforcer les syst&#232;mes de sant&#233; des pays du Sud, r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s entre les femmes et les hommes et d'aider &#224; se pr&#233;parer face aux crises climatiques &#224; venir qui rendront encore plus vuln&#233;rables les populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 20 : La mutualisation des savoirs et des brevets pour garantir l'acc&#232;s mondial &#224; l'innovation et la coop&#233;ration sur les biens m&#233;dicaux &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est primordial que la France mais aussi tous les ministres de la sant&#233; &#224; travers le monde renouvellent les engagements pris lors de la fondation de l'Organisation mondiale de la sant&#233;, o&#249; tous les &#201;tats ont convenu d'assurer &#171; le meilleur &#233;tat de sant&#233; possible en tant que droit fondamental de tout &#234;tre humain &#187;. Il faut garantir une coop&#233;ration internationale en faveur de l'acc&#232;s &#224; toutes et tous aux traitements du Covid-19 en rendant obligatoire la mutualisation des savoirs et des brevets issus de la recherche contre le coronavirus, notamment en y conditionnant les subventions publiques pour faire primer l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral sur les int&#233;r&#234;ts des grands groupes pharmaceutiques. Un plan ambitieux de production et de distribution des futurs traitements et vaccins est n&#233;cessaire pour garantir l'acc&#232;s universel, gratuit et juste partout dans le monde. Il faut aussi augmenter l'aide publique au d&#233;veloppement en faveur du renforcement des syst&#232;mes de sant&#233; et du recrutement de personnels m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 21 : Pour la souverainet&#233; alimentaire pour tous les peuples&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souverainet&#233; alimentaire d&#233;signe la capacit&#233; et le droit des populations &#224; d&#233;cider de leur alimentation, et donc &#224; d&#233;terminer le syst&#232;me alimentaire depuis les champs jusqu'&#224; la table, sans nuire aux agricultures des autres. En particulier, sans politique commerciale ext&#233;rieure agressive envers les pays Tiers. Elle se construit d&#233;mocratiquement avec l'ensemble des acteur&#183;rices du paysage agricole et alimentaire et avec une participation active des populations. Cela signifie notamment : l'arr&#234;t des exportations de l'Union europ&#233;enne &#224; bas prix et de toutes les politiques de dumping alimentaire, la fin de l'accaparement des terres agricoles, le libre acc&#232;s aux semences et un acc&#232;s garanti et &#233;quitable au foncier agricole et le maintien de l'eau comme un bien public &#224; r&#233;partir durablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tendre les droits, partager les richesses, r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s et transition vers un autre mod&#232;le de soci&#233;t&#233; : l'ensemble de nos propositions sont concr&#232;tes et r&#233;alisables rapidement. Elles sont une alternative forte au monde d'avant et aux &#171; solutions &#187; qui sont g&#233;n&#233;ratrices d'in&#233;galit&#233; et de pauvret&#233;, en France comme dans le monde entier. La solidarit&#233; europ&#233;enne passe par un budget de l'Union Europ&#233;enne plus cons&#233;quent dont les fonds devraient &#234;tre allou&#233;s sp&#233;cifiquement aux urgences sociales et environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons les moyens de cr&#233;er des millions d'emplois. Nous avons les moyens de satisfaire les besoins fondamentaux de toute la population. Nous avons les moyens d'all&#233;ger le poids qui p&#232;se sur les populations des pays les plus pauvres et d'apporter des aides concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela doit s'appuyer dans le m&#234;me temps sur un plan de d&#233;veloppement massif et d'extension des services publics : ils sont, nous l'avons vu, le rempart contre le chacun pour soi, ils sont un outil fort pour le bien commun, des vecteurs d'&#233;galit&#233;s. Ils permettent l'acc&#232;s effectif aux droits : pas de droit du travail sans inspecteur&#183;trice du travail, pas de justice fiscale sans fonctionnaire des finances publiques, pas d'&#233;cole gratuite et obligatoire pour toutes et tous sans fonctionnaires de l'&#233;ducation nationale, etc. Nos propositions peuvent en entra&#238;ner d'autres dans des dynamiques vertueuses. Ainsi, par exemple, pour faire en sorte que de nombreuses femmes puissent se maintenir en emploi &#224; un temps plein, malgr&#233; la pr&#233;sence d'enfants en bas &#226;ge ou de proches en perte d'autonomie, il faut d&#233;velopper le service public de la petite enfance et celui de la d&#233;pendance. Nous devons &#233;galement r&#233;fl&#233;chir et mettre en d&#233;bat la cr&#233;ation de nouveaux services publics.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'&#171; ARGENT MAGIQUE &#187; EXISTE : IL SUFFIT D'ALLER LE CHERCHER AU BON ENDROIT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La chute vertigineuse des cours boursiers a donn&#233; lieu &#224; des mesures rapides et exceptionnelles de soutiens aux acteurs financiers priv&#233;s destin&#233;es &#224; stabiliser les march&#233;s financiers. Ces mesures b&#233;n&#233;ficient avant tout aux grandes entreprises, sans qu'il soit exig&#233; de contrepartie sociale ou environnementale. En l'absence de r&#233;gulation suffisante, elles viendront aussi alimenter les bonus et dividendes bancaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, les plus pr&#233;caires n'ont obtenu que quelques aides et ce sont des primes qui sont cens&#233;es r&#233;compenser les soignant&#183;es. La sortie de crise risque d'&#234;tre synonyme de privations et d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;e, l&#233;gitim&#233;e par le discours inchang&#233; de la dette des &#201;tats &#224; rembourser. La menace d'une injonction &#224; r&#233;&#233;quilibrer le d&#233;ficit public p&#232;se. Sans changer les cadres &#233;conomiques actuels, le remboursement de la dette &#224; tout prix m&#232;nera &#224; la mis&#232;re sociale et &#224; la catastrophe &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux r&#233;partir les richesses et financer la reconversion sociale et &#233;cologique des activit&#233;s, il faut au contraire changer de logiciel : r&#233;orienter la politique mon&#233;taire, contr&#244;ler la finance, utiliser la dette publique &#224; bon escient et revoir fondamentalement la politique fiscale. Toutes ces propositions permettent de d&#233;gager de nouvelles ressources financi&#232;res pour la puissance publique, en mettant au coeur de cette d&#233;marche la justice sociale et l'urgence &#233;cologique. Une autre voie existe, &#171; l'argent magique &#187; est l&#224; : il suffit d'aller le chercher au bon endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIF 6 : REPRENDRE LE CONTR&#212;LE SUR LE MONDE DE LA FINANCE ET LA DETTE PUBLIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 22 : Pour une politique mon&#233;taire et prudentielle au service des besoins sociaux et environnementaux &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En achetant massivement les actifs de grandes entreprises et en finan&#231;ant toutes les banques sans condition, la Banque Centrale Europ&#233;enne (BCE) participe &#224; la formation de bulles sp&#233;culatives, accentue la crise climatique et refuse de soutenir les plus vuln&#233;rables. Elle doit exclure les entreprises les plus polluantes (telles que Total, Shell ou ENI) de ses achats, les rediriger vers les secteurs socialement et &#233;cologiquement b&#233;n&#233;fiques, refuser de refinancer les banques contre des actifs polluants et conditionner ce refinancement &#224; des taux quasi nuls pour les emprunteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne sera pas suffisant. Pour financer la sortie de crise, soutenir les citoyen&#183;nes, la transition &#233;cologique et &#233;viter l'aust&#233;rit&#233; forc&#233;e, la BCE doit permettre aux &#201;tats et collectivit&#233;s de s'affranchir des contraintes de la dette. Le rachat de dette publique en lui donnant le statut de dette perp&#233;tuelle avec un taux d'int&#233;r&#234;t nul (ce qui reviendrait de fait &#224; une annulation des dettes publiques) et le financement direct des plans d'urgence et de reconversion des &#201;tats et collectivit&#233;s locales par la cr&#233;ation mon&#233;taire, sont autant de leviers n&#233;cessaires pour s'affranchir des march&#233;s, financer la solidarit&#233; et la transition &#233;cologique. La question de la dette doit faire l'objet d'audits citoyens pour d&#233;cider le meilleur moyen de s'affranchir du diktat des march&#233;s financiers, sans que cela m&#232;ne &#224; l'appauvrissement des populations les plus vuln&#233;rables et la catastrophe &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 23 : R&#233;guler les activit&#233;s bancaires&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de construire la r&#233;silience du syst&#232;me financier, le gouvernement doit s'assurer d&#232;s son plan de relance que les acteurs financiers cessent d'alimenter les futurs chocs climatiques, &#233;conomiques et financiers. Comme le proposait une directive europ&#233;enne, les activit&#233;s de d&#233;p&#244;t et d'affaires des banques doivent &#234;tre s&#233;par&#233;es et les grandes banques doivent faire l'objet d'une supervision accrue. En particulier, les op&#233;rations sp&#233;culatives men&#233;es par les banques d'affaires doivent &#234;tre interdites. La distribution de dividendes et bonus par les acteurs b&#233;n&#233;ficiant de fonds publics doit aussi l'&#234;tre. Par ailleurs, l'&#201;tat doit encadrer les activit&#233;s des acteurs financiers priv&#233;s et publics dans les &#233;nergies fossiles. Le gouvernement doit exiger des acteurs financiers des plans d'alignement sur une trajectoire de r&#233;chauffement de 1,5 &#176;C, incluant l'arr&#234;t imm&#233;diat de leurs soutiens au d&#233;veloppement de nouveaux gisements ou projets d'&#233;nergies fossiles ainsi qu'une sortie totale du charbon d'ici 2030 et de toutes les &#233;nergies fossiles d'ici 2040 dans l'OCDE, 2050 dans le monde. Un p&#244;le public financier au service de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et sous contr&#244;le d&#233;mocratique pourrait &#234;tre cr&#233;&#233; en transformant le nouveau p&#244;le form&#233; par la Caisse des D&#233;p&#244;ts, La Poste et la CNP afin que l'&#233;pargne populaire soit investie sur le long terme selon des priorit&#233;s sociales et environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIF 7 : PLUS DE JUSTICE FISCALE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 24 : Pour une imposition plus juste et progressive des revenus et du patrimoine&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation de l'imp&#244;t de solidarit&#233; sur la fortune (ISF) en imp&#244;t sur la fortune immobili&#232;re (IFI) est la mesure symbolique du Pr&#233;sident des riches et de l'injustice fiscale. Nous ne proposons pas simplement de restaurer l'ISF, qui comportait de nombreuses niches fiscales, mais de le transformer pour qu'il soit plus juste et rapporte significativement plus, de l'ordre de 10 milliards d'euros selon certaines estimations. De plus, supprimer le pr&#233;l&#232;vement forfaitaire unique pour r&#233;tablir la progressivit&#233; de l'imp&#244;t sur les revenus financiers et rendre l'imp&#244;t sur le revenu plus progressif permettraient de d&#233;gager des ressources suppl&#233;mentaires et de faire contribuer les plus riches &#224; la solidarit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 25 : Lutter efficacement contre la fraude et l'&#233;vasion fiscale&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraude et l'&#233;vasion fiscales repr&#233;sentent chaque ann&#233;e un manque &#224; gagner d'au moins 80 milliards d'euros en France. Pour y rem&#233;dier, il faut commencer par arr&#234;ter de supprimer des emplois et renforcer les moyens juridiques et humains des administrations fiscales, douani&#232;res et judiciaires. L'&#233;vasion fiscale des multinationales, provenant du transfert artificiel des b&#233;n&#233;fices dans les paradis fiscaux est estim&#233;e &#224; au moins 36 milliards d'euros. Instaurer une taxation unitaire des multinationales permettrait de taxer leur b&#233;n&#233;fice au niveau du groupe, puis de r&#233;partir l'imposition l&#224; o&#249; elle r&#233;alise ses activit&#233;s, en y int&#233;grant la dimension &#171; num&#233;rique &#187;. Un taux d'imposition minimum effectif juste et ambitieux permettrait de mettre en terme &#224; la concurrence fiscale d&#233;loyale. Ce taux doit faire l'objet d'un d&#233;bat d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 26 : Renforcer la taxation des transactions financi&#232;res&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une taxe sur les transactions financi&#232;res est un projet actuellement n&#233;goci&#233; par 10 pays de l'Union europ&#233;enne. En taxant les transactions sur les actions, les produits structur&#233;s et certains produits d&#233;riv&#233;s, ces 10 pays pourraient d&#233;gager 36 milliards d'euros par an, dont 10,8 milliards pour la France. &#192; titre de comparaison, la &#171; TTF fran&#231;aise &#187;, qui ne concerne que les actions, rapporte environ 1,6 milliard d'euros par an. La mise en place d'une TTF europ&#233;enne &#233;largie aux produits d&#233;riv&#233;s et &#224; l'intraday pourrait permettre &#224; la France de r&#233;cup&#233;rer plus de 9 milliards d'euros par an. Taxer les transactions financi&#232;res permettrait &#233;galement de freiner la sp&#233;culation, contribuerait &#224; r&#233;duire la taille et l'instabilit&#233; des march&#233;s financiers et, ainsi, &#224; r&#233;duire le pouvoir de la finance. Cette taxe devrait &#234;tre affect&#233;e &#224; la solidarit&#233; internationale et environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 27 : Supprimer les niches fiscales inutiles et les exon&#233;rations nocives pour le climat, la biodiversit&#233; et la lutte contre les in&#233;galit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les niches fiscales et les r&#233;gimes d&#233;rogatoires remettent en question le principe d'&#233;galit&#233; devant l'imp&#244;t : il faut non seulement conna&#238;tre leur existence pour en b&#233;n&#233;ficier, mais elles b&#233;n&#233;ficient aussi majoritairement aux cat&#233;gories les plus ais&#233;es et aux plus grandes entreprises. Les niches fiscales repr&#233;sentent aujourd'hui 140 milliards d'euros. Il en existe des centaines pour lesquelles les b&#233;n&#233;fices sur la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s, la cr&#233;ation d'emploi, la lutte contre les changements climatiques et l'&#233;rosion de la biodiversit&#233; ne sont pas prouv&#233;s. Il est n&#233;cessaire d'&#233;valuer cet impact, pour supprimer progressivement les niches fiscales qui leur sont inutiles voire n&#233;fastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique et financier, cette crise sanitaire va avoir des impacts de long-terme. S'il n'y a pas de rupture profonde en mati&#232;re de financement de l'&#233;conomie et de l'action publique, elle sera synonyme d'accroissement des in&#233;galit&#233;s et d'aggravation de la crise &#233;cologique. Pourtant, les leviers d'action existent et sont identifi&#233;s depuis plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;. Toutes ces propositions concr&#232;tes visent &#224; r&#233;pondre aux besoins de financement de l'indispensable r&#233;volution &#233;cologique et sociale, tout en r&#233;partissant mieux les richesses. Elles permettraient aussi de r&#233;duire le pouvoir de la finance en la subordonnant &#224; des objectifs de long-terme sociaux et environnementaux et en r&#233;duisant l'instabilit&#233; des march&#233;s financiers. Sur le plan de la fiscalit&#233;, elles visent &#224; am&#233;liorer la capacit&#233; du syst&#232;me &#224; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s, &#224; en finir avec la concurrence fiscale et &#224; renforcer le consentement &#224; l'imp&#244;t, fortement d&#233;grad&#233; du fait de l'injustice fiscale. Elles s'inscrivent dans une r&#233;flexion plus large sur une fiscalit&#233; plus juste et &#233;cologique, qui p&#232;serait plus sur le capital que sur le travail, sur les grandes entreprises plut&#244;t que les m&#233;nages (en r&#233;duisant la TVA sur les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; par exemple), qui p&#233;naliserait les activit&#233;s polluantes et favoriserait les secteurs de la transition &#233;cologique ainsi que la relocalisation des activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. POUR UNE RECONVERSION &#201;COLOGIQUE ET SOCIALE DES ACTIVIT&#201;S&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les manques flagrants dans des productions essentielles sur notre territoire (m&#233;dicaments, masques) posent fortement la question de la relocalisation de nos activit&#233;s de production. Produire au plus pr&#232;s des populations afin de r&#233;pondre aux besoins sanitaires, &#233;cologiques et sociaux et oeuvrer &#224; un r&#233;&#233;quilibrage entre territoires n&#233;cessitent de planifier les activit&#233;s. Il s'agit alors de mettre fin aux logiques de flux tendu, de segmentation internationale des activit&#233;s, de libre-&#233;change et de d&#233;pendance aux importations. Durant la crise, les commerces de proximit&#233; ont &#233;t&#233; p&#233;nalis&#233;s par rapport &#224; la grande distribution ou au commerce en ligne. Le r&#233;&#233;quilibrage en faveur des commerces de proximit&#233; en lien avec la relocalisation des &#233;conomies favorise une meilleure r&#233;ponse au changement climatique. Le libre-&#233;change est incompatible avec la relocalisation, la diversification, la transition sociale et &#233;cologique de nos &#233;conomies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La refonte collective de nos modes de production, de mobilit&#233; et de consommation passe par des politiques publiques garantes de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Des r&#233;formes importantes de la formation professionnelle sont essentielles pour assurer cette reconversion, en assurant &#224; chacun&#183;e une s&#233;curit&#233; de l'emploi et du revenu. Il faut pleinement int&#233;grer les travailleur&#183;euses dans les processus de d&#233;cision, car elles et ils sont les plus &#224; m&#234;me de proposer des changements en profondeur vers la production de biens et de services de qualit&#233;, r&#233;pondant &#224; l'urgence sociale et &#233;cologique. Les questions de la socialisation et de la structure des entreprises doivent &#234;tre pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIF 8 : ACCOMPAGNER DURABLEMENT LA RECONVERSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 28 : Une loi pour soumettre les entreprises &#224; l'Accord de Paris et interdire les dividendes climaticides&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une loi doit &#234;tre soumise au parlement, afin d'imposer des trajectoires de r&#233;ductions d'&#233;missions de GES et de r&#233;orienter les activit&#233;s vers la transition &#233;cologique. Elle doit concerner les entreprises des secteurs de l'extraction, de la production, et des services (en premier lieu les entreprises soumises &#224; la loi sur le devoir de vigilance), s'appliquer &#224; l'ensemble des activit&#233;s et investissements, impacts et &#233;missions en France comme &#224; l'&#233;tranger. Elle devra pr&#233;voir l'obligation de trajectoires annuelles de r&#233;duction des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre pour respecter l'objectif de limitation &#224; 1,5 &#176;C, le non-respect de ces obligations entra&#238;nant l'interdiction de versement de dividendes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 29 : L'arr&#234;t des soutiens publics aux acteurs polluants&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises et acteurs financiers actifs dans les secteurs carbon&#233;s et destructeurs de la biodiversit&#233; doivent cesser de b&#233;n&#233;ficier d'exemptions fiscales, d'aides et subventions publiques (aides &#224; l'agriculture et &#224; la p&#234;che industrielles, &#224; l'exportation et &#224; la promotion, &#224; la d&#233;forestation import&#233;e&#8230;). Aucun investissement public ou garanti par l'&#201;tat ne doit soutenir le secteur des &#233;nergies fossiles ni le d&#233;veloppement de nouveaux projets nucl&#233;aires, des industries fortement polluantes, de la p&#234;che et de l'agriculture industrielle. Les aides accord&#233;es dans le plan d'urgence aux transports polluants comme celles octroy&#233;es par le gouvernement sans contreparties &#224; Air France doivent &#234;tre soumises &#224; des obligations sociales et environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 30 : Accompagner la reconversion via des syst&#232;mes de formation et d'enseignement-recherche r&#233;nov&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formations initiales et professionnelles continues et la recherche publique doivent pouvoir r&#233;pondre tant aux besoins dans les secteurs d'avenir de la transition &#233;cologique (&#233;nergie renouvelable, construction/ r&#233;novation, agriculture&#8230;) qu'aux besoins des salari&#233;&#183;es en reconversion, en prenant en compte leur exp&#233;rience et leur savoir-faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les reconversions induites par les transitions doivent &#234;tre anticip&#233;es, accompagn&#233;es et financ&#233;es en int&#233;grant les salari&#233;&#183;es dans les dispositifs de d&#233;cision. La formation professionnelle, r&#233;affirm&#233;e comme service public, doit &#234;tre appuy&#233;e par un syst&#232;me collectif de protection financ&#233; par une caisse commune aliment&#233;e par les cotisations patronales afin de permettre aux salari&#233;&#183;es de prendre le temps de se former sans perte de salaire ni de droits. Les enseignements et m&#233;thodes de formation doivent &#234;tre repens&#233;s pour d&#233;velopper les dimensions d'utilit&#233; sociale et &#233;cologique des activit&#233;s &#233;conomiques, tout en conservant une formation g&#233;n&#233;rale solide visant l'accomplissement personnel des &#233;l&#232;ves, &#233;tudiant&#183;es et travailleur&#183;euses. Les salaires des travailleur&#183;euses du secteur doivent &#234;tre revaloris&#233;s. Un investissement massif dans la jeunesse passe en premier lieu par leur garantir droits, statut et un accompagnement financier protecteur et permettant leur autonomie en particulier durant leurs &#233;tudes. Il s'agit &#233;galement de soutenir fortement la formation des jeunes issus des quartiers populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;OBJECTIF 9 : TRANSFORMER NOS MODES DE PRODUCTION, DE MOBILIT&#201;S ET DE CONSOMMATION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 31 : Stopper toutes les n&#233;gociations et finalisations d'accords de commerce et d'investissement&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France ne doit pas ratifier les accords en cours, comme ceux avec le Canada et le Mexique. Ces accords placent les int&#233;r&#234;ts des multinationales au-dessus de tous les principes du droit et de la lutte contre le d&#233;r&#232;glement climatique, jusqu'&#224; instaurer des tribunaux d'arbitrage favorables aux investisseurs priv&#233;s. Ils encouragent la sp&#233;cialisation des territoires et emp&#234;chent toute politique publique ambitieuse. Il faut revoir le mandat de n&#233;gociation de la Commission europ&#233;enne en introduisant des clauses sociales, environnementales primant sur les int&#233;r&#234;ts commerciaux. Il faut prot&#233;ger les secteurs d'activit&#233; des concurrences d&#233;loyales permises par un moins-disant social et &#233;cologique. Il est urgent de repenser nos &#233;changes internationaux &#224; l'aune de principes de solidarit&#233;, d'&#233;quit&#233; et de partage des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 32 : Repenser les mobilit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reprise des d&#233;placements est une opportunit&#233; unique pour repenser nos mobilit&#233;s. Il faut acter dans la loi l'arr&#234;t des vols courts (en fermant d'abord les lignes o&#249; l'alternative train se fait en moins de six heures ou quand il existe une alternative en train de nuit), l'annulation de tout projet d'extension ou privatisation d'a&#233;roports, le d&#233;veloppement d'un service accru de lignes ferroviaires de jour et de nuit, pour les passagers et le fret, et l'am&#233;lioration ou la r&#233;ouverture de lignes r&#233;gionales. L'importance et la r&#233;silience du v&#233;lo notamment dans les mobilit&#233;s urbaines doit amener &#224; p&#233;renniser les pistes cyclables provisoires et &#224; en d&#233;velopper d'autres. Il faut sortir de la d&#233;pendance au transport routier, en abandonnant les grands projets inutiles de nouvelles infrastructures routi&#232;res, en rendant accessible &#224; toutes et tous des transports en commun de qualit&#233; et en r&#233;am&#233;nageant les territoires vers un mod&#232;le de service public de transport &#233;cologique solidaire et multimodal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 33 : Une loi pour b&#226;tir une &#233;conomie de sobri&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous exigeons une loi qui lutte contre les m&#233;canismes de surproduction et surconsommation : gel de la surcapacit&#233; commerciale et arr&#234;t de l'expansion du e-commerce (z&#233;ro implantation d'entrep&#244;ts et zones commerciales en p&#233;riph&#233;rie), r&#233;duction des volumes de produits neufs dans les industries &#233;mettrices comme le textile ou l'&#233;lectronique, r&#233;glementation drastique de la publicit&#233; et contr&#244;le avec sanctions de l'obsolescence programm&#233;e. L'autonomie de l'utilisateur doit &#234;tre pr&#233;serv&#233;e, la qualit&#233; des mat&#233;riaux garantie et la dur&#233;e de vie des produits augment&#233;e. Cette &#233;conomie plus sobre cr&#233;era de nombreux emplois dans la production locale, la r&#233;paration, le r&#233;emploi et le recyclage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mesure 34 : Un plan de transition sociale et &#233;cologique de l'agriculture et de l'alimentation&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relocalisation et la diversification des syst&#232;mes alimentaires se font en lien avec les besoins locaux. Cela passe par des soutiens publics bien plus importants au d&#233;veloppement de circuits courts et de fili&#232;res longues relocalis&#233;es : abattoirs et commerces de proximit&#233;, approvisionnement local et bio de la restauration collective. Les soutiens &#224; la transition doivent permettre aux paysan&#183;nes de d&#233;velopper les prot&#233;ines v&#233;g&#233;tales et prairies, lier l'&#233;levage au sol, g&#233;rer durablement l'eau, lutter contre la d&#233;forestation import&#233;e, s'affranchir &#224; terme des pesticides et engrais de synth&#232;se et des multinationales qui les fabriquent par un renforcement de la fiscalit&#233;, r&#233;duire au maximum la d&#233;pendance aux &#233;nergies fossiles et les antibiotiques en d&#233;veloppant les alternatives de soins par les plantes. Les politiques publiques et les plans d'investissement doivent soutenir l'emploi, l'acc&#232;s &#224; une alimentation de qualit&#233; pour tou&#183;te&#183;s et le respect de l'environnement plut&#244;t qu'une agriculture 4.0.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ciblage des aides publiques et l'int&#233;gration d'objectifs environnementaux et sociaux contraignants dans la loi et les accords commerciaux permettront d'enclencher une transition structurelle. En repensant l'ensemble de la production de biens et de services, c'est l'&#233;conomie, comme syst&#232;me de gestion des ressources et des besoins, qui est &#224; reconvertir &#224; toutes les &#233;chelles. Se r&#233;approprier l'&#233;conomie passe par une meilleure valorisation du travail au d&#233;triment de la logique capitaliste et actionnariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique &#233;nerg&#233;tique est centrale pour la durabilit&#233; des ressources, plaidant pour un plan de d&#233;veloppement des &#233;nergies renouvelables et locales. La participation active des travailleur&#183;euses &#224; la reconversion de l'&#233;conomie est cruciale pour passer d'une &#233;conomie court-termiste, financiaris&#233;e et soumise &#224; des crises cycliques &#224; une &#233;conomie de long-terme, territorialis&#233;e et planifi&#233;e selon les objectifs &#233;cologiques et sociaux. La logique de collectivisation des pertes et de privatisation des b&#233;n&#233;fices doit &#234;tre remplac&#233;e par la recherche de l'utilit&#233; sociale et &#233;cologique de toutes nos activit&#233;s, en commen&#231;ant par revaloriser imm&#233;diatement les m&#233;tiers d'utilit&#233; publique. Dans le secteur industriel, plut&#244;t que la rentabilit&#233; &#224; court terme sur les march&#233;s financiers c'est le pouvoir de contr&#244;le des travailleur&#183;euses sur l'outil de production et sa transition vers la sobri&#233;t&#233; qui doivent &#234;tre renforc&#233;s. La qualit&#233; de travail, l'am&#233;nagement des postes de travail, la r&#233;organisation de la structure hi&#233;rarchique, l'impact de l'activit&#233; sur la sant&#233; et l'environnement doit &#234;tre au coeur de cette nouvelle approche viable socialement et &#233;cologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de rompre le cercle vicieux du productivisme et du consum&#233;risme, ces mesures politiques doivent s'appuyer sur les luttes collectives et le d&#233;veloppement de pratiques alternatives. &#192; travers des p&#244;les publics forts (logement, sant&#233;, transports, industrie&#8230;), la r&#233;flexion collective men&#233;e avec l'apport des travailleur&#183;euses permet la cr&#233;ation de richesses de mani&#232;re harmonieuse sur le territoire, notamment en zones rurales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ET MAINTENANT ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 34 mesures propos&#233;es dans ce plan de sortie de crise constituent une premi&#232;re contribution au d&#233;bat n&#233;cessaire pour engager la reconversion &#233;cologique et sociale de nos soci&#233;t&#233;s. Nous voulons maintenant oeuvrer collectivement pour les populariser, les compl&#233;ter, les incarner &#224; travers des luttes concr&#232;tes, et construire ensemble les conditions pour les imposer. Apr&#232;s la crise sanitaire et les deux mois de confinement, nous voulons nous mobiliser ensemble, au-del&#224; du calendrier gouvernemental, pour d&#233;fendre nos propositions de rupture avec un syst&#232;me qui pollue et &#233;puise nos ressources, creuse toujours plus les in&#233;galit&#233;s, renforce les discriminations. Ce travail commun est la preuve que face &#224; l'urgence sociale et &#233;cologique, des convergences sont possibles et porteuses d'espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il n'y aura pas de r&#233;solution &#224; la crise d'aujourd'hui avec les solutions d'hier ou le repli sur soi, notre travail collectif se poursuit et doit se d&#233;velopper avec des initiatives locales associant les militant&#183;es de nos organisations mais, plus largement, les jeunes, les travailleur&#183;euses, les retrait&#233;&#183;es. La construction d'un futur &#233;cologique, d&#233;mocratique, f&#233;ministe et social, ne sera possible que s'il regroupe largement la population autour d'initiatives et de mobilisations locales et nationales. Parce qu'il faut d&#233;fendre et d&#233;velopper nos services publics, relocaliser les productions essentielles, produire mieux et durablement, travailler moins pour travailler toutes et tous, d&#233;confinons nos revendications et nos projets !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Rentrer &#224; l'&#233;cole aujourd'hui, c'est du d&#233;lire &#187;</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Rentrer-a-l-ecole-aujourd-hui-c-est-du-delire</link>
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		<dc:date>2020-05-18T10:51:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le collectif Tenir bon !</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Bulletin du collectif Tenir bon !</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-05-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entrevue avec Chantal Poulin, enseignante dans une &#233;cole primaire de Montr&#233;al-Nord &lt;br class='autobr' /&gt; TENIR BON&#183;DIMANCHE 17 MAI 2020&#183; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette semaine commence la rentr&#233;e tant annonc&#233;e par le ministre Jean-Fran&#231;ois Roberge. Dans deux semaines, les enfants seront en classe&#8230; Est-ce un progr&#232;s ? Une fatalit&#233; ? Un malheur ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je dirais surtout que c'est du d&#233;lire. Chez nous, la directrice de l'&#233;cole pr&#233;voit que moins de 90 enfants (sur un total de 850) seront en classe. Les parents ne sont pas dupes. Ils voient (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH100/arton43637-77078.png?1781058319' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entrevue avec Chantal Poulin, enseignante dans une &#233;cole primaire de Montr&#233;al-Nord&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;TENIR BON&#183;DIMANCHE 17 MAI 2020&#183;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette semaine commence la rentr&#233;e tant annonc&#233;e par le ministre Jean-Fran&#231;ois Roberge. Dans deux semaines, les enfants seront en classe&#8230; Est-ce un progr&#232;s ? Une fatalit&#233; ? Un malheur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirais surtout que c'est du d&#233;lire. Chez nous, la directrice de l'&#233;cole pr&#233;voit que moins de 90 enfants (sur un total de 850) seront en classe. Les parents ne sont pas dupes. Ils voient bien que les conditions ne sont pas au point, que les &#171; consignes &#187; du minist&#232;re sont vagues et souvent, impraticables. Dans ma classe par exemple, on a habituellement 18 &#233;l&#232;ves. R&#233;duire ce nombre &#224; 15 et penser que cela sera plus s&#233;curitaire est totalement insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'il y a une valeur p&#233;dagogique dans l'id&#233;e de rentr&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement je n'en vois aucune, en tout pour les enfants qui sont dans ma classe. Peut-&#234;tre que cela aurait eu un peu plus de sens pour les &#233;l&#232;ves de sixi&#232;me ann&#233;e, qui sont un peu plus en mesure de suivre des consignes, de comprendre ce qui se passe. Pour les autres, pour les miens, cela ne va pas les aider. Peut-&#234;tre m&#234;me que cela va leur nuire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement affirme que les enfants veulent retourner &#224; l'&#233;cole, que c'est votre devoir&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas si ces gens sont all&#233;s &#224; l'&#233;cole r&#233;cemment. J'enseigne &#224; des enfants de deuxi&#232;me ann&#233;e. Ils vont penser quoi quand ils vont me voir avec masque et visi&#232;re, comme dans un film de science-fiction ! Cela va &#234;tre la panique. Plus encore, dans mon &#233;cole, il y a passablement d'enfants qui ont des probl&#232;mes de comportement. M&#234;me en temps normal, je dois &#234;tre assistante sociale, psychologue, voir gestionnaire de conflits. Il n'y aura ni distanciation sociale ni s&#233;curit&#233;. Pour les quelques semaines d'&#233;cole qui restent, le mieux aurait &#233;t&#233; de reporter cela &#224; l'automne, quitte &#224; d&#233;velopper des programmes d'appui sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que Montr&#233;al-Nord est un cas particulier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est certain que notre quartier comme plusieurs autres &#224; Montr&#233;al est tr&#232;s diff&#233;rent d'Outremont. La majorit&#233; des enfants ici viennent de familles immigrantes. Plusieurs sont dans des familles monoparentales. Plusieurs ont des comp&#233;tences limit&#233;es en fran&#231;ais. Des familles sans ordinateur, il y en a plein. Penser deux secondes faire du soutien scolaire &#224; distance dans ces conditions, c'est en dehors de la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est ce que les parents de Montr&#233;al-Nord pensent de la gestion actuelle du gouvernement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs immigrants sont arriv&#233;s ici en pensant que la vie serait r&#233;ellement meilleure, qu'on avait quand m&#234;me un &#201;tat fonctionnel. Ils venaient de pays en crise (comme Ha&#239;ti, l'Am&#233;rique centrale) ou d'autres avec de graves probl&#232;mes dans la scolarisation (Maghreb). Ils se sont ponctionn&#233;s pour venir ici souvent dans des conditions difficiles, en pensant qu'ils le faisaient pour leurs enfants. Aujourd'hui devant le chaos, les directives qui se contredisent, le manque d'information, ces parents se demandent ce qui se passe. Il y a comme une fracture qui aboutit &#224; un manque de confiance, voire &#224; un vent de m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'on aurait pu faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai dit avant, une rentr&#233;e &#224; l'automne aurait &#233;t&#233; beaucoup plus intelligente. Le probl&#232;me, cependant, est report&#233;. Le gouvernement parle de classes plus petites. Mais o&#249; sont les enseignantes ? On est en p&#233;nurie partout. Une solution temporaire serait des horaires all&#233;g&#233;s, dans le genre une demi-journ&#233;e, puis laisser les enfants jouer avec supervision et services de garde ad&#233;quats. &#192; court terme, on aurait pu utiliser les &#233;coles secondaires, leur personnel enseignant et technique, pour venir nous donner un coup de main. On aurait pu demander aux parents de s'impliquer, de faire des corv&#233;es communautaires pour s&#233;curiser les locaux. Il aurait fallu pour ce faire les informer et les mobiliser. Ces &#171; petites &#187; solutions nous permettraient de souffler un peu et de rentrer au travail avec un plus grand sentiment de s&#233;curit&#233;. Mais visiblement, Legault et Roberge ne sont pas capables de penser &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement sait-il ce qui va se passer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sent pas vraiment qu'il y a un pilote dans l'avion. Ma directrice d'&#233;cole apprend les nouvelles en m&#234;me temps que moi. Elle a l'honn&#234;tet&#233; de dire que les consignes peuvent &#234;tre contradictoires et que l'information est difficile &#224; obtenir. Un exemple de cela est dans la question de la s&#233;curit&#233;. Au d&#233;but, on parlait de prot&#233;ger les enseignants, surtout les personnes qui ont des probl&#232;mes de sant&#233;. Dans sa derni&#232;re formulation, le gouvernement dit que seul le personnel atteint de maladies graves n&#233;cessitant des traitements r&#233;guliers sera exempt&#233;. Les personnes avant des maladies &#171; ordinaires &#187; (probl&#232;mes de rein, diab&#232;te, etc.) doivent rentrer au travail, alors que l'&#233;vidence m&#233;dicale dit justement qu'il y a des risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui se passe du c&#244;t&#233; syndical ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a passablement de m&#233;contentement dans mon &#233;cole du c&#244;t&#233; des enseignantes, des professionnels, des techniciens, du personnel de soutien. On ne nous informe pas, y compris des n&#233;gociations en cours. Je sais que c'est difficile de tenir des assembl&#233;es et de mettre des syst&#232;mes en place pour se rencontrer virtuellement. Mais cela se fait. On a d'ailleurs un tel syst&#232;me dans notre &#233;cole. La FAE porte attention au manque d'&#233;quipements de s&#233;curit&#233;, ce n'est pas une mauvaise id&#233;e. Mais franchement, est-ce &#224; la hauteur ? Pr&#233;sentement, on est de train de changer &#224; peu pr&#232;s totalement nos conditions de travail, de les alourdir entre autres. La convention collective semble mise de c&#244;t&#233;. Je n'entends pas la FAE parler trop fort sur cela. Je n'entends pas l'id&#233;e d'employer des moyens de pression, comme d'organiser le retrait pour cause d'ins&#233;curit&#233;. J'entends la rumeur (parce qu'on n'est pas inform&#233;s) comme quoi l'&#233;quipe de n&#233;gociation de la FAE veut &#224; tout prix n&#233;gocier une nouvelle convention collective, qui ne sera ni discut&#233;e ni mise au vote par les membres avant plusieurs mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que les syndicats sont en mesure de r&#233;sister au bulldozer du gouvernement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est certain qu'on est dans une situation tr&#232;s particuli&#232;re. Beaucoup de gens sont d&#233;stabilis&#233;s. On sait aussi que le gouvernement va nous dire dans 3 ou 5 ou 8 mois qu'il n'y a plus d'argent, que le d&#233;ficit emp&#234;che de nouvelles d&#233;penses et qu'il va affirmer, &#171; d&#233;sol&#233;, on ne peut pas mettre les salaires risibles qu'on a maintenant &#224; niveau &#187;. Pour autant, les syndicats ne doivent pas paniquer et surtout, se mettre ensemble. Le probl&#232;me est que la FAE semble ne pas vouloir s'entendre avec personne et mener sa propre barque tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a des jeunes qui essaient de changer cela ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est essay&#233;s &#224; plusieurs reprises, mais la grosse machine nous a &#233;cart&#233;s, notamment lors des &#233;lections au comit&#233; ex&#233;cutif &#224; l'automne dernier. En tant que vice-pr&#233;sidente du syndicat pour la Pointe de l'&#238;le, j'ai aussi men&#233; des batailles au conseil f&#233;d&#233;ratif et dans les autres instances de la FAE, mais je me suis fait reprocher &#224; de nombreuses reprises de poser certaines questions. On m'a finalement sugg&#233;r&#233; fortement de d&#233;missionner, je d&#233;rangeais. On a l'impression que la direction de notre syndicat pense qu'elle sait tout, par d&#233;finition, et que les membres ne doivent pas avoir un mot &#224; dire, ni m&#234;me &#234;tre consult&#233;s sur les grands enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cela pourra changer un jour ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syndicalisme enseignant est pr&#233;sentement embourb&#233;, inerte. Les enseignantes, qui sont souvent des parentes, ne sont pas contentes. Elles ne l'&#233;taient pas avant la pand&#233;mie, elles le sont encore moins aujourd'hui. J'ai l'impression que la col&#232;re va s'exprimer surtout du c&#244;t&#233; des parents, comme on l'a vu il y a quelques ann&#233;es. Pour r&#233;sister, cela va prendre plus que des communiqu&#233;s de presse. Apr&#232;s tout, un syndicat n'est pas seulement une bo&#238;te de COM ! Il faut se mobiliser, parents et enseignants, faire du bruit, travailler avec le communautaire. Parlant communautaire, la r&#233;v&#233;lation du scandale de Montr&#233;al-Nord, dont les m&#233;dias ont enfin parl&#233; ces derniers jours, est le r&#233;sultat du travail de groupes comme Hoodstock et de personnes comme Wil Prosper. Ce sont eux qui secouent la cage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comment envisagez-vous votre avenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis inqui&#232;te. Je l'&#233;tais avant. C'est pire aujourd'hui. Mais j'adore mon m&#233;tier. Cela me passe par la t&#234;te, comme beaucoup de mes coll&#232;gues, de laisser tomber et d'aller voir ailleurs. Je ne suis pas encore rendue l&#224;. Il y a peut-&#234;tre quelque chose dans cette crise qui va faire basculer l'opinion contre les irresponsables qui nous gouvernent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Enseigner exige un facteur humain &#187; </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Enseigner-exige-un-facteur-humain</link>
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		<dc:date>2020-05-18T10:38:53Z</dc:date>
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		<dc:creator>Le collectif Tenir bon !</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-05-19</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;TENIR BON&#183;DIMANCHE 17 MAI 2020&#183; &lt;br class='autobr' /&gt;
La fermeture des coll&#232;ges avec le confinement a amen&#233; les professeures et les professeurs &#224; d&#233;velopper l'enseignement en quarantaine. Du coup, &#231;a a fait ressortir l'importance des facteurs sociaux. Pour Marie-&#200;ve Mathieu (1), beaucoup de cette pratique d'enseignement &#224; distance risque de prendre place apr&#232;s la crise sanitaire. Or, les technologies ne pourront pas remplacer le contact humain et cette forme d'enseignement va accro&#238;tre les in&#233;galit&#233;s parmi la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-05-19-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-05-19&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH92/arton43633-cd639.jpg?1781376155' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='92' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;TENIR BON&#183;DIMANCHE 17 MAI 2020&#183;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fermeture des coll&#232;ges avec le confinement a amen&#233; les professeures et les professeurs &#224; d&#233;velopper l'enseignement en quarantaine. Du coup, &#231;a a fait ressortir l'importance des facteurs sociaux. Pour Marie-&#200;ve Mathieu (1), beaucoup de cette pratique d'enseignement &#224; distance risque de prendre place apr&#232;s la crise sanitaire. Or, les technologies ne pourront pas remplacer le contact humain et cette forme d'enseignement va accro&#238;tre les in&#233;galit&#233;s parmi la population &#233;tudiante et la d&#233;valorisation de l'&#233;ducation, laquelle n'est plus une action proprement humaine, mais technologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tenir bon ! - Tu enseignes au coll&#233;gial et tu as donc exp&#233;riment&#233; ces derni&#232;res semaines l'enseignement &#224; distance. Qu'observes-tu de cette exp&#233;rience d'enseignement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-&#200;ve -&lt;/strong&gt; La premi&#232;re observation que je voudrais faire concerne les conditions de travail de l'employ&#233; n&#233;olib&#233;ral : on attend de lui une adaptabilit&#233; quasi absolue et qui ignore les circonstances de la vie ordinaire. L'&#233;volution technologique est responsable de ce ph&#233;nom&#232;ne, c'est mon hypoth&#232;se ! L'individu en vient &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une machine, s'il est branch&#233;, il peut travailler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qu'un enseignement &#224; distance soit efficace, il y aurait certains crit&#232;res minimaux qui devraient &#234;tre pris en compte, mais qui malheureusement sont compl&#232;tement pass&#233;s sous le radar du ministre, de ces nombreux administrateurs et des directions coll&#233;giales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB - A-t-on un r&#233;seau capable de prendre en charge un surcro&#238;t de circulation de donn&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plateformes les plus utilis&#233;es au c&#233;gep sont Omnivox, Moodle et Zoom. Lors de la premi&#232;re rencontre d&#233;partementale &#224; distance, j'ai fait remarquer &#224; mes coll&#232;gues que l'on risquait d'avoir des probl&#232;mes. La r&#233;ponse, un peu plate, qu'on m'a faite est que ce n'&#233;tait pas de notre ressort. Malheureusement, quand on ne s'en occupe pas, les probl&#232;mes ne disparaissent pas, ils s'accentuent et, souvent, deviennent le probl&#232;me de tous. Ainsi, les professeurs et les &#233;tudiants sont r&#233;guli&#232;rement oblig&#233;s de subir les pannes de r&#233;seau. Et vivre individuellement le stress que cela engendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB - Comment s'assure-t-on de l'int&#233;grit&#233; des travaux faits par les &#233;tudiants-es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne le peut pas. Nous ne savons pas qui est au bout du fil (ou de la cam&#233;ra), d'ailleurs Zoom a connu de nombreuses difficult&#233;s dont celle d'imposer des images pornographiques dans certaines classes, par exemple. Aucun moyen de savoir qui &#233;crit le texte qui nous est rendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB - Qu'en est-il de l'&#233;quit&#233; &#233;conomique, sociale et neurotypique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;tudiants n'ont pas les moyens d'avoir un ordinateur. Ils utilisent les laboratoires informatiques de l'&#233;cole. D'autres n'ont pas la m&#234;me ma&#238;trise des technologies ou de la langue. Par ailleurs, comment s'assure-t-on de bien accompagner celles et ceux qui ont des difficult&#233;s d'apprentissage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB - Quelles sont les modalit&#233;s pr&#233;vues pour les professeurs ou les &#233;tudiants en situation d'handicap, ceux qui sont monoparentaux ou qui sont des aidants naturels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, lors d'une situation de confinement, les exigences de la vie ordinaire (se nourrir, soi et sa famille, assurer la s&#233;curit&#233;, s'occuper des enfants et des a&#238;n&#233;s, etc.) prennent une dimension colossale et peuvent interf&#233;rer avec l'enseignement. En temps normal, certains am&#233;nagements sont pr&#233;vus, par exemple les m&#232;res qui enseignent ou qui &#233;tudient ont acc&#232;s &#224; des services de garde. Pourquoi n'en tient-on pas compte dans les circonstances ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, il est possible de faire semblant que tout se passe comme sur des roulettes. J'avais des classes de 120 &#233;tudiants, je n'en rejoins que 80 (cela ne dit rien du nombre qui r&#233;ussiront le cours lui-m&#234;me). Bien s&#251;r que lors des sessions normales, nous perdons certains &#233;tudiants, mais pas une telle proportion. L'autre probl&#232;me, qui n'entre jamais dans les &#233;quations comptables du nombre d'&#233;tudiants qui r&#233;ussissent ou non, demeure la qualit&#233; de la transmission des savoirs. Internet permet de se nourrir aupr&#232;s de quantit&#233;s de sources d'informations comme jamais cela n'a &#233;t&#233; possible dans l'histoire. Paradoxalement devant toutes ces donn&#233;es, il semble de plus en plus difficile d'apprendre aux &#233;tudiants &#224; distinguer le vrai du faux et d'adopter une perspective critique. Comment reconna&#238;tre une information vraie ou fausse, si on n'a jamais &#233;t&#233; form&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir ? Malheureusement, j'entretiens de grands doutes sur la possibilit&#233; de cette capacit&#233; &#224; se transmettre par l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB - Merci Marie-&#200;ve.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(1) Marie-&#200;ve Mathieu, professeure de litt&#233;rature au c&#233;gep &#201;douard-Montpetit, militante f&#233;ministe et &#233;cosocialiste, elle participe &#224; la commission &#233;ducation de Qu&#233;bec solidaire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ouverture des &#233;coles primaires : le Ministre dicte ! </title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Ouverture-des-ecoles-primaires-le-Ministre-dicte</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Ouverture-des-ecoles-primaires-le-Ministre-dicte</guid>
		<dc:date>2020-05-12T08:16:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Collectif debout pour l '&#233;cole !</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Bulletin du collectif Tenir bon !</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-05-12</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Encore une fois, le ministre Roberge d&#233;cide, d&#233;cr&#232;te, commande, ordonne sans avoir obtenu l'accord circonstanci&#233; des principaux concern&#233;s : les personnels scolaires, les regroupements d'enseignants comme Profs &#224; bout de souffle !, les comit&#233;s de parents, les organisations syndicales et, m&#234;me, l'Institut national de sant&#233; publique du Qu&#233;bec (INSPQ). &lt;br class='autobr' /&gt; Collectif Debout pour l'&#233;cole ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Encore une fois, il impose une mesure mur &#224; mur (mis &#224; part le d&#233;calage d'une semaine selon les r&#233;gions), l&#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH96/arton43507-5602e.png?1781058320' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Encore une fois, le ministre Roberge d&#233;cide, d&#233;cr&#232;te, commande, ordonne sans avoir obtenu l'accord circonstanci&#233; des principaux concern&#233;s : les personnels scolaires, les regroupements d'enseignants comme Profs &#224; bout de souffle !, les comit&#233;s de parents, les organisations syndicales et, m&#234;me, l'Institut national de sant&#233; publique du Qu&#233;bec (INSPQ).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Collectif Debout pour l'&#233;cole !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, il impose une mesure mur &#224; mur (mis &#224; part le d&#233;calage d'une semaine selon les r&#233;gions), l&#224; o&#249; il faudrait tenir compte de l'extr&#234;me vari&#233;t&#233; des contextes : une &#233;cole primaire n'&#233;gale pas une autre &#233;cole primaire, m&#234;me &#224; Montr&#233;al et m&#234;me dans un m&#234;me quartier. Pourquoi ne ferait-il pas confiance aux &#233;quipes-&#233;cole pour savoir quand et comment on peut offrir du soutien aux &#233;l&#232;ves et &#224; leur famille, quitte &#224; ce que certaines &#233;coles n'ouvrent pas si les conditions d'apprentissage et de s&#233;curit&#233; ne sont pas au rendez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, le Ministre cache ce qui motive ses d&#233;cisions et ose m&#234;me pr&#233;tendre vouloir d'abord venir en aide aux enfants et aux parents les plus mal pris, alors qu'aucune mesure sp&#233;cifique ne leur est propos&#233;e et que rien ne permet d'affirmer que ces enfants-l&#224; reprendront le chemin de l'&#233;cole. Le ministre de l'&#201;ducation laisse s'instaurer dans l'enseignement sup&#233;rieur une dynamique similaire, tol&#233;rant que des directions d'&#233;tablissement fassent fi de toute gouvernance coll&#233;giale, de sorte qu'elles s'appr&#234;tent &#224; prendre des d&#233;cisions sans faire intervenir les instances concern&#233;es (commissions des &#233;tudes, comit&#233;s des relations de travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, le ministre de l'&#201;ducation manifeste son d&#233;ni de d&#233;mocratie et se comporte en cheuf. &#171; On s'ennuie de Duplessis &#187;, dirait Michel Chartrand&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les patrons ont la t&#234;te dure, nous aussi</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Les-patrons-ont-la-tete-dure-nous-aussi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Les-patrons-ont-la-tete-dure-nous-aussi</guid>
		<dc:date>2020-05-05T17:32:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le collectif Tenir bon !</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Bulletin du collectif Tenir bon !</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-05-05</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Conversation avec Dominique Daigneault, pr&#233;sidente du Conseil central du Montr&#233;al-M&#233;tropolitain de la CSN &lt;br class='autobr' /&gt; Maintenant que le premier ministre remercie ceux qu'il appelle &#171; ses anges gardiens &#187; sur la ligne de front, on aurait pu esp&#233;rer que les relations de travail allaient s'am&#233;liorer dans les services publics. &#171; Malheureusement, ce n'est pas le cas explique Dominique Daigneault. Par exemple, le Syndicat du transport de Montr&#233;al se bat encore pour que des conditions de travail (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH120/arton43452-019c9.png?1781058334' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Conversation avec Dominique Daigneault, pr&#233;sidente du Conseil central du Montr&#233;al-M&#233;tropolitain de la CSN&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Maintenant que le premier ministre remercie ceux qu'il appelle &#171; ses anges gardiens &#187; sur la ligne de front, on aurait pu esp&#233;rer que les relations de travail allaient s'am&#233;liorer dans les services publics. &#171; Malheureusement, ce n'est pas le cas explique Dominique Daigneault. Par exemple, le Syndicat du transport de Montr&#233;al se bat encore pour que des conditions de travail s&#233;curitaires soient mises en place, entre autres pour appliquer les consignes de distanciation sociale &#187;. C'est encore pire dans le secteur de la sant&#233;, dans les CHSLD surtout et entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certes, affirme Dominique, on gagne des batailles, mais c'est &#233;puisant, dans un contexte o&#249; beaucoup de monde est d&#233;j&#224; &#224; bout de souffle et o&#249; il faut toutes et tous se serrer les coudes &#187;. Selon la pr&#233;sidente du Conseil central de la CSN &#224; Montr&#233;al, l'&#201;tat n'entend pas ce qu'on dit les syndicats depuis longtemps, &#171; sur les compressions budg&#233;taires aust&#233;ritaires, les conditions de travail d&#233;plorables qui en d&#233;coulent, sur l'&#233;puisement professionnel et sur le manque de ressources dans les services publics. &#187;. Il faut rappeler que les &#171; r&#233;formes du gouvernement pr&#233;c&#233;dent avaient &#233;t&#233; appuy&#233;es par la CAQ et ses id&#233;ologues de la privatisation : &#171; les r&#233;sultats de cette dislocation, on les voit avec des drames comme celui du CHSLD Herron &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretemps, les syndicats r&#233;sistent au gouvernement qui veut n&#233;gocier &#224; toute vitesse les conditions de travail et les salaires dans un contexte qui n'est pas propice &#224; l'action syndicale et dans lequel les travailleuses et les travailleurs consacrent leurs &#233;nergies &#224; r&#233;pondre aux urgences li&#233;es &#224; la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est important de prendre le temps de bien faire cette n&#233;gociation. Dans les demandes d&#233;pos&#233;es par la CSN, on revendique, entre autres, une augmentation de 3 $ dollars l'heure pour toutes les cat&#233;gories de personnel d&#232;s la premi&#232;re ann&#233;e, ce qui va profiter d'abord et avant tout aux bas salari&#233;s, plus un autre dollar ou 3 % pour les deux ann&#233;es suivantes. L'attitude actuelle du gouvernement dans les n&#233;gociations pour les primes n'augure pas bien ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, le Conseil central avait men&#233; une campagne d'&#233;ducation populaire pour d&#233;noncer les politiques aust&#233;ritaires et reconstruire des services publics &#224; la hauteur. &#171; Il faut reprendre ce flambeau &#187;, selon Dominique Daigneault, avec les groupes communautaires et les mouvements progressistes &#187;. Le Conseil central &#171; entend relancer le d&#233;bat sur le genre de soci&#233;t&#233; qui nous &#233;viterait de retomber r&#233;guli&#232;rement dans la crise et le chaos &#187;. La bataille sera d'&#233;viter que la sortie de crise ne se fasse encore une fois sur le dos des travailleuses, des travailleurs et de la population en g&#233;n&#233;ral, qui a droit &#224; des services de qualit&#233; offerts dans des conditions favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TB ! Merci Dominique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sommes-nous tous dans le &#171; m&#234;me bateau &#187; ?</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Sommes-nous-tous-dans-le-meme-bateau</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Sommes-nous-tous-dans-le-meme-bateau</guid>
		<dc:date>2020-05-05T17:26:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ellen Russell, Mathieu Dufour</dc:creator>


		<dc:subject>Bulletin du collectif Tenir bon !</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-05-05</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mathieu Dufour et Ellen Russell, respectivement professeurs &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec en Outaouais et &#224; l'Universit&#233; Wilfrid-Laurier. &lt;br class='autobr' /&gt; 4 mai 2020 | Tenir bon &#8212; Bulletin num&#233;ro 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous sommes tous dans le m&#234;me bateau &#187; est la chanson th&#232;me de cette pand&#233;mie. Nous recevons beaucoup de discours sur la fa&#231;on dont nous comptons tous les uns sur les autres. Cependant, ce qu'on ne dit pas, c'est que de profondes in&#233;galit&#233;s traversent la soci&#233;t&#233;. Si vous avez de bons emplois stables, des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH72/arton43451-6775e.png?1781058334' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='72' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mathieu Dufour et Ellen Russell, respectivement professeurs &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec en Outaouais et &#224; l'Universit&#233; Wilfrid-Laurier.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;4 mai 2020 | Tenir bon &#8212; Bulletin num&#233;ro 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes tous dans le m&#234;me bateau &#187; est la chanson th&#232;me de cette pand&#233;mie. Nous recevons beaucoup de discours sur la fa&#231;on dont nous comptons tous les uns sur les autres. Cependant, ce qu'on ne dit pas, c'est que de profondes in&#233;galit&#233;s traversent la soci&#233;t&#233;. Si vous avez de bons emplois stables, des avantages sociaux, des cong&#233;s de maladie, des protections syndicales et d'autres avantages, alors rester &#224; la maison est une option r&#233;aliste. Or, beaucoup de gens aujourd'hui n'ont pas ce genre de bons emplois. Les travailleurs et travailleuses vivant au jour le jour dans l'&#233;conomie pr&#233;caire (restauration, tourisme, industries culturelles, etc.) ne sont pas dans la m&#234;me situation. Le tableau est encore plus sombre ceux et celles qui sont confront&#233;s &#224; des barri&#232;res racialis&#233;es, sexosp&#233;cifiques et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des d&#233;cennies de stagnation des salaires et d'in&#233;galit&#233;s croissantes, de nombreux travailleurs s'en sortent &#224; peine. Le travail pr&#233;caire, la m&#233;diocre r&#233;mun&#233;ration dans de nombreux secteurs et l'endettement sont autant de ph&#233;nom&#232;nes r&#233;pandus. Avant le d&#233;but de cette pand&#233;mie, beaucoup de gens vivaient d&#233;j&#224; &#224; la limite ; plusieurs sont maintenant en chute libre et sont oblig&#233;s de prendre des d&#233;cisions qui sont loin d'&#234;tre avantageuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les secteurs des services essentiels d&#233;finis par le gouvernement, des milliers de personnes occupent des emplois pr&#233;caires &#224; bas salaires. Si votre survie &#233;conomique est suspendue &#224; un fil et que votre patron vous dit de rentrer au travail, vous n'&#234;tes pas en mesure de d&#233;battre de la sant&#233; publique ou de nouveaux d&#233;crets gouvernementaux. Vous r&#233;alisez que vous exposez votre famille et le public &#224; des risques en allant travailler. Si vous vous pr&#233;sentez au travail, c'est ce que vous le faites pour garder votre logement. Bref, les beaux discours qui ne traitent pas de l'ins&#233;curit&#233; &#233;conomique chronique &#224; long terme n'affrontent pas le probl&#232;me. Ceux et celles qui sont coinc&#233;s pour joindre les deux bouts s'attendent &#224; autre chose. Si nous sommes &#171; tous dans le m&#234;me bateau &#187; pour ralentir ce virus, nous devons &#234;tre &#171; tous dans le m&#234;me bateau &#187; pour cr&#233;er une s&#233;curit&#233; &#233;conomique pour tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le probl&#232;me, c'est le syst&#232;me</title>
		<link>https://www.pressegauche.org/Le-probleme-c-est-le-systeme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pressegauche.org/Le-probleme-c-est-le-systeme</guid>
		<dc:date>2020-04-28T20:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Le collectif Tenir bon !</dc:creator>


		<dc:subject>Edition du 2020-04-28</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entrevue avec Marc-&#201;douard Joubert, pr&#233;sident du Conseil r&#233;gional FTQ du Montr&#233;al-M&#233;tropolitain &lt;br class='autobr' /&gt; TB ! Comment cela se passe-t-il au Conseil r&#233;gional ? &lt;br class='autobr' /&gt;
On soutient nos syndicats en lutte. On se tanne aussi d'entendre la m&#234;me chanson : &#171; on va revenir &#224; la normale &#187; ! Personnellement, je pense que la &#171; situation normale &#187;, c'est ce qui a cr&#233;&#233; la crise actuelle : le d&#233;labrement du syst&#232;me de sant&#233;, les politiques n&#233;gligentes en mati&#232;re de pr&#233;vention et de protection de l'environnement. &#199;a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/-Articles-du-bulletins-" rel="directory"&gt;Articles des bulletins&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pressegauche.org/+-Edition-du-2020-04-28-+" rel="tag"&gt;Edition du 2020-04-28&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH129/arton43488-cdbf5.png?1781774442' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entrevue avec Marc-&#201;douard Joubert, pr&#233;sident du Conseil r&#233;gional FTQ du Montr&#233;al-M&#233;tropolitain&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Comment cela se passe-t-il au Conseil r&#233;gional ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On soutient nos syndicats en lutte. On se tanne aussi d'entendre la m&#234;me chanson : &#171; on va revenir &#224; la normale &#187; ! Personnellement, je pense que la &#171; situation normale &#187;, c'est ce qui a cr&#233;&#233; la crise actuelle : le d&#233;labrement du syst&#232;me de sant&#233;, les politiques n&#233;gligentes en mati&#232;re de pr&#233;vention et de protection de l'environnement. &#199;a existait avant le coronavirus ! Il faudra de toute &#233;vidence &#233;viter de perp&#233;tuer ce syst&#232;me g&#233;n&#233;rateur d'in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Qu'est-ce que les syndicats de la FTQ ont en t&#234;te ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde est pr&#233;occup&#233; par le danger de la pand&#233;mie, et aussi par les pertes d'emplois et de revenus. On aide nos membres &#224; se retrouver dans le labyrinthe de la bureaucratie. Certes, on n'a pas le mandat de &#171; g&#233;rer &#187; la crise. Mais il nous faut s'entraider et agir de mani&#232;re solidaire puisque c'est l&#224; la raison d'&#234;tre de l'action syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Comment voyez-vous la strat&#233;gie du gouvernement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Legault cherche &#224; fragmenter les salari&#233;-s du secteur public. Chacun dans son coin, avec &#171; ses &#187; conditions &#187;, &#233;parpill&#233;s dans des entit&#233;s de travail coup&#233;es les unes des autres. Je suis &#233;videmment en faveur d'augmenter les salaires scandaleusement bas des pr&#233;pos&#233;s, mais que dire des gens des caf&#233;t&#233;rias, de l'entretien, de la buanderie ? Ne sont-ils pas essentiels pour assurer la qualit&#233; des services publics ? En attendant, Legault nous accuse de bloquer les n&#233;gociations ce qui l'a emp&#234;ch&#233; de bonifier plus rapidement les salaires des pr&#233;pos&#233;-es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Est-ce qu'on va voir un sursaut de combativit&#233; cet automne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a un peu de la mis&#232;re &#224; penser &#224; cette apr&#232;s-crise qui se dessine d&#233;j&#224;. La FTQ et ses syndicats affili&#233;s sont pris dans le tourbillon de la d&#233;fense des membres dans l'actuel contexte de pand&#233;mie. Il y a aussi le fait que la vie syndicale est atrophi&#233;e. C'est beau de faire des r&#233;unions ZOOM, mais cela ne donne pas le m&#234;me r&#233;sultat que lorsqu'on travaille et qu'on discute ensemble. L'&#233;nergie est compl&#232;tement diff&#233;rente. Mais on passe &#224; travers. Tr&#232;s bient&#244;t, le comit&#233; du 1er mai (dont font partie la FTQ et le Conseil r&#233;gional) va sortir avec quelques id&#233;es pour qu'on f&#234;te d'une mani&#232;re qui refl&#232;te nos luttes actuelles et notre refus des politiques de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Est-ce qu'il y aura un Front commun du secteur public ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour surmonter la tactique du gouvernement, ce Front commun est incontournable. Malgr&#233; quelques difficult&#233;s et r&#233;ticences, on est plusieurs &#224; penser que nous avons une opportunit&#233;. La population cerne davantage l'utilit&#233; v&#233;ritable de notre filet social et des services publics. Il faut transformer ce sentiment populaire en faveur du secteur public et de ceux-celles qui le font fonctionner. J'esp&#232;re qu'on va r&#233;ussir &#224; se coaliser avec les groupes populaires, et ce dans la dur&#233;e. Et aussi, je souhaite qu'on puisse compter sur un appui fort et r&#233;sonnant de la part des d&#233;put&#233;s Solidaires dans ce qui sera sans doute une tr&#232;s dure bataille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Revenir &#224; l'essentiel</title>
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		<dc:date>2020-04-22T08:31:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Beaudet</dc:creator>


		<dc:subject>Bulletin du collectif Tenir bon !</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-04-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bochra Manai est directrice de l'organisme communautaire Paroles d'excluEs, qui &#339;uvre dans Montr&#233;al-Nord depuis pr&#232;s d'une quinzaine d'ann&#233;es. C'est un organisme qui travaille &#224; plusieurs niveaux (mobilisations, plaidoyer, &#233;ducation populaire), en partant du principe que ce sont les citoyens et les citoyennes concern&#233;s qui doivent &#234;tre au premier plan : &#171; l'exp&#233;rience montre que le changement vient de celles et ceux qui en vivent les cons&#233;quences et qui s'organisent pour la combattre par la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH126/arton43233-d9d5b.png?1781594739' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='126' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bochra Manai est directrice de l'organisme communautaire Paroles d'excluEs, qui &#339;uvre dans Montr&#233;al-Nord depuis pr&#232;s d'une quinzaine d'ann&#233;es. C'est un organisme qui travaille &#224; plusieurs niveaux (mobilisations, plaidoyer, &#233;ducation populaire), en partant du principe que ce sont les citoyens et les citoyennes concern&#233;s qui doivent &#234;tre au premier plan : &#171; l'exp&#233;rience montre que le changement vient de celles et ceux qui en vivent les cons&#233;quences et qui s'organisent pour la combattre par la prise de parole, l'action collective et la mise en commun des savoirs (1). Montr&#233;al-Nord concentre d'importantes communaut&#233;s immigrantes, notamment ha&#239;tiennes, latino et maghr&#233;bines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LUNDI 20 AVRIL 2020&#183;&#183;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Comment cela se passe-t-il &#224; Montr&#233;al-Nord dans cette p&#233;riode calamiteuse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est inquiet, surtout chez des familles qui se retrouvent dans le d&#233;nuement (au moins 30 % de la population est en dessous du seuil de la pauvret&#233;). Il y a aussi beaucoup d'a&#238;n&#233;s dans les r&#233;sidences le long de la Rivi&#232;re-des-Prairies, et qui sont particuli&#232;rement affect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pand&#233;mie, pauvret&#233; et discrimination, c'est un mauvais m&#233;lange&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre population immigrante (50 % de Montr&#233;al-Nord), les pratiques discriminatoires sont syst&#233;miques, se manifestant dans l'emploi, l'&#233;ducation, le logement, et aussi dans la sant&#233;. Des tas de gens ici souffrent de maladies chroniques (diab&#232;te, insuffisance cardiaque et respiratoire, etc.). Cela peut &#234;tre reli&#233; &#224; des probl&#232;mes de malnutrition. Les banques alimentaires sont tr&#232;s importantes, mais pr&#233;sentement, elles sont sursollicit&#233;es. L'impact est grave d'autant plus que les enfants, confin&#233;s &#224; la maison, ne b&#233;n&#233;ficient plus des programmes nutritionnels administr&#233;s &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce sont surtout les femmes qui &#233;copent&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs familles sont monoparentales. Les m&#232;res qui ont encore un emploi ne savent plus comment faire avec les enfants &#224; la maison. C'est pire dans les zones de plus grande pauvret&#233; autour du boulevard Pie-Neuf ou dans le Nord-Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Beaucoup de gens ont perdu leur emploi&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens ici sont surtout dans le secteur des services, du travail domestique, etc. D'autres sont micro-entrepreneurs, les chauffeurs de taxi notamment. En partant, c'est un travail instable, pr&#233;caire, mal pay&#233;. Certains doivent continuer de travailler, alors que leur protection n'est pas assur&#233;e. D'autres peuvent se retrouver &#224; la rue. Les aides promises par les gouvernements rel&#232;vent de programmes qui sont parfois difficiles d'acc&#232;s pour des gens peu alphab&#233;tis&#233;s, ne maitrisant pas bien le fran&#231;ais, sans ordinateur &#224; la maison. Un exemple un peu triste pour illustrer cela : les &#171; trousses p&#233;dagogiques &#187; qui viennent des &#233;coles et des c&#233;geps ne sont pas vraiment accessibles pour un grand nombre de parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et il y a aussi le probl&#232;me d'aider les familles rest&#233;es au pays&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population d'Ha&#239;ti d&#233;pend des fonds envoy&#233;s par des centaines de milliers de personnes de la diaspora, surtout au Canada et aux &#201;tats-Unis. Montr&#233;al-Nord est plein de boutiques qui transf&#232;rent de l'argent. Mais maintenant, la diminution des revenus fait en sorte que ces envois indispensables peuvent fortement diminuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Alors qu'est-ce qu'on fait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait ce qu'on faisait depuis longtemps, mais encore plus. On aide des familles qui sont encore plus vuln&#233;rabilis&#233;es, dont certaines sont sans statut. Parall&#232;lement, on met en place des &#233;quipes de sensibilisation, d'information et de rep&#233;rage des enjeux v&#233;cus, pour s'assurer que les gens comprennent qu'ils ne sont pas seuls. Par exemple, avec l'aide du Syndicat canadien de la fonction publique, on parcourt les rues de Montr&#233;al-Nord dans un camion bien visible avec des haut-parleurs qui diffusent un message de pr&#233;vention. La police collabore parce qu'elle a compris que nous pouvions secourir des gens et &#233;viter la d&#233;lation entre voisins. En fin de compte, on essaie d'&#233;tablir des ponts de solidarit&#233; pour revenir &#224; l'essentiel, prendre soin les uns des autres, se respecter m&#234;me sous la pression et la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Qu'est-ce que les gens pensent de l'action du gouvernement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Ha&#239;tiens, on sait trop ce qui se passe aux &#201;tats-Unis. En comparaison ici, c'est quand m&#234;me mieux. Pour le moment, on est &#224; Montr&#233;al-Nord plut&#244;t reconnaissant des aides d'urgence. Pour autant, beaucoup de gens savent que la catastrophe actuelle vient de loin. Des milliers de pr&#233;pos&#233;s aux b&#233;n&#233;ficiaires dans les &#233;tablissements et les CHSLD sont des immigrants, mal pay&#233;s, mal prot&#233;g&#233;s. Ils savent bien qu'il y a des dysfonctionnements graves dans le syst&#232;me de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Est-ce que des interventions revendicatives vont revenir &#224; l'ordre du jour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; un certain point, Fran&#231;ois Legault a convaincu les gens qu'il &#233;tait effectivement le bon &#171; p&#232;re de famille &#187;. Cela est peut-&#234;tre en partie caus&#233; par notre culture communautaire, catholique, o&#249; on doit se tenir ensemble dans la grande famille. Mais on sent que cette unanimit&#233; est un peu factice. Par exemple, bl&#226;mer les syndicats parce qu'il n'y a pas assez de monde dans les CSHLD est un peu fort, alors qu'on sait que ce sont les coupures drastiques qui ont impos&#233; au secteur de la sant&#233; depuis des ann&#233;es qui sont &#224; la source du drame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TB ! Comment aller plus loin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'encourage les mouvements communautaires, les syndicats et les groupes de gauche &#224; sortir de leur zone de confort. On ne peut pas se contenter de rester dans les sentiers battus, alors que le syst&#232;me tombe en morceaux. Les conf&#233;rences virtuelles sont importantes faute de pouvoir r&#233;unir les gens, mais ce n'est pas assez pour beaucoup de monde qui n'est pas dans le merveilleux monde des ordinateurs. Il faut aller sur le terrain, autant qu'on peut et aussi, cela peut para&#238;tre banal, en &#233;tant pr&#233;sent, &#224; l'&#233;coute, pr&#234;t &#224; donner un coup de main. Ce n'est pas, en apparence, tr&#232;s r&#233;volutionnaire d'aider les gens &#224; recevoir leurs paniers d'&#233;picerie ou d'aller &#224; la pharmacie &#224; leur place, mais dans une pand&#233;mie c'est cela notre humanit&#233;, notre &#233;thique, notre vision du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Voir la pr&#233;sentation de l'organisme sur leur site : &lt;a href=&#034;http://www.parole-dexclues.ca/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.parole-dexclues.ca/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Notes pour une analyse mat&#233;rialiste des migrations</title>
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		<dc:date>2020-04-22T08:01:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Beaudet</dc:creator>


		<dc:subject>Bulletin du collectif Tenir bon !</dc:subject>
		<dc:subject>Edition du 2020-04-21</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ces r&#233;flexions visent &#224; ouvrir un d&#233;bat sur le ph&#233;nom&#232;ne des migrations, au-del&#224; des clich&#233;s habituels, souvent m&#233;prisants envers les immigrants, ou moralisants. En r&#233;alit&#233;, les migrations s'ins&#232;rent et constituent une composante &#224; part du capitalisme globalis&#233; contemporain. Combattre les cons&#233;quences terriblement n&#233;gatives qui s'expriment sous la forme de discriminations, de violences et d'exclusions ne peut se faire s&#233;rieusement sans comprendre le processus en cours. &lt;br class='autobr' /&gt; 4 ao&#251;t 2018 | tir&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pressegauche.org/local/cache-vignettes/L150xH99/arton43232-db2ff.png?1781594739' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces r&#233;flexions visent &#224; ouvrir un d&#233;bat sur le ph&#233;nom&#232;ne des migrations, au-del&#224; des clich&#233;s habituels, souvent m&#233;prisants envers les immigrants, ou moralisants. En r&#233;alit&#233;, les migrations s'ins&#232;rent et constituent une composante &#224; part du capitalisme globalis&#233; contemporain. Combattre les cons&#233;quences terriblement n&#233;gatives qui s'expriment sous la forme de discriminations, de violences et d'exclusions ne peut se faire s&#233;rieusement sans comprendre le processus en cours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;4 ao&#251;t 2018 | tir&#233; du site de la Plate-forme altermondialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'origine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis toujours, les humains migrent. La plupart du temps, ils le font par n&#233;cessit&#233;. Ou pour esp&#233;rer mieux vivre ailleurs, m&#234;me si, g&#233;n&#233;ralement, ils savent que cette mutation est p&#233;rilleuse et co&#251;teuse. Au tout d&#233;but, c'est ainsi que la plan&#232;te est colonis&#233;e &#224; partir de l'Afrique. Par la suite, de grands mouvements de population se poursuivent, notamment de l'Asie vers les Am&#233;riques. Plusieurs soci&#233;t&#233;s par ailleurs se s&#233;dentarisent, cr&#233;ant l'agriculture et plus tard le monde urbain et l'&#201;tat, en face d'autres groupements humains sans &#201;tat. Principalement nomade, cet autre monde r&#233;siste cependant &#224; l'usure du temps, coexistant avec le premier par toutes sortes d'intersections marqu&#233;es par des p&#233;riodes de coexistence et d'affrontements. Dans un passage lent entre la pr&#233;histoire et les temps &#171; modernes &#187; caract&#233;ris&#233;s par les grands empires, des populations se d&#233;placent &#224; la suite de conqu&#234;tes et d'expansions en Asie (Chine, Inde), au Moyen-Orient (M&#233;sopotamie, &#201;gypte), en Europe m&#233;diterran&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Essor du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard au quinzi&#232;me si&#232;cle, l'histoire s'acc&#233;l&#232;re. En p&#233;riph&#233;rie des Empires dominants sur le plan international, l'Europe se transforme par des mutations &#233;conomiques, politiques et culturelles, dans le d&#233;veloppement d'une urbanit&#233; d&#233;bordante. Un nouveau groupe social, la bourgeoisie (des &#171; bourgs) r&#233;organise le processus de la production. Comme l'explique Marx, cette nouvelle classe dominante s'approprie et marchandise le travail humain, qu'elle transforme en force de travail. Le monde rural est asservi &#224; la ville par une immense expropriation qui rend une grande partie de la paysannerie obsol&#232;te. Cette longue transition met au monde le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gestion des flux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cela surgit une gigantesque migration. Les paysans rejoignent le petit peuple des villes et forment le prol&#233;tariat, qui n'a d'autre choix que de vendre sa force de travail aux capitalistes. Pour maintenir &#224; la baisse le prix de cette force de travail, les nouvelles structures de l'&#201;tat, sous l'influence du capitalisme, g&#232;rent les flux. Ces politiques maintiennent une population rurale apte &#224; nourrir le prol&#233;tariat, qui peut aussi &#234;tre utilis&#233;e comme force de travail en r&#233;serve et qui s'ajoute &#224; la masse de ch&#244;meurs et de semi-ch&#244;meurs. On s'assure que ce travail est disciplin&#233; en for&#231;ant les pauvres &#224; se soumettre aux conditions terribles qui dominent les premiers segments du travail salari&#233;. Les intellectuels au service de la classe dominante, Thomas Malthus par exemple, alertent l'&#201;tat sur le danger que repr&#233;sente la prolif&#233;ration de masses urbaines paup&#233;ris&#233;es. Ce dernier sugg&#232;re &#224; l'&#201;tat capitaliste de les endiguer, de les contr&#244;ler et, surtout, de ne pas les aider &#224; survivre et &#224; se reproduire. Entre-temps, le capitalisme se d&#233;veloppe d'une mani&#232;re asym&#233;trique. Il se segmente entre diverses sous-r&#233;gions, dont certaines sont localis&#233;es au c&#339;ur du nouveau syst&#232;me urbain et industriel. D'autres r&#233;gions restent en p&#233;riph&#233;rie. Entre ces espaces, les populations se d&#233;placent d'une mani&#232;re que le capitalisme entend discipliner, par divers contr&#244;les assur&#233;s par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conqu&#234;tes, pillages et pr&#233;dations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En consolidant son emprise sur la soci&#233;t&#233;, le capitalisme doit &#233;tendre son emprise. L'imp&#233;ratif de l'accumulation exige une expansion sans limites. Gr&#226;ce au d&#233;veloppement des moyens de transport, le capitalisme atlantique s'&#233;tend en Europe. L'Europe capitaliste met en place un vaste syst&#232;me d'&#233;change in&#233;gal. L'industrialisation de l'Europe se fait en bonne partie par le travail des esclaves africains dans les plantations de coton et de sucre &#233;tablies dans les Am&#233;riques une fois que les populations autochtones ont &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233;es et parfois an&#233;anties. C'est le sinistre triangle qui permet au capitalisme de se mondialiser. Entre-temps, le capitalisme s'&#233;tend &#224; d'autres parties du monde. Des p&#233;riph&#233;ries sont conquises et r&#233;organis&#233;es (l'Inde par l'Empire britannique, l'Afrique par la France). Des colonies dites de &#171; peuplement &#187; sont mises en place pour expulser les &#171; indig&#232;nes &#187; et abriter les surplus de prol&#233;taires europ&#233;ens. L'enjeu est encore plus fondamental dans les Am&#233;riques. La premi&#232;re vague de colonisation et le g&#233;nocide subs&#233;quent des populations autochtones cr&#233;ent une nouvelle opportunit&#233;. On fait d'une pierre deux coups, en permettant aux dominants europ&#233;ens de d&#233;gager les populations en surplus et, surtout, de relancer l'accumulation par le travail de millions d'esclaves africains. L'industrialisation de l'Europe se fait en bonne partie par le travail des esclaves africains dans les plantations de coton et de sucre &#233;tablies dans les Am&#233;riques. Les migrations organis&#233;es et forc&#233;es permettent de &#171; r&#233;&#233;quilibrer &#187; le processus d'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La deuxi&#232;me vague&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tournant du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, une nouvelle vague de migrations prend forme. D'une part, il faut absorber les flux immenses, aggrav&#233;s par la croissance d&#233;mographique (l'humanit&#233; franchit le cap du premier milliard d'habitants vers 1900). D'autre part, les nouveaux gisements de l'accumulation n&#233;cessitent des millions de bras. C'est ainsi que 65 millions de prol&#233;taires europ&#233;ens affluent vers les Am&#233;riques (1880-1920). Ils proviennent des r&#233;gions pauvres de l'Europe (Irlande, Italie, Portugal, Russie, etc.) et &#233;migrent vers les &#201;tats-Unis et le Canada, de m&#234;me que vers l'Argentine, le Br&#233;sil et d'autres pays d'Am&#233;rique du Sud. Durant la premi&#232;re moiti&#233; du vingti&#232;me si&#232;cle, apr&#232;s d'&#233;normes convulsions, l'&#201;tat capitaliste r&#233;ussit sa mutation &#171; keyn&#233;sienne &#187;, qui implique un certain compromis avec les classes populaires. Des vagues de migrations ont alors lieu de l'&#171; est &#187; (Union sovi&#233;tique et p&#233;riph&#233;rie) vers l'&#171; ouest &#187;. Les migrants continuent d'affluer de l'Europe pauvre vers les Am&#233;riques, mais cette situation se stabilise au tournant des ann&#233;es 1950. Toutefois, l'accumulation a toujours besoin de bras, qu'elle trouve notamment dans les Antilles et la Cara&#239;be, en Afrique du Nord, dans la p&#233;riph&#233;rie proche et dans les pays colonis&#233;s. Au d&#233;part bouscul&#233;e, cette nouvelle immigration s'ins&#232;re dans les secteurs prol&#233;tariens comme la force de travail la plus exploit&#233;e et la plus opprim&#233;e. Les dominants, &#201;tats et bourgeoisie, tirent avantage de la mont&#233;e d'un nouveau racisme anti-immigrant qui &#233;clate dans les pays capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les tendances actuelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du xxe si&#232;cle, le capitalisme se restructure &#224; travers le n&#233;olib&#233;ralisme. Les luttes prol&#233;tariennes au centre sont contenues. Dans le tiers-monde, des assauts militaires et &#233;conomiques affaiblissent le front des peuples. D'embl&#233;e, on observe un immense flux migratoire (apr&#232;s une pause entre 1920 et 1960). Au d&#233;but du nouveau mill&#233;naire, pr&#232;s de 250 millions (3 % de la population mondiale) sont des personnes immigrantes. En fin de compte, cette troisi&#232;me vague s'inscrit au c&#339;ur du d&#233;veloppement capitaliste de notre &#233;poque, &#224; l'&#232;re donc de la globalisation et du n&#233;olib&#233;ralisme. La globalisation implique un red&#233;ploiement plan&#233;taire, prenant la forme d'une abolition, au moins partielle, du temps et de l'espace. Les personnes migrantes sont d&#233;finies comme celles n&#233;es dans un autre pays que celui o&#249; elles vivent. La population migrante est &#171; capt&#233;e &#187; partout o&#249; elle est disponible, &#224; la fois par la d&#233;localisation des entreprises capitalistes et par celle, concomitante, de la force de travail, toujours dans l'optique de maximiser les profits, d'&#171; externaliser &#187; les co&#251;ts et de r&#233;duire les capacit&#233;s de r&#233;sistance des domin&#233;s. Le capitalisme contemporain repose sur un afflux gigantesque de nouveaux bras et de nouvelles t&#234;tes, d'une part pour r&#233;pondre aux nouveaux besoins de l'accumulation, d'autre part pour faire face aux changements d&#233;mographiques dans les pays capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une masse corv&#233;able&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un premier niveau, le cycle actuel d'accumulation du capital requiert une abondante main-d'&#339;uvre peu qualifi&#233;e, dans l'agriculture, l'industrie, la construction et les services priv&#233;s et personnels. En Am&#233;rique latine, en Afrique et en Asie, de gigantesques surplus de population, provenant de la destruction de la paysannerie pauvre, s'accumulent dans ce que Mike Davis appelle la &#171; plan&#232;te des bidonvilles &#187; [1]. Dans les pays capitalistes, il faut beaucoup de bras pour des emplois peu pay&#233;s, peu gratifiants, souvent dangereux. Ces emplois, contrairement &#224; ce qui &#233;tait offert &#224; la vague pr&#233;c&#233;dente d'immigration, ne sont pas dans l'industrie manufacturi&#232;re, ne sont pas stables, ne sont pas syndiqu&#233;s et sont tr&#232;s difficilement syndicables. La main-d'&#339;uvre en question doit &#234;tre mobile, pr&#233;caire, dans une situation o&#249; les droits du travail et les droits sociaux en g&#233;n&#233;ral sont ramen&#233;s &#224; la baisse. Les immigrants, qui sont toujours plus vuln&#233;rables que les autres composantes des secteurs populaires, sont donc ad&#233;quats pour r&#233;gler ce probl&#232;me de main-d'&#339;uvre &#224; bon march&#233;. En pratique, les droits des immigrants, m&#234;me lorsqu'ils sont codifi&#233;s dans des conventions internationales, sont rarement respect&#233;s. Une autre dimension de cette &#171; nouvelle &#187; immigration de masse non qualifi&#233;e est li&#233;e aux r&#233;seaux criminalis&#233;s qui op&#232;rent, avec la complicit&#233; relative des &#201;tats, de vastes flux de travailleurs et de travailleuses, y compris dans les industries dites du sexe. &#192; un deuxi&#232;me niveau, le capitalisme a besoin de main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e et m&#234;me tr&#232;s qualifi&#233;e. Il est alors rentable d'&#233;cr&#233;mer la main-d'&#339;uvre qui a &#233;t&#233; form&#233;e aux frais d'autres pays. C'est un ph&#233;nom&#232;ne qui ne date pas d'hier, mais le processus s'acc&#233;l&#232;re, d'autant plus que l'&#233;conomie du savoir est celle o&#249; se concentre en grande partie l'accumulation du capital. Il faut des quantit&#233;s industrielles de main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e en informatique, dans le biom&#233;dical, dans l'ing&#233;nierie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &#171; laboratoire &#187; &#233;tats-unien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, ce ph&#233;nom&#232;ne est massif aux &#201;tats-Unis. Pr&#233;sentement, on compte plus de trente millions d'immigrants &#171; l&#233;gaux &#187; et probablement autant d'&#171; ill&#233;gaux &#187;. Entre les l&#233;gaux et les ill&#233;gaux, la fronti&#232;re devient poreuse, en raison de politiques qui soufflent &#224; la fois le chaud (l&#233;galisation) et le froid (criminalisation) de fa&#231;on &#224; forcer ces immigrants &#224; accepter des conditions inf&#233;rieures aux normes accept&#233;es. Selon diverses estimations, plus de 60 % des emplois non qualifi&#233;s aux &#201;tats-Unis seront occup&#233;s par les immigrants d'ici dix ans. Chacun sait aujourd'hui ce qu'est la d&#233;localisation. Une entreprise dans laquelle les charges de main-d'&#339;uvre sont importantes va installer sa production dans des pays o&#249; les salaires sont plus bas, le travail plus flexible et les protections moins contraignantes, de mani&#232;re &#224; augmenter substantiellement sa marge de profit en faisant baisser le co&#251;t du travail. Mais, de par la nature en quelque sorte mat&#233;rielle de leur activit&#233;, certaines entreprises ne peuvent pas d&#233;localiser. Un chantier du b&#226;timent se trouve n&#233;cessairement l&#224; o&#249; le b&#226;timent sera utilis&#233;, un restaurant l&#224; o&#249; vivent ses clients. Gr&#226;ce &#224; la pr&#233;sence des immigr&#233;s ill&#233;gaux, ces entreprises trouvent sur place une main-d'&#339;uvre qui est plac&#233;e dans les m&#234;mes conditions que celle du tiers-monde &#8211; salaires tr&#232;s faibles, flexibilit&#233; totale, absence de toute protection &#8211; en raison de la vuln&#233;rabilit&#233; sociale et administrative des personnes concern&#233;es. Devant cette situation, les dominants &#233;tats-uniens d&#233;ploient depuis plusieurs ann&#233;es diverses strat&#233;gies qui connaissent une s&#233;rieuse acc&#233;l&#233;ration depuis les &#233;v&#232;nements de septembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ennemi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La restructuration en cours du dispositif du pouvoir inclut une strat&#233;gie qui comporte une forte dimension culturelle. Il faut cr&#233;er un nouveau &#171; climat &#187; o&#249; la population doit accepter une s&#233;rieuse d&#233;t&#233;rioration de ses conditions &#233;conomiques, sociales et politiques. Ce qui implique une bataille syst&#233;matique des id&#233;es. L'adversaire doit &#234;tre diabolis&#233;, d&#233;shumanis&#233;, non seulement pour pouvoir l'&#233;radiquer et le torturer en dehors de tous les dispositifs l&#233;gaux internationaux, mais pour cr&#233;er l'impression qu'il s'agit v&#233;ritablement d'une b&#234;te &#224; abattre. C'est, comme le politicologue conservateur &#233;tats-unien, Samuel Huntingdon le dit, une &#171; guerre des civilisations &#187;, la &#171; n&#244;tre &#187; contre la &#171; leur &#187;. Or, jusqu'&#224; un certain point, cette bataille ne se joue pas seulement &#224; Kandahar et &#224; Gaza. Elle se joue aussi dans les banlieues et les quartiers o&#249; se concentre l'immigration. Les op&#233;rations polici&#232;res et s&#233;curitaires s'intensifient, faisant entrer l'ensemble de la soci&#233;t&#233; dans une zone de non-droit : d&#233;tention sans proc&#232;s, constitution de listes noires, harc&#232;lement, intimidation et, au pire, utilisation de moyens d&#233;tourn&#233;s pour placer les &#171; suspects &#187; dans des conditions o&#249; leur vie est &#224; risque. Du coup, il faut construire cet ennemi. Cet immigrant est donc d'abord musulman, non seulement dans l'imagerie de la presse d&#233;magogique, mais aussi dans le discours r&#233;actionnaire d'une certaine classe intellectuelle qui le repr&#233;sente comme &#171; pervers, rus&#233;, non assimilable &#187;. Ses pratiques sont incompatibles avec la modernit&#233;, avec les droits (ceux des femmes surtout). Et il faut, ni plus ni moins, le confiner, le surveiller, le contr&#244;ler et &#233;ventuellement, s'il n'accepte pas nos &#171; valeurs &#187;, l'expulser. Les cons&#233;quences de cette &#233;volution sont terribles. Le Patriot Act et d'autres l&#233;gislations liberticides permettent la d&#233;tention sans proc&#232;s de centaines de personnes. Plus encore, on assiste &#224; la construction d'un climat de peur et de suspicion qui rappelle la chasse aux sorci&#232;res de l'&#233;poque maccarthyste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouvelles migrations, nouvelles r&#233;sistances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ces immenses transformations, les mouvements populaires sont interpell&#233;s. Certes, le capitalisme globalis&#233; r&#233;ussit &#224; fragmenter davantage la force de travail prol&#233;tarienne par le d&#233;mant&#232;lement du secteur public (privatisations), l'&#233;clatement du travail salari&#233; &#224; travers l'espace, la dislocation des syst&#232;mes de protection sociale. La gestion des flux permet &#233;galement de segmenter les classes populaires entre ceux et celles qui ont encore des droits et ceux et celles qui n'en ont pas. S'ajoutent &#224; cela les l&#233;gislations liberticides, la remont&#233;e des id&#233;ologies racistes et x&#233;nophobes qu'on constate un peu partout. N&#233;anmoins, on assiste dans plusieurs pays &#224; de nouvelles articulations politiques et sociales. La lutte des sans-papiers en France, en Allemagne et en Angleterre, a surgi largement sur la base d'une revendication de droits, reconnue comme l&#233;gitime et n&#233;cessaire par un important segment de la population dite de &#171; souche &#187;. Les coalitions sociales et politiques sont interpell&#233;es dans la mesure o&#249; il ne s'agit plus, comme c'&#233;tait le cas dans le pass&#233;, de se battre avec et pour des minorit&#233;s : les migrants sont de plus en plus une quasi-majorit&#233;, du moins dans certains secteurs &#233;conomiques, et notamment dans les grandes villes. Au-del&#224; de certains droits appara&#238;t alors la question de la citoyennet&#233; : qui est citoyen ? Qui ne l'est pas ? Ne devrait-on pas donner aux migrants le m&#234;me statut (ou l'&#233;quivalent) que les autres cat&#233;gories de la population, y compris les droits politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement social interpell&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, le capitalisme sous sa forme contemporaine, comme sous ses formes ant&#233;rieures, se nourrit des migrations, dans son insatiable soif de prol&#233;taires forc&#233;s &#224; vendre leur force de travail, et ce, dans des conditions qui leur imposent de le faire au plus bas prix possible. On pourrait donc conclure, de mani&#232;re simpliste et h&#226;tive, que le probl&#232;me ne pourra &#234;tre r&#233;solu qu'avec l'abolition du capitalisme ! En r&#233;alit&#233;, la question des migrations, et plus concr&#232;tement la lutte des migrants, ne peut &#234;tre renvoy&#233;e &#224; cette semaine des quatre jeudis post-capitaliste ! Il faut donc insister sur l'importance des fronts de r&#233;sistance multiples qui permettent de marquer des gains concrets, de renforcer la dignit&#233; des migrants et aussi de porter la bataille de leurs droits &#224; un niveau global et politique. Ce qui implique de grandes alliances, bref, une insertion organique des revendications des migrants au c&#339;ur du mouvement social et politique de gauche. Pour que cela se fasse, il faut produire un discours coh&#233;rent, articuler un d&#233;but de programme &#224; court et &#224; long terme, bref, construire un projet contre-h&#233;g&#233;monique dont les composantes pourraient &#234;tre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8226; De lutter sans merci contre toutes les discriminations syst&#233;miques, l&#233;gales ou informelles, contre les immigrants, ce qui va avec une capacit&#233; de r&#233;pondre aux dimensions racistes de ces discriminations.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; D'adopter une posture d'accueil envers les r&#233;fugi&#233;s, victimes de ce grand d&#233;sordre mondial.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; De participer et d'aider les r&#233;sistances anti-imp&#233;rialistes et d&#233;mocratiques qui confrontent ce capitalisme pr&#233;dateur, &#224; la racine des migrations forc&#233;es qui affectent des millions de gens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, tout en luttant contre le capitalisme &#224; la racine des probl&#232;mes, il faut s'interpeller nous-m&#234;mes et transformer des pratiques et des politiques discriminatoires souvent infiltr&#233;es dans les mouvements populaires, ce qui peut vouloir dire :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Int&#233;grer dans les mouvements et les luttes les immigrants et leurs revendications contre la discrimination, &#224; tous les niveaux, tant dans les luttes concr&#232;tes (travail, logement, &#233;ducation) que dans le cadre de programmes de transformation plus larges.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; S'assurer de leur participation effective dans les mouvements et les structures, y compris au niveau de la direction et de la formulation des strat&#233;gies. Pratiquer de mani&#232;re intelligente une action positive envers les camarades immigrants qui participent aux luttes.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; Constamment faire les liens qui s'imposent entre les mouvements populaires, les immigrants (la diaspora) et les mouvements de r&#233;sistance des pays d'o&#249; les immigrants proviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[1] Mike Davis, Le pire des mondes possibles. De l'explosion urbaine au bidonville global. Paris, La D&#233;couverte, 2007.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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