Édition du 20 août 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Éducation

Grève étudiante

Des compromis, est-ce toujours indiqué ?

Ces temps-ci, en relation avec la grève étudiante, on ne parle que de compromis...Chacun accuse l’autre de ne pas avoir fait suffisamment de compromis... Faire des compromis, est-ce toujours justifié ?

Comparons quelques situations :

1er exemple :

  • D’un côté, l’Institut économique de Montréal, avec Desmarais en coulisse, prône la privatisation d’Hydro-Québec en vue évidemment des profits faramineux à empocher.
  • De l’autre, la majorité les citoyens considèrent que c’est une richesse qui appartient au peuple et doit rester au service du peuple pour le mieux-être de tous.

Serait-il indiqué que la population fasse des compromis et cède un % à Desmarais et sa clique ?

2e exemple :

  • D’un côté, Harper est de collusion avec les compagnies qui exploitent les sables bitumineux de l’Alberta peu importent les coûts environnementaux.
  • De l’autre, la population, face aux menaces du dérèglement climatique et de la perte de la biodiversité, réclame l’arrêt de l’exploitation de cette énergie fossile extrêmement polluante.

Si on pense aux générations futures, un compromis est-il acceptable ?

3e exemple :

  • D’un côté, Charest choisit de baisser les impôts des nantis (dont sa gang à Sagard) et préfère augmenter l’endettement des étudiants.
  • De l’autre, des citoyens bien informés croient que l’éducation est un droit pour tous et refuse que l’endettement soit un frein aux études. Une fiscalité progressive serait justice pour tous.

Y a-t-il de lieu de faire un compromis ?

4e exemple : (sur un plan personnel cette fois)

  • Un homme veut impérativement que sa femme reste à la maison,
  • La femme désire finir ses études et poursuivre sa carrière...

Y a-t-il lieu de faire un compromis ?

La femme qui sacrifierait sa carrière dans le but d’avoir la paix, de sauver son mariage, ferait-elle un compromis ou une compromission ?

Un compromis est indiqué quand chacun est prêt à sacrifier un avantage, un besoin, en vue d’un plus pour les deux... mais cela sans se trahir, sans trahir ses principes.

Dans le dictionnaire, compromission a comme synonyme lâcheté, accommodement, bassesse. [1]

Quand on demande à une personne ou à peuple de trahir ce qui lui est fondamental, son être en quelque sorte, ce n’est plus un compromis, mais une compromission. L’accès à l’éducation c’est fondamental pour un peuple.

S’il est contre-indiqué de faire des concessions quand il s’agit de l’environnement, du contrôle de nos richesses collectives, pourquoi faudrait-il céder quand il s’agit du domaine social, des humains et de leurs droits ?

Dans les trois premiers exemples, il s’agit de faire un choix de société, de décider dans quel pays nous voulons vivre et quel pays nous voulons offrir aux générations futures... « Qu’est-ce qu’on leur laisse ? » chante Richard Séguin...

Les négociations actuelles ne sont pas le moyen approprié pour régler la situation. Pas étonnant qu’on soit dans une impasse. C’est comme si on utilisait des aspirines pour traiter un cancer. Or notre société est rongée par un cancer, le cancer néolibéral. Charest ne veut parler que de chiffres sans toucher le fond du problème, le mal-être actuel de notre société.

Dans ce cas, ce qui est indiqué, ce sont des États généraux. Pas un forum dirigé par Charest avec des paramètres néolibéraux ;ce serait un piège de plus. De vrais États généraux où pour une fois, nous tous citoyens serions en mesure de faire un débat authentique basé sur des faits et des aspirations collectives, et non sur des infos-poubelles biaisées qui, entre autres, répètent ad nauseam que les étudiants sont des bébés gâtés. Lorsque correctement informés, alors et uniquement alors, le choix de société que nous voulons en sera un éclairé.

Quand Jean Lesage et René Lévesque ont proposé de nationaliser notre réseau électrique, un vrai débat a eu lieu basé sur des faits. Quand une population est adéquatement informée, comme ce fut le cas, elle est capable de faire les bons choix.

Le droit et l’accessibilité à l’éducation pour tous est-ce une question moins importante ?
Nos jeunes sont-ils moins importants que nos barrages ?

Des États généraux seraient tout aussi urgents quand il s’agit de notre système public de santé, lequel est menacé par les mêmes prédateurs qui menacent notre système d’éducation.

États généraux = démocratie. Les ploutocrates n’en veulent pas. Ils l’ont répété à plusieurs reprises aux étudiants. Ce serait trop dangereux... si tout à coup les gens voyaient clair dans leur jeu !


[1Voici quelques définitions :

Action de transiger avec sa conscience ou ses principes en acceptant certains accommodements avec d’autres personnes pour son intérêt personnel (son ambition, ses passions ou sa tranquillité). http://www.cnrtl.fr/definition/compromission

Larousse : arrangement conclu par lâcheté ou par intérêt.
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/compromission

Françoise Breault

Après une carrière en enseignement, dont un an avec les Échanges France-Québec, j’ai poursuivi en travail social auprès des familles. Vers l’âge de cinq ans, je me demandais pourquoi il y avait des pauvres et ce que je pouvais faire. Sans en prendre pleinement conscience, cette interrogation m’a habité toute ma vie. Une année en Amérique du Sud ne m’avait toujours pas apporté de réponse. Cela m’a pris du temps à voir clair... Maintenant que la lumière est allumée, je ne peux et ne veux la refermer... Tous les faits, toutes mes lectures me confirment comment le système économique actuel contribue à ce fossé grandissant entre riches et pauvres. Me voici maintenant à ma 3e carrière, celle où je peux mettre tout mon temps et énergie à sensibiliser les gens aux graves enjeux d’aujourd’hui, afin de vivre dans un monde plus juste... « mais nous, nous serons morts mon frère... ».

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