Édition du 20 juin 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Asie/Proche-Orient

31 jours de grève de la faim : des militants et des familles de prisonniers ferment les bureaux des Nations Unies alors que la grève entre dans son deuxième mois

Le 17 mai, les prisonniers palestiniens sont entrés sans leur second mois de grève de la faim, alors que commençait le trente et unième jour de la grève de la faim collective. 1 500 prisonniers politiques, sur un total de 6 300, ont lancé la grève le 17 avril 2017 sur un ensemble de revendications de droits humains, dont la fin du refus des visites familiales, le droit d’accès à des cours d’enseignement supérieur à distance, des soins et traitements médicaux appropriés et la fin de la mise à l’isolement et de la détention administrative qui consiste en emprisonnement sans accusation ni procédure de justice.

Tiré de Agence Média Palestine.

Depuis le début de la grève, les prisonniers palestiniens ont été confrontés à une dure répression pour leur participation à la grève. Ils sont souvent transférés de prison en prison et leurs affaires personnelles sont confisquées. Même le sel sur lequel les grévistes comptent, avec l’eau, pour préserver leur vie et leur santé tant qu’ils font la grève, a été confisqué à de nombreux prisonniers. On leur a refusé les visites familiales et, souvent, les visites d’avocats ; les dirigeants de la grève, dont le leader du Fatah Marwan Barghouthi, le secrétaire général du FPLP Ahmad Sa’adat, le prisonnier qui a passé le plus de temps en prison, Nael Barghouthi et Karim Younis ainsi que des dizaines d’autres ont été placés à l’isolement, tous pour essayer de briser la grève. Les avocats n’ont pu rendre visite qu’à 39 s prisonniers en grève de la faim depuis le début de la grève, en dépit d’une décision de la Cour Suprême d’Israël rendue en appel à la demande d’avocats palestiniens, selon laquelle les prisonniers devraient avoir accès aux visites de leurs avocats.

Au trentième jour de la grève, la santé des prisonniers est en déclin ; beaucoup plus de cas de grande faiblesse sont rapportés, ainsi que de vomissures de sang, de vision brouillée et de fortes pertes de poids de 20kg et plus. Pour autant, les grévistes ont continué à insister sur leur engagement à continuer jusqu’à la satisfaction de leurs revendications. Pendant ce temps, 76 prisonniers de la prison d’Ofer ont été transférés à l’hôpital dit « hôpital de campagne » de Hadarim. Les prisonniers en grève ont dénoncé ces hôpitaux de campagne comme supercheries où aucun soin médical véritable n’est prodigué et où au contraire les grévistes sont incités à s’alimenter en échange de traitements médicaux, l’intention étant de maintenir les grévistes de la faim hors des hôpitaux civils et hors de vue. L’un des grévistes de la faim, Hafez Qundus, a été transporté à Soroka souffrant d’hémorragie interne.

Les transferts abusifs de prisonniers sont un processus qui pénalise physiquement leurs corps affaiblis et qui implique des heures de trajet secoués dans des véhicules où il fait chaud et des attentes à des carrefours ; ils ont pourtant continué. Issa Qaraqe de la Commission des Affaires concernant les prisonniers, a rapporté le mardi soir 16 mai que tous les grévistes de la faim des prisons du désert du Neguev ont été transportés à Eshel et dans d’autres prisons.

Karim Younes, enfermé depuis 34 ans, soit un des plus anciens prisonniers, qui est un des leaders de la grève, a été transféré d’une cellule d’isolement à la prison de Ramle à l’isolement à Jalameh (à Kishon). Cela s’est passé seulement deux jours après qu’il ait publié une lettre dans laquelle il argumentait que les grévistes continueraient « jusqu’à obtenir la victoire ou mourir en martyrs ».

« Depuis les cellules de la détermination, de la liberté et de la dignité dans la section d’isolement de la prison de Ramla, nous vous envoyons notre salut et faisons appel à vous individuellement.

Nous vous assurons de notre détermination pour atteindre la victoire, quelle que soit la durée de la bataille.

Nous assurons les masses de notre peuple que les nouvelles de leur solidarité et de soutien nous parviennent malgré l’isolement et le siège, et nous croyons fermement dans l’inévitabilité de la victoire, aussi dure que devienne la bataille ».

En même temps, on rapporte que Marwan Barghouthi a déclaré que si les revendications des grévistes continuent d’être ignorées et que l’administration pénitentiaire israélienne continue à refuser de négocier avec la direction de la grève, il passera à une grève sèche (sans boire d’eau).

Un gréviste de la faim syrien dans les prisons israéliennes, Sidqi al-Maqt de Majdal Shams dans le Golan occupé, a été condamné le mardi 16 mai à 14 ans de détention dans une prison israélienne. Al-Maqt, qui a déjà passé 27 ans emprisonné en Israël avant d’être libéré en 2012, a été de nouveau arrêté en 2015 par les forces d’occupation israéliennes qui l’ont accusé d’espionnage pour avoir révélé l’implication israélienne dans la guerre en Syrie en postant des photos de l’engagement israélien avec des combattants syriens d’al-Qaïda et d’autres organisations, sur sa page Facebook.

« Selon un ami de Maqt, l’information qu’il a postée en ligne a mis en évidence en détail le niveau d’interaction entre Israël et al-Nosra, une alliance qu’Israël ne tiendrait pas à rendre publique » a écrit Nour Samaha sur Al-Jazeera.

Entre temps, mercredi matin, la désobéissance civile, appelée par Barghouti lors de sa rencontre avec son avocat le dimanche 14 mai, et qui a été répercutée par l’appel de Comité National de Soutien à la grève, s’est intensifiée. Les familles de prisonniers et les militants qui soutiennent la grève de la faim ont fermé le siège des Nations Unies à Ramallah en signe de protestation, demandant d’agir en soutien à la grève de la faim des prisonniers et contre leur maltraitance.

Les familles des prisonniers ont publié une déclaration sur le rôle des Nations Unies et sur leur manque d’engagement à protéger les prisonniers de l’occupation :

Nous n’accepterons pas que nos prisonniers soient des Martyrs

Fermeture de l’immeuble des United Nations

Aujourd’hui, le bâtiment des Nations Unies de Ramallah est fermé à cause du refus (de l’ONU) d’assumer sa responsabilité à l’égard des Palestiniens en gardant le silence sur la grève de la faim des prisonniers politiques palestiniens.

Depuis 31 jours, au lieu de jouer leur rôle en Palestine comme protectrices des droits des prisonniers et de mettre en évidence les crimes sionistes, nous n’avons pu constater que défaillance et silence de la part des Nations Unies,

Aussi, nous tenons les Nations Unies pour redevables de leur pleine responsabilité juridique dans leur rôle d’organisation qui promeut la responsabilité de l’État dans le droit des droits humains.

En tant que telles, nous tenons les Nations Unies pour responsables sur la base des principes du droit humanitaire international et du droit des droits humains.

Nous exigeons :

Que les Nations Unies interviennent immédiatement dans l’urgence pour protéger les prisonniers et détenus en grève de la faim depuis 31 jours.

Qu’elles lancent une enquête internationale sur les crimes de l’occupation contre les grévistes de la faim par la tentative de briser la grève par la torture systématique et la menace d’alimentation forcée.

Qu’elles adoptent une conduite conforme à leur mission et à leur devoir de protéger les accords sur les droits humains.

Qu’elles tiennent l’entité sioniste pour responsable de ses violations du droit international des droits humains et du droit humanitaire en la forçant à se plier aux troisième et quatrième Conventions de Genève concernant les prisonniers et détenus palestiniens.

Qu’elles en appellent au Haut Commissaire pour les droits humains afin qu’il prenne position claire sur la détention administrative en tant que crime de guerre et de crime contre l’humanité du fait de sa pratique extensive et arbitraire de même que sur la torture des prisonniers.

Qu’elles exigent que les organisations des Nations Unies dédiées à la défense des droits humains obligent l’occupation à permettre à un comité d’enquête internationale d’entrer dans les prisons et d’enquêter sur la situation des grévistes de la faim.

Nous, familles de prisonniers palestiniens, exprimons notre profonde préoccupation quant aux vies de nos fils, de nos pères, de nos filles, de nos frères et de nos sœurs qui mènent leur combat de ventres vides pour notre liberté collective de nation dépossédée et déplacée.

Nous considérons que ceci est le premier pas d’une série d’actions directes qui vont aller croissant contre ceux qui continuent à être complices des crimes de guerre de l’entité sioniste, jusqu’à la reconnaissance des droits et revendications des prisonniers.

Nous saluons les grévistes de la faim qui refusent une vie d’humiliation.

Palestine occupée

17 mai 2017

Tandis que la protestation se développe, la police de l’Autorité Palestinienne a attaqué et dispersé des manifestations de soutien aux prisonniers à maintes reprises au cours des jours précédents, en particulier face à l’accroissement de la désobéissance civile par le blocage de routes, comme exigence des Palestiniens pour les prisonniers. Mardi, la police de l’Autorité Palestinienne a frappé des manifestants, dont des étudiants dans une marche de solidarité avec les prisonniers vers le checkpoint de Beit El, en signe de désobéissance civile. Dans le même temps, l’Autorité Palestinienne a refusé de mettre fin à la coordination sécuritaire avec l’occupation israélienne, en dépit de la revendication des prisonniers et du Comité National pour qu’elle soutienne la grève. Il a été rapporté que plusieurs représentants de haut rang de la sécurité de l’AP, dont Majid Faraj, ont eu des réunions avec des représentants israéliens pour discuter de comment mettre fin à la grève ; les prisonniers ont insisté sur le fait que leurs dirigeants désignés sont les seuls à pouvoir négocier avec les forces israéliennes au nom des grévistes.

De telles actions se produisent alors que les forces d’occupation israéliennes continuent à attaquer les manifestations de soutien aux prisonniers et à arrêter et blesser ceux qui y participent. Des dizaines de Palestiniens ont été gravement blessés, et Saba Obeid de 22 ans a été tué, par les forces d’occupation israéliennes alors qu’lis manifestaient pour la liberté et la dignité pour les prisonniers en grève de la faim.

Des actions à l’échelle mondiale se poursuivent pour mobiliser en faveur des prisonniers palestiniens : le mardi 16 mai, à Rome, Dakar, Grenade et Ankara, des gens qui soutiennent la justice ont lancé un salut aux prisonniers palestiniens ; le mercredi 17 mai, des événements sont prévus à Hellèmes, Évry, Chicago, Milan, Glasgow, Belfast, Buenos Aires, Grenade, Séville, Malaga et d’autres villes en soutien à la lutte des prisonniers. La liste complète de ces événements est disponible sur le site de Samidoun.

Le Réseau de Solidarité Samidoun avec les Prisonniers Palestiniens exhorte tous ceux qui soutiennent la Palestine à continuer à mobiliser, manifester et s’organiser sur des places publiques, auprès des services des gouvernements et devant les ambassades d’Israël, ainsi que les prisonniers y ont appelé instamment. Nous exhortons aussi à participer à l’appel urgent à agir pour faire pression sur le Comité International de la Croix Rouge (CICR) pour qu’il se positionne réellement et cesse sa complicité dans la violation des droits des prisonniers palestiniens. Nous insistons sur l’importance de développer la campagne mondiale pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions contre Israël et les entreprises comme HP qui profite de l’incarcération des Palestiniens. Nous nous joignons aux familles des prisonniers pour réaffirmer que nous n’accepterons pas que les prisonniers en grève deviennent des martyrs.

Source : Samidoun Traduction SF pour l’Agence Media Palestine

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