Édition du 14 août 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

8 mars, 8 revendications

À l’approche des élections provinciales, les beaux discours réaffirmant l’égalité entre les femmes et les hommes comme une valeur fondamentale ne font pas disparaître, dans les faits, les inégalités économiques et sociales que continuent de subir les femmes.

Et pourtant, ces inégalités demeurent nombreuses ! L’impact sexiste du néolibéralisme et des mesures d’austérité dont les coupes dans les services publics, la privatisation accrue des services de garde éducatifs tout comme celle d’autres services publics, la discrimination systémique en emploi qui persiste pour toutes et en particulier pour les femmes racisées ou en situation de handicap, l’absence d’équité salariale pour de trop nombreuses femmes, les multiples violences contre les femmes et notamment les femmes autochtones, les violences sexuelles révélées par #moiaussi, les coupes dans le financement de base des groupes autonomes de femmes et des organismes de défense de droits des femmes, le mythe de l’égalité-déjà-atteinte, etc. : les barrières devant les femmes se perpétuent.

Au Québec, le mouvement des femmes continue de lutter pour que disparaissent toutes les barrières qui nous freinent.

Nous sommes et serons féministes tant qu’il le faudra !

# 1 : La hausse du salaire minimum à 15$/hre :

• 59% des personnes travaillant au salaire minimum sont des femmes ;

• 48% de ces personnes ne sont PAS aux études ;

• les 2/3 travaillent à temps PLEIN ;

• elles travaillent surtout dans de petits établissements, majoritairement dans des secteurs à forte composante féminine : commerce de détail, hébergement, restauration ;

• 52% d’entre elles ont un diplôme ;

• 90% ne sont pas syndiquées... La hausse de 0,75$ annoncée pour le 1er mai 2018 demeure bien en-dessous de ce qui est considéré comme un « salaire viable », d’où la nécessité de continuer ensemble de réclamer le salaire minimum à 15$/heure.

# 2 : L’adoption d’une loi-cadre sur la conciliation famille-travail-étude (CFTÉ) :

• avoir du temps – ainsi que de l’argent ! – demeure un enjeu crucial pour les travailleuses et travailleurs ;

• les milieux de travail et d’enseignement ne se sont pas adaptés aux réalités et besoins familiaux ou personnels ;

• les femmes continuent d’assumer la majeure partie des tâches domestiques et des soins aux proches ;

• les compressions dans les programmes et services publics – dont les CPE – , particulièrement sévères en période « d’austérité », aggravent les problèmes de CTFÉ ;

• la CFTÉ est une condition essentielle au droit des femmes à l’égalité ;

• les employeurs – y compris l’État employeur – doivent s’engager dans une démarche avec les personnes salariées et les syndicats qui les représentent afin d’identifier l’ensemble des besoins réels en matière de CTFÉ ainsi que les mesures collectives à mettre en place pour y répondre. Il faut éviter les mesures à la pièce ;

• l’État doit jouer son rôle de promotion et de soutien à l’égard de la CFTÉ et de l’égalité, pas seulement en période préélectorale ! La loi-cadre réclamée nous semble un moyen des plus pertinents pour y arriver. Favoriser l’autonomie économique des femmes, c’est aussi améliorer les conditions de conciliation travail- famille-études pour soutenir les femmes et œuvrer à l’atteinte de l’égalité entre les sexes.

# 3 : L’élimination de toutes les formes de violence envers les femmes, y compris dans les milieux de travail ; et
# 4 : Rendre le système de justice adéquat pour les victimes d’agression sexuelles :

• les femmes sont touchées de façon disproportionnée par les violences, y compris dans les milieux de travail ;

• les lois et le système de justice dans son ensemble doivent être réexaminés afin de mieux soutenir les femmes et faire respecter leur droit à l’égalité ;

• les emplois qu’elles occupent, les inégalités qu’elles subissent, la précarité et la vulnérabilité qui les affectent particulièrement peuvent être en cause ;

• les violences au travail sont encore trop souvent banalisées, voire ignorées... pourtant, leurs conséquences sont néfastes pour les victimes et leur entourage ;

• les milieux de travail doivent s’efforcer d’éliminer toutes les formes de violences faites aux femmes et d’améliorer les conditions de santé et de sécurité ; les syndicats ont un important rôle à jouer à cet égard... Les violences sont profondément anti-égalitaires et les milieux de travail n’en sont hélas pas exempts. Violences et harcèlements sont éminemment destructeurs et violent les droits humains. Ils portent atteinte à la dignité, à la santé, à la sécurité et à la réputation des femmes. Ils peuvent détruire des familles et des moyens de subsistance, envenimer le climat au travail en plus de coûter très cher à l’ensemble de la société. Comme individuEs et comme organisations syndicales, nous avons la responsabilité de contribuer à endiguer ce fléau.

# 5 : L’accès aux droits liés au travail ainsi que l’accès aux systèmes de santé, d’éducation et de justice pour les femmes sans statut ; et
# 6 : Appui aux femmes autochtones :

• les femmes sans statut ont difficilement accès à des emplois décents et stables, ce qui conditionne leurs revenus et leur incapacité à payer les frais liés aux services de santé, d’éducation, de justice ou autres, que ce soit pour elles-mêmes ou pour leurs enfants ;

• elles vivent beaucoup d’isolement, sont démunies et vulnérables, notamment dans les situations de violences ;

• les femmes autochtones sont particulièrement touchées par les violences, les milliers de femmes disparues ou assassinées en font foi ;

• la crédibilité des femmes autochtones qui dénoncent les violences et agressions sexuelles est régulièrement mise en doute, le système de justice étant encore trop empreint de préjugés ; etc. Santé, éducation, justice, travail, sécurité et dignité sont tous des droits garantis par la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Toute discrimination ou atteinte à ces droits fondamentaux est aussi une atteinte à l’égalité, et particulièrement à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Nombreuses sont les personnes qui doivent encore aujourd’hui faire face à des obstacles discriminatoires de nature systémique notamment en matière d’emploi, de logement, de justice, de santé, de services sociaux, d’éducation... Des préjugés, stéréotypes ou comportements continuent de défavoriser indirectement ou d’affecter directement ces personnes. Les femmes sans statut et les femmes autochtones en font partie. C’est pourquoi nous devons lutter contre les discriminations systémiques et appuyer ces deux revendications.

# 7 : Un réinvestissement massif dans les services publics, programmes sociaux :

• les femmes ont été particulièrement frappées par l’austérité qui a sabré dans les services publics, la fonction publique et les programmes sociaux ;

• le tiers des femmes ayant un emploi au Québec travaillent dans le secteur public5 (santé et services sociaux, services de garde, éducation, fonction publique...) ;

• moins de services publics signifie une pression accrue sur les femmes qui, encore aujourd’hui, assument l’essentiel de la conciliation travail-famille et constituent la majorité des personnes proches aidantes ;

• en privatisant des services jusqu’alors publics, l’État se désengage, perd le contrôle de la qualité et des coûts, les conditions de travail se précarisent, le filet social est fragilisé (universalité et accessibilité)...

Oui, l’austérité est sexiste ! Les annonces de réinvestissements à la miette ne compensent pas les compressions subies, sont loin d’être à la hauteur des besoins et ne limitent pas le recours à la privatisation. Un coup de barre doit être donné ; encore faut-il une volonté politique ! Des services publics et des programmes sociaux accessibles, de qualité et financés adéquatement constituent le meilleur rempart contre les inégalités sociales et des outils formidables pour une meilleure égalité des chances.

# 8 : Un financement adéquat et récurent de la part du gouvernement pour les groupes de défense de droits et les groupes autonome de femmes :

• depuis des années, l’absence d’indexation du financement, la stagnation ou la baisse de celui-ci asphyxient lentement mais sûrement les groupes autonomes de femmes et les organismes de défense de droits des femmes ;

• la réduction constante des services publics et des programmes sociaux continue de reporter sur les épaules de ces organismes des demandes toujours croissantes ;

• les usagères – des femmes souvent parmi les plus vulnérables – en subissent les contrecoups (réduction du personnel d’organismes sous-financés) ;

• les politiques d’austérité ont également coupé plusieurs sources traditionnelles de financement 6 ;

• le gouvernement privilégie le financement « par projet » et non plus « à la mission », ce qui alourdit leur charge de travail, exige beaucoup de ressources et de temps (préparation, reddition de comptes...), épuisant les organismes et menaçant leur autonomie d’action ;

Dans un contexte où l’égalité pour les femmes est loin d’être atteinte et où le financement des ressources, des programmes et des mesures spécifiques pour l’égalité des femmes est réduit comme peau de chagrin. Ignorer ou refuser de prendre en compte les inégalités à l’endroit des femmes accentue la discrimination systémique qui s’exerce déjà envers elles.

Cela constitue une attaque au droit à l’égalité pour les femmes et une forme de violence institutionnelle 7. L’énorme apport de l’ensemble de ces groupes œuvrant pour l’égalité, auprès des femmes et pour elles, doit être reconnu et encouragé par l’État qui, faut-il le rappeler, a lui-même contribué à leurs difficultés financières malgré son devoir de soutien envers l’égalité.

Notes

1- Toutes ces données sont pour 2016 ; elles sont tirées de diverses sources et colligées
dans FTQ, 15 questions à 15$, question 9, 2017, jeu interactif, minimum15.Quebec ; FTQ,
Hausse du salaire minimum à 15$ l’heure, Fiche no 3, mars 2017, ftq.qc.ca

2- Formule adaptée au Québec par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

3- FTQ, 15 questions à 15$, op. cit.

4- Table de concertation de Laval en condition féminine, Paroles féministes, controns le ressac !, 2005.

5- Eve-Lyne Couturier et Simon Tremblay-Pépin (IRIS), Rapport de recherche Les mesures d’austérité et les femmes : analyse des documents budgétaires depuis novembre 2008, paru en 2015, p. 30.

6- Par exemple, la réduction de moitié du programme À égalité pour décider, la suppression des Conférences régionales des éluEs (CRÉs) qui affectent directement les Tables régionales des groupes de femmes, la fragilisation des groupes en employabilité pour femmes partout en régions...

7- Réseau des Tables régionales des groupes de femmes du Québec, La discrimination systémique – Fiche no 1, Campagne à l’intention de la ministre responsable de la Condition féminine du Québec, 12 janvier 2016.

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