Édition du 20 février 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

On a notre quota

À bout de souffle. À bout de nerfs. Besoin de ratios sécuritaires

Extraits du Livre noir sur la sécurité des soins

Nous publions des extraits du "Livre noir de la sécurité des soins", produit par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Pour lire l’intégrale de ce document, cliquez sur l’icône ci-dessous :

INTRODUCTION : DES PROFESSIONNELLES EN SOINS BRISENT LE SILENCE

Les 75 000 professionnelles en soins membres de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec– FIQ, dont 90 % sont des femmes, ne peuvent plus se taire ! Par ce livre noir, elles lancent une ultime alerte :

Nos professionnelles en soins ne travaillent plus dans des conditions favorisant la sécurité des soins offerts aux Québécois-es.

Dans le passé, elles ont évité de parler publiquement de leurs préoccupations concernant la qualité et la sécurité des soins, craignant les représailles et militant activement dans leurs milieux pour que les mesures adéquates soient mises en place. Elles comprennent aujourd’hui que pour pleinement défendre les droits et les intérêts des patient.e.s, elles doivent prendre la parole et dénoncer publiquement les situations qui ne permettent pas d’offrir les soins à la hauteur de leurs compétences que la population est en droit de recevoir.

La FIQ revendique le recours aux solutions qui ont fait leurs preuves, basées sur la recherche et exige l’adoption de ratios sécuritaires professionnelles en soins/patient.e.s.

Qualité et sécurité des soins

La mission première des professionnelles en soins est de vous soigner ; elles ont constamment le bien-être des patient.e.s à coeur. C’est LA base des valeurs qui animent l’ensemble des professionnelles en soins. Ce désir de bien soigner la population québécoise les amène à se dépasser jour après jour, souvent dans des conditions de travail difficiles. Malgré certaines contraintes avec lesquelles elles composent au quotidien, telles les heures supplémentaires obligatoires, elles font tout en leur pouvoir pour offrir des soins de qualité, sécuritaires et accessibles à la population, ce qui n’est pas une mince affaire après plus de 16 heures de travail consécutives.

Cette préoccupation de qualité et de sécurité doit aussi être partagée par les établissements de santé qui doivent, selon la loi, permettre aux patient.e.s d’obtenir des soins et des services « adéquats sur les plans à la fois scientifique, humain et social, avec continuité et de façon personnalisée et sécuritaire » (LSSSS). Pourtant, contrairement à ce qu’une partie de la population peut croire, il existe actuellement de nombreux cas dans le réseau de la santé québécois où la qualité et la sécurité des soins sont mises en péril.


Des situations devenues banales N’avez-vous pas déjà :

■eu connaissance d’une erreur de l’équipe de soins ?

■été témoin de longs délais avant que des professionnelles en soins ne répondent aux besoins de vos proches ?

■eu constamment de nouveaux-nouvelles intervenant-e-s s’occupant du dossier de votre parent âgé ?

■manqué de temps pour bien comprendre les consignes nécessaires pour mieux gérer un problème de santé ?

■eu l’impression que votre état aurait dû être observé et réévalué plus fréquemment par les professionnelles en soins alors que vous étiez hospitalisé-e ?


Tout indique que patient.e.s comme professionnelles en soins ont été forcé-e-s de mettre de côté leurs attentes légitimes de pouvoir donner et recevoir des soins sécuritaires et humains. La situation est tellement préoccupante actuellement qu’il importe de se concentrer sur l’essentiel : se redonner collectivement les moyens d’offrir des soins sécuritaires aux patient.e.s.

Pourquoi s’intéresser maintenant à la sécurité des soins ?

Le contexte de pratique dans les établissements de santé se détériore depuis plus de 25 ans et compromet de plus en plus la sécurité des soins qui y sont offerts. La nouvelle gestion publique, qui s’obstine à implanter des modèles issus de l’industrie manufacturière dans le réseau de la santé québécois, a amené des coupes budgétaires importantes dans les établissements de santé. Contrairement à ces industries où les machines et les robots ont remplacé une bonne partie des travailleur-euse-s, les soins de santé, même en 2017, sont par chance encore dispensés par des personnes en chair et en os. Or, pour des gestionnaires qui, souvent, connaissent très peu les soins, les coûts de la maind’oeuvre professionnelle en soins sont souvent perçus comme un poste budgétaire à couper plutôt qu’un investissement dans la santé des Québécois-es.


« […] quand on est trop dans le jus, c’est les patients qui payent, on ne leur offre pas de se lever ! S’ils se lèvent, le délai avant de les recoucher est souvent beaucoup plus long que le 3-5 minutes d’avant les coupures ! Lorsque les patrons nous ont fait part de coupures, nous nous étions dit, on va continuer à s’aider, continuer à passer les cabarets pour aider le préposé, au début on le faisait. Un jour on s’est rendu compte que si on aidait le préposé on n’avait pas le temps d’ouvrir nos dossiers […] ! Tout le monde s’aide, mais toute l’équipe est épuisée, on court comme des poules pas de tête, on s’excuse sans cesse auprès des patients, pour les retards de calmants, mobilisation, toilette et autres demandes ! » – Infirmière auxiliaire en médecine/chirurgie


(...)
LA SOLUTION : LES RATIOS SÉCURITAIRES PROFESSIONNELLES EN SOINS/PATIENT-E-S

Depuis de nombreuses années, le gouvernement s’est concentré sur les réformes du réseau au gré de ses besoins électoraux. Nous connaissons les résultats, dont les patient.e.s font les frais : accès difficile aux soins, manque de continuité entre les intervenant-e-s assigné-e-s à leur dossier, erreurs, milieux de soins potentiellement nuisibles (ex. infections acquises à l’hôpital). Malheureusement, les problèmes que vivent les patient.e.s et les professionnelles en soins qui sont à leur chevet sont trop souvent connus des gestionnaires.

Il faut maintenant qu’ensemble nous proposions une solution qui réponde à nos besoins en tant que collectivité. Ce doit être une solution valable en tout temps et permanente. Une solution qui ne laisse plus de place aux aléas électoraux et au bricolage des gestionnaires qui coupent là où c’est le plus facile, mais aussi là où ça fait le plus mal pour les patient.e.s.

Cette solution, c’est les ratios sécuritaires professionnelles en soins/patient.e.s dont la FIQ fait la promotion.

Que sont les ratios sécuritaires ?

C’est un concept très simple que l’on retrouve déjà dans d’autres secteurs d’activités. Un ratio est une proportion suffisante de personnel par rapport à un groupe de personnes afin de s’assurer que celles-ci puissent recevoir des services de qualité.

■À l’école, cela se traduit par un nombre maximum d’élèves par enseignant-e.

■En avion, il y a un nombre maximum de passagers par agent-e de bord.

■Dans les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies, il y a un nombre maximum d’enfants à la charge d’un-e éducateur-trice, et celui-ci varie en fonction des groupes d’âge, afin de s’adapter aux besoins différents des enfants.

Les ratios sécuritaires permettent de sauver des vies, d’optimiser la guérison, de prévenir des événements indésirables et de respecter la dignité des patient.e.s.

Les ratios sécuritaires promus par la FIQ signifient la présence d’une équipe minimale de professionnelles en soins pour un groupe de patient-e-s ayant des problèmes de santé similaires. Ce minimum est ensuite ajustable à la hausse selon les besoins des patient-e-s.

(...) L’équation est démontrée : ratios sécuritaires = meilleurs résultats de santé Cette idée est soutenue par plus de 20 ans de recherche scientifique, d’innombrables études à travers le monde et de rapports qui appuient le lien entre des équipes de soins sécuritaires et les résultats pour les patient.e.s et les professionnelles en soins. En voici quelques exemples :

■Pour chaque patient-e en surplus à la charge moyenne de travail d’une infirmière, la probabilité de mortalité dans les 30 jours de l’admission à l’hôpital est accrue de 7 %. La probabilité de décès des suites de complications évitables est aussi accrue du même pourcentage. Par exemple, avec six patient.e.s hospitalisé-e-s à la charge d’une infirmière au lieu de quatre, le risque de mortalité est accru de 14 %.

■En observant l’état de santé des patient.e.s dans un hôpital réputé pour son excellence, des chercheurs ont prouvé que le taux de mortalité augmentait à chaque quart de travail de 2 %, lorsque les équipes se trouvaient sous la norme recommandée. Lorsque les patient.e.s sont exposé-e-s à plusieurs quarts de travail sous la norme, on multiplie ainsi d’autant leur risque de mortalité.

■Les hôpitaux comptant le plus grand nombre d’infirmières par patient.e.s ont systématiquement de meilleurs résultats pour les patient.e.s que les hôpitaux qui en comptent moins. Les patient.e.s dans les hôpitaux comptant le moins d’infirmières par patient-e-s ont un taux de mortalité accru de 26 %.

■Pour chaque patient-e qui s’ajoute à la charge de travail d’une infirmière sur les unités de médecine-chirurgie, les chances que ces patient.e.s survivent à un arrêt cardiaque à l’hôpital baissent de 5 %.

■Les infections contractées à l’hôpital sont significativement reliées à une présence trop faible de profession nelles en soins. Ainsi, les infections urinaires acquises à l’hôpital sont augmentées de près de 1 pour 1000 patient.e.s pour chaque patient-e additionné-e à la charge de travail de l’infirmière .

■Les patient.e.s hospitalisé-e-s disent que leur douleur est mieux prise en charge lorsque le personnel infirmier est présent en plus grand nombre sur leur unité . Qu’en est-il au Québec ? Les travaux de recherche confirment que ce qui est observé ailleurs se déroule également ici.

■Aux soins intensifs néonataux : une étude québécoise rapporte que 35,7 % des infirmières participantes travaillant aux soins intensifs néonataux montrent un niveau élevé d’épuisement émotionnel et que 19,2 % décrivent la qualité des soins comme étant passable ou faible.

■En CHSLD : nombreux sont ceux qui avancent que les besoins des patient.e.s en CHSLD ne seraient pas comblés actuellement, mais peu d’études permettent de chiffrer cet écart. Cependant, on sait que déjà en 2005, au Québec, le financement du réseau ne permettait de financer que moins de 70 % des heures de soins requises par les patient.e.s en CHSLD, ce qui signifie que 30 % de leurs besoins n’étaient pas comblés.

■Aux urgences : on le sait, lorsque les urgences québécoises sont encombrées, on n’augmente pas forcément le personnel selon les besoins des patient.e.s. Sans surprise, une étude québécoise démontre que l’encombrement des urgences est associé à une mortalité accrue dans les 30 jours suivant l’admission, autant pour les patient.e.s qui sont hospitalisé-e-s que pour celles et ceux qui rentrent à la maison. De plus, l’encombrement de lits aux urgences est aussi relié à un plus grand nombre d’hospitalisation pour les patient.e.s qui reviennent consulter à l’urgence dans le mois suivant leur congé.

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