Édition du 26 juin 2018

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Amérique centrale et du sud

L'establishment respire et la pacification est en danger : Duque sera le président de la Colombie

Le candidat de droite Iván Duque sera le prochain président de la Colombie, après avoir battu le candidat de centre gauche Gustavo Petro au second tour de l’élection, avec près de 54% des voix et une différence de plus de 12% par rapport à son adversaire, dans un scrutin auquel seulement la moitié des citoyens ont participé et avec un résultat qui met en danger le processus de pacification du pays.

Tiré de Tlaxcala.org

Iván Duque, un homme politique sans expérience dans l’administration publique et qui a été choisi comme candidat par l’ancien président Álvaro Uribe, a réussi à réunir autour de sa candidature les groupes de droite Cambio Radical, et les partis de la U, libéral, conservateur et Centre Démocratique, tous parsemés de scandales de corruption, comme ceux d’Odebrecht, la transnationale du crime et de la corruption,

Les résultats politiques du second tour de l’élection présidentielle, en faveur de la grande coalition pour la paix représentée par Gustavo Petro et Ángela María Robledo, peuvent être qualifiés d’historiques, avec près de huit millions de voix.

Les deux candidats ont proposé des routes diamétralement opposées pour la quatrième économie d’Amérique latine et, alors que plus de 36 millions d’électeurs avaient l’opportunité de définir le sort de la pacification du pays, un peu plus de la moitié des électeurs inscrits sur les listes électorales se sont rendus aux urnes.

Duque, qui promet de modifier l’accord de paix, de réduire les impôts sur les entreprises et de prendre la tête de la pression internationale contre le gouvernement de Nicolás Maduro au Venezuela, était le favori des médias hégémoniques et des sondages d’opinion. À 41 ans, le filleul politique de l’ancien président Uribe (2002-10) – objet d’ allégations de trafic de drogue et de génocide - est le plus jeune président élu en Colombie depuis 1872.

Petro, 58 ans, ancien maire de Bogotá qui a triomphé largement dans la capitale, a ajouté à la défense des accords de paix une batterie de réformes pour rompre avec la gouvernance historique de la droite. Petro a fait revenir dans la politique colombienne les discours aux multitudes assemblées sur les places. Il est arrivé au second tour avec 25% des voix au scrutin du 27 mai, et n’a pu avoir aucun débat télévisé avec Duque face au refus de son adversaire.

Dans un pays de 49 millions d’habitants, dont 27 % de la population vit dans l’extrême pauvreté et qui est le premier producteur mondial de cocaïne, Petro a présenté une série de réformes visant à "approfondir la paix", qu’il soutient sans équivoque. Ses propositions d’ impôts sur les grandes propriétés improductives, de passage à une économie non dépendante du pétrole et du charbon et sa critique de la politique antidrogue actuelle ont fait trembler les élites.

Vainqueur du premier tour avec 39% des voix, Duque a une expérience politique limitée de quatre ans en tant que sénateur, ce qu’il est devenu sous l’impulsion d’une liste fermée dirigée par Uribe. "Rien ne vient de lui, tout est dû au capital politique d’Uribe", a déclaré l’analyste Fabián Acuña.

Je veux "cimenter la culture de la légalité, où l’on dit au crime que celui qui le fait doit payer", a-t-il dit après avoir voté dimanche. Duque, qui a également annoncé un durcissement des conditions du dialogue avec l’ELN, veut que les chefs rebelles coupables de crimes purgent une peine de prison minimale et n’occupent aucun des dix sièges parlementaires réservés par l’accord de paix aux FARC, devenues un parti.

Le soutien apporté à Petro ces dernières semaines par Antanas Mockus, Claudia López, Ingrid Betancourt, Clara López et d’autres dirigeants politiques, intellectuels et sociaux dans le pays et à l’étranger, en tant qu’expression de forces citoyennes indépendantes, a permis à Petro de faire miroiter, pour la première fois dans l’histoire de la Colombie, un gouvernement différent de celui des élites bipartisanes.

Ce n’est pas pour d’autres raisons que ces élites ont paniqué et décidé de serrer les rangs en faveur de la candidature de l’extrême droite, au milieu d’un panorama sombre à ce stade où la transition historique vers une sortie de la guerre est extrêmement menacée. Les responsables de la dépossession économique, légale et criminelle, les auteurs intellectuels et matériels du génocide contre des milliers de citoyens, les militaristes en uniforme ou en civil, les commanditaires de la terreur paramilitaire, se sont alignés sur Duque.

Ceux qui se sont alignés sur Duque sont ceux qui veulent démanteler l’Accord de paix pour assurer l’impunité et empêcher les réformes, les voleurs en col blanc dans toutes leurs présentations partisanes, les coupables des processus de corruption les plus scandaleux. Pendant des décennies, le pays a été gouverné par le pouvoir de facto des hommes d’affaires, des financiers, des militaires et des trafiquants de drogue (ou tous ensemble).

Le mouvement populaire, les propositions alternatives et les démocrates qui défendent la solution politique, étaient dans une grande dispersion et dislocation, tandis que des millions de citoyens ont été déplacés, disparus, tués pour éviter les changements.

Jorge Eliecer Gaitán il y a plus de six décennies, avait déjà pointé la contradiction entre les oligarchies et le peuple, entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, quelle que soit la couleur de leur parti, entre la mort et la vie : ces antagonismes persistent. Cette vieille classe dirigeante bipartisane, profondément incapable de garantir des prémisses démocratiques de base pour sa modernisation, vole le présent et l’avenir des nouvelles générations, en voulant perpétuer l’inégalité et la guerre.

Merci à Tlaxcala

Source : http://estrategia.la/2018/06/17/el-establishment-respira-y-la-pacificacion-peligra-duque-sera-el-presidente/

Date de parution de l’article original : 17/06/2018

Traduit par Fausto Giudice

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