Édition du 14 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Le carnaval cannibale de Donald Trump

L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche il y a un an est en fait l’aboutissement d’un long processus. Pour reprendre une expression de Baudrillard, voici pourquoi et comment ce « roi de carnaval » est advenu, chargé d’une mission historique : détruire l’illusion démocratique.

Tiré de Mediapart.

Le 8 novembre ils ont crié. Ils ont crié à Boston, Philadelphie, Chicago, Miami, Denver, Austin ou encore Salt Lake City. Ce qui avait commencé comme une blague par un appel lancé sur Facebook à « pousser des cris de désespoir à l’occasion de l’anniversaire de l’élection de Trump »s’est transformé en une véritable performance collective, exprimant le sentiment d’impuissance de milliers d’Américaines et d’Américains face à la politique de leur président. Selon les organisateurs, rien ne pouvait mieux exprimer le profond découragement du citoyen de base qu’un cri collectif, une vaste clameur de désespoir. « On a besoin d’une opportunité de nous rassembler et de crier, tout simplement. C’est une forme de catharsis collective pour rassembler nos forces et continuer à nous battre contre ce gouvernement », a déclaré à France Info Kate Kelly, une avocate de 37 ans à l’origine du rendez-vous organisé à Salt Lake City, dans l’Utah. « Cet événement, c’est l’expression d’une frustration collective, a déclaré Nathan Wahl, un autre crieur. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Pour le moment, je cherche en vain une réponse.

En attendant de la trouver, avec plusieurs milliers d’autres gens, on va hurler ! » Démocrates déçus, féministes en colère, militants associatifs, représentants des minorités étaient appelés à se rassembler pour exprimer leur sentiment d’impuissance et de désespoir… Même ceux qui ne pouvaient se déplacer étaient invités à crier dans leur coin. On pouvait moduler son cri à sa guise : hurlement, gémissement, grognement ou simple murmure, l’essentiel étant de crier son désespoir face à « ce show de merde qu’est devenue la politique américaine ».

On peut évidemment se gausser de ces manifestations qui ne peuvent que renforcer ce que les éditorialistes pro-Trump appelaient le Trump Derangement Syndrome pour qualifier le comportement « hystérique » des supporteurs d’Hillary Clinton au lendemain de la défaite de leur candidate, en proie à des « attaques de panique » et « criant comme des psychopathes ». On doit aussi s’interroger sur l’efficacité de ce type de démonstrations sonores, mais on ne peut nier qu’il s’agit là d’une innovation dans l’histoire des formes de manifestation collective. Non pas une démonstration de force, mais l’expression d’une impuissance et du désarroi extrême. Après les marches et les occupations, le hurlement immobile. Loin des slogans bien rythmés, un long cri informe. Après la minute de silence, le cri organisé. Foin de sit-in et des longues marches pour les droits civiques, un cri, rien qu’un cri. Le cri de la créature en colère.

C’est évidemment dérisoire et ces manifestations n’ont mobilisé que quelques milliers de crieurs dans une dizaine de villes américaines, mais cette initiative est un symptôme de l’impasse dans laquelle se trouve depuis un an l’opposition à Trump. La stupeur après la colère.

La victoire de Donald Trump a constitué pour la plupart des observateurs un coup de théâtre qui démentait toutes les prévisions électorales, mais surtout une anomalie politique, un événement extravagant, échappant à toute logique et qui contredisait leurs analyses. Pire, selon les sondages de sortie des urnes, seuls 38 % des Américains considéraient que Trump était qualifié pour être président. Et pourtant il avait été élu. Seule explication possible, de nombreux électeurs avaient voté pour lui en pensant qu’il n’avait aucune chance d’être élu, un geste protestataire, supposé sans conséquence, qui avait provoqué l’accident électoral et précipité la démocratie américaine dans l’inconnu. En tout état de cause, la victoire de Donald Trump appartenait à ces événements irrationnels qui déjouent la raison politique et qui traduisaient, au-delà du politique, une réaction bien plus profonde qu’un simple bras d’honneur aux élites, à l’establishment et à une classe politique disqualifiée incarnée par Hillary Clinton. L’élection de Donald Trump ne constituait pas seulement une défaite pour les démocrates, elle prenait en défaut tous les systèmes de prévision ou d’alerte, elle ruinait la crédibilité des analystes et des commentateurs.

« L’une des choses les plus déconcertantes était que personne, quel que soit son degré d’érudition, n’avait une idée de ce qui se passait », se souvient Michelle Goldberg dans un article du New York Times, le 6 novembre dernier, intitulé « Anniversaire de l’Apocalypse ». Elle s’était alors tournée vers des journalistes qui vivaient ou avaient vécu sous un régime autoritaire pour tenter de comprendre comment la texture de la vie change lorsqu’un démagogue autocrate prend le pouvoir.« Un journaliste turc laïc m’a dit, d’une voix triste et fatiguée, que les gens pouvaient défiler dans les rues pour s’opposer à Trump, mais que les protestations finiraient probablement par s’éteindre et le sentiment d’une stupeur d’urgence céderait la place à une opposition soutenue. L’écrivaine dissidente russe Masha Gessen a averti qu’il était impossible, avec un dirigeant qui assiège le tissu de la réalité, de garder le sens de ce qui est normal. “Vous dérivez, et vous êtes déformé”. Ils avaient tous les deux raison », conclut l’auteur de l’article. « Le pays a changé au cours de la dernière année, et beaucoup d’entre nous sont engourdis après des chocs incessants. »

La vie politique sous Donald Trump s’est transformée en une suite de provocations et de chocs sous la forme de décrets, de déclarations ou de simples tweets : muslim ban, défense des suprémacistes blancs après les événements de Charlottesville, guerre des tweets avec la Corée du Nord. L’élection de Trump n’a pas seulement ébranlé la position internationale des États-Unis, elle a balayé les classiques checks and balances (freins et contrepoids) du système politique américain. Un jour Trump démantèle le Département d’État. Un autre, il purge le corps diplomatique en affirmant sur Fox News : « Je suis le seul qui compte. » Son gouvernement fait officiellement la promotion de ses hôtels et il exige la prison pour les journalistes.

La « déconstruction de l’État administratif »

Trump a lancé un défi au système non pour le réformer ou le transformer, mais pour le ridiculiser… Il ne s’agit plus de délibérer à l’intérieur du système démocratique, mais de spéculer à la baisse sur son discrédit. Assistons-nous à la décadence d’un empire dont il ne reste que ses jeux et ses spectacles ? Pas le moins du monde : le phénomène Trump est l’aboutissement d’un long processus de dérision et de profanation des valeurs démocratiques largement entamé sous les présidences de Bill Clinton et de George W. Bush aux États-Unis et de Berlusconi en Italie.

Bill Clinton confiait sur MTV qu’il portait des slips plutôt que des caleçons. « Tout semblait disproportionné chez Bill Clinton, voire pathologique, et corroborait sa nature excessive. » Edith Efron, une journaliste du magazine libertarien Reason ira jusqu’à diagnostiquer chez lui des troubles cognitifs dans un article intitulé : « Le président peut-il penser ? », Diane Rubenstein, l’auteure d’un essai sur les présidences américaines, a identifié dans les biographies de Bill Clinton ce qu’elle appelle, une « pathographie »présidentielle. Et Frank Rich, l’ex-chroniqueur du New York Times disait à propos de Clinton : « Sa schizophrénie est la nôtre. »

Trump ne fait que porter à l’incandescence une tendance que l’on pourrait qualifier de carnavalisation politique. De l’affaire Lewinsky à celle de Nafissatou Diallo, des soirées bunga bunga de Berlusconi aux partouzes tarifées du Carlton de Lille, ce n’est pas la dépravation des individus que met en lumière la chronique médiatique, c’est une forme de chute dans la vulgarité. La surexposition médiatique jusqu’à la dévoration. Le corps des puissants livré à la voracité des médias et des audiences fait le chemin inverse de celui décrit pas Ernst Kantorowicz ou Louis Marin, une désymbolisation accélérée, une démystification inexorable, au travers d’une exhibition médiatique dont la Perp Walk de Dominique Strauss-Kahn a été la scène sacrificielle. Faire défiler devant une cohorte de journalistes, de caméras et de photographes, le directeur du FMI, menottes aux poignets, celui que les médias s’obstinaient à appeler « l’homme le plus puissant de la planète », et qu’ils se complaisaient à décrire comme le futur président de la République française, ne peut pas ne pas signifier au-delà de la mise en accusation d’un homme, la déchéance de tout un système de représentation. Du caractère sacré de la fonction à sa profanation. L’exercice de l’État a perdu sa dimension sacrée pour revêtir une portée sacrificielle et cette cannibalisation de la fonction politique accède avec lui à une sorte de couronnement, l’assomption d’une vulgarité phénoménale opposée à la prétendue grandeur des pères fondateurs.

Désormais, c’est de l’intérieur de la Maison Blanche que les coups les plus durs sont frappés contre le système politique américain dans une sorte d’autodévoration de la raison d’État. Trump représente un risque de sortie du politique, de la rationalité politique. Mais cette sortie du politique a sa logique et son monde : le carnaval trumpiste animé par une haine radicale de « Washington ». Au premier rang, le clown, le bonimenteur, capable de capter l’attention des Américains de base et des exclus du système qu’il divertit et venge par ses rodomontades et ses grossièretés et ses tweets compulsifs… mais derrière lui s’activent les déconstructeurs, animés d’une passion de la déréglementation. Déréglementation politique et administrative. C’est toute la trame institutionnelle de l’État fédéral qui est détricoté, département par département, règlement après règlement, une combinaison que l’ancien stratège de la Maison Blanche, Steve Bannon, appelle avec gourmandise la « déconstruction de l’État administratif ».

« Au milieu du flot incessant des scandales et des outrages, il est facile de perdre de vue ce que cette administration réussit parfaitement et se révèle spectaculairement disciplinée, calculatrice et efficace, écrit Jon Michaels un professeur de droit à la faculté de l’UCLA. Donald Trump préside l’attaque la plus dévastatrice contre l’État administratif américain que cette nation n’ait jamais connue. »

Les responsables nommés par Trump sont en train de démanteler toutes sortes de règlements en matière de santé et de sécurité. Pour satisfaire les intérêts des grandes entreprises, Trump a annulé quatorze grandes règles environnementales, financières et relatives aux conditions de travail en matière de santé et de sécurité (avant 2017, une seule autre règle avait été officiellement annulée, en 2001 sous George W. Bush.) À la tête de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) Edward Scott Pruitt, un climato-sceptique, critique de longue date de l’agence qu’il dirige actuellement, a bloqué ou retardé des douzaines de règles sur l’air pur, l’eau propre et les émissions de carbone. Il a également travaillé pour annuler le plan d’énergie propre annoncé, et a rejeté l’interdiction recommandée sur certains pesticides agricoles au mépris des conclusions des experts qui ont mis en évidence les effets désastreux de ces produits chimiques, en particulier sur les ouvriers agricoles et leurs enfants.

Le secrétaire à l’Intérieur, Ryan Zinke, a proposé de supprimer les règles régissant la fracturation hydraulique et il a mis de côté un rapport important documentant les risques pour la santé associés à certains types de mines de charbon. Pour la première fois depuis près de quarante ans, l’administration Trump déclassifie des réserves naturelles et des sites protégés culturels ou historiques…

Outre les décisions les plus spectaculaires de désengagement au niveau international comme le processus de retrait de l’Accord de Paris sur le climat quelques semaines avant les ouragans dévastateurs au Texas et en Floride, les décrets de dérégulation se multiplient : de l’interdiction de forer du pétrole dans l’Arctique, à l’obligation de tenir compte dans les plans de construction des risques d’inondations, des mesures combattant le harcèlement sexuel et la discrimination raciale à celles encourageant la réduction des inégalités de salaires entre les hommes et les femmes… Loin du regard du public, c’est tout un arsenal réglementaire qui avait survécu aux alternances politiques qui est mis à bas. En un an, l’administration Trump a annulé et renversé d’innombrables lois et règlements sur la protection de l’environnement, les conditions de travail, l’éducation, les transports, la protection des consommateurs.

L’univers de la téléréalité

Sous prétexte de « drainer le marais »ou de « désactiver l’État profond » deux expressions de la novlangue trumpiste, des pans entiers de l’infrastructure même du gouvernement, ses services et ses responsables ont été éloignés du centre du pouvoir, licenciés ou découragés et poussés vers la sortie. Plus de deux cents groupes de travail scientifique ont été dissous. On ne compte plus les chasses aux sorcières contre des employés de carrière du Département d’État. « Fired ! » « Viré »,le célèbre slogan de Celebrity Apprentice ne s’adresse plus seulement aux candidats de la téléréalité mais au directeur du FBI, James Comey, au procureur général par intérim, Sally Yates, et au procureur américain de New York.

« À chacun de ses manquements présumés à l’éthique, écrit Naomi Klein dans son livre Dire non ne suffit plus, ce gouvernement mine et dégrade un peu plus la sphère publique. Même si la corruption (ou la trahison) finit par lui coûter la Maison Blanche, Trump ne laissera derrière lui que des décombres – preuve s’il en est de la prémisse fondamentale de son projet politique : l’État n’est pas seulement un bourbier, c’est un boulet. Rien n’y est digne d’y être sauvegardé ? »

« Ma vie a été bouleversée par son élection, c’est un cauchemar national », explique Carter Goodrich, l’auteur de la une du New Yorker du 30 octobre dernier qui transforme Trump en clown maléfique. « Je suis toujours aussi abasourdi maintenant qu’il y a un an, la nuit des élections. » Et il ajoute : « C’est difficile de parodier cet homme... Il marche, parle déjà comme une caricature de lui-même. »

« On ne peut pas protester à chaque décision, on ne ferait plus que ça », écrit Michelle Goldberg. « Après l’élection de Trump, de nombreux libéraux s’étaient engagés à ne pas "normaliser" Trump. Mais une des leçons de cette année, c’est que nous ne pouvons pas décider à quoi ressemble ce qui est normal. »

Le système électoral est depuis des années faussé par l’argent, les lobbies des armes, du pétrole, des banques. Pourquoi reprocher à Trump de mentir, si le monde politique tout entier n’est que mensonge et simulacre ? Si les marchés financiers, coupés de toute réalité et de toute référence, fonctionnent à la rumeur ? La confiance dans le langage s’est effondrée comme lors d’un krach boursier ouvrant la voie à un nouveau régime d’énonciation qui maintient tous les énoncés sur le mode de l’indécidabilité. Et Trump a bâti son succès sur ces ruines. Ce n’est pas tant que le mensonge soit devenu la norme et que la vérité soit interdite ou exclue, c’est leur indifférenciation qui est désormais la règle.

Ce nouveau régime de « vérédiction » est d’ailleurs celui-là même qui a cours sur les marchés financiers, alimentés autant par la rumeur que par les faits et où le cours d’une action n’a plus rien à voir avec la performance réelle d’une entreprise. De même que les gestionnaires de portefeuille ne se soucient pas du cours des actions de la veille, le président n’a pas à se soucier de ce qu’il a tweeté le jour précédent. L’essentiel étant d’alimenter la volatilité créée par des avis imprévisibles – une volatilité qui peut être dévastatrice pour ceux dont la réputation est en jeu, mais peut être extrêmement lucrative pour ceux qui savent comment la rentabiliser. Ivan Ascher, l’auteur de Portfolio Society : On the Capitalist Mode of Prediction(Zone / Near Futures, septembre 2016) le confiait récemment : « … si la posture d’imprévisibilité de Trump est incontestablement folle sur les questions de sécurité nucléaire, elle est néanmoins parfaitement compatible avec la logique de la finance spéculative. Et ce n’est pas une bonne nouvelle. Surtout maintenant que nous sommes passés – depuis son investiture – d’une volatilité induite par des tweets à l’incertitude provoquée par des executive orders ».

Vérité et mensonge. Réalité et fiction. Raison et Folie. Original et parodie. Normalité et pathologique. Toutes ces oppositions rassurantes ont été dynamitées par l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. Une nouvelle ère politique caractérisée par la simulation généralisée, le paranormal et la post-vérité. L’éditorialiste du New York Times,Roger Cohen, s’en alarmait : « Si vous dites “il y a quelqu’un qui veut être président des États-Unis et il ment tout le temps” et des millions de gens disent “OK, ouais, ce n’est peut-être pas bien, mais je vais voter pour lui quand même”, je pense que toute une analyse doit être faite là-dessus. » Mais accuser Trump de mensonges n’a pas grand sens. Trump s’en défend en affirmant qu’il pratique l’« hyperbole vraie », « une exagération innocente mais une forme efficace de promotion ». Et dans la ruche des réseaux sociaux, c’est l’« hyperbole vraie » qui règle les échanges, avec ses bulles informationnelles indépendantes les unes des autres qui créent une sorte de huis clos propice aux rumeurs les plus folles, au complotisme et au mensonge. Trump s’adresse sur Twitter et Facebook à ses petites républiques du ressentiment qu’il réussit à fédérer en une masse survoltée. Une partie de la société a fait sécession aux États-Unis et s’est retournée contre le système de représentation qui est devenu une parodie de lui même. Trump est leur héros.

À sa manière, il est lui aussi un exclu du système qui ne doit son succès qu’a son formidable culot. Sa légitimité il ne la tient pas de la sphère politique, mais de l’univers de la téléréalité, un univers hyperréel qui ne connaît d’autres lois que la captation des attentions par la transgression des comportements et des discours. En revendiquant son extraterritorialité à l’égard du système politique, il peut se faire le porte-parole des exclus du système. En refusant de se présidentialiser, il dépolitise la fonction présidentielle et la soumet aux lois de la téléréalité.

Car la téléréalité n’est pas un jeu, mais un laboratoire, on y expérimente de nouveaux rapports au monde et une nouvelle éthique. « Au cours des dernières saisons de The Apprentice, rappelle Naomi Klein, la cruauté latente de l’émission a tourné au sadisme. » On y voyait d’un côté les winners dans un appartement de luxe avec champagne et piscine et de l’autre les losers que Trump qualifiait de « démunis »s’abritant sous des tentes cernées par des chiens et mangeant des assiettes en papier comme des réfugiés.

Ce n’est pas un démon dostoïevskien ni un tyran shakespearien que les Américains ont porté à la Maison Blanche mais un héros baudrillardien, un roi de carnaval chargé d’une mission historique : détruire l’illusion démocratique. Après l’élection d’Arnold Schwarzenegger au poste de gouverneur de Californie, Jean Baudrillard a écrit un texte intitulé Carnaval et Cannibale qui éclaire avec une décennie d’avance la logique à l’œuvre dans l’élection de Donald Trump. « Nous sommes en pleine mascarade, là où la politique n’est plus qu’un jeu d’idoles, et de marketing. »Mais derrière cette mascarade, Baudrillard décelait une stratégie politique de grande envergure (certainement non délibérée, cela supposerait une trop grande intelligence), qui dément nos éternelles illusions démocratiques. « En élisant Schwarzenegger (ou encore dans l’élection truquée de Bush en 2000), dans cette parodie hallucinante de tous les systèmes de représentation, l’Amérique se venge à sa façon du mépris dont elle est l’objet. C’est par là qu’elle fait la preuve de sa puissance imaginaire, car dans cette fuite en avant dans la mascarade démocratique, dans cette entreprise nihiliste de liquidation des valeurs et de simulation totale, plus encore que sur le terrain de la finance et des armes, nul ne peut l’égaler, et elle aura longtemps plusieurs longueurs d’avance. »

Selon Baudrillard, l’hégémonie ne s’affirmait plus seulement par l’exportation des techniques, des valeurs et des idéologies, mais par l’extrapolation universelle d’une parodie de ces valeurs. Il soulignait la puissance symbolique de la dérision et de la profanation des valeurs, « cette impiété totale d’un peuple qui fascine tout le monde, vulgarité phénoménale, d’un univers (politique, télévisuel) enfin ramené au degré zéro de la culture. Mais qui est aussi le secret de l’hégémonie mondiale… Je le dis sans ironie, et avec admiration : c’est ainsi, par la simulation radicale, que l’Amérique domine le reste du monde, à qui elle sert de modèle. »

« Juste avant l’investiture de Donald Trump, rappelle Naomi Klein, on a demandé à Newt Gingrich, son ex-meneur de claque, ce qu’il pensait de la décision du président de conserver son poste de producteur délégué deCelebrity Aprentice. Sa réponse en dit long. Il affirme que Trump commet une erreur parce qu’il va être le producteur délégué de quelque chose qui s’appelle le gouvernement des États-Unis. Il aura la responsabilité d’un immense show télévisé intitulé Diriger le monde. »

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : États-Unis

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...