Édition du 14 août 2018

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LGBT

Mise à nue

« Dans le fond, t’es pas mal l’homme dans le couple..!?? » « T’es mélangée, ça doit être à cause de trucs qui te sont arrivés dans ton enfance… » « On sait bin que ça n’existe pas la bisexualité, soit t’aimes les hommes, soit t’aimes les femmes…un moment donné tu vas virer lesbienne »

tiré de Journal Entrée libre Parution de novembre 2017 (élections municipales)

10 septembre 2017 | Sarah Beaudoin

« Dans le fond, t’es pas mal l’homme dans le couple..!?? »

« T’es mélangée, ça doit être à cause de trucs qui te sont arrivés dans ton enfance… »

« On sait bin que ça n’existe pas la bisexualité, soit t’aimes les hommes, soit t’aimes les femmes…un moment donné tu vas virer lesbienne »

« C’est superbe la bisexualité, je supporte ça à 110%, mais pourrais-tu ne pas en parler en public et surtout pas devant des hommes »

Il est faux de dire que la lutte pour les droits de la communauté LGBT+ est gagnée et qu’elle n’est plus pertinente aujourd’hui, parce qu’on est en 2017 et que, vous savez, on n’arrête plus les gais et les lesbiennes lorsqu’ils ou elles s’affichent.

À mon avis, plusieurs préjugés et tabous existent encore concernant cette lutte et on prend pour acquis que la lutte est gagnée parce que l’oppression est plus subtile, mais elle est toujours bien présente.

Depuis mon « coming-out » public sur Facebook (voir encadré ci-dessous), j’ai eu beaucoup de commentaires biphobes à mon sujet. Au lieu de me laisser entraîner par les émotions négatives de ces personnes souvent plus ignorantes que réellement haineuses, j’ai décidé de faire un truc qui me définit bien comme personne, être 100% honnêtes avec vous et discuter, sans tabous, des conséquences de mon « coming-out ».

Beaucoup de commentaires biphobes de personnes qui m’étaient chères et que je vois de moins en moins m’ont été faits. Ça, c’est ce qui fait le plus mal, parce que tu sens que toute ton identité et ta raison d’être, tout ce que tu es, est systématiquement rejeté par des personnes qui te sont réellement importantes. Tu es alors confrontée à un choix, qui je dirais dans le cas de mon « coming-out » sur ma bisexualité, est le plus difficile des dilemmes ; s’aimer et s’accepter comme on est, accepter de perdre certaines personnes de cette façon pour ensuite trouver d’autres personnes avec qui la relation sera vraisemblablement meilleure OU choisir de laisser les autres te définir et t’étiqueter. Les deux choix sont aussi difficiles, à mon avis. J’ai choisi le premier, mais je ne blâme pas ceux et celles décidant de choisir le deuxième. Ce choix appartient à chacun.

Toutefois, il faut savoir et comprendre au plus profond de nous-mêmes que peu importe le choix que la personne fait en soi, il y aura toujours quelqu’un éprouvant de la difficulté à s’accepter soi-même pour étiqueter et juger. Il y aura toujours de l’oppression, que tu fasses partie de la communauté LGBT+ ou non, que tu t’affirmes ou non.

Je suis une femme, féministe, de gauche, impliquée en politique, athée, non ethniciste, végétarienne, bisexuelle et militante. Une mine d’or pour celles et ceux voulant rehausser leur estime personnelle en écrasant et marginalisant les autres. Pourtant, je ne laisse plus tout ça m’atteindre parce que justement, je n’aurais de cesse de me faire rabrouer. Les commentaires énoncés dans le haut de l’article m’ont bel et bien été adressés, durant les trois mois et demie qui se sont écoulés depuis mon « coming-out » et, je dois l’avouer, je me suis laisser prendre au jeu et atteindre par ces individus.

Récemment, toutefois, j’ai compris que la journée de mon « coming-out », la journée que j’ai réalisé que mon amour pour moi-même et ma propre acceptation étaient plus importantes que tout jugement extérieur ou que tout ce qui m’était maintenant possible de perdre, était la plus belle journée de ma vie et, à tout compter, l’action la plus pertinente et la plus belle preuve d’amour que je n’avais jamais fait. Ayant eu une bataille jamais réellement terminée avec la dépression et l’anorexie mentale durant mon adolescence, j’ai eu bien de la difficulté à me défaire d’un cycle vicieux de mauvaise estime personnelle puis de « sabotages relationnels ». Celles et ceux ayant combattu les mêmes problématiques sauront de quoi je parle… C’est peut-être décourageant, mais je crois personnellement que l’on naît tous et toutes avec certains éléments à travailler, certains obstacles et la seule et unique réponse, la seule et unique façon de contrer ces obstacles, est de s’Aimer.

L’Amour est quelque chose d’effrayant, puisqu’il nous met à nu et nous expose à toutes les blessures, que ce soit l’Amour pour soi ou pour une autre personne, mais il y a un côté émancipateur et rafraîchissant à l’Amour réel qu’il ne faut pas oublier.

L’Amour nous permet de nous affranchir des obligations et pressions vécues à tous les jours et de nous réfugier dans un espace d’acceptation inconditionnelle de nous-mêmes. Je comprends toutefois celles et ceux encore réticentes à faire le pas, puisque moi-même j’avance et recule continuellement dans cette zone. La lutte n’est jamais gagnée, mais je crois qu’il faut saisir l’occasion lorsqu’elle se présente à nous.

Pour celles et ceux éprouvant des difficultés à s’accepter telles qu’ils ou elles sont, sachez qu’au moins une personne pense à vous en ce moment et vous aimes tel que vous êtes.

Que vous soyez en train de lutter contre une problématique de santé mentale, en train de vous demander si vous acceptez de vous afficher comme membre de la communauté LGBT+, de combattre une addiction quelconque, ou de lutter contre tout autre obstacle à un Amour de soi inconditionnel, je salue vos efforts et votre combat et vous souhaite tout l’Amour qu’il est possible d’avoir.

Je suis avec vous en pensées et même en personne si vous avez besoin d’une oreille attentive.

Bonne lutte à tous et toutes !

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