Édition du 24 avril 2018

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Asie/Proche-Orient

On ne doit pas traîner dans la boue les manifestations pacifiques en Iran : déclaration de militant.es iranien.nes

tiré de : Entre les lignes et les mots 2018 - 5 - 3 février : Notes de lecture et textes

Publié le 2 février 2018

Plus de 200 militant.es iranien.nes du mouvement de libération des femmes se déclarent solidaires des manifestants

L’an dernier, des manifestations pacifiques ont eu lieu chaque jour en Iran : des travailleurs excédés par les retards de paiement, des enseignants, des portefaix paupérisés par les instituts financiers et se faisant tirer dessus, se sont rassemblés à plusieurs reprises devant le Parlement, les instances gouvernementales ou sur leur lieu de travail pour tenter de se faire entendre des responsables. Des voix qu’on avait négligées, jusqu’à ce jour où les manifestants sont descendus dans les rues des villes et villages pour clamer haut et fort leurs exigences aux oreilles de tout le monde. La voix des citoyens qui revendiquaient leurs droits. Des droits pour lesquels militaient dans divers domaines des membres de la société civile, que ce soit à titre privé ou en publiant des textes, et qui s’étaient vu répondre par la violence, comme ceux qui aujourd’hui descendent dans la rue.

Les militants de la société civile essaient depuis plusieurs années d’attirer l’attention sur une politique erronée qui aggrave la pauvreté, les inégalités, la fracture sociale et accentue la pression sur de vastes pans de la population. Ils s’attaquent en permanence aux salaires impayés, aux inégalités dans le traitement de la main-d’œuvre, que ce soit dans le public ou le privé. Ils sont préoccupés par la santé publique, l’enseignement et l’environnement, l’exploitation des étudiants utilisés comme main-d’œuvre sous-payée, de la pauvreté qui s’étend chez les femmes, de leur exclusion du marché du travail, de l’accroissement de la pression sur les immigrants, et de la répression généralisée, plus marquée à l’égard des femmes.

Aujourd’hui plus que jamais les femmes sont confrontées à la pauvreté et au chômage, en raison soit de leurs revenus trop faibles, soit de l’extension du chômage.

Il y a 4 ans, le mouvement des femmes iraniennes avait déjà publié une déclaration contre la situation d’infériorité des femmes et attiré l’attention sur leur paupérisation. Aujourd’hui, même les statistiques officielles confirment qu’en dix ans (de 2004 à 2013) les femmes ont été mises au chômage par centaines de milliers chaque année ; rien qu’en 2013, une femme sur trois travaillant dans le privé n’a pu reprendre son travail à l’issue de son congé de maternité, car elle a été licenciée. D’autre part il semblerait que le nombre des femmes soutiens de famille a crû de 55% en 20 ans (de 1991 à 2010) et que 82% d’entre elles sont au chômage. S’y ajoute le fait que l’augmentation du nombre d’universitaires femmes montre qu’en Iran elles constituent le premier contingent de chômeurs. Bien qu’elles aient réussi à franchir les obstacles – origine géographique ou domaines réservés aux hommes – qui les empêchent d’accéder aux études supérieures, leur diplôme ne leur a pas ouvert le marché du travail.

Beaucoup recommandent le calme, conseillent les voies normales de changement et tiennent les manifestations de rue pour de dangereuses provocations, qui fournissent au gouvernement un prétexte à la répression violente. Mais ces trois dernières années ont appris aux mouvements sociaux que leurs efforts d’engagements civils et pacifiques ne les ont pas protégés de réactions dures et violentes. Syndicats, fondations et mouvements de la société civile ont été déclarés illégaux après avoir été autorisés, leurs bureaux ont été fermés, et leurs militants traduits en justice. Les appels à des marches silencieuses ou des sit-in dans des parcs et espaces publics ont été sanctionnés par des attaques et poursuites, leurs participants ont été mis en accusation et le droit des citoyens à manifester n’a pas été reconnu.

Nous, regroupement de militantes du mouvement des femmes iraniennes demandons à ceux qui appellent à des manifestations pacifiques et à des actions légales : sur quelle base les pétitions en faveur d’un changement des lois discriminatoires sont-elles déclarées illégales ? Pourquoi des centaines de personnes sont-elles arrêtées et poursuivies par la justice ? Sur quelle base la campagne en faveur d’une modification de la suprématie masculine au Parlement a-t-elle été déclarée illégale, pour pouvoir d’emblée la combattre et la réduire à néant ? Pourquoi a-t-on réagi par la violence et les arrestations au sit-in silencieux autour de la place Azadi ?

Pour tenter d’ouvrir un espace pour une égalité des droits libérée de toute discrimination, le mouvement des femmes iraniennes a toujours agi par des moyens pacifiques et dans le cadre des lois mesquines en vigueur. Leurs actions ont toujours été réprimées quels qu’en soient les motifs.

Nous qui militons contre la discrimination et les inégalités estimons qu’il est de notre responsabilité de ne pas tolérer que les activités non-violentes de citoyens soient traînées dans la boue et qu’eux-mêmes soient rendus responsables de la violence exercée à leur encontre. En outre, comme par le passé, nous estimons de notre responsabilité de descendre dans la rue et les espaces publics pour revendiquer nos droits- si divers que soit le mouvement actuel. De la même manière, nous pensons que les gouvernements se doivent d’aborder les revendications de différents pans de la population sans recourir à la menace, à la discrimination ou à la répression. À présent nous exigeons très concrètement la libération de tous les prisonniers politiques et dissidents, le respect du droit à l’organisation et au rassemblement, et en ce qui concerne les femmes, l’arrêt de toute mesure visant à enfermer les femmes au foyer, l’égalité des sexes dans le travail et les choix professionnels, des décisions politiques pour protéger les femme chefs de famille et ainsi qu’un changement des structures et lois discriminatoires qui servent à réprimer et à inférioriser les femmes au sein de la société et de l’économie.

Traduit par Mikaela Honung

Source : http://bidarzani.com/28211

Voir les signatiare sur le site Tlaxcala

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=22517

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