Édition du 13 novembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Un an après la propulsion du mouvement #Metoo : examinons l’éveil collectif !

À pareille date l’an dernier, les réseaux sociaux étaient pris d’assaut par des milliers survivant.e.s d’agression à caractère sexuel qui témoignaient de leur vécu sous le mot-clic #MeToo, alors qu’une actrice hollywoodienne, Alyssa Milano, propulsait le mouvement initié par la militante afro-féministe Tarana Burke. Aujourd’hui, les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) réitèrent la nécessité d’un véritable changement de culture PERMANENT et des actions soutenues pour contrer les violences sexuelles.

Un examen sommaire de la libération de la parole…

Dans la mouvance de cette déferlante #moiaussi, les CALACS avaient pu noter une hausse significative de nouvelles demandes de soutien et d’accompagnement de survivantes. Encore aujourd’hui, les délais d’attente pour obtenir des services ont augmenté dans la plupart des centres, allant désormais jusqu’à 18 mois dans certaines régions. La vague de dévoilement a également mis en exergue le besoin en termes de prévention, de formation d’intervenant-e-s de différents milieux, ainsi que des demandes de collaborations entre les CALACS et plusieurs secteurs. En effet, plusieurs centres ont aussi vu les demandes pour des ateliers de sensibilisation monter en flèche. « S’il est indéniable qu’il y a eu plusieurs changements notables en ce qui a trait, notamment, à la conception collective des agressions à caractère sexuel et de la manière dont on en parle, il reste encore énormément de travail à faire. Certes, la libération de la parole a pu encourager des dénonciations mais a aussi fait revivre des traumatismes à certaines femmes et filles », souligne Maria Anney, agente de liaison au RQCALACS. Tout ceci, jumelé à un travail militant que nous impose certains effets pervers constatés (perpétuation de la banalisation de la violence faite aux femmes et l’impact dissuasif, pour certaines femmes survivantes, du traitement médiatique des dévoilement des femmes qui ont osé le faire, pour ne citer que cela), vient de ce fait justifier plus que jamais un financement soutenu et stable des services de premières lignes.

Une explosion de couverture médiatique et de clics, bien que positive, a également fait émerger les dangers de la single story et l’homogénéisation des expériences victimaires : un an plus tard, avons-nous réussi à faire émerger les voix de femmes aux marges, visées par différents systèmes de discrimination ? Le RQCALACS tient à rappeler, en effet, que s’engager contre la violence sexuelle implique nécessairement de prendre en compte que certaines femmes vivent des situations de vulnérabilité qui peuvent les rendre plus susceptibles de subir des agressions à caractère sexuel, mais également leur faire rencontrer des obstacles dans leur recherche de services, de soutien et/ou de justice. Nous pensons aux systèmes discriminatoires qui touchent les femmes qui ont un statut d’immigration précaire, qui ont des limitations fonctionnelles, qui vivent en région éloignée et\ou région rurale, qui sont dans l’industrie du sexe, incarcérées ou qui qui sont visées par des préjugés raciaux, sur l’identité de genre et/ou l’orientation sexuelle.

Et qu’en est-il de l’éveil collectif ?

L’ampleur du phénomène des agressions à caractère sexuel a aussi mis en lumière, via le mouvement #MoiAussi, la vigueur du mouvement féministe et de nos militances en sororité. Le RQCALACS s’est tenu aux côtés des groupes de femmes pour des combats significatifs, notamment, pour exiger le retour d’une éducation à la sexualité féministe qui tient compte de la grande diversité des réalités et besoins des jeunes, pour l’interpellation des chef.fe.s de partis politiques et leurs candidat.e.s dans le cadre de la campagne che.f.fe.s en vue initiée par la Coalition féministe contre les violences envers les femmes, pour l’abolition du délai de prescription aux côtés du Regroupement des personnes et organismes en faveur de l’abolition du délai de prescription en avril dernier. Plusieurs stratégies d’action et des réflexions fructueuses ont eu lieu, le long de cette année mouvementée, avec nos sœurs du G13 et d’autres partenaires significatifs. Le vivrier féministe québécois n’a pas été en reste !

C’est également la responsabilité collective et le travail concerté qui a ainsi impulsé, en décembre 2017, l’adoption d’une loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement (loi 151) et la tenue d’un forum mobilisant plusieurs ministres et le Premier ministre, puis la Stratégie gouvernementale pour prévenir et contrer les violences sexuelles, plus tôt en novembre 2016.

Nous précisons aussi que tous ces gains dans la lutte aux violences sexuelles sont redevables aux courageuses survivantes qui, jour après jour, surmontent une à une les conséquences des agressions subies et qui s’emparent d’un espace public de libération de la parole plus grand depuis quelques années. Et maintenant que, grâce à elles, il n’est plus possible de nier l’ampleur de ce fléau de société, il est grand temps que la population renforce la mobilisation et se penche sur les besoins des femmes victimes de violences sexuelles. Comme l’affirme notre slogan de la Journée d’action contre les violences sexuelles faites aux femmes de septembre dernier : Contre la violence sexuelle, #ToiAussi tu as un rôle à jouer ! À l’instar de notre campagne Ça me regarde, nous encourageons la population à s’engager et à prendre action pour lutter contre les agressions à caractère, condition incontournable pour contrer la culture du viol.

Des actions concrètes du gouvernement actuel : plus que jamais, nous avons des attentes !

En cette date anniversaire du #moisaussi, nous signifions de nouveau nos attentes quant au gouvernement nouvellement élu. Oui, nous nous attendons toujours à un financement récurrent des CALACS, au-delà des fonds d’urgence ponctuels, qui nous permettrait de déployer notre mission tant au niveau de l’aide directe que de la prévention et de la concertation. Nous demandons également au gouvernement d’envisager la reprise d’un comité conseil interministériel qui permettrait une concertation soutenue entre les différents.es acteurs.trices impliqués.es dans la lutte aux violences sexuelles. Un an après #moiaussi, alors que les médias ont amenuisé leur regard sur ce sujet et qu’un nouveau gouvernement s’apprête à constituer son équipe ministérielle, les femmes victimes sont toujours là et les CALACS à leurs côtés. Pouvons-nous compter sur l’appui du gouvernement caquiste pour poursuivre ce combat essentiel ?

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