Édition du 13 novembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Notes de lecture sur NOTRE RÉVOLUTION de Bernie Sanders

Quel plaisir de lire un livre plus politique que partisan. La moité du livre décrit la tournée de Sanders à travers les différents États U.S. (j’ai sorti ma carte pour le suivre). Il a d’abord pris le pouls des différents groupes syndicaux, populaires, progressistes et aussi démocrates pour voir si ça valait la peine de se présenter contre la candidate de l’establishment démocrate. Puis il décrit sa campagne pour être élu représentant démocrate au lieu d’ Hillary Clinton. C’est l’occasion de visiter des centaines de groupes fort actifs dont on n’entend jamais parler. Ça fait un road trip politique fort intéressant à parcourir.

Dans la deuxième partie du livre, Sanders dit comment il faut TRANSFORMER NOTRE PAYS. Il aborde différents sujets comme : l’oligarchie, la classe moyenne, les soins médicaux pour tous et toutes, les études universitaires pour tous et toutes, le changement climatique, la justice, l’immigration, les plus vulnérables, les médias privés. Dans des chapitres de 20 – 30 pages, il y a va de façon concrète : la situation, ce qui a été fait déjà , comment des politiciens et politiciennes ont travaillé à améliorer les choses, et le programme qu’il met de l’avant pour solutionner les problèmes. Il cite plein de faits de personnes, de groupes impliqués et de références sur chaque sujet.

Mais la cerise sur le sundae, une centaine de pages : REMETTRE L’ÉCONOMIE SUR DE BONS RAILS.

Il commence par dire comment il souhaiterait que les « Américains et Américaines » puissent vivre, plus humainement. Les sous-titres sont totalement différents de ceux que le Parti Libéral ou la CAQ mettent dans leur projet. Voyez les priorités de Sanders : Salaire minimum où il parle aussi des salaires maximum et nomme plein de milliardaires en comparant leurs revenus au salaire de leurs employé-e-s, et il nomme les dix pires compagnies. Ensuite Se syndiquer plus facilement pour que le travailleurs et travailleuses en arrivent à gagner 27% de plus que lorsqu’ils-elles ne le sont pas. Dans les Valeurs familiales il propose des solutions pour les congés de maternité et pour raisons médicales en comparant avec la situation avantageuse du Canada.

Des emplois, des emplois et il se permet de citer Franklin Delano Roosevelt : « il ne peut y avoir de vraie liberté individuelle sans sécurité ni indépendance économique ». Il propose un budget concret pour Reconstruire nos infrastructures en récupérant les argents cachés dans les paradis fiscaux. Il fait appel à son expérience comme maire de Burlington où il pris conscience de cette urgence. Il faut Créer des emplois dans les énergie propres, éliminer le charbon et développer le solaire. Créer des emplois en logeant les familles pour résoudre la crise du logement à prix abordable. Il est fier d’avoir créé, à Burlington, le premier fonds pour le logement financé par une municipalité, aux E.U. Des emplois dans les crèches et les jardins d’enfants où il dénonce qu’actuellement il en coûte 18,000$ par années pour qu’un bébé bénéficie d’une garde de qualité. Il rappelle qu’entre 1943-1946 la garde d’enfant universelle était quasiment gratuite.

Des travailleurs travailleuses actionnaires Il nous faut de nouveaux modèles économiques permettant de créer des emplois et d’augmenter les salaires ainsi que la productivité. Il souligne que durant la grande récession de 2008, les sociétés détenues par leurs employé-e-s en ont créé 2% de plus et signale qu’aucune de ces entreprises a été délocalisée en Chine, au Bangladesh ou ailleurs. Il nomme de telles entreprises qui existent au Vermont où il y en aurait 36 de ce type. Il y en a aussi dans le Bronx où l’une emploie plus de 2000 personnes, à Cleveland, à Oakland en Californie, en Caroline du Nord. Je m’attendais à ce que Sanders fasse allusion à aux coopératives de Mondragon en Espagne, et il l’a fait.

À Mondragon il y a 74 000 employé-e-s. Les dirigeants ne peuvent y gagner plus de huit fois des gains moyens des travailleurs et travailleuses, tandis qu’aux E.U. les PDG gagnent 803 fois le salaire moyen de leurs employé-e-s. Je me suis demandé combien de fois plus gagne le président du Mouvement Desjardins, pourtant créé contre les abus de banques. Il faut souhaiter conclut-il qu’aux E.U. et dans tout le monde occidental s’affirme la tendance menant logiquement à l’actionnariat des employé-e-s, et il s’amuse à citer Reagan : « C’est une voie qui sied à un peuple libre » !!! Non, il n’a pas parlé de COOTRALACO, mais je ne lui en veut pas. Cette coop est née, au Chili, d’une expropriation d’entreprise par les travailleursoù j’ai eu la chance de travailler, avant d’en sortir comme mes camarades, le fusil de Pinochet dans le dos.

Tout ça c’est bien beau, diront nos politiciens-ciennes actuel-le-s. Sanders leur indique que l’argent pour le faire ne manque pas du tout et il le décrit dans une soixantaine de pages.

Il faut donc aller chercher l’argent là où elle dort, comment dans un puits d’eau potable. Voici les moyens qu’il propose. Mais il nous avertit que le sujet n’est pas tellement sexy !

Une vraie Réforme fiscale. Wall Street est un grand coupable en ayant faussé le code des impôts. J’ai même pris 8 heures et demi, lors d’une séance au Sénat, pour expliquer à quel point j’étais scandalisé par les allègements fiscaux pour les riches décidés par Bush, en 2010. Il illustre son propos en dénonçant la Bank of America et ses 200 filiales aux îles Caïman et le fait qu’elle n’ait pas payé d’impôts mais plutôt bénéficié d’un remboursement fiscal de 1,9 milliard de dollars. Et dans la même ligne il explique comment d’autres ont fait la même chose : JP Morgan Chase, Citigroup, Goldman Sachs les groupes pharmaceutiques comme Pfizer, Merck, Actavis etc. qui ont plus de 80% de leurs liquidités à l’étranger, à l’abri du fisc américain. Le pire, c’est que le code des impôts autorise cette évasion fiscale, devenue légale.

Il faut donc En finir avec l’évasion fiscale et il nomme les dix champions de l’évasion fiscale comme IBM, Xerox, American Airlines, Boeing, etc. Il faut aussi Réformer l’impôt sur le revenu des personnes. J’ai proposé d’augmenter les impôts progressifs des foyers les plus riches (gagnant plus de 200 000$) ce qui toucherait 2,1% des Américains. Une autre source de revus Un impôt progressif sur les successions en prenant Théodore Roosevelt (président 1901-1909) comme référence, lui qui s’était attaqué aux grandes entreprises coupables de réaliser des bénéfices exorbitants. Il faut aussi Traiter les plus-values et les dividendes, de la même façon qu’on taxe le travail. Abroger les faibles taux d’imposition sur les plus-values et les dividendes pour ceux qui gagnent plus de 500 000$ par an.
Limiter les déductions fiscales pour les 2% supérieurs. Limiter à 28 cents la réduction d’impôts pour chaque dollar déduit pour les foyers à revenus élevés.

Pour financer les projets, il faut aussi une nouvelle politique commerciale. Nous avons perdus des millions d’emploi par suite de nos politiques dites libre-échangistes qui ont été néfastes pour les travailleurs et travailleuses : délocalisations, accords commerciaux favorables aux grands groupes avec 60 000 usines fermées depuis 2001 et 4,8 millions d’emplois industriels perdus. Mais tout cela rendait heureux le PDG de General Electric, aussi brutal qu’honnête, qui rêvait de voir « idéalement chaque usine devrait se tenir sur une péniche qu’on pourrait déplacer en fonction des hauts et des bas de l’économie ». Les grand médias ne parlent pas des effets désastreux de ces accords, même quand le partenariat trans pacifique fait débat. G.M. a supprimé 72 000 emplois à Flint lorsqu’il a transféré sa production au Mexique. Mais les grands patrons n’en souffrent pas : le PDG de United Technologies est parti à la retraite avec un parachute doré de 172 millions de dollars. Sanders illustre ce phénomène en accumulant les faits pendant une dizaine de pages, en dénonçant les délocalisation en Chine, les traités avec la Colombie malgré 955 menaces de mort et 99 assassinats de personnes qui tentent d’exercer leurs droits.

Le TPP est de même nature que l’ALENA et il va produire les mêmes effets : baisses de salaires pour tous et toutes, sauf pour les 10% plus riches et l’élimination d’un demi million d’emplois. « Refaire sans cesse la même chose et s’attendre à des résultats différents, voilà la définition même de la folie » disait Einstein.

Ces traités commerciaux permettent aux Compagnies de poursuivre les États comme l’a fait TransCanda suite à la décision d’Obama de rejeter le projet de l’oléoduc Keystone : la compagnie réclamait 15 milliards de dollars pour dommages. Occidental Petroleum a fait la même chose contre l’Équateur ; Véolia contre l’Égypte, Vattenfall contre l’Allemagne, etc. Les gouvernements n’ont plus le droit de passer des lois pour protéger le bien-être de leurs concitoyens et concitoyennes ou l’environnement. Ces accord commerciaux sont tellement néfastes qu’un groupe, pourtant favorable à l’ALENA, déclare que 39% de l’accroissement des inégalités serait imputable à ces accords.

Notre politique : supprimer les incitations à la délocalisation d’emplois à l’étranger pour les multinationales, éliminer la déduction fiscale pour les dépenses dues au transfert de leurs usines à l’étranger. Il nous faut soutenir les petites entreprises qui sont l’épine dorsale d’une économie en croissance ; par exemple mettre fin au départ des centres d’appel et des installations de traitement de données aux Philippines et dans d’autres pays. Que nos accords exigent des autres pays des normes en faveur du syndicalisme, de l’environnement et des droits de l’homme.

Réformer Wall Street où 6 grandes institutions financières disposent de l’équivalent de 60% de notre PIB et contrôlent une très grande partie des cartes de crédit, des prêts hypothécaires, de produits dérivés et dépôts bancaires...leur business model est fondé sur la fraude ! Avidité, fraude, malhonnêteté et arrogance, c’est avec ça qu’ils exercent un pouvoir et une inflexible extrajudiciaire sur la vie politique et économique : Wall Street régule le Congrès avec des milliards de dollars en lobbying, en contribution électorales et en faisant sauter les lois portant sur la protection des consommateurs. Résultat : le krach de 2008 avec la perte de 9 millions d’emplois, le chômage à 17%, 15 millions de saisies immobilières, des tentes-habitation montées à Sacramento, Fresno, Tampa Bay, Reno ; ou bien, dormir dans la voiture. Et 9 ans après le krach : 4,3 millions de propriétaires devaient toujours davantage que la valeur de leur habilitation. Le quart des locataires consacrent au moins la moitié de leur revenu à leur logement.

À quoi ressemble un système financier truqué. Le système de portes à tambour entre Wall Street et le gouvernement fédéral fait en sorte que les besoins et intérêts des géants bancaires se convertissent en politiques publiques. Puis il donne des exemples d’individus aux manettes qui ont contribué à faire passer les politiques ayant contribué à déclencher la grande récession de 2008. Robert Rubin, de Goldman Sachs, qui passe au gouvernement de Clinton, puis à Citigroup et accusé de fraude mais s’en sort comme tous les grands. Henry « Hank » Paulson de Goldfman Sachs qui passe au Trésor sous Geoge W. Bush puis exige 700 milliards de dollars pour sauver le système financier ; fortune de 7 millions $. Tim Geithner et Alan Greespan sont passé par les mêmes portes.

Les riches s’enrichissent« : le revenu médian par foyer a baissé de 1400$ depuis 2009 mais les banques ont réalisé un profit de174 milliards rien qu’en 2015. Le business model en vigueur à Wall Street c’est la fraude. Il illustre l’illégalité des actions des banques et groupes financiers en détaillant les amendes qui leur ont été imputés depuis 2009 : Bandk of America a dû payer 16 milliards, Goldman Sachs 5 milliards, puis il détaille les fraudes de Wells Fargo, Morgan Stanley, HSBC, Citigroup, JPMorgan Chase, Coutrywide, State Street Bank , BNP Paribas,, etc. Après ces quelques exemples, Sanders ajoute : blanchiment, manipulation du cours des devises, corruption, conspiration, trafic de taux, collusion ; ces pratiques sont la routine à Wall Street. D’ailleurs un banquier de Barclays avouait : si on ne triche pas, ce n’est même pas la peine d’essayer.

Il faut donc En finir avec le principe « too big to jail », les banques de Wall Street sont trop grandes pour faire faillite et leurs dirigeants sont trop importants pour aller en prison. Égalité devant la loi, c’est la norme qui doit s’appliquer à tous et toutes.

Quelle voie suivre ? En finir avec le principe too big to fall. Promulguer la loi protégeant les dépôts les individu-e-s. Réguler les produits dérivés à risque. Créer une taxe sur la spéculation à Wall Street. Réformer les agences de notation. En finir avec l’usure (faite par les banques plus que par les coop de crédit). Réformer la Réserve fédérale qui ne publie même plus les transcriptions de ses réunions depuis cinq ans.

Voilà un bref résumé de ce fameux livre de plus de 500 pages, publié en français par les éditions Liens qui Libèrent (LLL) en 2017. En vous souhaitant le plaisir de le lire.

Yves La Neuville mai 2018.

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