Édition du 12 juin 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Canada

Chère première ministre Horwath

Très chère première ministre Horwath,

Oui je sais. Ce titre est peut-être un peu prématuré. Mais je ne pouvais pas attendre ! N’est-ce que pas merveilleux ? Vous avez actuellement le vent dans les voiles et beaucoup de preneurs aux livres estiment que vous allez remporter les élections provinciales. Félicitations ! N’est-ce pas un sentiment incroyable, voire un peu magique ? Il y a de ça près de 28 longues années, je me souviens encore de cet heureux moment de 1990 où nous avons réalisé que Bob Rae avait d’excellentes chances de former un gouvernement NPD en Ontario.

traduction : Jacques Brisson

Source : http://rabble.ca/blogs/bloggers/gerry-caplans-blog/2018/05/dear-premier-horwath

Bien sûr en politique, comme le dit l’adage, ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini. Même maintenant, à quelques jours du vote, tout peut encore changer. En fait, tout change encore, par secousses, devant nos yeux. Tout d’un coup, selon certains sondages, le NPD peut espérer l’emporter par des marges inespérées.

Il serait présomptueux de s’avancer et de faire des prédictions. Ce qui monte redescend – parfois brusquement. Mais on peut certainement affirmer ceci : pour ce qui est d’obtenir une autre majorité, les libéraux sont finis, grillés, foutus, morts comme le perroquet de Monty Python. Autre chose, si le vote anti-Doug Ford se répartissait de façon égale entre les libéraux et le NPD, M. Ford et le parti conservateur aurait de bonnes chances de rafler la majorité des sièges. En ce sens, le stopper doit demeurer notre priorité absolue.

Vous avez mérité d’être au premier rang. Du premier débat des chef jusqu’au dernier qui s’est tenu dimanche, vous avez performé admirablement et mené une campagne de première classe. En fait, dès le début, vous aviez déjà toute la prestance et la crédibilité d’une future première ministre. Toutes nos félicitations à vous et à votre organisation.

Mais méfiez-vous de ces odieux mensonges à propos du gouvernement de Bob Rae que M. Ford s’est mis à vous lancer à la figure au cours du dernier débat. Ce sont des « fake news » mais elles captent malheureusement l’attention des électeurs.

Et il y a une autre chose dont vous devriez vous méfier. Les récentes attaques de M. Ford ne constituent qu’un avertissement. Les attaques les plus pernicieuses ne font que commencer. C’est là le problème avec ces sondages qui vous ont placés en tête. Vos adversaires ont du temps pour contre-attaquer. Soudaiment, tous les regards, tous les reportages vont se tourner vers vous. Mais à la rigueur, ces attaques seront faciles à parer.

Ce qui sera encore plus dommageable, ce sont des assauts féroces et sans aucune pitié qui seront lancés contre votre personne et votre parti comme ce fut le cas avec le gouvernement de Bob Rae. N’oubliez jamais que quelques mois seulement après sa prise de pouvoir en 1990, le NPD a dû subir des attaques à un niveau qui n’a aucun précédent dans l’histoire canadienne. Cette fois-ci, il n’attendront même pas que vous ayez remporté l’élection.

En 1990, la campagne électorale ne fut pas seulement rude mais elle fut sale. Mensonges, propos démagogiques, pures fabrications étaient considérés comme allant de soi envers le nouveau gouvernement néo-démocrate. M. Ford nous a rappelé tout ça lors du débat de dimanche dernier. Les chiffres qu’il a avancé étaient tout à fait farfelus mais ils sont difficilement réfutables avec moins d’une semaine à faire à la campagne.

Les attaques contre M. Rae provenaient, souvenons-nous en, de tous les côtés. Il n’est pas exagéré de dire que la peur, l’hystérie et le sabotage étaient alors à l’ordre du jour. Les protagonistes provenaient du domaine des affaires – grandes et petites entreprises – qu’elles soient de propriété canadienne ou américaine, d’à peu près tous les médias privés, des policiers (particulièrement de Toronto) et des firmes de lobbying.

En quelques mois, l’hostilité était telle que le gouvernement avait perdu la confiance de la population et ne pu jamais s’en remettre.

Les moyens utilisés étaient barbares, durs et brutaux. A l’époque où l’Union soviétique éclatait en morceaux, les chroniqueurs de droite, comme Diana Francis et Barbara Amiel, n’ont pas hésité à recourir aux vieilles lubies et à associer le gouvernement NPD aux rouges ou aux communistes.

Conrad Black fut le premier capitaliste à promouvoir l’idée d’une grève majeure en Ontario tant que le NPD resterait au pouvoir. D’autres corporations ont suivi ses pas. Des multinationales ont soudainement annoncé qu’elles n’investiraient plus en Ontario.

Les néo-démocrates ne prirent pas assez au sérieux les attaques du Toronto Sun, son ennemi plus coriace. Ce fut une erreur stratégique pour laquelle le gouvernement aura payé comptant. Aujourd’hui, nous revoyons l’ombre de ces vieux trucs lancés par M. Ford.

Alors, soyez prête. Etre au premier rang des intentions de vote peut être excitant. Remporter l’élection du 7 juin sera tout autre chose. Bonne chance. Nous en aurons tous besoin.

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