Édition du 19 septembre 2017

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Politique municipale

Élections de novembre : le virus du vote stratégique contaminera-t-il la scène politique montréalaise ?

On se souvient de l’importance prise par la question du vote stratégique qui a sévi lors de la campagne électorale québécoise l’été dernier. Cette tactique électoraliste a alors été utilisée par les propagandistes du Parti québécois pour inciter les électeurs de la mouvance progressiste-indépendantiste à appuyer leur formation -plutôt que Québec solidaire ou Option nationale- afin de bloquer la voie au Parti libéral. Un sondage effectué par l’agence CROP quelques jours avant le scrutin du 4 septembre 2012 a démontré la portée étonnante de ce phénomène : presque le quart des électeurs (24%) qui s’apprêtaient à voter pour le PQ le feraient pour s’assurer qu’un autre parti ne prendrait pas le pouvoir et non pas parce qu’ils appuyaient nécessairement le programme de ce dernier.

Or, à l’aube de la campagne électorale municipale, divers indices permettent de croire que le virus du vote stratégique menace de contaminer aussi la scène politique montréalaise. Bien entendu, le contexte et les protagonistes ne sont pas les mêmes. Mais le but visé est semblable. Comme les organisateurs de la coalition Côté-Harel veulent à tout prix empêcher le populiste et démagogue politicien qu’est Denis Coderre d’être élu, ils sollicitent l’appui des électeurs à tendance progressiste, écologiste et souverainiste. Ils espèrent ainsi les dissuader de voter pour le parti Projet Montréal, dirigé par Richard Bergeron, avec lequel plusieurs d’entre eux ont des affinités à cause de leurs convictions, en prétendant qu’ils perdraient leur vote parce que ce dernier n’aurait prétendument pas de chance d’être élu.

Sous prétexte de « voter utile », ces souverainistes, ces écologistes et ces progressistes seront donc invités à élire comme maire de Montréal Marcel Côté, un fédéraliste inconditionnel, un promoteur invétéré du néolibéralisme et un administrateur de la compagnie aurifère Osisko qui a saccagé la ville de Malartic en Abitibi et a chassé plusieurs dizaines de citoyens de leur maison pour y creuser une mine à ciel ouvert.

Pour rendre une opération mystificatrice semblable acceptable pour une tranche significative de l’électorat, une condition primordiale est de trouver une brochette de personnalités –dont certains sont de bonne foi- pour servir de cautions afin d’appâter et leurrer les électeurs des secteurs ciblés. Ainsi, cette fois-ci, l’ex-présidente de la CSN Claudette Carbonneau s’est portée garante pour les progressistes ; l’architecte Phyllis Lambert pour les écologistes, ainsi que l’ex-ministre péquiste Louise Harel et l’ex-député bloquiste Réal Ménard pour les souverainistes.

Le 3 novembre prochain les électeurs montréalais se feront-ils prendre à ce jeu électoraliste éculé induit par le mode de scrutin majoritaire ou voteront-ils selon leurs convictions ? La démocratie représentative aura-t-elle raison des manœuvres qui la déshonorent ?

Montréal, 24 juillet 2013

Paul Cliche

Auteur du livre Pour réduire le déficit démocratique : le SCRUTIN PROPORTIONNEL et membre fondateur du Mouvement pour une démocratie nouvelle.

Il a été responsable du dossier de la réforme des institutions démocratiques à l’Union des forces progressistes (UFP).

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