Édition du 21 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections québécoises : schizophrénie et désuétude

Les résultats des élections québécoises paraissent déroutants, mais sont
compréhensibles au vu du comportement des partis et du mode de scrutin dont nous sommes affligés.

D’aucuns se demanderont quel aura été le rôle des sondages. Réflètent-ils ou modèlent-ils les choix des électrices et électeurs ? Quand on sait que le passage d’un gouvernement à un autre se joue sur environ 10 % du vote, c’est une question qui peut se poser.

Quel que soit notre avis sur les sondages, quel que soit le rôle qu’ils
jouent ou ne jouent pas, il reste qu’un contrôle plus serré de leur
utilisation serait sans aucun doute bienvenu. C’est pourquoi un groupe
comme le collectif
RISQ<https://www.facebook.com/groups/132...> pour la réglementation de l’industrie des sondages a été créé.

Cela dit, il convient d’analyser deux des grandes causes des résultats
électoraux, troublants en apparence.

D’abord, le comportement schizophrénique du Parti québécois n’a pas échappé à la majorité des personnes qui ont voté. J’en donnerai cinq exemples, mais il y en a d’autres.

Alors qu’il a fait voter une loi sur les élections à date fixe, il en
déclenche une sans avoir été battu au Parlement avec la visée évidente de surfer sur des sondages favorables.

Il a courtisé les électrices et électeurs de la Coalition avenir Québec
(CAQ), par des mesures de droite, tout en implorant d’un autre côté les
sympathisantEs de Québec solidaire, solidement campés à gauche, de voter pour lui. Il se dit souverainiste, mais exclut la tenue d’un référendum sur le sujet. Il se prétend social-démocrate, mais dépose un budget austéritaire. Il recrute des environnementalistes (Breton, McKay), mais se lance tête baissée dans l’exploration du pétrole de schiste.

Le Parti libéral, s’il n’est pas reluisant dans ses propositions, a le
mérite d’une certaine cohérence dans sa vision d’un monde gouverné par les affaires, ce qu’il a clairement rappelé dans son slogan.

Ensuite, notre mode de scrutin est totalement désuet. Mais les deux vieux partis se refusent à le modifier, car ils souhaitent toujours profiter à tour de rôle des distorsions importantes qu’il occasionne. Il est plus que grand temps d’en changer et c’est ce que propose depuis 15 ans le Mouvement Démocratie nouvelle <http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/> .

Certains ont proposé un exemple de carte de l’Assemblée nationale si le scrutin proportionnel avait été utilisé lors des récentes élections. Ce
genre de projections ne peut être exact parce que les résultats eux-mêmes auraient été très différents puisque les gens ne votent pas de la même façon quand ils savent que leur vote compte.

Dans le scrutin actuel, les personnes qui votent sont confrontées à un
dilemme : comme elles n’ont qu’un vote, elles veulent qu’il serve à
choisir le gouvernement. Or, le vote ne sert qu’à faire élire unE députéE,
et le gouvernement est formé à partir du nombre de députéEs obtenu. Cela a pour résultat que les gens votent localement avec en tête un choix national. Et tous les autres votes locaux, qui n’ont pas servi à faire élire unE députéE, sont perdus. De là, sans doute l’obsession de vouloir voter « gagnant ».

Dans un scrutin proportionnel mixte compensatoire, les gens votent d’une part pour la personne qui va les représenter localement et d’autre part pour la liste du parti qui va les représenter au niveau national. Cela
permet même de voter pour unE représentantE d’un parti localement et pour unE autre au niveau national.

Nous aurions sans doute tout de même eu un gouvernement libéral, mais il ne serait pas majoritaire et, surtout, les députéEs seraient choisis sur les enjeux qui concernent les circonscriptions. Cela éviterait par exemple qu’on retrouve en deuxième position, dans une circonscription comme Sainte-Marie-Saint-Jacques, une candidate libérale qui est une illustre inconnue.

Cela faciliterait aussi pour les électrices et les électeurs l’articulation
entre les campagnes locales, régionales et nationales. Ils pourraient
prendre plus d’intérêt dans la couverture médiatique des enjeux locaux.

Et qu’on nous lâche avec l’exemple du parlement de style israélien. Il
suffit d’exiger qu’un parti ait au minimum 5 % des votes au niveau national pour avoir unE représentantE dans le système compensatoire, ce qui évite le chantage et le blocage par de petits partis marginaux.

Savoir que son vote compte encouragerait sans doute certaines personnes qui ne votent pas à le faire. Savoir que son vote compte favoriserait un vote très différent. Un gouvernement minoritaire ou de coalition encouragerait sans doute une culture du dialogue, qui réduirait peut-être le désabusement à l’égard des politiques.

LAGACÉ, Francis

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
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