Édition du 15 mai 2018

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Asie/Proche-Orient

En Iran, le mouvement des femmes qui retirent leur voile s'amplifie

Depuis plusieurs semaines, des femmes iraniennes enlèvent leur voile en public pour protester contre son port obligatoire. Un mouvement distinct des manifestations qui ont lieu en Iran depuis fin décembre, mais un mouvement concomitant et qui prend de l’ampleur.

iré de Tlaxcala.org

Depuis fin décembre, des Iraniennes se prennent en photo, têtes nues, leur voile au bout d’un bâton brandit en l’air, en plein espace public, et postent la photo sur les réseaux sociaux. Elles entendent ainsi protester contre l’obligation de se couvrir dans l’espace public. 29 femmes ont été arrêtées par la police iranienne, à Téhéran. Ce mouvement a été lancé, alors qu’au même moment des manifestations contre la vie chère agitent le pays. Les deux mouvements sont distincts, sensiblement différents, mais concomitants.

La remise en cause de l’obligation de porter le voile a démarré le 27 décembre, à Téhéran. Une jeune femme, Vida Movahed, est photographiée, juchée sur une armoire électrique, son foulard blanc accroché au bout d’un bâton. La tête nue, visible de tous, sur une grande avenue de la capitale, elle est aussitôt arrêtée. Un hashtag apparaît alors sur les réseaux sociaux, lancé par des Iraniennes : #WhereIsShe, où est-elle ?. Elle a été libérée un mois plus tard. La contestation inédite est lancée, et depuis les photos se multiplient sur les réseaux sociaux.

Le port du voile est obligatoire, ainsi qu’un vêtement ample, plus ou moins long, pour les Iraniennes et les étrangères, et ce depuis la Révolution islamique de 1979. Alors malgré les risques qu’elles encourent, avec la police des mœurs, les femmes se photographient, têtes nues, dans l’espace publique.

Un mouvement qui s’étend

Dans un square, sur une place publique, sur les trottoirs d’une avenue, elles défient les autorités. Des femmes jeunes, mais pas uniquement. Des vieilles dames participent aussi au mouvement. Certaines ont attaché à leur poignet un ruban vert rappelant la couleur de la révolution de 2009.

Et même des hommes, notamment des soldats qui se sont photographiés avec leurs calots brandis à bout de bâton.

"S’affranchir de l’étouffement de la société iranienne"

"Le mouvement se développe à Téhéran, mais aussi dans des villes connues pour leur conservatisme, explique Hasni Abidi, spécialiste du Moyen-Orient (invité du journal de 22h ce jeudi). Comme la ville de Masshad. Ce mouvement montre la vitalité de la société iranienne et surtout le rôle central de la femme. Ôter le voile, ce n’est pas s’extraire de la religion, mais c’est s’extraire des normes restrictives, s’affranchir de l’étouffement de la société. C’est donc un acte courageux, mais aussi rempli de symbole pour la société iranienne d’aujourd’hui."

Écouter Hasni Abidi analyse la mobilisation des femmes iraniennes contre le port obligatoire du voile

Cette remise en cause de l’obligation du port du voile est "puérile", selon le procureur général de la République islamique. "Il s’agit d’une affaire insignifiante qui n’a rien de préoccupant", a-t-il déclaré en ajoutant que les manifestantes solitaires avaient "agi par ignorance" et qu’"elles pourraient avoir été influencées à partir de l’étranger". Une trentaine de femmes auraient été arrêtées selon les médias locaux. Cette réaction montre, selon Hasni Abidi, que le pouvoir est inquiet et "notamment le pouvoir judiciaire qui reste toujours aux mains des mollahs, des religieux".

Rohani, le modéré

Quelques jours avant le début de la contestation, les autorités iraniennes ont assoupli le contrôle des "mal-voilées", c’est à dire un voile qui laisse apparaître une partie des cheveux, beaucoup de femmes à Téhéran le portent ainsi. L’extrême rigueur imposée après la Révolution s’est assouplie. Le président modéré Hassan Rohani, réélu en 2017, prône une plus grande ouverture politique et sociale. Il a pour projet de mettre fin à la police de mœurs, qui "pèse lourdement sur les femmes" selon le spécialiste du Moyen-Orient. "Des femmes qui sont aujourd’hui urbanisées, la moitié a fait des études supérieures. Le problème étant que Rohani doit faire face à un pouvoir religieux qui détient toute la manne financière, le pouvoir judiciaire et le pouvoir sécuritaire, et il ne veut pas rentrer dans un bras de fer avec les mollahs."

Ce mouvement n’a rien à voir avec les manifestations contre la vie chère qui ont démarré au même moment dans le pays, fin décembre, et qui se poursuivent aujourd’hui. Des manifestations en majorité composées d’hommes, qui ont lieu la nuit.

Merci à France-Culture

Source

Date de parution de l’article original : 02/02/2018

Lise Verbeke

Collaboratrice à France Culture.

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