Édition du 26 juin 2018

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Québec

Fin de session parlementaire Lutte à la pauvreté : trop peu, trop tard

Lettre ouverte de Virginie Larivière et Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Dans les derniers mois, le gouvernement du Québec a presque donné l’impression qu’il se souciait du sort des personnes en situation de pauvreté : projet de loi instaurant un « revenu de base », augmentation de 0,75 $ du salaire minimum, réinvestissements dans les services publics, augmentation des prestations d’aide sociale.

Une volte-face qui ne trompe personne

Toutefois, cette volte-face de fin de mandat ne suffit pas à faire oublier les ravages causés par les années d’austérité dans les secteurs de la santé, de l’éducation ou de la petite enfance, dans les soins aux aînés, etc. Faut-il rappeler que ce sont les personnes en situation de pauvreté qui ont été les plus durement touchées par les compressions budgétaires, comme l’a constaté la Protectrice du citoyen ?

Le changement de ton du gouvernement ne suffit pas non plus à faire oublier l’adoption de politiques qui portent atteinte aux droits des personnes assistées sociales. Pensons ici au programme Objectif emploi, qui vient d’entrer en vigueur malgré une opposition généralisée et qui prévoit des pénalités pouvant aller jusqu’à 224 $ - sur une prestation mensuelle de 648 $- pour les personnes qui n’arriveront pas à remplir ses conditions de façon jugée satisfaisante. De quoi pousser des gens à la rue !

Pensons également au refus du gouvernement de mettre fin à une injustice que les parlementaires ont pourtant déjà dénoncée à l’unanimité. Le 15 mai, les députés des banquettes gouvernementales se sont levés un à un pour dire non à un amendement de l’opposition qui visait à exclure les pensions alimentaires pour enfants du calcul des revenus à l’aide sociale. Une décision honteuse qui pénalise injustement les familles monoparentales assistées sociales.

Plan de lutte à la pauvreté : une occasion ratée

Surtout, la volte-face du gouvernement ne suffit pas à faire oublier qu’il a raté l’occasion de donner un solide coup de barre en matière de lutte à la pauvreté avec le dépôt de son décevant plan d’action en décembre dernier. Il a fait le choix de tout miser sur l’incitation au travail plutôt que de présenter un plan nous permettant collectivement de « tendre vers un Québec sans pauvreté », comme l’énonce pourtant la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Le « revenu de base » est la seule mesure structurante de ce plan d’action. Oui, ce programme fera une différence dans la vie des personnes assistées sociales visées, celles qui présentent des contraintes sévères à l’emploi. Elles pourront enfin toucher un revenu leur permettant de couvrir leurs besoins de base (environ 18 000 $ par année pour une personne seule selon la Mesure du panier de consommation).

Mais ces personnes devront s’armer de patience. Après avoir traversé l’épreuve de la reconnaissance de leurs contraintes sévères à l’emploi, elles devront survivre à un purgatoire de 66 mois pour prouver que ces contraintes sont permanentes. On reconnaît ici l’insidieux fond de suspicion à l’égard des personnes assistées sociales qui oriente encore bien des décisions du gouvernement.

Par ailleurs, un plan de lutte à la pauvreté digne de ce nom devrait viser l’ensemble des personnes pauvres, et non seulement une fraction d’entre elles. Il est inadmissible que le gouvernement prévoie laisser les personnes assistées sociales jugées aptes au travail avec un revenu inférieur à 10 000 $ par année, soit à peine plus de la moitié du montant nécessaire pour couvrir les besoins de base reconnus. Vraisemblablement, tous ne disposent pas des mêmes droits, certains méritant de vivre plus dignement et en meilleure santé que d’autres.

Manque flagrant d’ambition et de volonté

De façon générale, le dernier plan de lutte à la pauvreté est révélateur du manque d’ambition et du manque de volonté du gouvernement. Pourquoi son objectif est-il de permettre à seulement 100 000 personnes de couvrir leurs besoins de base, alors qu’elles sont autour de 800 000 à ne pas pouvoir y arriver au Québec ?

Et pourquoi n’a-t-il trouvé que 3 milliards $ de nouveaux investissements à injecter dans la lutte à la pauvreté pour les cinq prochaines années ? C’est une insulte aux personnes qui se battent tous les jours contre la pauvreté quand on sait, par exemple, que le gouvernement a trouvé le « courage » de consacrer au cours de la même période 10 milliards $ au remboursement de la dette ou qu’il n’a pas rechigné à augmenter de façon notable la rémunération de personnes parmi les plus privilégiées de la société, les médecins.

Oui, il est permis de s’interroger sur les motivations derrière les récents élans de générosité du gouvernement. Car en plus d’avoir raté l’occasion que lui offrait le troisième plan de lutte à la pauvreté, il n’en a pas manqué une (ou presque) de montrer l’étendue de ses préjugés et de son indifférence à l’égard des personnes en situation de pauvreté. Le prochain gouvernement saura-t-il faire mieux ? Espérons-le !

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