Édition du 19 septembre 2017

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France

France. Economie, la droite politique affirmée aux commandes

Bruno Le Maire [né en 1969 à Neuilly-sur-Seine. Après Normal Sup, il entre à l’ENA, directeur de cabinet de Dominique de Villepin entre 2006 et 2007, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, puis à l’Agriculture lors du deuxième et troisième gouvernement Fillon ; lors des primaires de la droite cet ambitieux n’obtient que 2,4%] est nommé par Emmanuel Macron ministre de l’Economie. Quant à Gérald Darmanin, il est nommé ministre de l’Action et des Comptes publics dans le gouvernement d’Edouard Phillipe, Premier ministre depuis le 15 mai 2017. Edouard Phillipe est aussi énarque, membre Les Républicains (LR) et caractérisé comme proche de Juppé. Un vrai choix « réfléchi » d’E. Macron.

Tiré de À l’encontre.

[Gérald Darmanin, né en 1982, s’est illustré par des déclarations ne laissant aucun doute sur ses vues dites « sociétales » : en septembre 2012 et 2013, il twittait : « Incapable de redresser économiquement le pays, le PS propose de néfastes réformes de société : vote des étrangers, mariage homo, euthanasia. » « #mariage homosexuel et #adoption par les homosexuels, faut-il tout accepter sous prétexte que “la société évolue” ? » Porte-parole de Nicolas Sarkozy il réclamait l’abolition de la loi Taubira : soit celle de mai 2013 ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. En 2001, Christiane Taubira, alors députée, avait été rapporteuse pour la loi visant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage comme un crime contre l’humanité.]

Emmanuel Macron a décidé de faire appliquer ses propositions économiques par deux ministres de droite. Rien d’étonnant. A part sur la CSG [la CSG et un impôt à caractère, en grande partie, anti-social ; il sert à financer la sécurité sociale : il est prélevé sur les salaires et les primes (7,2%), les pensions de retraite et les allocations de chômage (6,2% et 6,6%), les revues du patrimoine (8,2%), les revenus de placement (plus-values immobilières, dividendes à hauteur de 8,2% et certains revenus des jeux à un taux de 9,5%], leurs visions de l’économie et de l’Europe sont très proches.

Il faudra plusieurs lois pour mettre en musique le programme économique d’Emmanuel Macron. La première d’entre elles ne portera sans doute pas de patronyme, mais s’appellera tout simplement Loi de finance 2018. Contrairement aux autres années présidentielles, il ne devrait pas y avoir de projet de loi de finance rectificatif en 2017, si Emmanuel Macron ne change pas d’avis.

Cependant, pour que Bruno Le Maire, à l’Economie et aux Finances, et Gerald Darmanin, à l’Action et aux Comptes publics et à la Fonction publique, soient en mesure de présenter la prochaine loi de finance et d’autres projets de loi emblématiques, il faut qu’ils restent à leur poste après les législatives [car ce gouvernement pourrait changer suite aux résultats des législatives des 11 et 18 juin et/ou de choix « tactiques » du nouveau monarque républicain].

Or, on a déjà vu des passages éclair à la tête de Bercy [Finances]. En 2007, Jean Louis Borloo avait été nommé ministre des Finances, de l’Économie et de l’Emploi, et il y était resté un mois seulement, notamment à cause d’une déclaration malheureuse sur la TVA sociale, qui avait inquiété les électeurs et aurait permis à la défaite socialiste aux législatives d’être moins cinglante que prévu.

Bruno Le Maire et Gerald Darmanin marchent donc sur des œufs pour les semaines qui viennent, et ils peuvent en recevoir, des œufs, sur leur gauche, comme sur leur droite.

Quelle feuille de route ?

Une comparaison défiante

Comme beaucoup, j’ai comparé le programme d’Emmanuel Macron avec celui qu’avait présenté Bruno Le Maire lors de sa candidature aux primaires.

Il n’y a qu’un sujet où ils sont réellement en contradiction, c’est sur la Contribution Sociale Généralisée. Bruno Le Maire promettait sa baisse, Emmanuel Macron veut l’augmenter.

Mis en place en 1991, cet impôt finance la protection sociale. Il est prélevé sur les salaires, les retraites, les revenus du patrimoine, les placements et certains jeux. Dans son programme, Emmanuel Macron a prévu d’augmenter son taux de 1,7 point, ce qui ferait passer son taux de 7,5% à 9,2% pour les salarié·e·s.

Cela revient à augmenter les impôts, mais comme cette hausse de la CSG est censée financer une partie de la baisse des cotisations sociales sur les salaires, pour les salarié·e·s, cela peut s’annuler.

Le problème, c’est pour les retraité·e·s, qui eux ne touchent pas de salaire, mais une pension. On sent déjà venir la ligne d’attaque des Républicains pour la campagne des législatives : attention, augmentation d’impôt en ligne de mire !

A part ce sujet, sur les autres thématiques, la différence n’est qu’une question de degré entre les deux anciens Républicains et leur président.

Ils soutenaient la suppression de 500,000 postes de fonctionnaires ; là, ils n’en auront « que » 120,000 à supprimer sur le quinquennat.
Ils voulaient transformer le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) en baisse pérenne de cotisations sociales, c’est exactement la promesse d’Emmanuel Macron.
Ils voulaient supprimer totalement l’ISF (Impôt sur la fortune), Emmanuel Macron garde la partie immobilière, mais supprime la partie financière.
Ils promettaient le respect des règles européennes sur les déficits [la règle absurde des 3% et des 60% d’endettement par rapport au PIB], tout comme Emmanuel Macron.

Sur l’Europe, totale adéquation…

Sur l’Europe, leurs idées sont aussi très proches, surtout avec Bruno Le Maire. C’est crucial, car c’est Bruno Le Maire qui mènera toutes les discussions au sein de l’Eurogroupe, l’organe de concertation sur la zone euro. Lui aussi, dans son programme des primaires, plaidait pour une convergence sociale et fiscale, et des changements statutaires passant par de nouveaux traités. Exactement la feuille de route d’Emmanuel Macron [1].
En plus, Bruno Le Maire parle couramment allemand. Il pourrait donc parler sans interprète de tous ces sujets sensibles avec Angela Merkel ou le chancelier qui lui succèdera.

L’autre avantage de Bruno Le Maire, c’est que son programme de la primaire était si étoffé, 1000 pages, qu’il était déjà quasiment présenté comme des futurs projets de loi, avec exposé des motifs, changements proposés, calendriers, articles à modifier, impact financier, il n’y a donc quasiment qu’à piocher, et changer quelques paramètres de-ci, de-là.

Le nouveau président a de son côté un avantage non négligeable sur ses deux ministres : il est déjà passé par Bercy. Il connaît son fonctionnement, ses directeurs, son organisation… Il faudra d’ailleurs aussi surveiller le futur organigramme de Bercy : directeur du Trésor, directeur de la DGFIP (Direction Générale des Finances publiques), directeur des affaires juridiques, etc. et d’éventuelles nominations à venir. Même s’il n’est plus à Bercy, Emmanuel Macron a encore une grande latitude d’intervention.

Et sur le CETA ?

La vraie divergence de ce nouveau gouvernement est ailleurs, à l’écologie. Le nouveau ministre Nicolas Hulot a fait campagne contre l’accord de libre-échange avec le Canada, le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), alors qu’Emmanuel Macron s’y est dit favorable… Qui des deux a prévu de reculer sur la question ? Le suspense, il est plutôt là, qu’à Bercy. (Sur la base du billet économique de M. Viennot de 7h12 sur France Culture le 18 mai)

[1] Billet du 16 mai 2017 : « Refondation = revenir à l’idée d’origine »
« Créer une zone monétaire commune, c’était l’idée de faire contrepoids au dollar, de constituer un bloc cohérent pour les investisseurs internationaux, de mettre fin à la guerre des monnaies entre partenaires européens, d’offrir aux marchés financiers un espace financier large et profond en limitant les coûts de transaction… j’en oublie, il y avait aussi des visées politiques, empêcher après la réunification la création d’un espace « mark » trop puissant…

En résumé, l’idée de fond, c’était d’impulser, par la monnaie, une plus forte intégration européenne. A cette époque, les économistes laissaient d’ailleurs quelques années pas plus, après le lancement de la monnaie unique, pour qu’une Europe fiscale et sociale se mette en place. Mais… le projet s’est arrêté là.

On a créé des mécanismes de convergence des politiques économiques et budgétaires, les fameux critères de Maastricht et plus récemment ce qu’on appelle le semestre européen, mais on est resté au milieu du gué. […] D’ailleurs Emmanuel Macron le disait lui-même, il y a 18 mois quand il était ministre de l’Economie : « Si rien ne bouge, il n’y a plus de zone euro dans dix ans. »

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