Édition du 13 novembre 2018

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Environnement

Gaz de schiste : victoire ou répit ?

De prime abord, la sortie du rapport du BAPE semble clouer le cercueil du développement de l’industrie des gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent. Les groupes environnementaux et les groupes citoyens crient victoire, et avec raison. Les conclusions du rapport du BAPE semblent puisées à même leurs arguments : risques importants de pollution de l’eau de la nappe phréatique, de l’air et du sol environnant les sites de forage, rentabilité douteuse, faible probabilité de récurrence de la ressource, incertitude sur la disponibilité de l’eau nécessaire à la fracturation, effet sur la valeur des propriétés, impacts négatifs sur l’agriculture et le tourisme, etc. Nous disons bravo pour cette victoire, qui s’ajoute à celle du port pétrolier de Cacouna.

L’auteur est coordonnateur général et porte-parole du Réseau Vigilance Hydrocarbure Québec.

Depuis maintenant quatre ans, les comités de citoyens membres du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (anciennement Regroupement interrégional des gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent) ont consacré bénévolement des milliers d’heures pour informer la population et les conseils municipaux. Ils se sont alliés à des groupes environnementaux tels Greenpeace, l’AQLPA, Nature Québec, la coalition Eau Secours et la Fondation David Suzuki, pour ne nommer que ceux-là, ainsi qu’à une pléiade d’artistes, dont Dominic Champagne.

Ensemble, ils ont contribué à la conscientisation de la population, à l’éveil des citoyens. Ils se sont alliés à un collectif scientifique pour mieux se documenter, à un collectif juridique pour mieux s’outiller. Ils ont fait adopter par leurs municipalités des règlements pour protéger leur eau, en soutenant leur cause avec des arguments bien étayés. Ils ont assisté et participé à deux BAPE qui se sont échelonnés sur trois ans. Ils ont démontré une persévérance et une ténacité hors du commun, animés par un objectif clair et légitime : protéger leur territoire et assurer à leur descendance une qualité de vie. C’est donc une grande victoire citoyenne à laquelle nous venons d’assister.

Évidemment, notre gouvernement ne le voit pas du même œil ! Le premier ministre, au lieu de saluer cet engagement citoyen, fondement d’une société démocratique, utilise encore l’argument économique pour dire du bout des lèvres que cette industrie ne semble pas rentable pour le Québec... pour l’instant. Il va même jusqu’à parler d’un horizon de 25 ans. Il laisse donc la porte ouverte à l’industrie et lui permet de continuer d’espérer qu’elle pourra un jour se développer. Il ne semble pas avoir compris que l’acceptabilité sociale ne sera jamais au rendez-vous, qu’en aucun temps les citoyens n’accepteront de laisser leur territoire à la merci d’actionnaires avides, qui ne se préoccupent ni de la santé, ni de la qualité de vie des gens des régions où l’industrie s’installe. Il n’a pas encore saisi que nous n’accepterons pas de les laisser remplacer l’agriculture par la pétro-industrie, que le tourisme ne se laissera pas déclasser par des valeurs industrielles polluantes.

Le premier ministre vient encore de rater une belle occasion d’éliminer du décor une industrie du siècle dernier, qui accélère les changements climatiques. Il avait en mains toutes les preuves qu’il lui fallait pour interdire à jamais l’utilisation de cette technologie partout au Québec, notamment à Anticosti et en Gaspésie. Il a plutôt clairement démontré que son gouvernement, malgré l’évidence, ne voit pas l’urgence de développer des énergies nouvelles, plus respectueuses de l’environnement.

Quant au ministre de l’Environnement, il prétend que ce rapport sera une bonne source de renseignements pour la prochaine Étude environnementale stratégique (ÉES) sur le développement des hydrocarbures au Québec. Oui, vous avez bien lu : le développement des hydrocarbures au Québec ! Il semble bien qu’on s’oriente vers une société attardée qui carburera encore longtemps au pétrole et au gaz. Il est faux de prétendre que ce sont les redevances tirées des énergies fossiles qui nous permettront de développer de nouvelles technologies. Ces redevances, si jamais il y en a, ne pourront couvrir tous les coûts engendrés par les changements climatiques.

Heureusement, les milliers de citoyens engagés sont encore là, avec toute leur détermination, pour contrer les prédateurs qui hantent les couloirs des officines gouvernementales. Ils sont les gardiens de notre territoire. L’heure est à la fête, bien sûr, mais aussi à la vigilance !

Jacques Tétreault

Enseignant au CFM (Centre de formation des Maskoutains) et président du Comité des Citoyens et Citoyennes pour la Protection de l’Environnement Maskoutain (CCCPEM). Il est aussi coordonnateur général adjoint du Réseau Vigilance Hydrocarbures Québec.

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