Édition du 5 décembre 2017

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Le blogue de Pierre Beaudet

L’État canadien et la « chasse aux subversifs »

Qui ne souvient pas de la période « maccarthyste » aux États-Unis, du nom de l’infâme sénateur Joseph McCarthy ? Pendant les années 1950, les États-Unis ont mis de côté les droits et libertés pour terroriser la population en faisant croire qu’un sombre complot communiste était en train de subvertir le pays. Des milliers d’enseignants, de journalistes, de fonctionnaires du gouvernement fédéral, ont été chassés. Les associations professionnelles, les syndicats, les municipalités et d’autres institutions de la société emboîtaient le pas, ruinant la vie de milliers de gens, et surtout, en créant un climat insupportable dans tous les secteurs et régions des États-Unis, y compris à Hollywood, où acteurs et actrices, réalisateurs, scénaristes et autres ont été « purgées ».

La « démocratie » made in Canada

Pendant ce temps au Canada, un dispositif était en place. Cela a commencé avec la répression des militants syndicaux. Le regroupement des éléments combatifs des grands syndicats américains, ce qui avait mené à la création du CIO, avait plusieurs branches au Canada qui tentaient, dans des conditions très difficiles, d’organiser dans l’industrie. À Valleyfield en grève contre la puissante Dominion Textile, les syndicalistes comme Madeline Parent se sont fait matraquer. Entre-temps, la flicaille québécoise de Duplessis utilisait l’infâme « loi du cadenas » qui permettait de fermer des locaux et des appartements où, disaient-ils, « de dangereux communisssss complotaient ». Les victimes n’avaient aucun recours judiciaire. Au moment de l’hystérie maccarthyste, la répression s’est aggravée contre des syndicats progressistes. Des syndicalistes réactionnaires se sont mis avec les patrons et la police pour purger, tout à fait illégalement, les militants communistes qui étaient littéralement « vidés » du mouvement syndical. La GRC était alors le chef d’orchestre de cette répression. Les agents venaient visiter les patrons, « ah vous savez que xxx est un dangereux agitateur »… Dans les milieux de travail sans syndicat ou avec des syndicats complaisants, les renvois se faisaient sans raison.

La chasse aux artistes

LA GRC avait l’œil sur les appareils culturels, notamment Radio-Canada, qui prenait une forte expansion lors de l’apparition de la télévision en 1952. Des journalistes, des réalisateurs d’émission, étaient mis sur des listes noires. Ils avaient commis les « crimes » d’avoir assisté à des réunions pour la paix, signé des pétitions, visité l’Union soviétique, critiqué les manœuvres des États-Unis dans la guerre. Des pressions exercées pour forcer les patrons à les éliminer (certains furent par la suite réengagés par Radio Canada sous des pseudonymes). La GRC se donnait le droit de passer à travers la liste des nouveaux embauchés dans la fonction publique fédérale. Des centaines de personnes étaient mises de côté sans même qu’elles ne le sachent. Quelques années plus tard lors de la Commission Macdonald sur les activités de la GRC, il fut révélé qu’environ 800 000 personnes avaient été à un moment ou un autre sur ces « listes noires » (pratiquement 10 % de la population).

L’« ami américain »

D’emblée, la GRC travaillait étroitement avec le FBI. Le FBI était informé lorsque des syndicalistes canadiens devaient traverser la frontière. Des professeurs d’université embauchés par des universités américaines perdaient leurs emplois. Lorsque des syndicalistes canadiens résidant aux États-Unis furent purgés par le FBI, les consulats canadiens furent instruits de ne pas s’en mêler. À Ottawa, les gouvernements successifs endossaient totalement le discours américain sur le « danger communiste » et sur la « nécessité » de préparer la guerre.

Les années 1970

En 1974, mon ami Peter Benning m’apprenait que son père avait passé sa vie sous l’ombre de la GRC. Ancien militant communiste, il voyait régulièrement la GRC venir informer ses patrons du « danger » qu’il représentait, même s’il avait 60 ans et qu’il n’était plus militant depuis 25 ans ! Le vieux était très amer à cause de cela, mais pour lui, la « logique » pourrie qui avait mené l’État canadien à bafouer ses droits faisait partie du dispositif en place pour empêcher les gens de s’organiser. Entre-temps, la GRC ne se gênait pas pour infiltrer des mouvements, placer des micros dans des organisations progressistes, voler les listes de membres du PQ et même se lancer dans des opérations terroristes qu’on espérait mettre sur le dos du FLQ.

Aujourd’hui

Dès 2001 quand les États-Unis ont imposé toutes sortes de législations liberticides, l’État canadien s’est conformé : détentions sans procès, accusés interdits de voir les « preuves », expulsions, interdictions de prendre l’avion etc. Comme toujours, Ottawa et Washington échangeaient leurs listes. C’est ainsi que Maher Arrar, un citoyen canadien arrêté en transit à New York, a été renvoyé en Syrie après que la GRC ait confirmé aux Américains qu’il était un « dangereux suspect ». Refoulé vers la Syrie, il a passé un an d’enfer sous la torture.

Nos belles polices montées

Les agents de la GRC qui paradent avec leurs habits rouges et leurs chevaux sont devenus une marque de commerce canadienne. Malheureusement, leur réputation de vaillants défenseurs de la sécurité publique cache une sale histoire qui continue encore aujourd’hui. Où sont les droits dans tout cela ?

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