Édition du 25 avril 2017

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Société

La maudite machine (ou pourquoi Google n'est pas un bon moteur de recherche)

Évidemment, ce n’est pas la machine qui est maudite, c’est le cornichon bien masqué qui l’a conçue ou les chou-fleurs marinés qui se prosternent devant elle. Il reste qu’on agit un peu trop comme si nous étions au service de nos machines plutôt qu’elles au nôtre.

Il semble qu’on ne s’interroge pas souvent sur l’adéquation entre les outils que nous utilisons et les besoins qu’ils devraient combler. Je me rappelle il y a 25 ans avoir rencontré un vendeur de traductrices automatiques de l’anglais au français. Il écrivait une phrase en anglais, et la machine donnait les mots français équivalents dans le même ordre. Il ajoutait tout fier : « C’est facile, il reste juste à faire les accords. » Ignorant total des fins poursuivies, le malheureux concepteur n’avait pas compris que sa machine allongeait le travail de beaucoup parce qu’elle induisait des distorsions importantes en ne tenant compte ni de la syntaxe ni de la sémantique.

Les familiers de l’informatique connaissent l’expression courante employée à l’égard des utilisateurs qui pestent contre leur ordinateur : « Le problème se situe 45 centimètres devant l’écran. » C’est beaucoup plus vrai qu’on le pense, mais à l’autre bout de la chaîne des événements, et j’entends par là que ce n’est pas l’utilisateur souvent le défaut, mais le concepteur du programme qui s’imagine qu’on doit penser exactement comme lui en terme de petites boîtes carrées.

Tous mes poils se hérissent quand j’entends la réponse : « Le système informatique ne permet pas de le faire, donc on ne le fera pas. » Que diriez-vous d’un hôte chez qui vous avez apporté le gâteau et qui déclarerait : « On n’a pas de pelle à gâteau, donc on ne le mangera pas. » Quand on n’a pas l’outil spécifique, on en prend un autre ou on modifie ceux qu’on a. Je suis toujours renversé de la docilité fataliste avec laquelle on accepte des situations intolérables au prétexte que le système informatique a été mal conçu.

En témoigne la situation absurde qu’ont dû vivre des milliers de fonctionnaires de l’État fédéral avec le système de paye Phénix. Un bon nombre se sont endettés dans l’attente d’une correction qui ne venait pas, alors que l’employeur aurait dû être forcé de trouver une autre façon de payer le salaire. Quand le système ne fonctionne pas, on l’arrête et on en installe un autre. Certes le coût aurait été élevé pour l’employeur. Ce serait une bonne chose, car ce n’est pas aux victimes de payer pour l’incurie du payeur.

On a aussi tendance à être émerveillé par une innovation sans se demander si elle est vraiment plus efficace ou plus précise que la technologie précédente. On court au devant de déconvenues quand on adopte de nouveaux outils sans les avoir suffisamment testés. En voici trois illustrations.

Google arrive sur le marché, il devient une véritable coqueluche parce qu’il donne tout de suite les réponses les plus populaires. Ce fut pourtant un recul important pour les personnes qui cherchaient les réponses les plus justes et les plus exactes. Avec le moteur Alta Vista, par exemple (moteur disparu faute d’utilisateurs, qui m’a donc abandonné), il était possible de trouver une chaîne exacte de caractères, ce qui nous amenait sur le document voulu. Avec Google, même en usant des opérateurs, on passe d’abord par une panoplie de documents où se retrouvent en grand nombre les mots recherchés. Si l’un des mots que l’on cherche est rarement utilisé, le document qui l’emploie n’apparaîtra pas, car ce sont les documents qui emploient souvent les autres qui émergeront.

Au rendez-vous médical de l’an dernier, le médecin trouvait que ma tension artérielle était un peu haute. Suspectant l’effet bien connu de la blouse blanche (la vue du médecin fait souvent augmenter notre pression), il fit appel à une nouvelle technologie qui élimine ce biais : m’isoler dans une pièce avec une machine qui prend la tension cinq fois de suites à intervalles aléatoires. Les résultats furent catastrophiques, chaque mesure était plus élevée que la précédente. Me laisser tout seul avec un appareil que je ne contrôle pas m’avait placé en état de détresse. De retour chez moi, je me suis remis à prendre ma tension chaque jour. Elle était tout à fait normale.

C’est vrai que les pharmaceutiques et les marchands de toute sorte affirment désormais que les machines domestiques ne sont plus fiables.

Autre embêtement de taille : les banques, les entreprises financières, les assurances, les chevaliers de l’industrie du web comme Paypal, Google, etc. utilisent désormais des robots pour répondre à notre courrier. Résultat, on n’obtient jamais, au grand jamais, une réponse satisfaisante, et la plupart du temps des affirmations générales sans aucun rapport avec la question posée.

Bien sûr, les partisans des robots viendront me faire la leçon en me disant que les robots ne sont que des outils et que ce sont les hommes qui s’en servent qu’il faut blâmer plutôt que de devenir adversaire des robots. Comme si mon texte ne faisait pas précisément ceci : se plaindre de la bêtise des gens qui se soumettent à leurs outils plutôt que de bien les concevoir. Et d’abord, il faudrait bien comprendre que si j’étais un adversaire des robots, je commettrais exactement la même erreur que commettent les partisans des robots : considérer que les outils sont bons ou mauvais en soi, alors qu’il faut les analyser comme des moyens, adéquats ou pas, bien conçus ou non.

Certes, ce sont les humains qui sont trop bêtes en se soumettant à leurs outils, mais quand les autorités nous imposent leur quincaillerie, on peut bien pester contre leur maudite machine qui n’est alors qu’un « cadeau de Grec ».

LAGACÉ, Francis

Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
8200, rue Hochelaga App. 5
Montréal H1L 2L1
Répondeur ou télécopieur : (514) 723-0415
francis.lagace@gmail.com.
www.francislagace.org
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