Édition du 13 novembre 2018

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Prostitution

La prostitution n’est pas un choix !

Réunie en assemblée générale extraordinaire le 28 octobre dernier, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) prenait position pour la normalisation de la prostitution. Jusqu’à ce jour, la FFQ s’était abstenue de prendre position sur l’enjeu de la prostitution, mais, aujourd’hui, c’est autre chose. La proposition adoptée recommande : « Que la Fédération des femmes du Québec reconnaisse l’agentivité des femmes dans la prostitution/industrie du sexe, incluant le consentement à leurs activités. » L’agentivité est la capacité des individus à être agent actif de leur propre vie.

L’auteure est vice-présidente à la condition féminine du Conseil central de Lanaudière-CSN.

« Pour nous, il est clair que la prostitution est loin d’être un choix. Malheureusement, des groupes pro-travailleuses du sexe, dont les objectifs sont obscurs, ont décidé de se mobiliser et de prendre position au nom de toutes les femmes du Québec. Et pour nous, cela est inacceptable », souligne Patricia Rivest, vice-présidente à la condition féminine du Conseil central de Lanaudière-CSN.

La CSN a toujours lutté contre toutes les formes de discrimination et de violence envers les femmes afin de faire reculer le mépris et les injustices dont elles sont les victimes. Nous avons donc adopté des orientations condamnant la prostitution comme système d’exploitation inacceptable du corps humain, particulièrement celui des femmes.

La question des droits de la personne et de l’égalité entre les femmes et les hommes est au cœur même du débat sur la prostitution. Il faut rejeter la croyance voulant que la violence, l’abus de pouvoir, l’exploitation et la consommation du corps des femmes se résument à un choix individuel ou chacune aurait une réelle possibilité de choisir sa vie et la façon de subvenir à ses besoins. La prostitution n’est pas un travail comme un autre. Il faut en contrer la banalisation, car il est faux de prétendre qu’il s’agit d’un travail normal accompli de gaieté de cœur par la majorité des femmes qui l’exercent. Nous rejetons cette approche individualiste qui veut que ce soit un choix librement consenti pour la majorité des femmes et des jeunes filles.

La prostitution est la marchandisation et l’exploitation du corps, principalement des femmes et des jeunes filles. C’est une des composantes essentielles du commerce du sexe, une industrie mondialisée, puissante, générant des revenus annuels pharaoniques de plusieurs milliards de dollars ; une industrie généralement associée au crime organisé où le type de relations dominants-dominées, souvent jumelées à la violence, est érigé en système.

Nous sommes donc pour la criminalisation des proxénètes qui prennent le contrôle de la vie des femmes et des filles, en niant complètement leurs droits fondamentaux. Nous sommes aussi pour la criminalisation des « clients » pour qu’ils reconnaissent leur responsabilité afin de contrer la banalisation de la prostitution. Et surtout, nous sommes pour la décriminalisation des prostituées pour mettre fin à une situation injuste qui pénalise les victimes.

Il est donc nécessaire d’adopter des mesures gouvernementales pour soutenir les femmes et les jeunes filles victimes de cette exploitation qui ont été entraînées dans l’univers des réseaux prostitutionnels. Pour venir à bout de cette violence et les aider à se sortir de la prostitution, il faut leur fournir des services adaptés à leurs besoins, particulièrement dans les domaines de la santé, de l’éducation, du logement et de la recherche d’emploi. Ces services manquent cruellement à l’heure actuelle, et ce, à peu près partout dans le monde.

Les membres de la CSN ont pris position en 2013 sur cette question, pour favoriser un changement des mentalités au regard de l’exploitation du corps des êtres humains, sans quoi nous ne pourrons jamais parler d’égalité réelle entre les hommes et les femmes.

Conséquemment, nous ne nous reconnaissons plus dans certaines des positions prises par la FFQ à l’égard de la question de la prostitution. Ce faisant, c’est avec une immense déception que nous devons nous retirer de la FFQ en tant que conseil central. Néanmoins, nous tenons à réitérer notre engagement pour la défense de l’intérêt collectif des femmes.

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