Édition du 18 avril 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Les mouvements de résistance en Grèce

Les mesures d’austérité en Grèce ont touché violemment la santé et l’instruction publique. Pour remédier aux carences les plus criantes, des personnes habitants ont mis sur pied des structures qui font appel à des bénévoles et parent au plus urgent avec des prestations gratuites, les « Dispensaires sociaux » et les « Écoles solidaires ».

Solidaires pour la santé

Les coupes budgétaires ont entraîné l’abandon de plusieurs programmes de prévention comme les vaccinations, et beaucoup d’unités publiques de soins ont été fermées. Les patients et patientes doivent participer financièrement à l’achat des médicaments et verser un émolument de prise en charge pour une admission hospitalière. Face à ces difficultés d’accès aux soins qui touchent une grande partie de la population, des Dispensaires sociaux ont été créés, où des médecins, infirmières, infirmiers, travailleuses et travailleurs paramédicaux, tous bénévoles, soignent, conseillent, récoltent des médicaments, gèrent leur stock et distribution, et assistent les patients et patientes dans les démêlés administratifs. Dans ces dispensaires autonomes, les décisions concernant le fonctionnement sont prises collectivement par les travailleurs, travailleuses qui élisent aussi, en assemblée générale, leurs personnes déléguées à une coordination nationale des dispensaires sociaux. Celle-ci centralise les informations sur les besoins en soins de santé dans l’ensemble du pays. Ainsi les personnes représentants des dispensaires sociaux sont en mesure d’exprimer des avis compétents sur la politique de santé publique et de défendre les intérêts des malades et des soignants, indépendamment de l’État et des associations corporatistes.

Solidaires pour défendre l’instruction

La liste des attaques contre l’instruction publique est longue. La suppression des cours en branches artistiques (musique, dessin) a été suivie par l’abolition des classes d’enseignement spécialisé et de l’enseignement dans les établissement pénitenciers pour personnes mineures. L’offensive contre les enseignants et enseignantes est sans merci. Les enseignants et enseignantes parties à la retraite, normale ou anticipée, ne sont pas remplacées, et le personnel de l’instruction publique a été privé du statut de fonctionnaire. L’évaluation du corps enseignant sur la base de critères fort discutables a abouti à la création de la sous-catégorie de salariés « réservistes », qui touchent un salaire amputé de 30 % et peuvent être licenciés à tout moment.

Les horaires hebdomadaires des enseignants et enseignates ont été allongés et les effectifs des classe augmentés. En plus, les personnes enseignants doivent assumer les tâches du personnel administratif supprimé et gérer aussi des problèmes extra-scolaires de leurs élèves. Elles sont chargés d’enfants dont certains n’arrivent pas à se concentrer et bien suivre, parce qu’ils sont sous-alimentés. Des élèves tremblent dans les salles froides, dont l’école ne peut plus payer le chauffage, tandis que les parents n’ont pas les moyens d’habiller leurs enfants convenablement.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Syriza en 2015, la situation n’a pas beacoup changée, malgré la bonne volonté affichée. Il est vrai que le gouvernement tente d’amoindrir l’emprise de l’église sur l’école : supprimer le signe religieux dans les classes, remplacer le cours de religion chrétienne orthodoxe par l’étude du fait religieux, aborder la question de l’identité sexuelle et des LBGT. Ce faisant il se heurte à de vives réactions du clergé, auxquelles il n’ose pas s’opposer frontalement. Certes des mesures ont été prises pour garantir un goûter à l’école aux élèves, mais les finances de leurs parents ne se sont guère redressés, et ceux de leurs enseignants non plus.

Face au désastre provoqué par des mesures d’austérité, des enseignants et enseignantes ont alerté le voisinage. L’aide généreuse des voisins et voisines est à l’origine d’une structure embryonnaire d’entraide. Depuis de 2009, des enseignants et enseignantes au chômage et des militants militantes dressent la liste des besoins en matière d’instruction : appui pour réussir l’année scolaire, leçons de langues étrangères, entraînement pour réussir l’examen national d’admission à l’université et aux écoles supérieures. Des cours répondant aux souhaits formulés par les usagers et usagères sont organisés dans des salles mises à disposition par les municipalités. Ces structures destinées prioritairement aux jeunes du quartier mais ouvertes à tout le monde deviennent un pôle de référence pour les actions de solidarité.

L’une des plus anciennes de ces écoles solidaires est « Mesopotamia » dans la banlieue entre Athènes et le Pirée. Son collectif est logé dans un bâtiment dont il a la jouissance exclusive et a la possibilité d’élargir ses activités. Les adhérents et adhérentes à la banque de temps mise sur pied par les militants militantes peuvent s’échanger des prestations et ainsi offrir de l’aide en même temps que d’en recevoir. C’est un système formidable pour pallier le manque d’argent, valoriser le savoir et les expériences de tout un chacun, et aider à reprendre confiance en soi. Par ailleurs des militants militantes de « Mesopotamia » ont mis sur le tapis la discussion sur le type d’instruction qu’il faut viser, et ont consulté avec les camarades d’autres écoles solidaires d’Athènes les théoriciens de l’enseignement anti-autoritaire.

En 2015 des militants militantes de différents collectifs de la région athénienne (Mesopotamia, Keratsini, Écoles de migrants) se sont réunis et ont fondé leur coordination nationale. Ils font connaître leur travail par des actions menées en commun et s’engagent contre la marchandisation de l’éducation. On dénombre actuellement une quarantaine d’écoles solidaires dans tout le pays, dont une dizaine dans la région d’Athènes et du Pirée. Tout comme les dispensaires sociaux, les écoles solidaires font partie du mouvement « Solidarité pour tous » (voir Gauchebdo du 15.10.2015).

Écoles des personnes migrantes

Des militants militantes soutenus par les autorités municipales ont pu aménager des lieux d’accueil à l’intention des personnes immigrées, qui leur permettent de se retrouver entre eux et elles et aussi de faire connaissance des gens du quartier. Des moniteurs et monitrices bénévoles donnent des cours du grec, d’anglais ou de musique, ou aident à améliorer la lecture et l’écriture. Les écoles des personnes migrantes, sont des structurelles informelles, leur champs d’action est susceptible de changer en fonction des besoins des ceux et celles qui les fréquentent. Il faut les distinguer des écoles de scolarisation de jeunes personnes réfugiées et migrantes, fondées suite à des décisions gouvernementales faisant partie intégrante du système de l’instruction grecque. Dans les deux cas, l’attitude de solidarité avec laquelle la population a accueilli les personnes réfugiées arrivées en grand nombre est certainement plus importante que l’hostilité de l’extrême droite, dont elle a d’ailleurs réussi à diminuer un peu l’influence***

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