Édition du 21 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Partie ou mouvements ? Ou si c'était le même et le pareil ?

Finis les partis (politiques), entend-on, les français n’en veulent plus. La preuve, ils ont mis le PS à la poubelle, et LR n’en est pas loin. Ringards, les partis, on vous dit. Bon p’têt bin, répond le peuple, enfin, la partie du peuple, encore fournie, qui continue de s’intéresser à la politique, mais alors, mais alors, qu’avez-vous donc en magasin, puisque les partis sont moribonds, date de péremption largement dépassée ?

tiré de : La gauche cactus Le numéro 154 (mai) de Réchauffer la Banquise, la gazette pour tropicaliser la gauche congelée mardi 23 mai 2017

Allons, braves gens, nous avons la solution : les mou-ve-ments. Mot ambigu, eut dit le très regretté Pierre Desproges, puisque dans mouvement, il y a, voir plus haut, mou et ment.

Bon, chaussons un instant les lunettes qui siéent à tout politologue sérieux. Sans remonter à la préhistoire républicaine, nous avons connu des « mouvements ». Le plus emblématique fut le Mouvement Républicain Populaire, fondé en 1944, qui voulait, tiens donc, s’émanciper du dilemme gauche/droite, et fut l’un de piliers de tous les gouvernements de la IVe république sur une ligne démocrate-chrétienne, et dont l’un des héritiers notoires est François Bayrou. Plus près de nous, le MPEP (Mouvement Politique d’Emancipation Populaire), fondé en 2008 par d’anciens dirigeants d’ATTAC, devenu Pardem, sans que ni MPEP ni Pardem n’ait imprimé grand chose dans la vie politique française. Mouvement ou parti, dans un cas comme dans l’autre, l’objet était le même, seule la dénomination changeait. Même topo pour l’UMP, à la fois « union » et « mouvement », mais de fait parti.

Lors de la récente élection présidentielle, deux forces politiques se sont présentées comme « mouvement » dont l’un des objectifs était de « dépasser » des partis politiques dont la forme était jugée obsolète, et le positionnement ne répondant plus aux aspirations des français. Constat contenant une part de vérité, convenons –en. Pour la France insoumise, en faisant vite, il s’agissait de remplacer « gauche » par « peuple », pas facile à théoriser puisque le programme de Jean-Luc Mélenchon se réclamait de fait de toutes les valeurs de la gauche et d’une grande partie de ses propositions historiques. Pour En marche, on retrouvait en première ligne l’effacement du clivage entre gauche et droite, discours étayé par un programme des plus flous qui voulait « en même temps » mêler des mesures présumées « de gauche » et d’autres, plus nombreuses, « de droite ». L’un et l’autre des positionnements eut pu se faire dans le cadre d’un parti (« parti de la France insoumise », « parti républicain en marche », par exemple). L’un et l’autre se sont voulu « mouvements », sans toutefois utiliser le terme dans leur affichage. Qu’est-ce qui les distingue, dans la forme, des partis traditionnels ? Sans doute qu’ils émanent de la volonté d’un seul homme Mélenchon pour l’un, Macron pour l’autre. Nous avons certes connu des partis dont l’existence a été identifiée à un leader, par exemple le Mouvement (encore) des citoyens de Jean-Pierre Chevènement. Mais celui-ci avait une origine plus collective puisque liée à un courant du Parti Socialiste.

L’autre caractéristique est qu’on peut être « insoumis » ou « en marche » sans être encarté dans le mouvement (d’ailleurs, il n’y a pas de carte, ni de barème de cotisation) et même encarté dans une autre formation politique. Très « moderne », ça, on vient, on en est, on veut faire autre chose, on se casse. Certes, le turn over des partis à l’ancienne a toujours été très élevé, et tout parti est lesté d’ « ex » bien plus nombreux que ses adhérents. Mais dans ces nouveaux « mouvements », la volatilité est actée. Probablement pas pour longtemps : dès qu’ils auront des élus, ils devront se structurer d’une façon similaire aux autres organisations politiques. On le voit déjà avant même l’élection : les candidats de l’un et de l’autre doivent faire allégeance au programme et à la direction du mouvement, désignée dans les deux cas dans des modalités à la démocratie incertaine pour ce qui est de la France insoumise et inexistante pour En marche, dont on sait (le mouvement s’en vante) que les candidats ont été sélectionnés avec des méthodes copiées des recrutements d’entreprise (cv, entretien téléphonique ou physique, mesure de l’« empreinte sociale » de l’impétrant notamment par son rayonnement dans les réseaux sociaux. Résultat : un nombre infime d’ouvriers, employés, militants associatifs retenus). Au moins la France insoumise a-t-elle soumis ses candidats à des votes des membres de ses groupes locaux (pas toujours entérinés, cela dit). Ce qui donne, pour la France insoumise une sociologie assez proche de celle des candidats d’un parti comme le PCF, où les classes populaires sont représentées mieux qu’ailleurs, et pour En marche, une typologie au moins aussi « élitiste » que celle de partis comme Les Républicains. Comme quoi les « mouvements » font le plus souvent, dans ce cas mais pas seulement, du neuf avec du vieux.

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