Édition du 30 avril 2024

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Asie/Proche-Orient

Partira, partira pas ? La flottille pour Gaza encalminée à Athènes

La 2e flotille pour Gaza doit prendre la mer d’ici quelques jours. En fait, elle devait partir le mardi 28 juin mais son départ est retardé par les mobilisations que vit la société grecque, notamment les débardeurs qui sont en grève, ralentissant ainsi toutes les opérations portuaires. Les syndiquéEs ont cependant assuré qu’ils feront le nécessaire pour que les bateaux quittent le port. Israël fait toutefois pression sur le gouvernement grec afin que celui-ci prenne les mesures pour éviter le départ de la flotte.

La conférence de presse va bientôt débuter, à midi, sous la lumière blafarde des néons d’une salle un peu triste du centre d’Athènes. La plupart des représentants des bateaux participants sont là. 22 nationalités au total. La presse, aussi, est présente en nombre.

Malgré une grande bâche bleue affichée au mur avec un navire noir voguant sous le soleil rouge et des dessins d’enfants souhaitant bonne chance, le départ est encore loin. Alors qu’il devait avoir lieu mardi, il a été repoussé à jeudi ou vendredi, au mieux. La plupart des embarcations partiront de Corfou.

Les syndicats grecs ont appelé à nouveau à deux jours de grève générale, les 28 et 29 juin. Les dockers auraient tout de même promis de charger l’aide humanitaire sur les cargos, mais cela prendra plus de temps. De toute façon, il n’est même pas certain qu’il y ait bien un départ. A mes côtés, avant le début de la conférence, le député européen espagnol Willy Meyer n’est ainsi pas forcément très optimiste : « Je pense qu’Israël met beaucoup de pression sur le gouvernement grec et il est possible que nous n’ayons pas le droit de partir. Pour moi, il y a trois possibilités : la première, nous restons à Athènes, la seconde, nous sortons du port et ils nous ramènent ou, la troisième, avec de la chance, nous allons dans les eaux internationales. »
« Laissez-nous naviguer »

Des pancartes « Stop the israeli blockade », des choristes qui entonnent un chant en anglais « Laissez-nous naviguer pour Gaza », et la conférence peut enfin commencer. Douze personnes à la tribune. Une dizaine de députés nationaux ou européens sont également dans la salle, notamment Jean-Paul Lecoq, député communiste assis en tailleur sur la moquette grise, reconnaissable entre la forêt de caméras grâce à son écharpe bleu-blanc-rouge.

Le chef du comité d’organisation, Vengelis Pissias, débute un discours d’une vingtaine de minutes. « Nous sommes prêts à partir, nous avons juste quelques détails techniques à régler », commence-t-il.

N’hésitant pas à élever la voix, appuyant sur chaque mot en grec, il explique que « nous partirons si la pression sur Athènes est réduite. Elle vient du gouvernement israélien mais aussi des autres pays, qui imposent des termes inacceptables ». Citant plusieurs fois en exemple les révolutions arabes, il estime qu’un « nouveau monde est en train d’être construit ». Insistant sur l’aspect humanitaire, il répète que « nous ne combattons aucun gouvernement ou pays, nous ne sommes pas contre Israël, nous sommes contre la politique du gouvernement israélien, nous ne sommes pas contre les citoyens israéliens ».

Après une question d’une journaliste, la représentante américaine prend la parole. Tonnerre d’applaudissements dans la salle. Encore plus fort une seconde fois lorsqu’elle appelle les États-Unis, Barack Obama et Hillary Clinton à changer leur politique sur Israël.

« Dites au peuple de Gaza que nous arrivons », termine-t-elle. « Nous arrivons, nous arrivons », reprend la salle. « Ils ne nous arrêteront pas », enchaîne le représentant du comité de Suède. « Et s’ils nous arrêtent, ils savent, et nous le savons, que nous reviendrons encore et encore, jusqu’à la fin du blocus. Nous reviendrons encore et encore ». Applaudissements.
« Venez dire qui nous sommes »

Appelant la presse internationale à résister à la pression d’Israël, il rappelle que le peuple de Gaza a besoin d’eux et mérite de vivre libre. Une avocate palestinienne, abondant dans son sens, explique que le « blocus est illégal, sans aucun doute », et qu’Israël « occupe Gaza » et « même s’il ne le faisait pas, la politique d’Israël a trop d’effets disproportionnés sur la population civile palestinienne pour être légale ».

C’est au tour du représentant français, Thomas Sommer-Houdeville. Il se dit très fier que samedi dernier « la flottille de la liberté ait déjà commencé » avec le départ d’un bateau français de Corse. Il en appelle à la presse : « Venez nous voir, venez voir nos cargos, venez dire qui nous sommes ». Et puisqu’il ne faut pas oublier la petite histoire, il raconte sa matinée : « J’étais dans un taxi grec et une chanson est passée à la radio : ’Je ne suis pas un terroriste, je suis juste une victime de l’amour’ ». Et il rajoute : « Je suis une victime de l’amour et de l’espoir ».

Du côté d’Israël, selon la radio militaire, les autorités « ont décidé de ne pas autoriser les bateaux à jeter l’ancre à Gaza, même s’ils peuvent à décharger leur cargaison à Ashdod, un port israélien, ou dans le port égyptien d’El-Arish ». Elles promettent que la cargaison humanitaire serait ensuite acheminée à Gaza si des armes ne sont pas trouvées.

Quentin Girard

Libération

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