Édition du 17 avril 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Points de mire du 17 janvier 2017

Perspectives 2018 – L’urgence de résister aux projets des classes dominantes

Ouvrir l’année par une lecture du texte d’Émir Sader, : « Être de gauche en période de noirceur », c’est revenir à l’essentiel du combat de la gauche pour faire le point, « c’est savoir percevoir, au-delà des nuages présents, les lumières qui perceront le devenir. C’est travailler avec constance à tracer de nouveaux chemins. C’est tirer des leçons du passé pour comprendre le présent et se projeter dans le devenir. » Et de toutes ces démarches, nous en avons bien besoin dans la situation actuelle.

Les grands défis planétaires

Les États-Unis sont présidés par l’horrible Trump qui personnifie le stade suprême du néolibéralisme mortifère. Son mépris de la majorité de l’humanité s’est exprimé dernièrement par son invective sur « les pays de merde » d’où viendraient certaines personnes migrantes. Il visait tout particulièrement Haïti et l’Afrique. Il faut dépasser la simple dénonciation de ce personnage horrible. C’est ce que fait admirablement le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’occupation d’Haïti (REHMONCO) dans son texte : De quoi Trump est-il le nom ? Ce texte décrit les racines du racisme qui ont construit la société américaine. « Un fait actuellement nous semble indéniable : Trump est le porte-parole, la figure emblématique du mouvement international de la suprématie blanche. C’est pourquoi, aujourd’hui, les luttes contre l’idéologie de la suprématie blanche, dont Trump est la figure emblématique, doivent s’articuler aux luttes contre le capitalisme, contre l’impérialisme et contre les bourgeoisies antinationales des pays dominés. Ce n’est qu’une seule et même lutte. Les classes opprimées des pays occidentaux, qui subissent l’austérité, la paupérisation et l’exclusion sont aussi concernées par cette lutte. Le racisme est certes une idéologie de domination qui justifie la déshumanisation des peuples non européens, mais elle constitue également un facteur de division, que les classes appauvries occidentales ont intérêt à combattre. » Le REHMONCO nous ramasse ainsi dans une formule brillamment synthétique les constats à faire et les tâches qu’il faut se donner.

Mais la société américaine est aussi une réalité complexe. Yorgos Matrilias, sans négliger de dénoncer les politiques néolibérales et racistes du président américain, souligne la résistance qui se construit au sein de la société américaine. Il écrit dans son texte :« L’horrible M.Trump... stade suprême du néolibéralisme le plus mortifère ! » « L’année passée a vu Trump et sa base sociale nullement dérisoire persister dans leurs choix barbares qui les rendent de plus en plus agressifs tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis. Mais, elle a vu aussi que sur les ruines du traditionnel système politique qui est en train de mourir prospère une polarisation sociale et politique sans précédent, qui pousse au développement et à la radicalisation impétueuse d’une grande variété de mouvements sociaux progressistes, souvent de masse, lesquels – malheureusement – n’ont pas pu se coordonner entre eux, chose qui ne leur a pas encore permis de passer à la grande offensive finale. » Il nous rappelle que l’espoir peut surgir au coeur même de l’impérialisme.

Une fresque de la situation en Amérique latine

La contribution de Bernard Duterme, Amérique latine : des pouvoirs et des luttes, dresse un bilan et des perspectives de l’Amérique latine. Son long article, tout en nuances, nous permet d’identifier les défis posés par le capitalisme néolibéral, mais également les stratégies différentiées qui traversent les mouvements socaiux. « Entre paix et violence, tournant à gauche puis à droite, les reconfigurations à l’œuvre en Amérique latine détonnent. Contention, répression, dilution… les luttes « progressistes » n’en ont pas fini pour autant de hanter le continent des inégalités extrêmes. Face à la poussée « extractiviste », la protestation ne s’est pas unifiée : appels à la redistribution des bénéfices d’un côté, au respect de l’environnement et des territoires de l’autre. »

Le Proche-Orient – lieu des affrontements et du chaos

Nous publions un dossier sur le Proche-orient. Des articles sur Israel, l’Iran et le Kurdistan… qui permettent d’apprécier l’évolution d’une situation complexe. Pour mieux comprendre la situation en Égypte, il faut lire l’entrevue de Gilbert Achcar qui examine les dynamiques du régime égyptien et les erreurs et les faiblesses des oppositions à ce régime dictatorial.

Tracer des perspectives internationalistes

En décembre dernier, en Argentine, se tenait un sommet des peuples sous le thème « Dehors l’OMC – Construisons la souveraineté ». La Déclaration finale de ce sommet trace des perspectives dans la lutte contre l’OMC et le libre-échange. Elle avance des propositions alternatives à la crise du climat et de la civilisation. Pour défendre ces propositions, la mobilisation de peuples est cruciale. Et la déclaration n’hésite pas à avancer des mots d’ordre audacieux. « Les organisations et les mouvements sociaux du Sommet des Peuples ayant pour thème Dehors l’OMC appellent aussi à la poursuite et la continuité des luttes de résistance face à l’offensive du capital international contre les droits des peuples, à travers une construction collective du Forum Social Mondial 2018 à Salvador, Bahia au Brésil, du 13 au 17 mars. Résister c’est créer, résister c’est transformer ! » … « De même, nous appelons à construire une grève internationale des femmes le 8 mars prochain, basée sur une large vision du travail prenant en compte nos réalités hétérogènes. Il n’y aurait pas de capitalisme sans le travail domestique non-rémunérés des femmes. »

Le débat sur la Journée contre l’islamophobie ou la pusillanimité de la classe politique au Québec

Le 5 janvier dernier, 70 organisations musulmanes demandaient au gouvernement Trudeau l’instauration d’une journée de commémoration et d’action contre l’islamophobie. Le Parti québécois et la Coalition Avenir Québec sont montés au créneau pour rejeter cette demande et pour demander au PLQ de s’y opposer. L’argument est le même que celui employé pour demander le rejet de la tenue d’une commission d’enquête sur le racisme systémique. Encore une fois, ces partis ont prétendu que répondre positivement à des organisations musulmanes sur une journée d’action contre l’islamophobie équivalait à affirmer que l’ensemble des Québécois-e-s étaient des islamophobes. Pourquoi le PQ et la CAQ ont-ils martelé ce discours jour après jour ? Parce qu’ils estiment que c’est là un moyen de toucher une rente électorale et de consolider leur appui dans les secteurs de leurs bases électorales sensibles aux thèses chauvines. Cette attitude leur semblait particulièrement de mise dans cette année pré-électorale. Le Premier ministre, qui s’était d’abord dit ouvert, a reculé rapidement en affirmant qu’il n’était pas question pour lui de distinguer une sorte de racisme parmi d’autres. Lui aussi craignait que cette question rebondisse dans la campagne électorale et que son parti dût payer sur le terrain électoral une réponse positive en faveur de cette journée d’action contre l’islamophobie. Après son recul, sur l’enquête publique sur le racisme systémique, son antiracisme compassionnel n’est qu’un habit vertueux d’une absence totale d’une volonté d’agir concrètement dans la lutte à l’islamophobie. Le roi est nu. Seul Québec solidaire s’est tenu debout sur cette question en appuyant la tenue de cette journée.

Tous les jours pourtant, les responsables des partis politiques et chroniqueurs des journaux ou des radios de droite dénient la réalité de l’islamophobie au Québec ou tentent d’en marginaliser la réalité. Pourtant, ici comme ailleurs dans le monde, les discours et actes islamophobes et anti-immigrants sont généralisés. Dire cela, ce n’est pas prêter une essence raciste à la population québécoise, c’est se préoccuper de comprendre les discriminations qui touchent la population musulmane (ou identifiée comme telle) dans leur accès à l’emploi, à la justice, aux services de santé et d’éducation et qui servent à justifier les inégalités sociales. Dire cela, c’est manifester notre volonté d’en finir avec les stigmatisations, les discours, les actes et les crimes haineux qui insécurisent cette population de religion musulmane ou perçue comme telle.

Comme l’écrit Éric Fassin : « la bataille politique est d’abord une bataille de mots, car nommer les choses, c’est leur donner un sens et ceux qui définissent le lexique politique sont ceux qui définissent le monde dans lequel nous vivons. » [1]. Politiciens et chroniqueurs ont dénoncé la croisade contre l’islamophobie, mot qu’ils identifient à un vocabulaire des intégristes islamistes. Boch-Côté, par exemple, a prétendu qu’utiliser le terme islamophobie, c’est ni plus ni moins que s’interdire le droit de critiquer la religion musulmane et prétendre que la société québécoise est d’une intolérance profonde. Dans l’épisode sur le rejet de la Commission d’enquête sur le racisme systémique, on a voulu refuser aux personnes racisées le droit d’utiliser l’expression racisme systémique. Dans ce cas-ci, les politiciens en place et leurs chroniqueurs stipendiés veulent refuser aux victimes musulmanes de comportements racistes d’utiliser le mot qui décrit leur oppression.

Comme l’écrit Saïd Bouamama : « Seule l’auto-organisation des premiers concernés c’est-à-dire des personnes racisées dans le cadre d’une alliance égalitaire avec les forces sociales et politiques progressistes est susceptible de permettre une reprise de l’offensive antiraciste » [2] Et cela nécessite contrairement à ce que prétend le premier ministre Couillard de désigner clairement les cibles et visages contemporains du racisme (islamophobie, négrophobie et racisme anti-autochtones) sans cela, on en demeure à l’antiracisme fraternaliste qui ne comprend pas les racines du racisme contemporain et qui est de ce fait voué à l’échec. S’il est une leçon qu’il faut tirer des dernières expériences au Québec, c’est qu’on ne peut compter sur les partis politiques de pouvoir (même s’il faut continuer à les défier) et qu’il faut politiser la lutte antiraciste à partir de l’auto-organisation des premiers concernés et désigner clairement les visages contemporains du racisme, conditions incontournables d’une reprise de l’offensive antiraciste et de la lutte contre l’islamophobie.


[1(Éric Fassin, Les faux dévots de la laïcité, voir son blogue sur le site de mediapart.fr)

[2La nécessaire politisation de l’antiracisme, 3 novembre 2015, blogue de Saïd Bouamama

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