Édition du 12 décembre 2017

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Pourquoi le NPD doit reprendre le débat sur le niqab

31 août 2017 | tiré de Rabble | traduction PTAG

La déclaration du NPD au Québec, durant les élections de 2015, ayant eu le plus d’impact a été la réponse de Tom Mulcair à la décision de la Cour fédérale permettant à Zunera Ishaq de porter un niqab à visage caché lors d’une cérémonie de citoyenneté. Maintenant, beaucoup de militants et militantes au Canada anglais rejettent cette conclusion. Si vous êtes l’une de ces personnes, vous pouvez arrêter de lire cet article maintenant et vous mettre la tête dans le sable.

Le tribunal a renversé l’interdiction, établie par les Conservateurs de Harper, d’assister aux cérémonies de citoyenneté à visage caché. En privé, avant la cérémonie, Ishaq a retiré son niqab afin que son identité puisse être vérifiée. Cela a permis de remettre en question 99 pour cent de l’hystérie des Conservateurs sur leur interdiction de niqab lors des cérémonies de citoyenneté.

Mais Ishaq voulait porter son niqab lors de la cérémonie. La règle de Harper dit non. Mais le tribunal — et la Charte des droits et libertés ont dit oui.

Et Tom Mulcair était d’accord. Le chef du NPD a pris la position que l’État ne doit pas dicter ce qu’une personne peut et ne peut pas porter.

Dans les deux jours qui ont suivi la décision du tribunal, le soutien du NPD fait par sondage dans dix circonscriptions électorales montrait une perte 20 points de popularité au Québec suite aux attaques vicieuses des Conservateurs et du Bloc québécois.

Deux ans plus tard, au Québec, le débat sur le niqab est toujours d’actualité. Le gouvernement du Québec a présenté le projet de loi 62, qui pourrait obliger une femme à retirer son niqab pour recevoir de nombreux services publics.

Le projet de loi se justifierait sur la base de la laïcité — l’idée que l’église et l’État doivent être séparés. Toute personne ayant une connaissance historique du Québec de l’époque de Duplessis comprendra la cicatrice profonde laissée dans la politique québécoise par "la grande noirceur" lorsque l’église a dirigé les écoles, les hôpitaux et les services sociaux comme un insidieux taliban catholique de langue française.

La Révolution tranquille a non seulement vaincu le gouvernement de Duplessis et expulsé les prêtres du pouvoir, elle a détruit la structure politique oppressive qu’ils ont construite. Elle a reconstruit les services publics sur une base laïque. Pour les Québécois et les Québécoises, surtout à gauche, la laïcité est une idée profondément progressiste.

Bien sûr, comme beaucoup de bons principes, la laïcité peut être utilisée comme cheval de Troie pour le racisme. Il suffit de penser à la fréquence à laquelle les suprématistes blancs cachent leur haine à l’intérieur d’une enveloppe intitulée « liberté d’expression » — comme si cela leur donnait le droit d’utiliser sur n’importe quelle plate-forme médiatique ou universitaire. Mais les progressistes n’abandonnent pas la liberté d’expression simplement parce que la droite déforme le concept. Et les Québécois et Québécoises progressistes n’abandonneront pas la laïcité.

Pourtant, c’est exactement ce que certaines personnes progressistes anglophones semblent vouloir faire. Au cours des derniers jours, le candidat au leadership du NPD, Guy Caron, a initié ce débat difficile, mais nécessaire. Les néo-démocrates ont répondu sur Twitter ou d’autres médias sociaux en assimilant la laïcité au racisme. Il est temps d’écouter plutôt que de crier.

Monsieur Caron, comme les autres candidats au leadership du NPD, soutiennent la vision de Mulcair sur l’habillement religieux. Mais il a ajouté un élément provocateur à savoir que les néo-démocrates doivent respecter le droit du Québec de passer ses propres lois dans sa propre juridiction — même le projet de loi 62. Cette déclaration n’était pas ce que certaines personnes voulaient entendre. Mais c’est une déclaration de fait, à la fois constitutionnelle et dans l’art de la politique.

Constitutionnellement, le Canada est une fédération avec des provinces qui gouvernent sur leur propre territoire . Et même, si la Cour suprême rejette un projet de loi provincial pour avoir offensé une liberté fondamentale, une province peut exempter ce projet de loi de l’examen des tribunaux en déclarant que le projet de loi est « en dérogation » à la Charte. C’est ainsi que notre pays fonctionne. Donc, il n’y a rien qui puisse être fait pour arrêter le projet de loi 62 si le gouvernement du Québec utilise la clause nonobstant.

Ce n’est pas comme si le Québec n’a pas utilisé la clause dérogatoire avant. Il y a quarante ans, le gouvernement du Québec a utilisé la clause dérogatoire pour contourner la Charte canadienne alors qu’on affirmait que le projet de loi 101 limitait la liberté d’expression, une liberté fondamentale protégée par la Charte.

En politique, il faut respecter les progressistes québécois et québécoises et la nation québécoise. Les progressistes canadiens et canadiennes peuvent regarder de haut le Québec et condamner le projet de loi 62 avec arrogance ou ils peuvent faire quelque chose à ce sujet.

Cela signifie avoir une discussion respectueuse entre les progressistes au Québec et à travers le Canada sur les droits et la façon dont les sociaux-démocrates doivent combattre le racisme. Les Canadiens et Canadiennes progressistes qui racontent aux Québécois et Québécoises progressistes que la laïcité est du racisme ou que le projet de loi 62 est raciste, ne font que repousser les Québécois et Québécoises de gauche, et ne les convaincront pas que la social-démocratie sans le Canada n’est pas viable. Cela démontre un durcissement des positions. Cela va rapprocher les Québécois et les Québécoises du Bloc Québécois. Et sans une certaine unité avec les progressistes québécois et québécoises, le NPD ne pourra jamais plus être l’opposition officielle — encore moins être au pouvoir.

La laïcité n’est pas du racisme. Tout soutien au projet de loi 62 n’est pas raciste. Sinon tout le monde serait étroit d’esprit.

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