Édition du 11 décembre 2018

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Canada

Rencontre avec Tarek Loubani, médecin canadien blessé par l’armée israélienne lors des manifestations du 14 mai 2018

Alors que les Palestiniens.nes promettent de poursuivre les protestations contre l’occupation israélienne, nous discutons avec le médecin canadien qui a été atteint par les balles des forces israéliennes aux deux jambes lundi, (14 mai) pendant qu’il soignait des manifestants.es blessés.es. Ce jour-là, l’armée israélienne a tué 61 Palestiniens.nes non armés.es lors d’une manifestation dite la Grande marche du retour.

Democracy Now, 17 mai 2018
Traduction et organisation du texte : Alexandra Cyr

DN : Introduction : Alors que les Palestiniens.nes promettent de poursuivre les protestations contre l’occupation israélienne, nous discutons avec le médecin canadien qui a été atteint par les balles des forces israéliennes aux deux jambes lundi, (14 mai) pendant qu’il soignait des manifestants.es blessés.es. Ce jour-là, l’armée israélienne a tué 61 Palestiniens.nes non armés.es lors d’une manifestation dite la Grande marche du retour. Le médecin canadien T. Loubani était du nombre. Le Canada, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Irlande et la Belgique ont tous demandé une enquête sur ces morts. Le Conseil pour les droits humains des Nations Unies a annoncé qu’il tiendrait une session spéciale pour discuter de la montée de la violence à Gaza.

Nous allons nous entretenir avec le Dr Tarek Loubani, un urgentologue, un des 19 membres du personnel médical qui a été blessé par balle. M. Loubani est professeur associé à l’Université Western de London en Ontario. Il est un réfugié palestinien et membre du Projet Glia qui crée des instruments et équipements médicaux facilement accessibles aux installations ayant peu de ressources.

Amy Goodman, D.N. : (…) Plus de 2,700 manifestants.es ont été blessés.es lundi. Cela se passe au lendemain du blocage par l’Ambassadrice américaine aux Nations Unies, Mme Nikki Haley d’une proposition pour la tenue d’une enquête internationale sur les agissements d’Israël. Elle a continué à blâmer le Hamas pour cette violence, tout en soulignant le fait qu’Israël aurait fait preuve de retenue. Mais, mardi dernier, un porte parole de haut rang de l’armée israélienne a admis que son pays avait échoué à minimiser le nombre de victimes palestiniennes durant les manifestations. Voici les propos du lieutenant-colonel Jonathan Conricus, le porte-parole international et directeur des médias sociaux des forces armées israéliennes qui s’exprimait lors d’une mise à jour aux Jewish Federations of North America : « Est-ce qu’il y a eu des erreurs (de commises) ? Est-ce que des balles ont manqué leur cible et atteint des gens qui n’en étaient pas ? Bien sûr qu’il y en a eu, mais je peux vous dire que l’environnement était chaotique à la frontière ».

Il a aussi ajouté que le Hamas « voulait des victimes » et il a soutenu que les photos de milliers de blessés.es ont été « un coup de publicité sans comparaison » pour le Hamas. Le ministre de la défense israélien, M. Avigdor Lieberman, a aussi blâmé le Hamas pour les événements lors de son passage à la frontière de Gaza mercredi : « J’insiste pour dire que les membres du Hamas sont un groupe de cannibales qui traitent leurs propres enfants comme des munitions. Ils possèdent des fusées. Il y a aussi les munitions personnelles, de différentes sortes : les femmes et les enfants ». (Traduit depuis une traduction en Anglais de l’Hébreu. N.d.t.)

Pour en savoir plus, nous sommes en compagnie du médecin canadien, Dr. T. Loubani. Lundi, les forces israéliennes l’ont atteint à la jambe gauche et au genou droit pendant qu’il soignait des patients.es blessés.es par balles à Gaza. (…). Le Premier ministre canadien, J. Trudeau, a déclaré : « Nous sommes consternés d’apprendre que le Dr. Loubani, un citoyen canadien, fait partie des blessés avec tant d’autres civils.es non armés.es, des membres des médias, des premiers répondants.es et des enfants ». Il a immédiatement réclamé une enquête indépendante sur les massacres à Gaza. Dr. Loubani est encore à Gaza.

Soyez le bienvenu à Democracy Now ! Merci d’être avec nous. Pouvez-vous nous décrire ce qui s’est passé lundi ?

Dr. T. Loubani : Merci de votre invitation. En fait, lundi, je faisais ce pourquoi je suis formé et que je fais depuis des années. Je suis un urgentiste depuis un bon moment, spécialisé dans les traumas. Je pratique à London en Ontario, au Canada, où je vis depuis plusieurs années. Je fais aussi beaucoup d’inventions. J’interviens aussi très souvent sur des traumas ici. Je sais où il faut être et j’ai été à plusieurs reprises dans des endroits où l’on tire à qui mieux mieux. Nous sommes allés sur les lieux de massacres comme précédemment en Égypte et dans bien d’autres endroits. Je peux vous dire que j’étais le moins bien formé des membres de l’équipe quand nous avons dû faire face aux tirs à balles réelles. Les infirmiers.ères des urgences étaient bien plus expérimentés.es que moi, malheureusement.

Nous étions assez loin de l’aire de protestation, environ 25 mètres à l’ouest et 25 au sud. C’était calme. Chacun.e flânait d’une certaine façon. Il n’y avait pas de tirs ; pas de chaos, c’était une scène sous contrôle. Nous savions où nous étions, nous pouvions voir les postes des tireurs d’élite (israéliens) et ils pouvaient nous voir aussi, c’est certain. Je jasais avec l’équipe médicale, tout en vérifiant des instruments médicaux que nous avions essayé de fabriquer pour pallier au manque de ces équipements à Gaza. Il fallait refaire les stocks parce que nous étions à court. Il était très tôt et nous manquions déjà de matériel. C’est à ce moment que j’ai entendu un fort bang et me suis retrouvé sur le sol et pris conscience que j’avais été touché par un tir.

A.G. : Et alors, que s’est-il passé ?

T.L. : Le premier répondant qui est arrivé près de moi, un homme appelé Musa, un infirmier urgentiste, a été à la hauteur. J’ai été formé avec lui et j’ai aussi aidé à son entraînement. Il est arrivé près de moi et m’a demandé : « Alors docteur, que vous est-il arrivé » ? Il a examiné ma jambe, coupé mon pantalon et commencé son travail. (…) Je saignais. Il m’a demandé s’il devait installer un garrot et c’était une bonne question. N’importe où dans le monde où j’aurais pu être, la question ne se serait pas posée, mais nous avions si peu. Et il y avait eu tant de blessures aux bras et aux jambes des manifestants.es que nous manquions dramatiquement de garrots. (…) Alors, quand il m’a posé cette question, j’ai regardé (mes blessures) et je savais qu’il m’en fallait un, mais je me suis dit que nous n’en avions que 8. L’un d’eux était dans ma poche arrière. Je l’ai sorti, le lui ai lancé et je lui ai dit : « Non, garde celui-là pour quelqu’un.e d’autre ». Je savais qu’il allait y avoir beaucoup d’autres tirs. Ils m’ont mis un bandage et bien sûr j’ai saigné à travers et à travers le deuxième, mais finalement, j’étais correct. On m’a déménagé dans un autre hôpital et j’ai été soigné là.
J’ai communiqué avec mes collègues spécialistes des traumas au Canada. Je leur ai demandé (leur avis). Ils m’ont répondu : « Oui, il vous faillait être opéré. Vous auriez dû venir ici ; nous vous aurions examiné, nettoyé vos plaies etc. etc. Et vous auriez été hospitalisé pour un moment ». Mais à ce moment-là, il y avait beaucoup de victimes à Gaza. J’ai été transporté à l’hôpital dans un véhicule où il avait déjà 6 patients.es. Donc, il y avait tant de victimes. Littéralement, j’étais un des moins pires on m’a donc donné mon congé parce que tout le monde savait que mes problèmes allaient se présenter plus tard et je suis reparti à la maison comme ça.

A.G. : Dr. Loubani, qu’est-il arrivé à l’ambulancier qui s’est occupé de vous, celui qui vous a demandé si vous vouliez un garrot sur vos jambes ?

T.L. : Musa Abuhassanin était un quelqu’un de bien. Je parle de lui au passé, parce que quelques heures après m’avoir soigné, il est retourné sur le terrain pour répondre à un appel et malheureusement, il a été atteint à la poitrine par un tir. Il y en avait tant de tirs autour de lui, tant de munitions létales que ses collègues n’ont pu le rejoindre et le traiter. J’ai finalement pu me rendre auprès de lui une vingtaine de minutes plus tard. Il souffrait d’un pneumothorax, ce qui veut dire que l’air était là où il ne doit pas être, dans la poitrine. Il n’aurait pas dû en mourir, je sais comment régler cela et si j’avais été là (avant), j’aurais pu traiter ce problème avec ne serait-ce qu’un stylo Bic. Mais, malheureusement il n’a pas pu recevoir le traitement nécessaire et il est décédé.

A.G. : Donc, il n’a pas pu recevoir le traitement nécessaire parce que il y avait tant de tirs de la part des forces israéliennes dans le secteur où se trouvaient les ambulanciers.ères qu’il était inatteignable. Impossible de se rendre à ses côtés ?

T.L. : Il était impossible de l’atteindre. Le feu était trop nourri dans ce secteur. N’importe qui, qui se pointait là, était abattu. Même si les règles sont très sévères pour nous, nous ne nous mettons pas dans une situation où nous allons nous faire abattre. Nous sommes incroyablement prudents.es. Il portait la veste orange très visible qui avait été soumise à l’armée israélienne par le Comité international de la Croix-Rouge pour identifier les ambulanciers.ères. Je portais l’identification verte des hôpitaux, nous étions tous et toutes d’une grande visibilité. Et malgré ça, malheureusement, il a été abattu. Ses collègues qui étaient aussi très bien identifiables, étaient ciblés.es dès qu’ils ou elles apparaissaient au jour. Tout le monde était donc au sol jusqu’à ce qu’arrive une accalmie, ce qui a pris une demi-heure.

A.G. : Dr Loubani, (…) 19 ambulanciers ont été tués.es ou blessés.es en une seule journée, lundi. Pensez-vous que les militaires israéliens.nes vous ciblaient ?

T.L. : Je ne peux pas répondre à cette question. Je ne sais quels ordres leur ont été donnés ou ce qu’il y avait dans leurs têtes. Je ne peux donc pas dire si nous avons été cible délibérément. Ce que je peux vous dire, c’est ce que je sais. Au cours des 6 semaines de mars, aucun ambulancier.ère n’a été tué.e ou blessé.e, Et alors qu’en un seul jour, 19 d’entre nous, 18 blessés.es, un mort et moi-même, avons tous été atteints.es par des balles réelles. Nous étions, … Musa faisait un sauvetage à ce moment-là. Les autres à qui j’ai parlé étaient comme moi. Il y avait une accalmie, sans fumée, sans aucun chaos et nous avons été ciblés.es, plutôt, atteints par des balles réelles et pour la plupart aux membres inférieurs. Donc, il est très difficile de croire que les militaires israéliens.nes qui m’ont tiré dessus et sur mes collègues, tous et toutes membres d’une équipe médicale, alors que quatre d’entre nous ont été atteints, dont Musa Abuhassanin qui en est mort, ne savaient pas qui nous étions, qu’ils ne savaient pas ce que nous faisions et qu’ils cherchaient quoi que ce soit d’autre.

A.G. : Dr. Loubani, je veux que vous nous parliez de la photo que vous avez affichée sur Twitter où on vous voit avec trois autres hommes. Vous écrivez : « C’est une photo obsédante prise le vendredi 11 mai 2018. À gauche, Mohammed Migdad, blessé par balle à la cheville droite. Hassan Abusaada. Tarek Loubani, blessé par balle à la jambe gauche et au genou droit, Moumin Silmi. Youssef Almamlouk. Musa Abuhassanin, blessé par balle au thorax et qui en mort. Volontaire inconnu. Le photographe blessé par balle ». Parlez-nous de cela.

T.L. : Oui, oui. C’est une photo de groupe prise vendredi à la fin des manifestations. Nous étions là. Notre seule équipe médicale avait traité un minimum de cent personnes. Il y en avait d’autres. Et ensuite, un des gars, le photographe, a fini par recevoir une balle. C’était aussi un ambulancier avec un intérêt pour la photographie. Il a dit : « Prenons une photo de groupe ».

Quand nous l’avons prise, je pensais qu’elle se perdrait dans mon album. Je ne pense pas que je voudrais prendre une photo qui annoncé des tirs pour quatre d’entre nous et la mort d’un autre. C’est ce qui fait, que pour moi, c’est une photo obsédante, une scène terrible. Je suis effondré de voir que nous avons tous finis blessés et que je ne peux pas retourner sur le terrain, mais, en réalité, je suis le plus chanceux parce que je peux, je veux partir d’ici. Je peux me faire soigner au Canada si je le veux. Et en plus, je suis aussi chanceux parce que les tirs que j’ai reçus vont me laisser un minimum d’incapacité contrairement aux autres sur la photo qui ont été blessés par balle.

A.G. : Le Premier ministre canadien, votre Premier ministre, J. Trudeau, a déclaré : « Nous sommes consternés d’apprendre que le Dr. Loubani, un citoyen canadien, fait partie des blessés avec tant d’autres civils.es non armés.es, des membres des médias, des premiers répondants.es et des enfants ». Il a immédiatement réclamé une enquête indépendante sur le massacre à Gaza. Dr. Loubani, pouvez-vous commenter la demande du Premier ministre J. Trudeau, comme la Belgique, la France, la Grande-Bretagne et d’autres pays et l’attitude des États-Unis qui, cette semaine, ont bloqué la tenue d’une telle enquête aux Nations Unies ?

T.L. : Je félicite le Premier ministre Trudeau de représenter ainsi le peuple canadien. Ça fait bien longtemps que le peuple canadien a senti qu’il y a un problème à Gaza et en Cisjordanie quant à la manière dont les civils.es de Gaza sont traités.es à la fois à cause du blocus et des tirs qui semblent les cibler. Je félicite le gouvernement canadien qui fait ce pas courageux. Je suis sûr qu’il en paiera le prix politique.

Et qu’est-ce qu’une telle enquête révélerait ? Qu’est-ce qu’on y apprendrait ? Et est-ce que cela changerait la vie des Gazaouis.es ? Cette population n’a pas manifesté pour demander une enquête ; les protestations ont eu lieu parce ce peuple veut des changements dans ses conditions (de vie). J’ai donc communiqué avec le gouvernement canadien, j’ai parlé à la ministre Freeland et lui ai demandé ce qu’il faudrait pour implanter un projet d’infrastructure, quelque chose qui va amoindrir minimalement la situation ici. Par exemple, le problème de l’électricité. On pourrait équiper les hôpitaux de panneaux solaires, projet dans lequel je suis impliqué à petite échelle et l’on pourrait passer à une plus grande échelle. Il y a le problème des égouts. On pourrait tenter de lever le blocus, de construire un port, créer une issue pour que les Palestiniens.nes puissent entrer et sortir (de Gaza). Ce serait une amélioration des conditions de vie de la population, contrairement aux enquêtes. Nous ne manquons pas d’enquêtes. Franchement, je pense que ces investigations seraient intéressantes pour les universitaires et s’ajouteraient aux dossiers, je ne pense pas que ça changerait la vie des Gazaouis.es.

A.G. : Les hôpitaux de Gaza sont encore très occupés à soigner les milliers de blessés.es que les militaires israéliens.nes ont fait cette semaine seulement. Mais, encore une fois, au cours des six semaines de ces manifestations non violentes, plus d’une centaine de Palestiniens.nes ont été tués.es et plus de 12,000 blessés.es. M. Ayman al-Sahbani, directeur des services d’urgence de l’hôpital Shifa déclare : « Les salles d’urgence au centre médical Shifa ont reçu le plus grand nombre de ces blessés.es. Nous en avons reçu au moins 500 alors que notre service n’a que 20 lits. Nous travaillons à plus de 25 fois nos capacités avec tous nos énormes défis et les manques de médicaments et de matériel qui deviennent critiques. »

Dr. Loubani, pouvez-vous nous parler de l’état du système médical à Gaza et de l’impact du blocus sur celui-ci ? Décrivez-nous ce que c’est exactement. Est-ce que vous avez été soigné à Shifa ?

T.L. : Non, je n’étais pas à Shifa qui est considéré comme le premier hôpital à Gaza. Et à ce moment-là, il était plus que bondé, c’était un véritable désastre. Mais pour moi, c’était clair que même si j’avais pu recevoir de meilleurs soins à Shifa, il n’y avait aucune raison pour que j’aie besoin d’y aller. J’ai donc été dirigé vers un autre hôpital où j’ai été très bien soigné, où on a fait tout ce qui était nécessaire, alors qu’il était aussi dépassé par les événements. Tous les hôpitaux étaient dépassés.

Je travaille à Shifa, à l’urgence avec le Dr. Ayman dont vous venez de diffuser les propos. Même en temps normal, la situation y est limite. Je n’ai pas d’anesthésiques pour insensibiliser les patients.es quand je fais les sutures ; je ne peux pas administrer d’anti- douleur comme la morphine. C’est même très, très difficile de trouver des gants et de la gaze pour les patients.es. La situation est donc terrible en temps normal et maintenant avec l’arrivée de ce désastre qui se déroule partout à Gaza, c’est devenu encore pire. Nous arrivons à un point tel où il faut que je fasse très attention aux gants que j’ai utilisés sur le terrain parce que nous en manquons cruellement. Je dois sélectionner à qui je vais faire un bandage parce que nous en manquons. Ce genre d’équipement n’est pas interdit par le blocus, mais dans les faits, il l’est. De fait, les hôpitaux sont dans des situations désastreuses. Je dois dire que lorsque je me plains au Canada du manque de matériel, je dois mettre cela en perspective. Ici, je manque du strict essentiel.

Je n’étais pas à Shifa ce jour-là. Je n’ai pas pu encore y retourner parce que je marche à peine, ayant fait ma première sortie aujourd’hui. Mais mes collègues m’en ont parlé. Ils sont découragés.es, traumatisés.es, ne sachant pas quoi faire. Les cadavres s’accumulent dans les coins. C’est terrible. Ce qui est fait est bien fait, mais les limites sont là, limites des personnes et des hôpitaux. Et à New York, à Toronto et dans n’importe quelle métropole, si un tel désastre était survenu, la réponse n’aurait pas été meilleure.

A.G. : En ce moment, Al Jazeera rapporte que les équipes médicales sur le terrain rapportent que les forces israéliennes tirent des « munitions de démonstration », un nouveau type de balles jamais vues et appelées « balles papillons ». Elles explosent à l’impact, pulvérisant les tissus, artères et os, causant de sévères blessures internes. Pouvez-vous nous parler de cela ? Est-ce que vous avez vu cela vous-même, Dr. Loubani avant d’être blessé ? Et après ?

T.L. : Oui. Je n’en ai pas vu beaucoup après ma blessure, mais avant celle-ci, j’en ai vu en grand nombre. Vous pouvez même saisir la différence parce que le son n’est pas le même. Alors, le cœur me flanche toujours quand je les entends arriver et frapper un.e patient.e. J’ai toujours su, quand nous allons voir ces patients.es que, premièrement il va falloir travailler très fort directement sur le terrain et ensuite à l’hôpital et que, deuxièmement, que leur vie sera lourdement affectée pour le reste de leurs jours. Médecins sans frontières a publié un rapport au sujet de ces blessures inhabituelles.

Le jour où j’ai été atteint, j’ai trouvé une photo d’un enfant qui avait été atteint par ce genre de munition une seule fois ; sa jambe était pulvérisée. J’ai été chanceux, j’ai été blessé par une balle normale. C’est pourquoi je n’ai pas eu besoin d’amputation. Je suis chanceux. Mais, tant de gens ont été atteint par cette sorte de balles….je ne sais pas pourquoi cela se produit et je ne peux me prononcer sur l’intérêt d’utiliser ces balles. Mais, sur le terrain elles représentent une destruction absolue, la pulvérisation des os et des amputations presque immédiates. D’habitude, nous soignons la partie distale et la partie éloignée du point d’impact séparément, avec ce type de balles nous ne pouvons le faire parce que les dégâts sont trop importants.

A.G. : Dr. Loubani, il nous reste 30 secondes. Vous nous parlez de Gaza alors que vous êtes blessé aux deux jambes. Quelles sont vos pensées ? Vous venez de cette région où les Palestiniens.nes disent que leurs manifestations non violentes vont se poursuivre.

T.L. : Je suis venu ici parce que je crois vraiment que toute personne, quelle que soit sa couleur de peau, sa nationalité, ses principes, même ses allégeances politiques, a droit aux meilleurs soins médicaux. Je n’ai pas pu accomplir cela lundi, mes collègues non plus. Pour la première fois en six semaines, nous avons vu des patients.es mourir sur le terrain, alors que ces morts auraient pu être prévenues, qu’elles n’auraient jamais dû se produire. Je veux voir un Gaza où il arriverait deux choses : 1- qu’aucun.e membre d’équipes médicales ne se sente en danger ou ciblé.e et 2- que les racines des protestations, de la dévastation et du désespoir soient prises en mains par la communauté internationale et, bien sûr par Israël, qui est le responsable ultime de la situation à Gaza.

A.G. : Merci Dr. Loubani. (…)

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