Édition du 27 juin 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Redéfinir la souveraineté comme projet social, la tâche de l’heure pour Québec solidaire

La décision prise par les membres de Québec solidaires au congrès de mai dernier était en fait en phase avec l’échec historique du PQ comme alternative sociale autant que comme porteur de la réalisation de la souveraineté. Cette décision correspondait à une nécessité objective et non pas à une stratégie. Le PQ n’a plus depuis longtemps et particulièrement depuis 2014 de stratégie d’accès à la souveraineté. Pour une bonne partie de la population et particulièrement pour la jeune génération la souveraineté a perdu de son inspiration justement parce qu’identifiée à sa gestion néolibérale.

Quelques mois après la défaite du gouvernement péquiste en avril 2014, Mathieu Bock-Côté écrivait dans son livre Indépendance les conditions du renouveau :

« La défaite du Parti québécois n’est pas une défaite comme les autres. Elle compromet son existence. Et quoiqu’on en dise, c’est l’indépendance comme projet politique qui risque aussi de mourir. Il se peut, tout simplement, que la « marque PQ » soit définitivement brûlée, qu’elle soit si profondément marquée du sceau de la défaite que l’électorat ne parvient tout simplement plus à s’y identifier. On a ressorti au lendemain de l’élection (de 2014) la thèse du parti générationnel : le PQ connaîtrait ces années-ci le même sort que l’Union nationale au moment de la Révolution tranquille. »

Le PQ a par la suite continué à vivre sur du temps emprunté. Péladeau, vu comme défenseur de la souveraineté, a permis de faire oublier pour un temps le choix purement électoraliste de 2014 qui venait de mettre au rencart toute possibilité de gagner un référendum. Mais il a en même temps confirmé la nature de ce parti comme celui au service des entreprises et certainement pas à celui des travailleurs et travailleuses. La deuxième course à la chefferie a confirmé le choix prioritaire traditionnel, prendre le pouvoir. Lisée a ainsi gagné parce qu’il a proposé d’enlever toute politique qui pourrait faire obstacle dont évidemment la souveraineté et a joué sur la seule carte qui lui restait le nationalisme identitaire. Mais il faut bien l’avouer cela ne constitue pas une option bien inspirante.

La stratégie d’alliances avec QS ne représentait dans cette situation qu’une image de façade qui lui permettait de garder l’initiative et d’imposer l’idée du vote stratégique pour battre les libéraux. Mais on ne peut indéfiniment jouer sur la stratégie, il faut aussi et surtout être inspirant. À ce chapitre le PQ a épuisé ses crédits depuis longtemps.

Les membres de Québec solidaire ont donc fait le seul choix sensé possible, celui de présenter QS comme l’alternative politique qui peut répondre aux enjeux économiques, environnementaux et politiques actuels. En fait Mathieu Bock-Côté avait raison sur un point, le PQ est arrivé à sa fin de vie utile. La baisse continue de son pourcentage de vote depuis de nombreuses années démontre qu’il ne s’agit pas là uniquement du phénomène Lisée mais correspond à ce qu’on peut appeler une tendance lourde. Entre l’élection de 1994 et celle de 2014 il a connu une baisse quasi continue avec une légère remontée en 2008 et son élection de justesse en 2012, passant de 44,75% des votes à 25,38%, baisse qui a continué de s’approfondir atteignant 22% selon les derniers sondages.

Même s’il ne faut pas définir sa politique en fonction des sondages, ceux-ci indiquent tout de même assez clairement qu’une nouvelle situation politique est en train de se dessiner au Québec. Québec solidaire est en croissance et peut dorénavant, compte tenu de ses décisions du dernier congrès, revendiquer sa place comme parti de l’avenir et porteur des aspirations populaires.

Parmi les défis importants qui attendent maintenant QS est celui de redéfinir la souveraineté dont l’image a été associée au PQ et à ses politiques. En effet la baisse d’appui à la souveraineté a suivi à peu près en parallèle celle accordée au PQ. De 1995 à 2015 il est passé de 49% à environ 38%. En termes générationnels durant la même période, l’appui des jeunes de 18-24 ans à la souveraineté est passé de 63% à 41% selon le sondage Léger de la même année, et est descendu à 34% en mars 2017.(1) Fait intéressant à noter l’appui à la souveraineté a enregistré des baisses dans les périodes où le PQ était au pouvoir et connu une remontée relative sous le gouvernement libéral, particulièrement dans les périodes 2003-2005 et 2008-2010.(2) Depuis 2012 ce taux d’appui ne s’est pas relevé.

La fusion possible avec ON

Les discussions menant à une possible fusion avec ON permettront aussi de remettre la question de la souveraineté en débat et d’en définir la finalité. Le dernier congrès de QS a donné un mandat clair à sa direction à cet effet. En ce moment Québec solidaire et Option Nationale sont les deux seuls partis qui dans les faits incluent la souveraineté dans leur perspective électorale. La fusion possible pourra permettre de consolider ce pôle comme étant porteur d’un projet de souveraineté, pas simplement comme finalité mais comme projet de société.

Le projet de société de Québec solidaire

La souveraineté doit être un projet inspirant et mobilisateur et pour ce faire elle doit correspondre aux aspirations de la population. Voilà pourquoi l’appui à la souveraineté a tant baissé. Elle ne peut avoir de sens que si elle nous amène vers une nouvelle société que les citoyens et citoyennes du Québec voudront définir ensemble. Une société où le peuple est souverain et non à la merci des compagnies minières et des pétrolières qui nous volent nos richesses et détruisent notre environnement. Une société où la richesse servira à donner les services de santé et d’éducation adéquats et égaux pour tout le monde. Une société où chaque personne pourra se sentir incluse. C’est ce dont il faut parler, beaucoup plus que de la mécanique que peu de personnes comprennent hors des cercles initiés.

Mais pour réaliser cette société, la souveraineté est essentielle. On ne peut penser prendre le contrôle de nos richesses naturelles et de nos institutions, en laissant l’État fédéral et les multinationales nous imposer leur volonté.

(1) Le Devoir 18 mars 2017, sondage Léger-Le Devoir

(2) Évolution de l’appui envers la souveraineté : 1995-2015 p.19, L’État du Québec INM et Leger 2015.

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Impliqué également dans la gauche québécoise et canadienne, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et de Canadian Dimension. Il est également membre du comité de coordination nationale de Québec solidaire en tant que responsable aux communications. Il écrit ici à titre personnel.

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