Édition du 21 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Vivre ou consommer ?

Ma réflexion d’aujourd’hui est inspirée par un atelier intitulé De la décroissance au Buen Vivir : Au-delà du capitalisme, offert par l’Université populaire des Nouveaux Cahiers du socialisme.

On constate que le vocable décroissance suscite des réactions négatives dans la population en général et que beaucoup craignent de perdre énormément si on s’engage sur cette voie, oubliant en même temps que c’est la vie humaine sur la planète qu’on perdra bientôt si on ne sort pas de la surconsommation.

L’expression buen vivir, concept développé en Amérique latine, a plus de charme et laisse entendre qu’on se dirige sereinement vers une meilleure vie. On peut faire le lien avec le concept de « simplicité volontaire », mais là encore, l’expression suscite des réticences à cause du présupposé de réduction du train de vie qu’elle implique.

Pour ma part, j’aime bien parler de « la vie bonne ». Ce concept nous renvoie à deux idées :

1. Celle de choisir la vie qu’il convient, c’est-à-dire offrir la réponse à la question que se posent tous les philosophes : « Qu’est-ce que la vie bonne ? »

2. Celle de faire une vie qui soit bonne pour soi et les autres, donc agréable.

Dès qu’on parle de quitter le paradigme de la surconsommation et de la surexploitation des ressources naturelles, les gens s’effraient en pensant qu’ils devront mener une vie monastique. Pourtant, ce sont surtout les personnes qui vivent dans un monde outrageusement luxueux qui souffriront d’un manque. Pour la plupart du monde, ça signifie surtout refaire des priorités qui permettent de jouir davantage de la vie, par exemple être un peu plus maître de son temps.

De nombreuses personnes libérées du travail peuvent consacrer une part plus importante de leur quotidien à des activités mutuellement bénéfiques avec leur entourage, que ce soit, à un niveau d’intérêt particulier, des loisirs de plein air, de l’aide bénévole, des services communautaires, une passion commune pour la musique, la lecture, l’observation d’oiseaux ou, à un niveau d’intérêt social, les discussions politiques, l’action politique, l’intervention dans les instances de sa communauté, la création d’instances dans sa communauté, etc.

Choisir ses priorités ne signifie pas se priver, mais plutôt jouir davantage de ce qu’on fait, approfondir ses relations, être plus concentré sur ses préférences, être moins dispersé.

Pour les personnes qui sont toujours au travail, les choix sont plus difficiles, mais souvent se rapprocher de son lieu de travail et se défaire de la deuxième voiture peut être vécu comme une véritable libération. Les heures perdues chaque jour dans la boîte de tôle et de plastique sur les ponts peuvent avantageusement être remplacées par du temps passé au jardin communautaire en été et à la piscine ou à la bibliothèque du quartier en hiver.

C’est un exemple qui ne convient pas nécessairement à tout le monde, mais chacunE dans les classes moyenne et supérieure peut trouver une façon de rendre sa vie plus agréable en échangeant une pratique délétère pour une autre plus conviviale.

Il est cependant très clair qu’aucune initiative individuelle ne pourra jamais remplacer les changements nécessaires à un niveau plus global : amélioration des transports en commun, densification des quartiers, aménagement des services, transition vers une économie non extractiviste, favorisation de la production et de la consommation locales.

Pour les classes moins nanties, ce luxe de choisir « la vie bonne » n’existe pas. C’est pourquoi des changements politiques sont essentiels, et ce n’est certainement pas la privatisation des services publics qui ira dans le bon sens.

Si les centres commerciaux ont remplacé les églises, ils laissent toujours les « damnéEs de la terre » dans la même déréliction. C’est là qu’intervient l’écosocialisme, car on ne saurait être socialiste tout en prétendant continuer à épuiser et polluer nos ressources.

Francis Lagacé

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