Édition du 21 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Ah ! ces ayatollahs autoproclamés qui décident qui sont les bons et les mauvais souverainistes…

Au moment où se déroulent des pourparlers entre les dirigeants de Québec solidaire et ceux d’Option nationale afin de tenter d’unir la destinée de ces deux partis indépendantistes, des attaques pour les faire avorter fusent de la part de personnalités des milieux souverainistes traditionnels. Elles ont toutes pour objectif de disqualifier Québec solidaire comme un porte-étendard valable de l’indépendantisme québécois parce qu’à leurs yeux cette formation s’éloignerait trop de l’orthodoxie souverainiste.

L’attaque la plus énigmatique provient du directeur de la revue l’Action nationale, Robert Laplante qui, dans l’éditorial du numéro juin-septembre 2017, s’en prend aux « manigances de Québec solidaire et à ses simulacres de combat national » sans s’expliquer davantage ni fournir la moindre preuve de son avancé.

La plus élaborée provient d’un ex-candidat d’Option nationale, le politologue Denis Monière. Dans un texte rempli d’entourloupettes intellectuelles qui s’intitule « Québec solidaire et l’indépendance du Québec », publié dans l’Aut‘journal le 15 août , ce dernier reproche d’abord au programme de QS « d’occulter » la présence d’Ottawa dans les chapitres consacrés à l’économie, à l’environnement, aux politiques sociales, au transport, etc. Somme toute, il accuse QS de ne proposer rien de concret sur ce que sera le Québec indépendant.

M. Monière attaque aussi QS concernant les modalités d’accession à l’indépendance que le programme du parti a préconisé jusqu’ici en ne confiant pas un mandat indépendantiste à une éventuelle Assemblée constituante. Voilà pourquoi il accuse QS de reproduire l’étapisme du PQ. « Tout comme au PQ on ne demande pas aux électeurs de voter pour amorcer le processus d’accession à l’indépendance mais de voter pour un bon gouvernement progressiste. L’enjeu de l’élection ne sera pas l’indépendance mais la gestion progressiste d’un État provincial », prétend-il. Pourtant, dois-je préciser, le programme de QS prévoit que le processus d’accession à l’indépendance débutera aussitôt la prise de pouvoir par un gouvernement solidaire dont le premier geste, en collaboration avec les autres formations indépendantistes, sera de présenter un projet de loi à l’Assemblée nationale pour mettre sur pied une Assemblée constituante.

Finalement, employant un procédé jésuitique, M. Monière s’en prend au programme de Québec solidaire parce qu’il établit un lien de causalité entre l’indépendance et le projet de société qu’il préconise. « Je n’arrive pas à comprendre pourquoi il est nécessaire de faire l’indépendance pour bâtir une société socialiste, féministe, écologique et égalitaire. À ce que je sache rien n’interdit de construire une société ayant ces attributs dans le cadre canadien ». Faisant allusion au NPD et au Parti vert, il ajoute dans un raisonnement a contrario : « Il me semble paradoxal de rompre les liens avec le Canada pour établir des politiques préconisées par des partis canadiens ».

Québec solidaire, fer de lance du multiculturalisme canadien

Un autre attaque vicieuse, publié dans l’Aut’journal le 22 août sous la signature de Bruce Mabley, un ancien diplomate canadien, soutient qu’ « une entente forgée au sein de Québec solidaire vise à endosser la vision fédéraliste du multiculturalisme canadien à défaut de pouvoir faire progresser la souveraineté ». Ainsi, selon lui, « QS se complairait dans la vision toute canadienne du multiculturalisme au détriment du Québec français. Il prétend que « la gauche de QS est main dans la main avec le néolibéralisme du gouvernement d’Ottawa et le droit anglo-canadien ».

Étant-moi-même membre de Québec solidaire depuis sa fondation, je peux affirmer que ces accusations farfelues sont complètement fausses et qu’elles discréditent l’honnêteté intellectuelle de leur auteur. Mais mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose, écrivait Voltaire. Toutes ces attaques ont pour effet de créer un climat de suspicion contre Québec solidaire parmi les membres d’Option nationale, si l’on en croit un reportage du correspondant parlementaire de Radio-Canada à Québec, Hugo Lavallée, diffusé le 23 août. Certains doutent de la détermination de Québec solidaire à réaliser l’indépendance, admet le chef d’Option nationale, Sol Zanetti. « C’est dans le mouvement indépendantiste depuis longtemps cette espèce de doute par rapport à Québec solidaire. Par contre, là, ce qu’on va voir, c’est là où ils sont en 2017. Est-ce qu’ils sont prêts à faire le pas auxquels tous les indépendantistes s’attendent ? », ajoute ce dernier.

Pour ma part, ayant voté sans interruption pour l’indépendance du Québec lors des 14 élections ayant eu lieu depuis 1966 alors que j’ai appuyé successivement, le RIN, le Parti québécois, le Parti pour la démocratie socialiste (PDS), l’Union des forces progressistes (UFP) et Québec solidaire, je réclame d’être considéré comme un indépendantiste à part entière. Non pas comme un indépendantiste de deuxième zone même si, depuis le virage à droite du PQ, j’accorde mon appui à des partis progressistes qui ont eu jusqu’ici le défaut d’être marginaux.

Paul Cliche,
militant indépendantiste depuis 50 ans

Montréal, 26 août 2017

Paul Cliche

Auteur du livre Pour réduire le déficit démocratique : le SCRUTIN PROPORTIONNEL et membre fondateur du Mouvement pour une démocratie nouvelle.

Il a été responsable du dossier de la réforme des institutions démocratiques à l’Union des forces progressistes (UFP).

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