Édition du 14 août 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Élections à l’automne, forces en présence et stratégies

Dans plusieurs milieux de la gauche on entend de plus en plus parler du bilan des 15 ans de règne des libéraux. En effet c’est le parti des grandes entreprises, et de l’austérité. Ils ont à défendre leurs décisions antipopulaires qui sont dans plusieurs cas contraires à leurs promesses électorales. Plusieurs croient qu’il faut en faire la cible prépondérante. Alors que les Libéraux sont au pouvoir depuis avril 2014 et l’ont été de 2003 à 2012, peut-être devrions-nous parler plutôt de néolibéralisme si l’on veut qualifier les derniers 15 ans.

Cela occulterait moins la période 2012-2014 où le PQ a été au pouvoir et où il a appliqué des politiques économiques similaires à celles des libéraux. Rappelons le premier budget du ministre des finances Nicolas Marceau à l’automne 2012 qui reprenait le concept du déficit zéro et son second qui limitait les dépenses de programme à un niveau aussi bas que le premier budget du ministre Leitao sous le gouvernement libéral qui a suivi, ainsi que les coupures à l’aide sociale d’Agnès Maltais.

Ce 15 ans nous ramène à l’arrivée au pouvoir des Libéraux de Jean Charest en 2003, période où il a commencé à fusionner les CLSC, services de santé de proximité, avec les services de soins hospitaliers rendant ainsi le financement plus précaire pour les CLSC. C’est la période de réorganisation et de grande offensive contre les services publics.

Cependant le lit avait déjà été fait auparavant ce qui rendait plus facile à Charest de s’y coucher. Lucien Bouchard avait en effet fait du dégraissage de la fonction publique sa priorité avec son objectif de déficit zéro dans la période 1999 à 2001. Les coupures de postes massives particulièrement dans le secteur de la santé ont affecté durablement la société québécoise pour les années à venir.

Par ailleurs le manque à gagner dans le budget du gouvernement relève également d’une pratique commune où les ressources des grandes compagnies sont épargnées. Le gouvernement Charest a maintenu des privilèges qui ne profitent qu’à une infime minorité : de 2002 à 2008, les compagnies minières n’ont versé au gouvernement québécois que 259 millions $ en impôts et redevances, alors que leurs chiffres d’affaires totalisaient 17 milliards $. C’est tout juste 1,5 %... alors que les contribuables à plus faible revenu sont imposés à un taux dix fois supérieur. Du côté du PQ la ministre des ressources naturelles en 2012-2014 Martine Ouellet avait tenté de corriger le tir mais avait été rappelée à l’ordre par la première ministre. Au final les minières ont conservé leurs privilèges et le gouvernement Couillard poursuit dans la même lignée.

L’idée de se débarrasser des libéraux apparaît donc dans ce contexte insuffisant pour régler le problème de la gestion néolibérale de la société et la montée de la CAQ ajoute à la problématique. En ne visant que le bilan libéral nous évacuons tout le débat entourant les mesures néolibérales envisagées ou appliquées par les autres partis soit la CAQ et le PQ.

Il est évident qu’à l’approche des élections, la CAQ avance des mesures qu’elle juge populaires et il appartiendra aux progressistes de démontrer tout le caractère d’austérité de son plan économique et antisocial de ses politiques. À titre d’exemple elle propose une autre répartition de la taxe scolaire mais n’adresse aucune solution concernant le sous financement de l’éducation. La CAQ n’a pas de bilan gouvernemental et cela est à son avantage devant un parti libéral usé. Mais ses politiques identitaires et anti immigrants, ainsi que de privatisation révèlent la nature de son projet.

De son côté le PQ a tout autant appliqué des mesures d’austérité, on ne peut donc se limiter à mentionner la gestion d’austérité des libéraux. L’analyse des politiques du PQ et de ses motifs par rapport à ceux du parti libéral est différente, mais les résultats anti sociaux sont non moins réels. Au moment des élections il présente des positions électoralistes à saveur populaire. Mais dans les faits ses positions, entre autres concernant le partage de la richesse et l’environnement indiquent qu’il n’en est rien (entente scellée avec les pétrolières pour l’exploitation pétrolière à Anticosti, accord pour exploitation dans le golfe du St-Laurent, silence sur le transport du pétrole de l’Alberta).

Si on veut amener la population du Québec à aller plus loin, il faut approfondir la réflexion et tirer le bilan de ceux qui ont géré le Québec depuis la période ouverte après la révolution tranquille et la montée des luttes ouvrières dans les années 1970. Il faut aussi se demander pourquoi ces luttes n’ont-elles pas pu déboucher sur un changement de société et ont-elles régressé ?

Les élections de 2018 doivent être l’occasion de penser et d’agir en termes d’alternative de changement pour le bénéfice de la population et pour la prise en main de sa destinée, de ses ressources naturelles, de son environnement et de son économie. Le Québec que nous voulons ne pourra se réaliser sans rapport de force et sans mobilisation citoyenne pour briser ce carcan. S’opposer uniquement aux libéraux ne permet pas de développer cette perspective, il faut aussi développer un projet de changement de société en rupture avec ceux qui s’enrichissent à nos dépens. C’est ce que propose Québec solidaire.

Photo : Jacques Boissinot La Presse canadienne

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Impliqué également dans la gauche québécoise et canadienne, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et de Canadian Dimension. Il est également membre du comité de coordination nationale de Québec solidaire en tant que responsable aux communications. Il écrit ici à titre personnel.

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