Édition du 13 novembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Arts culture et société

Fragments autour de certaines idées provisoires et fluctuantes au sujet de l’art…

« (T)out par art se fait, tout par art se construit » Jean Vauquelin, sieur de la Fresnaye.

« Oui ! Qui dit art dit mensonge. » Balzac.

« La peinture n’est pas un objet de dilettante. » Claude Gauvreau.

Fragment 1 : L’art parfait est pure fausseté

L’art rend compte plus ou moins parfaitement, plus ou moins confusément, plus ou moins abstraitement, plus ou moins concrètement d’un sujet, d’un objet ou (et) d’une idée. L’art est essentiellement une véritable construction, c’est-à-dire représentation et substitution. La vérité en art réside en ceci : l’art est simultanément vrai et mensonge. Autrement dit, l’art parfait n’est rien d’autre que pure fausseté !

Fragment 2 : De la transgression à l’enchantement extatique

L’art n’est ni imitation, ni reproduction. L’art transgresse et transcende. Pour atteindre ce qui est visé, il faut que l’art aille au-delà. L’art se forge dans des remises en question déchirantes et irrésolues. D’où son renouvellement et son dépassement. D’où aussi son expression dite de perfection. L’art est grand car il nous invite à apprendre à travers une nouvelle forme de représentation figurative ou abstraite. L’art est gênant et intimidant puisqu’il ne se donne pas à comprendre spontanément. L’art donne tantôt des traces éphémères et laisse tantôt des traces pérennes. Il est un processus de composition, de représentation ou de substitution visant idéalement l’enchantement extatique.

Fragment 3 : De la transformation radicale de la réalité au style

L’art est à l’occasion un sublime geste de transformation radicale de la réalité concrète. Il s’exprime à travers les langages littéraire, musical, plastique et, plus ou moins nécessairement, esthétique. L’inspiration, qui dirige l’expression artistique, s’apparente à une sorte de génie créateur provenant d’une disposition naturelle intangible et encore indécelable. La manifestation artistique ou le geste artistique donne indiscutablement forme au style.

Fragment 4 : De l’indéfinissable à l’interprétation subjective

Qui dit art, dit aussi technique d’où la difficulté de donner une définition précise de ce à quoi il correspond. Hélas, dans les arts, rien ne vit et tout vit. Il y a une menace réelle de décomposition et de corruption de l’œuvre d’art et pas uniquement des œuvres d’art contemporain. Nous sommes et nous restons de singuliers spectateurs et consommateurs devant l’art et les objets d’art. Face à ceux-ci, il n’y a que des interprétations subjectives concurrentes qui existent.

Fragment 5 : Sur le lien entre la science et l’art

Peut-il exister un lien entre la science et l’art ? Oui mais puisque l’usage et la pratique sont à l’origine de tout, le lien entre la science et l’art est indissociable de l’enseignement et de la pratique. Ce n’est qu’une fois constituée en tant qu’entités autonomes que la science et l’art s’associent en vue de perfectionner la pratique de l’art et de son enseignement.

Fragment 6 : De la nécessité de la transgression subversive

La perfection de l’art est une singulière transgression subversive de la réalité nécessairement imparfaite.

Fragment 7 : Exit les Beaux-arts et place à… l’Âge d’art !

Fragment 8 : L’ère de « l’Âge d’art » !

« Et tout le reste est littérature. » Paul Verlaine.

8.1 L’histoire

Ces sont les forces de la nature et les personnes vivantes qui sont à l’origine des événements. Par « événement », il faut entendre « ce qui arrive, revêt ou possède les caractéristiques de quelque chose d’important pour les êtres humains et leur environnement ». À première vue, les événements susceptibles d’être réputés historiques et de faire par la suite l’objet d’une analyse historique, sont incommensurables et intarissables. Hélas, ce ne sont pas tous les événements humains et naturels qui donnent lieu véritablement à un traitement analytique par les spécialistes en histoire. Puisqu’il en est ainsi, la matière première des historiennes et des historiens sera toujours plus grande que ce que les spécialistes de Clio se donneront la peine d’étudier et d’analyser dans leurs écrits-récits1.

Mais, constatons froidement que la matière de l’histoire est inévitablement une matière qui appartient résolument au passé. L’histoire à écrire (et qui s’écrit) précède et précédera toujours les historiennes et les historiens dans leur existence. Il en est ainsi pour la simple raison que « le moment présent » est toujours fuyant, insaisissable et inépuisable dans sa totalité. L’événement, dès qu’il se produit, appartient au passé. Il est impossible de recomposer en entier le passé.

Pour ce qui est du futur, disons qu’il est loin d’être simple et il ne s’écrit pas à l’avance. Le futur est par essence, contingence. Il advient ou non. Il est imprévisible. Se pose alors un florilège d’interrogations : à partir de quand au juste les humains ont-ils réalisé ou pris conscience qu’ils vivaient dans un environnement historique et qu’ils étaient des acteurs porteurs de pratiques historiques ? Autrement dit, à partir de quand précisément l’analyste historique a-t-elle ou a-t-il pu revendiquer avec succès son droit à l’existence ? Indiscutablement, l’historienne et l’historien sont pour quelque chose dans le processus de production de la matière réputée historique.

Ils revendiquent nécessairement (mais pas exclusivement) pour eux l’étude de ces traces, visibles ou non, laissées par les éléments ou par l’action humaine (au singulier comme au pluriel). Pour nous aider à nous repérer dans l’histoire, ils proposent de la découper en « âges » ou en « périodes ». Existe-t-il un « âge » aux apparences plus pérennes que d’autres ? Nous répondrons à cette question un peu plus loin dans le texte. Intéressons-nous à la production artistique et à la place de l’artiste dans la production de l’art.

8.2 Art et artistes

Pour ce qui est des artistes, c’est-à-dire ces personnes qui pratiquent une technique difficile à maîtriser, l’émotion est susceptible de rendre compte de leur production. Mais, par-delà l’émotion, il existe un (ou plusieurs) sens, un aspect corporel ou (et) cérébral, encore intangible(s), par lequel (lesquels) transite(nt) la représentation de leur perception qui débouche sur la production d’une œuvre (miniature ou non) artistique. L’art s’est constitué, indéniablement, à travers la division et la spécialisation des activités humaines.

Curieusement, ce qui constitue aujourd’hui l’art n’émanait pas, au début de l’histoire de l’humanité – période où tout était, en grande partie, indissociablement et confusément imbriqué l’un dans l’autre -, de l’artiste défini en tant que créatrice ou créateur d’une œuvre reconnue comme œuvre d’art. La production artistique (c’est-à-dire la fabrication des outils et des objets utiles ou non à la vie) est possiblement initialement le fruit d’une démarche involontaire ou (et) inconsciente, qui n’a rien à voir avec un processus intellectuel allant de l’abstrait au concret ou de la conception à l’exécution à la fabrication.

8.3 Histoire et art : quelle histoire

L’histoire et l’art sont indubitablement consubstantiels à la pratique humaine. Il s’agit nécessairement de dimensions constitutives de la pratique sociale. Mais, parce que l’histoire est événement et qu’elle l’est à la fois pour les humains et l’environnement, l’histoire précède l’art défini comme pratique de transformation plastique qui s’accompagne d’une intention humaine aux niveaux de la conception et de la fabrication. L’histoire est liée au temps, donc indépendante et extérieure à la présence ou non de personnes humaines.

La personne humaine peut se dire « Le temps passe », mais il est plus juste de constater que le temps aurait raison d’affirmer : « Ce n’est pas le temps qui passe, ce sont plutôt les humains qui passent et trépassent ». Le temps existe à l’extérieur des personnes humaines. Il n’en est pas de même pour l’art. L’art n’existe pas à l’extérieur des personnes humaines. En art, au départ, il y a un processus de transformation de la matière. Ce processus suppose une intervention humaine.

L’art peut exister dans la nature, mais la production artistique est une authentique œuvre humaine. L’histoire, pour sa part, peut être une œuvre humaine ou (et) le résultat des forces de la nature. Ce ne sont ni les humains, ni les historiennes ou les historiens qui créent l’histoire. Tout compte fait, contrairement à certains postulats de Marx et d’Engels sur le sujet, il n’y a pas que les humains, que les masses ou que les classes sociales, qui font l’histoire. L’histoire doit donc toujours être examinée sous deux aspects : l’histoire de la nature et l’histoire sociale humaine. CQJNSPQJ’ADAD2 !

8.4 L’Âge d’art

Depuis que les personnes humaines existent, il ne peut y avoir de francs découpages dans l’histoire de l’humanité. La protohistoire, la préhistoire et l’histoire sont des découpages conventionnels. Ils reposent sur une bonne dose d’arbitraire. En matière d’histoire humaine, il n’y a qu’un seul âge qui peut s’imposer à notre regard : « l’Âge d’art » ! Et, c’est à même cet âge que s’agencent et se structurent toutes les périodes et la totalité des autres âges. La littérature est œuvre d’art, art littéraire, elle n’est pas et ne sera jamais un « reste » monsieur Verlaine.

Fragment 9 : La poésie est également art…

Il faut être - et surtout toujours rester - poète3. Autrement, c’est la vie, dans ce qu’elle peut avoir de beau et de plus inatteignable, qui prend le bord. La poésie peut être, belle ou laide, vraie ou fausse… Lui donner la chance de se manifester peut procurer du bonheur à qui la lit et surtout à qui s’y lie.

C’est minimalement ce qui vient d’être écrit ici à son sujet qui la rend vraie…

Fragment 10

Le vrai est partout et nulle part à la fois. Voilà ce qui le rend si difficile à repérer. Est-ce à dire pour autant que tout est faux ? Non. Pas du tout. Il y a, dans nos perceptions et notre rapport au réel, des traces, partielles et subjectives, de choses vraies. Ce sont les sens, la volonté d’être, la volonté d’exister et la volonté de puissance qui nous conduisent vers des choses vraies et significatives.

Fragment 11

Qu’est-ce que la vie ?

La vie est sens et sensations. La vie est plaisirs et déplaisirs. Bonheurs et malheurs. Bien être et douleurs. La vie est ambivalences, oppositions et contrastes. Rien n’est tout à fait l’un ni tout à fait l’autre. Il y a oscillation de l’un à l’autre. Il y a des personnes qui tantôt souffrent tantôt non. Il y a des gens qui agissent en vue de s’épanouir et de s’affranchir. D’autres se replient sur elles-mêmes et renoncent à se dépasser.

Yvan Perrier4

Du 29 novembre 2017 au 28 mai 2018

Notes

1 Anagramme volontaire.

2 Ce Que Je Ne Savais Pas Que J’Allais Démontrer Au Départ !

3 La ou le poète est un artiste au sens fort du terme. Cette personne transforme, via sa voix ou (et) ses écrits, la réalité en images sonores ou écrites. La poésie est une véritable transformation plastique, rien de moins.

4 Je n’ai aucune hésitation à me définir comme un authentique néophyte dilettante en matière d’art.

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).

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