Édition du 14 novembre 2017

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Le business de la ville et la ville du business

Les élections municipales nous ont apporté, en tout cas à Montréal, un certain réconfort. Le maire Coderre incarnait jusqu’à la caricature les travers des politiciens de profession qui empoisonnent l’atmosphère. Aux allures du gros mononcle fatiguant, Coderre allait dans le sens de la « business » municipale, où les besoins des citoyens passent après ceux des vendeurs du temple, comme un certain Gilbert Rozon, l’ex « président » des célébrations du 375ième anniversaire de Montréal. Une génération d’entrepreneurs grassement arrosés de fonds publics a tenté de transformer Montréal en une sorte de gros terrain de jeux. Dans une large mesure, les Montréalais-es se sont vu-es désapproprié-es de leur propre ville ces dernières années.

C’est donc tout un plaisir de voir arriver Valérie Plante, qui est, ce n’est pas difficile à comprendre, une social-démocrate, qui vient du sérail communautaire. Pour autant, le défi est grand. D’ailleurs, la course électorale qu’elle vient de remporter m’a mis un peu mal à l’aise. Sans doute que ses conseilleurs lui ont suggéré de ne pas s’engager trop. Sa campagne a été dans une large mesure à la manière « people », comme on le voit de plus en plus sur notre scène politique atrophiée. Les candidat-es s’efforcent d’être souriants, gentils, peu argumentatifs. « Votez pour moi, j’ai tellement l’air sympathique ».

Je ne dis pas que Valérie est comme cela, je dis seulement qu’elle a paru comme cela. Cela ne m’a pas empêché de voter pour elle, par ailleurs.

Alors aujourd’hui, que peut-il se passer ? Certes, il y a des gens dans Projet Montréal qui ont des idées, dont Luc Ferrandez, le mal-aimé des médias (il est cependant très populaire dans son quartier). C’est aussi le cas du maire réélu de l’arrondissement de Rosemont-Petite Patrie, François Croteau. Quand on les entend parler, on a l’impression qu’ils ont une certaine idée d’une ville pour ses habitant-es.

Pour autant, il faudrait que ce parti, qui n’a jamais été une force inspirante, sorte du jeu technocratique dans lequel l’avait enfoncé Richard Bergeron. Projet Montréal, plus souvent qu’autrement, avait l’air de chercher des solutions techniques à des problèmes sociaux et politiques, dont la pauvreté, par exemple, qui affecte au moins 25 % de la population montréalaise, et dont on n’a presque pas parlé durant la campagne électorale.

Les « commentateurs » des médias-poubelles (notamment Quebecor) tiennent depuis hier le même discours : il ne faudrait pas que Valérie se mette à imaginer qu’elle peut changer quelque chose. Elle devait se contenter de laisser tomber le côté abrasif de Coderre, mais en continuant ce qu’il faisait, une ville « bonne pour le business ». Les diverses associations patronales, d’ailleurs, avaient tous appuyé le mononcle. J’imagine qu’ils fourbissent déjà leurs armes. Ils oseront dire, même après les scandales en cascades concernant la fiscalité, que les entreprises sont « trop taxées ». Parmi les pires rapaces, il y a la famille Molson, qui refuse de payer son dû pour le Centre Bell, pendant qu’elle cache « légalement » ses profits dans des paradis fiscaux.

Est-ce que Valérie pourra leur tenir tête ? Cela ne sera pas facile.

Il y a de nombreux chantiers où il faudra reconstruire ce qui a été défait pendant des décennies de pratiques néolibérales « pure et dures ». Il faudra alors laisser derrière les méga festivals et les méga projets et reconstruire un tissu urbain où on se retrouve, pas seulement comme des spectateurs. Pour cela, il sera nécessaire, au grand dam des entrepreneurs, d’ouvrir les portes closes d’une gouvernance municipale hostile aux citoyen-nes. C’est ce qui a été fait dans certaines villes latino-américaines et européennes depuis quelques années, et que la ville de Barcelone tente encore de développer, en dépit de la féroce opposition de la bourgeoisie locale, de l’État espagnol et de tout ce que compte cet État bancal d’autoritaires et d’austéritaires.

Pour cela, il faudra plus qu’une personnalité attachante, mais des projets structurés et une force de mobilisation citoyenne assise sur des réseaux et des organisations. Pour être honnête, on peut se dire qu’on n’est pas encore tout à fait rendus là, même si à Montréal, on a de riches traditions communautaires et de puissantes associations. Pensons au FRAPRU par exemple. On pourrait arriver à reconstruire une ville citoyenne, même si cela ne prendra pas deux semaines.

On verra assez rapidement si Valérie saura surmonter le mur nauséabond érigé par les élites, et qui encercle la ville par des milieux affairistes et corrompus, qui ont fait de Montréal une ville « à vendre », comme on disait dans les années 1970.

On souhaite bonne chance à Valérie et à Projet Montréal. On se souhaite bonne chance à nous.

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