Édition du 18 septembre 2018

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Environnement

Les poisons de l'industrie agrochimique

Monsanto a été accusé de crime contre l’humanité et d’écocide par un tribunal citoyen à La Haye, aux Pays-Bas, en avril 2016. [1] Pour lire ce document cliquez sur l’icône PDF ci-dessous.

Françoise Tulkens, ex-juge à la Cour européenne des droits de l’homme, présidait ce tribunal qui comptait cinq magistrats venus du Canada, du Mexique,du Sénégal, de Belgique et d’Argentine. Les juges ont auditionné « une trentaine de témoins, d’experts, de victimes, d’avocats ». Les accusations portées à titre consultatif étaient non « juridiquement contraignant », mais ne laissaient « place à aucun doute quant aux agissements de Monsanto ». L’entreprise contrevient aux droits fondamentaux à l’alimentation, à la santé, à la qualité de l’environnement et à la « liberté indispensable à la recherche scientifique » ainsi qu’à « la liberté d’expression et au droit à l’accès à l’information ». [2]

Tout ceci démontre sans conteste l’énormité du mensonge. Comment des gouvernements peuvent-ils tolérer que Monsanto dissimule sa recherche et mystifie la communauté scientifique dans un domaine aussi vital que l’alimentation ? Sous quel motif rationnel devrions-nous laisser l’élite industrielle et financière gouverner les nations souveraines par une législation supranationale faite à la mesure de leurs intérêts insatiables ? Et que penser de cette affreuse fusion monopolistique de Monsanto et Bayer ? Que pourrait avoir en commun un monopole industriel alimentaire de produits agricoles génétiquement modifiés et de pesticides industriels toxiques — parmi les plus utilisés au monde — avec la médecine ?

Qui se ressemble s’assemble. En effet, Bayer en plus de ses activités pharmaceutiques est de longue date, non seulement un fabricant de pesticides, mais aussi d’armes chimiques. Devrait-on s’étonner que l’émergence des pesticides modernes provienne d’une telle industrie ? On reconnaît à Bayer l’invention du gaz moutarde utilisé au cours de la Première Guerre mondiale et du tabun, un gaz neurotoxique conçu à partir de pesticides. [3] La CBG (Coalition contre le péril Bayer) d’Allemagne rappelait que le groupe a été un des acteurs derrière la montée de l’industrie nucléaire en Allemagne dès les années 1950.

Mais est-ce un cas exceptionnel ? En fait, la plupart des grandes entreprises pharmaceutiques détiennent des intérêts majeurs dans les pesticides et les OGM et inversement. AstraZeneca et Novartis sont des groupes pharmaceutiques qui détiennent d’importantes divisions dans l’agrochimie. Elles fusionnèrent en 2000 pour donner naissance à Syngenta que Monsanto tenta d’acquérir à plusieurs reprises sans pour autant y parvenir. Aventis Cropscience en est un autre exemple. À la fois dans l’agrochimie et la pharmaceutique, l’entreprise provient de la fusion entre autres de Hoechst (un groupe allemand dans la pharmacie et les colorants), Rhône-Poulenc (pharmacie et textile) et Roussel-Uclaf (pharmacie).

Bayer a acquis Aventis CropScience, en 2002, et renomma l’entreprise Bayer Cropscience AG. Son pesticide, le « Gaucho », agit sur les récepteurs nicotiniques du système nerveux des insectes. Il est suspecté depuis les années 90 d’être un facteur à l’origine de la disparition progressive des abeilles. Bayer a poursuivi la vente de l’insecticide bien qu’il en connaissait la dangerosité. Alors qu’il est aujourd’hui très contesté et classé par l’OMC comme un produit de classe 1, extrêmement dangereux, Bayer préfère le céder à un concurrent américain, Amvac Chemical Corp., plutôt que de le retirer du marché. [4] Selon la CBG, le groupe avait déclaré dans les années 1990 qu’il en cesserait la production, mais n’a pas tenu sa promesse.

Au dire de l’OMS, le nombre d’intoxications annuelles par pesticides oscillerait entre 3 et 25 millions, dont 99% dans les pays du Sud. [5]. On se demandera, sans doute, est-ce plutôt aux alentours de 3 millions ou de 25 millions ? Si l’on s’en tient à un nombre moyen se rapprochant de 3 millions pour le cumulatif des dix dernières années cela représenterait la totalité de la population du Canada ! Si l’on considère au contraire l’autre extrémité de la courbe, le nombre approximatif de victimes représenterait la totalité des populations de la France, du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Espagne ! Malgré cette étonnante variabilité d’évaluation, dans un cas comme dans l’autre, c’est une véritable hécatombe ! Bayer a insidieusement admis, face à ces innombrables cas d’intoxication, que « dans quelques pays du Tiers Monde l’emploi correct des produits phytosanitaires n’est pas toujours garanti. » Voilà une excellente explication à offrir à ces dizaines, voire même à ces centaines de millions d’empoisonnées. Cela ne rappelle-t-il pas les méthodes de Monsanto ? Qu’il est singulier de constater le nombre effarant « d’erreurs » qui se produisent uniquement dans l’hémisphère Sud ! C’est gens, seraient-ils vraiment aussi négligents et maladroits ?

Il est étonnant que des produits d’épandage dont l’utilité est de plus en plus mise en doute et cause de tant de souffrance persistent à être utilisés depuis plusieurs décennies. Sans compter que leur absorption à faibles doses dans l’alimentation n’a fait l’objet d’aucune étude approfondie par les fabricants.

Les pesticides ne peuvent être assimilés à des produits inoffensifs, car ce sont des substances létales. Lorsque la dose est trop faible pour causer un empoisonnement mortel, les victimes en sont gravement affectées le reste de leurs vies. À des doses réduites, des mères peuvent donner naissance à des nourrissons atteints de malformations congénitales et de déficiences cérébrales. Ces effets dramatiques ont été corrélés avec les secteurs à risque de la région agricole de Rosario, en Argentine, où l’on cultive du soja transgénique abondamment aspergé de pesticides variés. [6] Certains agriculteurs, dont l’attitude envers les populations locales est à la limite de la criminalité, épandent ces poisons jusqu’à la bordure des villages, au-delà des limites réglementaires imposées par la loi argentine. Les grands semenciers américains comme Monsanto, Dupont, Stinger, Dow Agroculture, sont aux commandes de cette révolution agraire et bénéficient du soutien indéfectible du gouvernement argentin. Le soja transgénique argentin, exporté en Europe et intensivement utilisé au Danemark, s’est révélé toxique pour les animaux d’élevage. De nombreux porcs succombent, en effet, à d’intenses diarrhées, une quantité anormalement élevée de pourceaux naissent affligés de diverses difformités et parfois avec les deux sexes, phénomènes à mettre en corrélation avec le nombre croissant d’enfants atteints de semblables calamités à Rosario. Des vaches après leurs mises bas ne peuvent tenir debout et meurent à petit feu. Pendant ce temps, les grands semenciers rêvent que le traité transatlantique leur permette d’envahir le marché européen avec ces OGM destinés aux animaux.

Le Roundup, vanté au quotidien à la télévision argentine par Monsanto pour sa sécurité et son efficacité, dès les premières années se montre inefficace contre les adventices qui s’adaptent à l’herbicide. Aussi, les représentants de la multinationale conseillent-ils aux fonctionnaires de l’État d’inciter les agriculteurs à épandre des douteux cocktails de pesticides, dont certains, comme l’atrazine et l’agent orange (un herbicide utilisé comme défoliant au Vietnam), sont interdits en Europe. Bien sûr, ces soupes chimiques n’ont jamais été testées du point de vue de leur innocuité. Il résulte de cet entêtement absurde que 22 millions d’hectares d’OGM problématiques sont cultivés annuellement en Argentine.


[1Cet article est un extrait d’un document intitulé « LES POISONS DE L’INDUSTRIE AGROCHIMIQUE, ou la perversion scientifique agroalimentaire ».

[2Tribunal Monsanto :la firme américaine reconnue coupable d’atteinte aux droits humains, Le Monde, http

[3Wikipedia, Bayer.

[4Bayer brade de très anciens pesticides, http://www.cbgnetwork.org/3620.html,2010

[5Bayer brade de très anciens pesticides, http://www.cbgnetwork.org/3620.html,2010

[6« Bientôt dans votre assiette (degré ou de force), Paul Moreira, https://www.youtube.com/watch?v=m5Sv-- ]Z6VtLw

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