Édition du 11 décembre 2018

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Afrique

Vu du Burkina Faso. Les “Congo Files” éclaboussent les autorités de Kinshasa

Début 2017, deux experts de l’ONU qui enquêtaient sur les violences en république démocratique du Congo (RDC) ont été assassinés. Des documents confidentiels, les “Congo Files”, ont fuité, mettant en cause les autorités de Kinshasa. Ces révélations surviennent en pleine campagne électorale pour la présidentielle. 

Tiré de Courrier international.

Le 24 avril 2017, au siège de la radiotélévision publique à Kinshasa, les autorités congolaises ont fait diffuser à un groupe de journalistes convoqués une vidéo de 6 minutes et 17 secondes. Il fallait avoir le cœur bien accroché pour suivre jusqu’au bout cette séquence horrible tournée à l’ombre d’un bosquet sur la plaine frissonnante de Bunkonde, dans le centre du pays.

On y voyait en effet les corps de deux experts des Nations unies, Michael Sharp, un Américain de 34 ans, et Zaida Catalan, une Suédo-Chilienne de 36 ans, ainsi que de leurs trois chauffeurs et interprètes congolais. [La vidéo montre leur assassinat, à bout portant, par des jeunes hommes portant autour de la tête des bandeaux rouges.]

Les forces armées congolaises pointées du doigt

Les autorités de la république démocratique du Congo (RDC) ont-elles voulu tout de suite brouiller les pistes et orienter les recherches ? [La couleur rouge est le signe de reconnaissance de milices luttant contre l’armée dans la région du Kasaï]. La séance vidéo n’avait sans doute d’autre but que de permettre aux autorités centrales de se dédouaner.

Quelque dix-huit mois après, une enquête conjointe de plusieurs médias occidentaux semble confirmer ce que beaucoup de personnes subodoraient depuis longtemps, à savoir l’implication plus ou moins directe du pouvoir par le biais des Forces armées de la RDC (FARDC) ou de ses supplétifs dans cet innommable forfait.

[Les deux experts onusiens enquêtaient sur les responsabilités dans les affrontements dans la région du Kasaï, entre forces de sécurité congolaises et milices locales. Des violences qui ont fait 3 000 morts et 1 million de déplacés, depuis fin 2016.]

Radio France internationale, Le Monde, Foreign Policy, Süddeutsche Zeitung et la télévision suédoise SVT ont en effet exploité ensemble des milliers de pages de documents confidentiels des Nations unies – les “Congo Files” – sur cette ténébreuse affaire. Un véritable travail de bénédictin et bien circonstancié qui pose, une fois de plus, la question de l’implication du gouvernement congolais.

“Une tempête dans un verre d’eau électoral”

Alors que la campagne bat son plein pour les élections du 23 décembre, ce gros pavé médiatique dans le fleuve Congo, déjà très trouble, pourrait éclabousser, à n’en pas douter, un régime qui, il est vrai, n’a jamais été un exemple de démocratie et de respect des droits humains.

Reste à savoir si ces nouveaux rebondissements auront un quelconque impact sur les joutes électorales. Rien n’est moins sûr, car, quand bien même le président Joseph Kabila et son candidat pour lui succéder, Emmanuel Ramazani Shadary, pourraient être gênés aux entournures, il y a peu de chances que le malheureux sort des deux experts onusiens intéresse l’électeur lambda et puisse conditionner son vote.

C’est donc tout au plus l’image, déjà écornée, du pouvoir qui en sortira davantage salie aux yeux de la communauté internationale. Les “Congo Files” auront l’effet d’une tempête dans un verre d’eau électoral. Il faudra bien plus que ça pour que le sol se dérobe sous les pieds du candidat du pouvoir.

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