Édition du 11 décembre 2018

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Elections et mouvements sociaux

Droits des animaux : quels engagements pour le prochain gouvernement ?

À la suite du manifeste Les animaux ne sont pas des choses1, appuyé par plus de 50 000 Québécoises et de Québécois, le gouvernement a modifié le statut juridique des animaux en promettant des changements majeurs dans le traitement des animaux au Québec.

Comme l’a souligné récemment la campagne AniMAL de la SPCA de Montréal2, la loi a exclu les animaux domestiqués exploités pour l’alimentation. Ce sont pourtant eux qui sont soumis aux pires souffrances, comme la castration à froid, les mutilations sans anesthésie et la détention en cage. On castre les porcelets afin d’améliorer le goût de leur chair, on coupe les queues des cochons et le bec des oiseaux pour éviter qu’ils ne s’entretuent ou s’automutilent et on les prive d’accès à l’extérieur durant toute leur (courte) vie. Il n’y a pourtant aucun doute que les cochons, les vaches et les poulets sont tout aussi sensibles que les chats et les chiens.

Prendre minimalement au sérieux nos devoirs envers les animaux implique de mettre fin à l’autoréglementation des industries qui les exploitent. Il est incohérent que le ministère chargé de promouvoir l’exploitation des animaux pour l’alimentation soit aussi en charge de leur protection. Avec la loi sur le Bien-être et la sécurité de l’animal3, le gouvernement libéral a refusé de prendre ses responsabilités en laissant l’industrie de l’élevage déterminer ce qui est légal ou non de faire subir aux animaux au Québec. Il faut retirer la protection des animaux de la responsabilité du Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) pour la confier au Ministère de la justice (ou à un nouveau Ministère de la condition animale).

La reconnaissance juridique du fait que les animaux ne sont pas des choses mais des êtres sensibles devrait nous conduire à reconnaître aussi qu’ils ne sont pas des marchandises qu’on peut légitimement acheter et vendre, mais des individus à part entière qui devraient pouvoir vivre leur vie comme ils l’entendent. Les animaux ont aussi intérêt à préserver leur intégrité physique et à rester en vie. Cela signifie qu’on doit éviter de les priver de leur liberté, de leur infliger des sévices corporels et de les tuer lorsqu’on peut faire autrement.

Or, la plupart des violences qu’on inflige aux animaux n’ont rien d’inévitable. L’idée répandue selon laquelle on ne doit pas faire du mal aux animaux sans nécessité implique de s’opposer à leur exploitation dès lors qu’il existe des alternatives et à en développer lorsqu’elles n’existent pas encore. Cela implique de mettre fin immédiatement à l’exploitation des animaux pour notre divertissement et pour la mode.

Selon un sondage Insights West en 20174, la majorité de la population canadienne s’oppose déjà à la captivité des animaux sauvages dans les cirques, les zoos et les aquariums (54 %) ainsi qu’à la chasse sportive (88 %), et à la fourrure (79%). 70 % des gens au Québec s’opposent aux rodéos5. Ces préoccupations ne sont pas prises au sérieux par nos gouvernements qui encouragent activement ces formes de violences. Le Parti libéral et le Parti québécois font la promotion de la chasse et de la pêche sportives. Le gouvernement Couillard a même récemment juré qu’il maintiendrait les rodéos au Québec6 s’il est réélu.

Si nous avons déjà la légitimité politique pour abolir de nombreuses formes d’exploitation des animaux, l’opinion publique est plus divisée dans le cas des animaux exploités pour l’alimentation et la recherche scientifique. Nous avons bien sûr conscience de l’ampleur des changements qu’exige la reconnaissance des droits des animaux et on ne peut s’attendre d’un parti politique qu’il s’engage à interdire complètement l’élevage, la pêche ou l’expérimentation animale dans un prochain mandat. Mais on peut certainement exiger que le gouvernement cesse de les promouvoir et qu’il encourage le développement d’alternatives pour ultimement abolir ces pratiques.

Dans le cas de l’alimentation, les scientifiques s’entendent pour dire qu’on doit entamer rapidement une transition vers une alimentation essentiellement végétale. L’élevage est l’activité humaine qui accapare le plus de terres sur la planète et une des causes principales de l’extinction des espèces, de la perte de biodiversité, de la déforestation, de la raréfaction des ressources d’eau et de la pollution des milieux hydriques. À ces coûts environnementaux s’ajoutent les problèmes de santé humaine (comme les maladies cardio-vasculaires, la résistance aux antibiotiques et les menaces d’épidémies d’origine animale). Malgré ces impacts négatifs, l’ONU prévoit une augmentation de près de 70 % de la consommation de viande et de produits laitiers dans le monde en 20507, ce qui rend tout simplement impossible de respecter l’Accord de Paris.

Un gouvernement progressiste doit s’engager à adopter des politiques concrètes pour encourager l’alimentation végétale au Québec. On peut penser à des campagnes d’information et d’éducation sur le végétalisme. Cela devra également passer par l’engagement d’encourager nos agriculteurs et agricultrices à se tourner vers les productions maraîchères (comme les légumineuses) plutôt que les productions animales. Le gouvernement doit créer des programmes favorisant la transition vers une agriculture végétale et la reconversion des éleveurs et des pêcheurs.

Dans un premier mandat, d’autres gestes forts pourraient être posés. Pensons, par exemple, à la reconnaissance de la personnalité juridique à certains animaux qui – comme les chiens, les chats et les chevaux ou encore les primates et les cétacés – bénéficient déjà d’une sympathie populaire. Une telle mesure permettrait de franchir une barrière symbolique reconnaissant que les droits fondamentaux peuvent s’appliquer à d’autres animaux.

La protection des animaux sauvages et de leurs habitats doit également faire l’objet d’un débat politique sérieux et urgent. Selon une récente étude8, 70 % des oiseaux sur la terre naissent dans nos élevages (seulement 30% sont sauvages) et seulement 4 % des mammifères sont sauvages, le reste sont les humains (36 %) et nos animaux domestiqués (60%). L’industrie de la pêche dévaste les océans et ne fournit pourtant que 1 % des calories et 6.7 % des protéines au niveau mondial9.

Dans leur Avertissement à l’humanité10, plus de 15 000 scientifiques exhortent à cesser de convertir les forêts et les prairies pour l’agriculture et à lutter contre la défaunation. Ces politiques n’ont pas seulement pour but de protéger les animaux, mais aussi les intérêts des êtres humains actuels et des générations futures.

Nous profitons de l’actuelle période pré-électorale pour demander aux partis politiques de se prononcer sur leurs engagements à protéger les animaux au Québec.
Signataires

Andrea Levy, docteure en histoire, Université Concordia, et journaliste
Annie-Pier Babineau, étudiante à l’École du Barreau, Sherbrooke
Carl Saucier-Bouffard, professeur d’éthique animale et environnementale au Collège Dawson
Chloé Surprenant, étudiante à la maîtrise en droit, UdeM
Christiane Bailey, doctorante en philosophie, UdeM
Chrystophe Letendre, étudiant en droit, UdeM
Cora Loomis, diététiste-nutritionniste, Sherbrooke
Dalila Awada, étudiante à la maîtrise en sociologie, UdeM
Émilie Thibault, étudiante au doctorat en génie chimique, Polytechnique Montréal
Frédéric Côté-Boudreau, étudiant au doctorat en philosophie, Queen’s University
Frédérick Fortier, M.A. philosophie, UdeS
Jean-Christophe Pagé, étudiant à la maîtrise en philosophie, UdeS
Jean-François Labonté, docteur en philosophie et enseignant au Cégep de Sherbrooke
Jean-Jacques Kona-Boun, médecin vétérinaire
Joany Brunet Turgeon, étudiante en droit, UdeS
Kevin Galipeault, étudiant à la maîtrise en environnement, UdeS
Marjolaine Mercier, diététiste-nutritionniste
Martin Gibert, chercheur en éthique, UdeM
Mélanie Narbonne, diététiste-nutritionniste
Normand Baillargeon, essayiste et professeur dissident en éducation à l’UQAM
Stéphane Groleau, écologiste et conférencier
Valéry Giroux, coordonnatrice du Centre de recherche en éthique, UdeM
Vincent Duhamel, docteur en philosophie et enseignant
Yves-Marie Abraham, professeur à HEC Montréal

Notes
1.https://www.spca.com/un-an-apres-le-lancement-du-manifeste-les-animaux-ne-sont-pas-des-choses-plus-de-50-000-quebecoises-reclament-une-revision-du-statut-juridique-de-lanimal-one-year-after-the-launch-of-the-a/
2. https://www.spca.com/app/cache/wp-rocket/www.spca.com/animal/index.html_gzip
3.https://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Productions/santeanimale/securitebea/Pages/situationjuridiqueanimal.aspx
4.https://insightswest.com/wp-content/uploads/2017/02/BTH_Canada_Tables.pdf
5.https://insightswest.com/wp-content/uploads/2015/12/AnimalsSeals_CAN_Tables.pdf
6.https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1122754/festival-western-saint-tite-annulation-rodeos-animaux-spca-philippe-couillard
7.http://www.fao.org/livestock-environment/fr/
8.https://www.theguardian.com/environment/2018/may/21/human-race-just-001-of-all-life-but-has-destroyed-over-80-of-wild-mammals-study
9.http://www.fao.org/3/a-i5555e.pdf
10.http://www.pressegauche.org/Avertissement-a-l-humanite-Il-sera-bientot-trop-tard-pour-devier-de-notre

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