Édition du 12 décembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Canada

Hypocrite Trudeau

Selon le climatologue de réputation internationale Kevin Anderson [1], la probabilité que l’humanité parvienne à éviter une hausse incontrôlable de la température globale terrestre est de 5%. La probabilité que l’humanité ne parvienne pas à conserver des conditions propices à la vie sur la Terre pour les générations qui viennent est de 95%.

Les médias sont assez avares de commentaires sur la crise planétaire qui s’avance. Lors du méga incendie qui a dévasté la forêt boréale dans la région de Fort McMurray en 2016, le mot El Niño était sur toutes les lèvres, mais à peu près aucune allusion n’a été faite à la crise climatique. Et le silence a été à peu près total sur le fait qu’en raison de la sécheresse, l’Alberta a perdu presque l’entièreté de ses récoltes. Lorsque la route 132 en Gaspésie est emportée par les vagues et que l’autoroute 25, au nord de Montréal, s’effondre à cause des pluies torrentielles, du gel et du dégel, on ne parle pas encore de ce qui se profile à l’horizon de 2025. Rendre compte des prévisions des scientifiques risquerait de priver les consommateurs de l’envie de consommer. Et nous savons tous que, dans notre système économique mondialisé, cela serait comparable à l’enfer du Moyen-Âge. C’est-à-dire un enfer fabriqué de toutes pièces pour conserver l’ordre établi et l’obéissance des fidèles.

Le silence est tout aussi grand en ce qui concerne les scénarios de sortie de crise qui existent pourtant pour le Canada. En 2015, un groupe de 60 scientifiques canadiens ont produit un rapport intitulé Agir contre les changements climatiques : solutions d’universitaires canadiens et canadiennes qui présente 10 orientations stratégiques pour sortir de l’impasse [2] Les premières mesures préconisées dans ce rapport, facilement applicables dès maintenant, sont d’arrêter de subventionner les énergies fossiles, de taxer suffisamment le carbone et d’utiliser l’entièreté du produit de cette taxe à l’établissement des infrastructures nécessaires pour nous débarrasser de notre dépendance au pétrole et autres hydrocarbures. Selon ces chercheurs, le Canada pourrait être alimenté à 100% en énergies renouvelables d’ici 10 ans.

D’autres initiatives ont été imaginées telles que des quotas nationaux d’énergie distribués à tous les citoyens sous la forme d’une carte à débiter chaque fois qu’on va faire un plein d’essence [3]. Ceux et celles qui consomment davantage pourraient acheter un supplément auprès de ceux et celles qui n’auraient pas épuisé leur réserve, de sorte qu’il deviendrait payant de diminuer sa consommation d’hydrocarbures. Ces initiatives brillantes sont malheureusement ignorées par nos gouvernements.
Bien que Trudeau se soit fait élire en promettant d’éliminer les subventions aux énergies fossiles, de tenir compte de la science et de la volonté des populations dans l’analyse des projets de développement liés aux hydrocarbures et de lutter contre les changements climatiques, ses actions vont dans un sens diamétralement opposé à ses engagements.

Le gouvernement de Justin Trudeau continue de donner chaque année autour de 3.3 milliards de dollars en cadeaux aux pétrolières et gazières [4]. Malgré l’opposition massive des populations, il a autorisé la construction de trois importants pipelines (Trans Mountain, Enbridge et Keystone XL) et un immense projet d’exportation de gaz naturel même si ces projets sont incompatibles avec l’engagement du Canada fait lors de la conférence de Paris sur le climat (COP21).

Trudeau n’a pas non plus changé la cible déjà insuffisante de réduction des GES fixée par Harper et il continue d’ignorer le droit des premières nations à un environnement sain. Tout récemment, le premier ministre du Canada vient encore de renier sa promesse de réglementer les émissions de méthane, un gaz au moins 34 fois plus à effet de serre que le CO₂, pour aligner sa politique à celle de Donald Trump [5].

Le leader de la lutte aux changements climatiques Bill McKibben a qualifié Trudeau d’hypocrite et de « désastre pour la planète » [6]. Le froid, la pluie, les vents violents et les inondations que nous connaissons ce printemps sont assez éloquents sur l’urgence d’agir pour stopper les dérèglements en cours. Le débat scientifique n’est plus à faire. Nous savons qu’il faut désormais laisser le charbon, le gaz et le pétrole dans le sol. Il nous reste à peine une décennie pour nous débarrasser de notre dépendance aux hydrocarbures.

Face à l’impasse politique, il ne faut plus rester seul. Il faut s’unir afin de bloquer la route aux foreuses et aux pipelines et exiger le respect du droit de nos enfants à un avenir viable. Joignez-vous à un groupe qui milite contre les projets d’hydrocarbures, pour la transition énergétique, pour la protection de nos ressources vitales. Où que vous soyez au Québec, joignez-vous au mouvement pour la sauvegarde de notre maison commune : Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ), Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), Nature Québec, Greenpeace, Coalition Climat Montréal, Coule pas chez nous, et tant d’autres groupes du Front commun pour la transition
énergétique [7].

Louise Morand
Comité vigilance hydrocarbures de L’Assomption
8 mai 2017


[2Catherine Potvin et coll. (2015). Agir sur les changements climatiques. Chaire UNESCO-McGill-Dialogues pour un Canada vert

[3Gordon Laxer (2015). After the sands. Energy and Écological security for Canadians. Madeira Park, BC : Douglas & McIntyre, p.212-213.

[4International institute for sustainable development. Unpacking Canada’s fossil fuel subsidies. http://www.iisd.org/faq/unpacking-canadas-fossil-fuel-subsidies/

Louise Morand

Comité Vigilance hydrocarbures de l’Assomption

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