Édition du 12 décembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Élections partielles dans Verdun

Jean-François Lisée artisan d’une odieuse opération de camouflage

Jean-François Lisée vient d’être élu à la tête du PQ, il doit faire ses preuves et démontrer qu’il peut déloger les Libéraux en 2018. La circonscription de Verdun représente le seul endroit sur les quatre élections partielles où le PQ doit faire un gain stratégique s’il veut démontrer sa force devant les libéraux.

Arthabaska est pratiquement acquise à la CAQ, St-Jérome est l’ancien comté de Péladeau qu’il juge acquis et Marie-Victorin est considéré comme un de ses bastions. Donc pas de preuves à y faire contre les libéraux.

Mais l’association péquiste de Verdun est en mauvais état selon ce que rapportait l’édition du Devoir du 12 octobre et la dernière chose dont Lisée a besoin en ce moment c’est d’une déconfiture dans un bastion libéral. Il n’a surtout pas besoin non plus d’une hausse du vote solidaire. En ce moment les sondages indiquent que sans alliance, le PQ a 22,3 pour cent des appuis, en baisse par rapport aux 24,4 pour cent au dernier scrutin. QS reçoit par contre 13,9 pour cent des intentions de vote, en hausse par rapport au résultat de 9,7 pour cent, il y a deux ans et demi. Les véritables enjeux sont là. Lisée doit trouver une porte de sortie tout en neutralisant QS, sinon il perd la face.

Une baisse du vote péquiste dans Verdun doublée d’une hausse du vote de QS enverrait un message de faiblesse pour ce nouveau chef qui a maintenant choisi de mettre la souveraineté de côté pour gagner les élections. Une partie de la base péquiste a de la difficulté à accepter cette stratégie comme on le voit d’ailleurs dans Verdun, mais elle s’y ralliera à condition que ce soit une option gagnante. Lisée a une obligation de rendre la marchandise, mais dans Verdun il n’a aucune chance.

Par ailleurs le pronostic de "too close to call" effectué par Bryan Breguet évalue les chances d’une coalition QS PQ à 35% par rapport à un PLQ situé à 46%. Ce calcul est effectué en tenant compte du fait que tous les votes ne sont pas transférés d’un parti à l’autre, que plusieurs ne voteront pas et que les votes de la CAQ pourraient aussi être redistribués, en partie aux libéraux. Et ça Lisée le sait certainement aussi.
Toute cette opération de coalition progressiste ne vise donc qu’à rendre QS responsable de cette défaite annoncée. Son choix de la circonscription de Verdun comme terrain d’essai d’une coalition n’est donc pas anodin. Sinon pourquoi n’a-t-il pas ouvert son offre aux autres circonscriptions. Il aurait été intéressant de voir le chef du PQ affirmer qu’il ne présentera pas de candidat dans Marie-Victorin par exemple.

Mais Lisée a établi une autre stratégie, celle de mettre de la pression sur QS afin de tenter de déstabiliser sa base. C’est le sens des actions. En outrepassant la direction de QS, en s’adressant directement à son électorat par la voie des médias, en faisant circuler une pétition visant particulièrement QS afin qu’il retire sa candidate au profit d’une candidature commune et en demandant aux porte-parole de prendre des décisions sans respect des instances démocratiques, il a en fait déclenché une offensive qu’il considère gagnante-gagnante.

Si QS refuse, il est responsable de la victoire des libéraux, s’il accepte il se coupe les jambes en scellant de facto le pacte d’alliance pour les élections générales de 2018 faisant bénéficier le PQ de la coloration de progressiste dont il a besoin pour aller chercher la population en lutte contre l’austérité. Cette étape réglée permet alors à Lisée de passer à son prochain objectif qui est l’électorat beaucoup plus substantiel de la CAQ. Dans un cas comme dans l’autre tout cela n’a rien à voir avec une stratégie d’alliance.

À partir du moment où un parti met de côté un des éléments centraux qui motivait son existence pour des fins électoralistes, on peut s’attendre à ce que tous les coups pour gagner soient permis, et connaissant le nouveau chef du PQ on peut s’attendre à tout.

La seule issue, aller au-delà des stratégies, parler politique

Il est assez révélateur de constater que le débat a glissé en quelques semaines du nécessaire rassemblement des souverainistes à celui du rassemblement des progressistes. Il n’y a pas si longtemps on entendait que la souveraineté n’est ni à gauche ni à droite mais en avant. C’était le mantra rassembleur et QS était accusé de faire une surenchère à gauche et de mettre des conditions au projet souverainiste.

Il est fascinant de voir le PQ qui a sabré dans les dépenses publiques, coupé dans l’aide sociale, menotté le Québec dans l’exploitation pétrolière à Anticosti, repris le projet de Charest du développement privé dans le Grand Nord, tenté d’abolir les déductions d’impôt aux étudiants, appuyé le libre-échange, appuyé le transport pétrolier des sables bitumineux, et fait la promotion d’un projet identitaire qui a ravivé les préjugés racistes, se définir maintenant comme progressiste.

C’est de ça dont il faut parler, le reste n’est que mascarade. Si on veut changer le Québec, il ne suffit pas de battre les libéraux. L’élection du PQ en 2012 en a pourtant bien fait la démonstration en poursuivant la gestion néolibérale, allant contre ses promesses électorales, contre les intérêts de la population du Québec, et contre le bien commun.

Une alternative de gauche indispensable

Ce qui est surtout pernicieux dans cette manoeuvre d’enfumage de Jean-François Lisée, c’est l’affirmation qu’on peut construire une société progressiste au Québec dans une société sous la tutelle de L’État fédéral, de sa Cour suprême, sans remettre en question l’accaparement par le gouvernement fédéral de nos impôts. Tout cela demeurera une toile de fond utile pour les grands discours, mais qui sert seulement à promouvoir l’élection d’un gouvernement qui, finalement applique une gestion provincialiste et néolibérale.

Une société égalitaire et démocratique ne se construira pas sans rompre avec l’État canadien et sans mobilisation. L’indépendance c’est une lutte de tous les jours pour la réappropriation de nos ressources, pour une énergie propre, pour le contrôle de nos industries. Québec solidaire est de ces combats et ne remet pas à un avenir incertain la lutte pour un Québec indépendant.

Il faut poursuivre dans ce sens, avec des alliés comme ON, avec les mouvements sociaux en lutte avec les mouvement féministes et parfaire la construction de cette alternative de gauche que représente aujourd’hui Québec solidaire.

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Impliqué également dans la gauche québécoise et canadienne, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et de Canadian Dimension. Il est également membre du comité de coordination nationale de Québec solidaire en tant que responsable aux communications. Il écrit ici à titre personnel.

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