Édition du 17 octobre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

OPTION B

Pour que Québec solidaire devienne la maison de celles et ceux qui se battent contre le néolibéralisme et contre le gouvernement libéral

Introduction

Lors du congrès de mai 2017, Québec solidaire devra faire un choix crucial : envisager l’option de négocier un pacte électoral avec le Parti québécois dans le but de battre le gouvernement libéral ainsi que ses politiques néfastes pour le Québec, ou encore refuser toute alliance avec ce parti et développer des alliances avec des mouvements sociaux ou autres partis résolument indépendantistes et véritablement progressistes. Les tenants et tenantes de ce texte sont d’avis que la nécessité politique du moment, autant pour le développement de notre parti que pour le bien du Québec, impose la décision d’ouvrir des négociations avec le Parti québécois dans le but de négocier un pacte électoral qui ouvre des perspectives de développement substantiel de notre option progressiste.

Québec solidaire a atteint un niveau de développement qui exige ce genre de réflexion. Nous sommes convaincu-e-s d’être à la veille d’un point de bascule qui nous permettra de rompre avec les limitations du système électoral actuel et d’augmenter substantiellement notre appui électoral et le nombre de député-e-s QS. Auparavant, notre petite taille imposait la nécessité de se battre contre vents et marées, et contre tous les partis, afin d’imposer notre présence. À travers les années, nous avons réussi à acquérir une présence électorale significative, surtout à Montréal mais aussi en région, ce qui fait en sorte que notre électorat, et celui qui hésite encore à voter pour nous, a une influence certaine sur l’issue électorale dans un grand nombre de circonscriptions. Nous sommes aujourd’hui en mesure d’utiliser ce capital politique afin d’augmenter notre présence, mais nous pouvons aussi perdre ce capital si nous ne jouons pas bien nos cartes.

Aujourd’hui, après presque 15 ans de gouvernement du PLQ, une grande partie de la population du Québec a soif de changement. De larges fractions de l’électorat constatent un blocage politique et exigent une issue pour se débarrasser de ce gouvernement néfaste. Qu’on soit favorable ou contraire aux pactes avec le PQ, nous avons la responsabilité de répondre à cette clameur populaire. Notre réponse à cette clameur doit donc offrir une possibilité de victoire, maintenir et accentuer la clarté de notre profil politique progressiste et nous permettre de grandir davantage.

Conjoncture actuelle 

Le fractionnement de l’électorat francophone entre diverses options politiques permet, certes, de mieux exprimer la diversité idéologique de l’électorat, mais aussi d’assurer la réélection perpétuelle du PLQ au pouvoir. Grâce à l’appui de ses bastions électoraux fédéralistes et au système électoral actuel conçu pour l’alternance entre deux partis, si rien ne change dans le cours actuel des choses, on peut prévoir un gouvernement libéral majoritaire en 2018.

Si ce scénario se concrétise, cela implique la continuité des politiques néolibérales de ce gouvernement, l’affaiblissement de nos services publics par les politiques visant le déficit zéro et l’appauvrissement de notre démocratie au profit d’une conception autoritaire du pouvoir politique.

Dans ce contexte, les mouvements sociaux, qu’ils soient syndicaux, communautaires, étudiants, environnementaux ou autres, ne réussissent pas à mettre de l’avant un rapport de force en mesure de contenir le rouleau compresseur néolibéral. Leur opposition est sectorielle, fractionnée et bien que ces mouvements puissent compter sur des larges bassins militants, leurs luttes ne réussissent pas à déborder vers une lutte sociale globale, impliquant de larges secteurs de la population, fédérant ainsi des segments sociaux en opposition au régime du PLQ et aux politiques néolibérales.

Devant cet état de fait, plusieurs manifestent leur impatience devant le « blocage » de la situation politique actuelle et font pression sur le PQ et sur QS en particulier pour négocier une forme d’alliance ou de pacte en mesure de mettre en échec l’hégémonie gouvernementale du PLQ et de la droite en général. Cette impatience fera en sorte d’augmenter considérablement, en 2018, la pression pour le « vote stratégique ». Cela ne peut qu’avantager le parti le plus en mesure de constituer l’option de remplacement du gouvernement actuel, soit le Parti québécois. Nous courons donc le risque de voir de larges parties de notre électorat actuel ou potentiel opter pour ce qui est perçu comme la nécessité du moment : se débarrasser des libéraux.

Dans quels termes le débat se pose-t-il pour Québec solidaire ?

Le développement de notre option politique exige une progression en nombre de votes et de député-e-s élu-e-s sous notre bannière en 2018. Stagner ou même reculer sur ces deux aspects sera interprété, autant à l’intérieur de notre parti qu’à l’extérieur, comme un signe d’épuisement de notre option. Nous avons certainement grandi depuis 10 ans et nous pouvons affirmer que nous sommes à la veille d’une poussée de croissance. Or, notre position est fragile. Nous sommes encore un petit parti qui peut être grandement affecté par un recul électoral.

Dans ce contexte, le risque est réel que Québec solidaire soit marginalisé par le désir de l’électorat de se débarrasser du gouvernement Couillard. Si cette hypothèse se concrétise, cela se traduira par une perte du nombre de votes pour QS et par la continuité de notre cantonnement sur l’île de Montréal.

En effet, cette « poussée de croissance » dont nous avons tant besoin peut-elle se produire dans un contexte de forte pression pour le vote stratégique ? Nous croyons malheureusement que non. Le désir de se débarrasser du gouvernement libéral est trop fort et la grande majorité de l’électorat opposé au PLQ ne peut se convaincre, malgré nos appels répétés dans ce sens, qu’on peut assimiler le PLQ au PQ. Aux yeux de cet électorat, le PQ peut bien avoir un comportement erratique, voire de droite et inféodé aux classes dominantes, ou encore fortement teinté d’une idéologie identitaire, il demeure un parti foncièrement social-démocrate qui représente une alternative valable au désastre libéral. Au mieux, une partie de cet électorat peut bien renoncer à voter pour le PQ, mais ces votes iront-ils nécessairement à QS ? La réponse est négative. En 2014, QS n’a réussi à capter qu’une fraction des votes perdus par le PQ. On peut supposer que ces votes ont été captés par d’autres partis, outre QS, ou encore ont grossi le camp des abstentionnistes.

Les risques d’un pacte électoral avec le PQ

D’autre part, en matière électorale, toute proposition politique permettant un gain comporte aussi une perte. Établir un pacte électoral avec le PQ, même limité, peut avoir un effet négatif sur notre base électorale, qui constate la nature néolibérale de ce parti, ou des secteurs fortement opposés au PQ mais qui ne votent pas pour nous, comme les communautés issues de l’immigration. Ces dernières ont trouvé refuge au PLQ, par réaction à la charte des valeurs du PQ, et nous voir établir un pacte avec le PQ peut les éloigner davantage de la perspective d’un appui électoral à QS. Pour amoindrir ce risque réel, dans le cas où QS établit un pacte électoral avec le PQ, celui-ci devra nécessairement se faire sur la base du rejet ferme de toute dérive identitaire du PQ. Pour les autres segments réfractaires à tout rapprochement avec le PQ, il faudra mettre de l’avant une réponse politique démontrant les gains politiques d’une telle opération et le maintien de notre profil critique envers le PQ.

Les termes du débat incluent aussi la question des pertes financières et organisationnelles si jamais un pacte est établi avec le PQ. Nous ne servons pas notre cause si un pacte nous prive d’importantes ressources financières assurant notre développement. À cet égard, après étude de différentes hypothèses portant sur les différentes formes des pactes, les pertes financières paraissent relativement faibles. Selon certains scenarios, l’impact financier pourrait même être positif.

Au-delà de la mécanique d’échange de comtés dans un tel accord, il y a aussi une autre interrogation légitime : celle de notre développement dans les régions. Il est possible, après un examen approfondi des dynamiques de chaque circonscription ou région électorale, d’envisager un échange de comtés qui permette à QS d’avoir plusieurs foyers de développement régional, non seulement pour percer ailleurs qu’à Montréal, mais aussi pour reporter la mobilisation des membres des comtés échangés sur des comtés régionalement voisins et obtenus en retour de l’échange. Cette possibilité existe dans plusieurs régions du Québec.

Malgré cela, il y a un véritable enjeu concernant les pertes organisationnelles. Malgré l’appel à nous investir dans des comtés voisins, qu’adviendra-t-il de nos organisations locales concernées si elles ne présentent pas de candidature ? Les démobilise-t-on au risque de sérieusement hypothéquer la survie de ces associations pour 2022, ou même avant dans le cas de l’élection d’un gouvernement minoritaire ? Cette question est d’une importance cruciale, surtout si l’hypothèse d’un pacte de grande ampleur est envisagée, impliquant un grand nombre de circonscriptions. Selon nos statuts et notre culture organisationnelle, une décision de cette importance doit être adoptée par nos instances locales et il n’est pas question de déroger à cette règle.

Le PQ, parti bourgeois ?

Les adversaires de la possibilité de pactes électoraux ont déjà démontré, et avec éloquence, le caractère néolibéral de ce parti, de sa tendance à « clignoter à gauche dans l’opposition et virer à droite une fois au pouvoir ». On doit aussi ajouter la tentation permanente du PQ à jouer la carte de la menace de l’immigration, allant même jusqu’à la stigmatisation de certaines communautés racisées, les arabo-musulmans en particulier, et ce, à des fins vulgairement électorales. Cette tendance découle non seulement de l’influence politique grandissante des versants nationalistes sectaires, toujours présents dans la société québécoise, en particulier au PQ, mais aussi à la CAQ, et qui aujourd’hui s’expriment ouvertement, deviennent même une force politique agissante, dans le contexte d’islamophobie et de xénophobie grandissant dans les sociétés occidentales. Sur un terrain plus pratique, la dérive identitaire du PQ devient nécessaire en présence d’autres forces politiques de droite, la CAQ en particulier, qui chasse dans les même terres et qui fait de la défense de l’identité québécoise un porte-étendard politique. Le PQ, disputant le même électorat à la CAQ, ne peut lui laisser le champ libre sur ce terrain et doit aussi se présenter comme le défenseur de l’identité québécoise menacée par le « multiculturalisme globalisant » (sic).

Cet aspect met en lumière l’exercice difficile pour le PQ. Celui-ci doit effectuer un grand écart idéologique afin de courtiser l’électorat francophone de droite tenté de voter pour la CAQ sans abandonner l’électorat francophone progressiste, réfractaire aux politiques néolibérales et identitaires, représenté aussi par QS. La stratégie actuelle du PQ consiste à se placer sur le terrain progressiste (salaire minimum à 15$, réforme du mode de scrutin, investissement dans les services publics, etc.), tout en mesurant soigneusement le discours identitaire, ce qui contraste avec la stratégie passée du chef actuel du PQ qui n’a pas hésité à brandir la peur identitaire pour remporter les élections internes dans ce parti. La direction actuelle du PQ est consciente que celui-ci nécessite désespérément un pacte avec QS pour envisager son accession au pouvoir en 2018. Pour cela, il multiplie les gestes afin de nous démontrer qu’il se situe à gauche.

Le PQ peut-il être un allié de QS ? Quelles balises pour un éventuel pacte électoral ?

Dans ce contexte, le PQ peut-il être un allié de la gauche représentée par QS ? Ou encore un simple « partenaire » avec lequel on négocie un pacte électoral ? Le PQ ne peut être un allié de QS, trop d’éléments nous séparent sur le fond et sur la forme. Par conséquent, un pacte électoral doit se restreindre à une entente sous la forme d’échanges d’un nombre limité de circonscriptions.

Donc, il n’est pas question pour nous d’une plateforme électorale commune ni d’un programme de gouvernement auquel participeraient des solidaires. Cependant, même un pacte électoral restreint doit être balisé par des engagements minimaux sur un certain nombre d’enjeux fondamentaux, dont le cadre a été défini par le conseil national de novembre 2016.

Dans le cadre défini par ce CN, quatre éléments prennent une importance toute particulière dans le contexte politique actuel : 1) la réforme du mode de scrutin ; 2) la fin de l’austérité et le réinvestissement massif dans les services publics et les programmes sociaux ; 3) une transition écologiste et la fin du développement des hydrocarbures et 4) un projet politique inclusif pour la réalisation de la souveraineté qui condamne toute politique stigmatisant les groupes minoritaires, en particulier les groupes racisés.

Dans ce pacte électoral, il n’est pas question pour QS de faire partie d’un gouvernement de coalition. Notre appui sera donné à toutes les décisions instaurant les éléments négociés préalablement et nous garderons notre droit de critique sur tous les autres sujets. Si un éventuel gouvernement péquiste instaure des politiques dans le sens des points accordés, QS s’engage seulement à voter du côté du gouvernement lors des votes de confiance.

Pour nous, la possibilité de faire partie d’un gouvernement de coalition doit être écartée. Faire partie du conseil des ministres implique nécessairement la solidarité ministérielle. Cela a pour effet de nous lier étroitement au sort de ce gouvernement, ce qui a pour conséquence d’effacer toute distinction entre QS et le PQ. Il devient alors impossible, ou très difficile, de défaire cette alliance lors d’un scrutin subséquent, puisque nous aurons à porter le bilan de ce gouvernement de coalition. Faire partie du conseil des ministres d’un éventuel gouvernement péquiste hypothèque grandement notre autonomie lors des échéances électorales suivantes.

Nous l’avons dit, QS a acquis une place dans l’échiquier politique actuel. Or, nos acquis sont fragiles et la pression pour se débarrasser du gouvernement libéral qui aura gouverné, à toutes fins pratiques, depuis les 15 dernières années s’exprimera au moyen du vote stratégique, et ce, à notre détriment. Nous devons donc utiliser notre force politique pour grandir et pour améliorer notre rapport de force, sans perdre notre identité politique et sans faire de concessions sur nos principes fondamentaux.

Cahier 2 - Proposition 1 - Option B
Il est proposé que :
1. QS contribue à la constitution d’un front social, impliquant les mouvements sociaux, ayant pour objectif de former un bloc social large et progressiste qui a une expression électorale, tel qu’envisagé par l’opération Renouveau politique.
2. Ce bloc social progressiste lutte contre toutes les politiques néolibérales ainsi que contre les politiques visant à stigmatiser des communautés minoritaires.
3. Sur le terrain électoral, QS se fixe pour objectif l’augmentation du nombre de votes et des député-e-s solidaires, la défaite du gouvernement du PLQ et l’élection d’un gouvernement qui marque une rupture avec les politiques d’austérité néolibérales, qui favorise une réelle transition écologique, qui insgtaure la réforme du mode de scrutin et qui permette l’avancement d’un projet souverainiste inclusif, et ce, selon la résolution du CN de novembre 2016.
4. QS entreprenne des discussions avec le Parti québécois en vue d’un pacte électoral impliquant un nombre limité de circonscriptions ayant une députation libérale ou caquiste, un pacte qui minimise les pertes financières pour le parti et qui amoindrit les coûts organisationnels pour nos instances locales et régionales.
5. Que la parité des candidatures des circonscriptions concernées par le pacte soit assurée.
6. Que les associations locales, ou régionales les cas échéant, approuvent ou refusent toute proposition les concernant.
7. Que l’issue de ces négociations soit communiquée aux instances du parti et que celles-ci puissent l’approuver ou non lors d’un congrès.

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