Édition du 4 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections 2018

Québec solidaire, une victoire historique

La montée de Québec solidaire était quelque part inscrite dans l’histoire. À quel point on ne savait pas. On espérait, et on y travaillait. En effet la politique ne répond pas à un processus linéaire, il arrive un temps où les partis qui ont dominé la scène politique ne répondent plus à la situation ou sont incapables de gérer la montée sociale contre les dominants. C’est ce qui s’est produit avec un Parti Québécois qui n’avait plus de crédibilité et avec un Parti Libéral corrompu.

Cette élection nous a donc projetés vers l’avant avec la montée de Québec solidaire. Des centaines de milliers de personnes cherchaient une autre option et c’est en Québec solidaire qu’elles l’ont trouvée. Le résultat des élections démontre sans équivoque la nécessité de Québec solidaire comme parti mais démontre aussi que son absence aurait conduit à des victoires Caquistes ou Libérales dans plusieurs cas et certainement à beaucoup d’abstention dans d’autres.

Dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien a gagné le comté sur le Libéral sortant Luc Blanchette par 506 voix de majorité sur le candidat de la CAQ. Le PQ était en 3e position, 5311 voix derrière QS et 3487 voix derrière la CAQ.

Dans Sherbrooke, Christine Labrie a gagné le comté sur le Libéral sortant Luc Fortin par 3450 voix de majorité. La CAQ était en troisième position et le PQ quatrième.

Dans Taschereau, Catherine Dorion a été élue dans le comté anciennement représenté par Agnès Maltais du PQ par 8511 voix de majorité sur la candidate de la CAQ. Diane Lavallée, la candidate du PQ est arrivée quatrième, derrière le parti libéral.

Dans Jean-Lesage, Sol Zanetti a gagné le comté anciennement représenté par le Libéral André Drolet par 699 voix de majorité sur la candidate de la CAQ Christiane Gamache et 4996 voix devant la candidate vedette du Parti Libéral, Gertrude Bourdon. Le PQ est arrivé quatrième.

Dans Laurier-Dorion, Andres Fontecilla l’a emporté sur le libéral Georges Tsantrizos par 5301 voix de majorité. Le PQ est arrivé quatrième.

Dans Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc a gagné sur la candidate du PQ Carole Poirier par 7079 voix de majorité et dans Rosemont Vincent Marissal a ravi le comté au chef du PQ Jean-François Lisée par 2500 voix de majorité.

Reste les circonscriptions déjà détenues par QS, Gouin, Ste-Marie-Ste-Jacques et Mercier avec une nouvelle venue Ruba Ghazal.

Qu’est-ce que tout cela nous indique ? Cela nous indique que si nous avions accepté les alliances électorales, il est certain que nous n’en serions pas là aujourd’hui. D’ailleurs pour les personnes qui en doutaient encore, Lisée a fait amplement la preuve au cours de cette campagne de son manque d’honnêteté et de son comportement malicieux.

Jamais il ne nous aurait concédé des comtés où le PQ était en avance sur nous à l’époque. Ce qui nous aurait laissé Laurier-Dorion et les comtés déjà acquis, D’ailleurs pourquoi aurait-il agit autrement ? Sa base n’aurait jamais accepté de nous laisser des comtés qu’elle pensait pouvoir gagner.

La politique ne peut d’ailleurs se résumer à ce genre de tractation. Nous avons décidé en 2017 comme nous l’avions fait deux fois auparavant de présenter des candidatures dans toutes les circonscriptions parce que ce que nous défendons est basé sur les luttes de la population pour la justice sociale et le contrôle de leur destinée et pour un Québec qui appartient à ceux et celles qui y habitent.

Le PQ a délaissé ce terrain depuis longtemps et en a fait cent fois la preuve. Ses lois antisyndicales dans les années 1980, le plan d’austérité néolibéral de Bouchard en 1999, les contrats secrets du Gouvernement Marois avec Pétrolia à l’Ile d’Anticosti et le retour au déficit zéro du ministre Marceau, les coupures à l’aide sociale d’Agnès Maltais, l’abdication totale de ce gouvernement devant les minières et la poursuite du plan nord de Charest. Et pour finir la charte des valeurs québécoises qui a fracturé le Québec pour gagner des votes, a stigmatisé toute une partie de la population et la communauté musulmane en particulier.

Ce parti est usé et irréformable, ce n’est pas une question de changement de personnel. C’est fondamentalement une question de projet politique.

Une victoire qui vient de Loin

Cette victoire est aussi le résultat d’un travail de longue haleine de construction du parti et particulièrement du travail des deux dernières années. L’élaboration du plan de transition économique qui a constitué l’épine dorsale de notre campagne a débuté il y a deux ans. La construction de notre système de gestion de données avec La Base et La Centrale date aussi de cette période, des outils essentiels on l’a bien vu dans cette campagne. Notre campagne de financement, la planification des tournées et de la planification de la campagne électorale elle-même représentent le travail de toute une année. L’innovation graphique et la multiplication des images thématiques, les conceptions vidéo de même que la présence dans les médias sociaux ont aussi joué un rôle important dans ce succès.

La fusion Québec solidaire et Option Nationale, on le voit bien, a également contribué à l’élargissement de notre base militante et électorale commune et a ajouté une contribution importante à la lutte pour la souveraineté.

Mais l’élément déterminant dont on parle encore aujourd’hui a été la décision que nous avons prise au congrès de 2017 de présenter 125 candidatures et de ne pas faire d’alliances électorales avec le PQ. On se rappellera les pressions de Jean-François Lisée juste avant notre congrès afin d’influencer notre décision tant au sein du Oui Québec que sur la place publique. Il avait en effet affirmé deux semaines avant notre congrès que si Québec solidaire ne dis pas oui à des pourparlers sur la convergence, le Parti québécois passera à autre chose. Il n’acceptera pas que QS reporte sa décision à l’automne ou à tout autre moment. Ce sera alors trop tard s’était-il permis de dire sur un ton arrogant.

Jamais un parti politique n’avait subi de telle ingérence de la part de la direction d’un autre parti pour influencer ses débats internes. D’ailleurs ce type d’approche ne visait pas à établir une discussion avec la direction de QS mais visait essentiellement à influencer ses membres et sa base électorale.

Dans les documents soumis au congrès pour l’option A Pour un véritable front uni contre l’austérité, pour la transition énergétique et pour l’indépendance, qui prenait position contre ce type d’alliances, nous indiquions que :

Dans le discours péquiste, Québec solidaire est invité à donner la priorité à la victoire contre les libéraux en 2018. Le vote pour QS, sauf dans ses bastions, devient un obstacle au renversement du gouvernement Couillard en divisant le vote progressiste. La faiblesse du soutien au Parti québécois serait attribuée à la division du vote francophone progressiste causée par Québec solidaire.

La convergence pour le PQ, c’est une campagne visant à démontrer à la base électorale de QS qui veut se débarrasser du gouvernement Couillard que le meilleur moyen de le faire c’est de voter PQ. Dans ce contexte, croire que la base électorale du PQ pourrait se déplacer en bloc vers QS dans certains comtés est pour le moins illusoire. Dans le passé, les déceptions face au PQ n’ont pas conduit vers un déplacement significatif vers QS, mais vers le camp des abstentionnistes.

Le PQ se hâterait d’expliquer que QS compte sur la victoire du PQ pour renverser Couillard et qu’il considère donc que le PQ est dans le camp des partis progressistes, et que l’attitude la plus conséquente serait donc de voter PQ dans tous les comtés pour être certain de nourrir la vague péquiste capable de renverser le PLQ.

La lutte continue, mais avec de l’espoir

Grâce à nos nombreuses discussions en Conseil national et en congrès, grâce à la forte implication de nos membres, Québec solidaire a réussi à contourner les écueils et à garder le cap sur notre projet politique. Ce résultat n’est donc pas tombé du ciel et nous aurons encore de nombreuses embûches à rencontrer. Mais nous avons réussi une montée historique et surtout nous avons réussi à susciter l’espoir. Souhaitons que cela saura inspirer la mobilisation de la population au cours des prochains mois sinon des prochaines années. Québec solidaire sera au rendez-vous plus que jamais !

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Impliqué également dans la gauche québécoise et canadienne, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et de Canadian Dimension. Il est également membre du comité de coordination nationale de Québec solidaire en tant que responsable aux communications. Il écrit ici à titre personnel.

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