Édition du 13 novembre 2018

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Il y a quelques semaines, Francine Pelletier dans le Devoir disait, en gros, que l’impact de Québec Solidaire dans la société québécoise n’était pas si petit que cela. Elle notait, avec un peu d’humour, que la majorité des politiciens, pour ne pas perdre la face, se dit maintenant « progressiste ».

C’est presque comique d’entendre les ténors du PLQ défendre les services sociaux alors que le nouveau kingpin Alexandre Taillefer est partisan du $15 de l’heure. Legault pour sa part vient d’avoir la révélation que les CPE étaient une bonne idée et essaie de faire oublier que sa philosophie de base vient surtout de l’Institut économique de Montréal. Pour le PQ, on connaît la musique. À entendre Lisée, on a renoncé définitivement à l’héritage de Lucien Bouchard.

Bon, tout cela fait sourire, mais, je crois que Pelletier a raison. Cela témoigne du fait que QS et les mouvements populaires, dans une certaine mesure, ont gagné plusieurs « batailles des idées ». Cela se reflète également dans les sondages qui démontrent que la majorité de la population, contrairement à ce qui se manifeste au Canda dit anglais et aux États-Unis, reste attachée aux programmes sociaux, au secteur public, à une fiscalité plus équitable.

On peut être contents, mais…

Il serait illusoire de penser que le système dans lequel on vit évolue selon la volonté de la majorité. Il y a un projet, et ce projet est de mettre le monde au pas. Le PLQ a appelé cela pendant longtemps l’austérité. Le gouvernement fédéral, le seul véritable « gouvernement » soit dit en passant, a miné depuis des décennies les acquis des réformes sociales (assurance-chômage, péréquation) en alignant le Canada sur le « modèle » états-unien. Pour les élites économiques et politiques, la vraie « gestion » a peu à voir avec les volontés exprimées par la population.

La carte maitresse de ces élites est l’énorme dispositif politico-médiatique dont elles disposent et qui distillent à chaque jour une idéologie de la résignation, du il-n’y-a-rien-à-faire-puisque-c’est-comme-cela. Dans notre monde, les médias sont en première ligne de cette œuvre d’intoxication. Il y en a d’autres, notamment dans le système scolaire et universitaire, peuplé en bonne partie d’intellectuels-mercenaires.

Avec tout cela, on ne peut pas se faire d’illusion et il n’y aura pas de cadeaux.

Partant de l’atmosphère un peu surréaliste de la campagne électorale, est-ce qu’on peut marquer le pas ? OK, tout le monde est « progressiste » au Québec, mais qu’est-ce que cela veut dire vraiment ?

Je suis un peu frappé par le fait qu’il y a des débats importants qui ne lèvent pas trop. Par exemple, la situation qui découle du grand tournant en cours des États-Unis est quelquefois (pas souvent) évoquée, mais sans plus. On parle de la « prospérité » québécoise liée aux exportations vers les États-Unis sans expliquer comment cette subordination porte de graves dangers, pas seulement parce que Trump veut refaire l’ALÉNA.

Au sujet de l’ALÉNA, il me semble qu’il y a présentement un silence assourdissant, même à QS. Aux États-Unis également, le chemin est tracé vers de nouvelles aventures guerrières, qui pourraient même être pires que de simples « aventures ». On dira que ce ne sont pas des questions qui concernent les enjeux provinciaux (d’ailleurs Couillard et Legault le disent clairement), mais c’est faux. Nous ne sommes pas sur une autre planète et notre sort est lié à ces grandes dynamiques nord-américaines.

Devant cela, les mouvements populaires et les partis progressistes pourraient être davantage explicites : sans lutter contre ce qui reste encore l’impérialisme américain, on ira nulle part. Non seulement on ne pourra pas défendre des acquis importants hérités de la révolution tranquille et qui font en sorte que les couches moyennes et populaires vivent mieux ici qu’en Oklahoma et même en Ontario, mais on sera emportés par la vague guerrière qui monte déjà.

Si Francine Pelletier a raison, et qu’on a réussi à convaincre une masse critique de gens à penser que notre avenir collectif n’est pas avec le 1 %, il devrait y avoir moyen d’expliquer que le Québec doit également être un phare dans un grand mouvement d’’opposition au militarisme.

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