Édition du 11 décembre 2018

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Environnement

Catastrophe ou désastre

Lors de l’Accord de Paris en 2015, M. Trudeau, alors nouveau Premier ministre du Canada, a promis de réduire nos émissions de GES (gaz à effet de serre) pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius (2 °C) et, si possible, à seulement 1,5 °C au-dessus des températures moyennes de l’ère pré-industrielle. La différence entre 2 °C et 1,5 °C peut sembler minime pour Monsieur ou Madame Tout-le-monde, mais il ne faut pas oublier qu’une quantité astronomique d’énergie est nécessaire pour réchauffer toute la planète d’un demi degré.[1]

C’est pourquoi les dirigeants mondiaux ont demandé au GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) de comparer la différence entre les effets d’un réchauffement à 1,5 °C et ceux d’un réchauffement à 2 °C. Comme ce rapport publié le 8 octobre en fait la démonstration, il y a une énorme différence entre les « désastres » causés par 1,5 °C de réchauffement et la « catastrophe » qui résulterait de 2 °C. Voici comment la revue scientifique Nature en résume les conclusions : « à 1,5 °C, on peut anticiper beaucoup plus de phénomènes météorologiques extrêmes comme des canicules, des sécheresses, des tempêtes et des inondations. ... À 2 degrés, on devra multiplier ces effets par deux ou par trois. »[2]

Déjà que les effets climatiques ont « empiré » au cours de notre vie, comme en fait état un article de l’Agence France-Presse publié dans Le Devoir du 12 octobre 2018 : « Le réchauffement de la planète a multiplié par quatre le nombre des catastrophes liées au climat depuis les années 1970, ont relevé vendredi des humanitaires, mettant en garde contre les risques de famine et d’exode. » Et l’article de relever cette déclaration du secrétaire général de la Croix-Rouge : « ‘Dans les années 1970, nous faisions face à 80 à 100 chocs et dangers graves liés au climat’ chaque année, alors que leur nombre a été d’environ 400 l’an dernier, ‘quatre fois plus’ ».[3]

Nous connaissons la solution à ce problème ; pourquoi alors attendre que le pire arrive avant d’agir ? Pourtant, les personnes expertes du GIEC font une « erreur » : ils-elles n’incluent pas dans leurs prévisions les effets d’un emballement incontrôlable du climat lorsqu’on dépasse certains seuils difficiles à prévoir. Par exemple, le réchauffement accéléré de l’Arctique pourrait faire dégeler des millions de kilomètres carrés de pergélisol du Canada, de l’Alaska et de la Russie. S’il devait se produire, ce phénomène injecterait des milliards de tonnes de carbone et de méthane dans l’atmosphère. Avec cette augmentation exponentielle du taux de GES, le réchauffement climatique ferait « cuire » les habitants de la planète à la vitesse grand V !

Selon le rapport du GIEC, nous pourrions atteindre ce 1,5 °C dès 2030, c’est-à-dire demain ! Sommes-nous prêts ? Nous avons élu un gouvernement de la CAQ qui a été étonnamment muet sur ce sujet durant la campagne électorale. Et au fédéral, la stratégie canadienne de lutte contre les changements climatiques souffre de trois faiblesses flagrantes que relèvent ainsi les columnists Culpeper et Tanner dans l’Ottawa Citizen : « Nous n’avons pas suffisamment la volonté de réduire l’offre et la consommation des énergies fossiles ; nous avons besoin de meilleurs incitatifs pour promouvoir la transition vers les énergies renouvelables ; et tant au niveau fédéral que provincial, nous ne disposons d’aucun plan pour faire face aux phénomènes climatiques extrêmes. L’urgence d’agir s’impose sans exagération. » [4]

Il nous faut réduire nos émissions de gaz carbonique pour atténuer le réchauffement climatique, et ça presse ! « Frapper un mur à 50 km/h », c’est un désastre qui va nous secouer. Mais si nous ne freinons pas nos émissions de CO2, nos petits enfants « frapperont ce mur à 150 km/h ». L’humanité peut-elle survivre à un tel choc ?[5] La chroniqueuse Josée Blanchette nous rappelle qu’il est « minuit moins deux à l’horloge de l’apocalypse (Doomsday Clock). »[6 ]

Et comment faisons-nous face à cette urgence ? Depuis un mois, la grande nouvelle dans les médias, c’est la légalisation du cannabis. Se « geler la bette » fera-t-il disparaître les multiples dangers du changement climatique, dont la réduction des rendements agricoles ? Pourtant, une réduction de 17 % de la production mondiale d’orge ferait doubler, voire tripler le prix de la bière !!![7] Aïe ! Ça, c’est une vraie catastrophe !

Gérard Montpetit
Comité des citoyens et citoyennes pour la protection de l’environnement maskoutain
le 7 novembre 2018

Notes

1] https://thetyee.ca/Opinion/2018/10/09/Choice-Now-Catastrophe-Mere-Disaster/?utm_source=national&utm_medium=email&utm_campaign=111018

2] http://www.nature.com/articles/d41586-018-06952-7

3] https://www.ledevoir.com/societe/environnement/538937/le-rechauffement-a-multiplie-par-quatre-les-catastrophes-depuis-les-annees-1970
4] https://ottawacitizen.com/opinion/columnists/culpeper-and-tanner-canada-is-losing-the-fight-against-climate-calamity

5] https://www.notre-planete.info/actualites/1635-limitation-rechauffement-climatique-GIEC-rapport-special

6 ] https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/540439/imaginez-une-planete

7] https://www.ledevoir.com/societe/science/539076/les-changements-climatiques-pourraient-faire-doubler-ou-tripler-le-prix-de-la-biere

Gérard Montpetit

Membre du comité Non au schiste La Présentation

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