Édition du 27 juin 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débat sur les politiques d’alliance

Pourquoi nous battons-nous ?

Présentation d’André Frappier lors du panel du 8 avril (Version intégrale)

Je fais partie des membres du Comité de coordination national qui ont soutenu la proposition A visant à construire un véritable front uni contre l’austérité, pour la transition énergétique et pour l’indépendance. Voici ma présentation.

Ça fait 40 ans que de toutes sortes de façons je mène des luttes, syndicales, politiques, d’appui et de solidarité internationale. J’ai fait le constat que nos gains, acquis par nos luttes, sont éphémères. La seule issue, qui m’apparaissait incontournable, c’est de travailler à la construction d’un parti politique qui se bat pour changer la société et participer à dissiper les diverses formes d’écran de fumée qui nous empêchent d’avancer. Dans toutes ces batailles j’ai compris qu’on ne peut remporter de victoires sans que les gens comprennent les enjeux et soient surtout bien outilléEs pour résister à la pression de la pensée dominante qui nous répète à chaque jour qu’on a tort, qu’on ne se bat que pour des intérêts corporatistes ou partisans, que nous sommes des gras dur (secteur public) et allons empêcher la population (moins avantagée que nous) de recevoir le service pour lequel elle paie. Si nous avions cédé à cette pression et si nous n’avions pas organisé la résistance pour contrer ce discours, nos grèves auraient tourné court et les syndicats auraient perdu leur raison d’être.

Québec solidaire subit aussi de partout cette pression qui s’intensifie maintenant, puisque nous sommes devenus un acteur politique important, je dirais même incontournable comme parti de l’avenir. Mais de la même façon, nous devons organiser la résistance et lutter sur nos propres bases. Les propositions d’alliances et de pactes représentent une stratégie de capitulation devant cette pression et devant le PQ. On accepte et on s’y soumet.

Après 11 ans, il y en a qui disent qu’on n’est pas rendus assez loin. Tout dépend du point de vue. Dans le contexte canadien ou même nord-américain, pour la majorité des progressistes, ce que nous avons accompli au Québec semble tenir pour eux de l’exploit.

Alors arrive cette idée selon laquelle il est important de trouver des moyens d’aller plus vite, dans la perspective d’avoir plus d’éluEs au parlement. Certaines et certains avancent maintenant que la perspective de faire des alliances, ententes ou pactes de non-agression avec le PQ nous favoriserait, cela correspond au mot d’ordre fort répandu : ‘’ Ensemble pour défaire les libéraux’’.

Comme si le PQ au pouvoir n’avait pas lui aussi mis en œuvre ce type de gestion. Comment croire que cacher ces réalités nous placerait ainsi en position favorable ?
Peut-on passer sous silence un Nicolas Marceau qui affirmait en décembre dernier qu’un gouvernement du PQ réinvestirait dans les services publics alors qu’il a présenté deux budgets d’austérité lorsque le PQ était au pouvoir qui ont à l’inverse perpétué les politiques néolibérales de coupures dans le secteur public. Il a réintroduit le déficit zéro de Lucien Bouchard et présenté deux budgets qui étaient plus austères que le dernier budget Bachand et équivalent au premier budget Leitao.

Affirmer que nous attirerons par ces subterfuges, la base du PQ vers nous c’est semer des illusions. Et penser que le PQ pourrait faire des ententes qui favoriseraient notre croissance c’est refuser de voir la réalité. Sa stratégie consiste à nous accuser de la division du vote pour aller chercher un électorat qui pourrait nous être sympathique mais qui est hésitant devant la nécessité de battre les libéraux. C’est le type de stratégie qu’il a mené aux élections partielles dans Verdun. Dans une situation difficile suite à la démission de la moitié de l’exécutif de l’association et en panne de candidat Lisée nous a présentés comme responsables de son échec devant les libéraux. Cela n’avait rien d’une proposition d’alliance.

En plus, là où le coût sera le plus élevé sera dans les régions hors Montréal, là où le poids de QS est généralement plus faible. La pression pour le vote stratégique sera donc plus forte, surtout si on indique nous-même qu’à certains endroits il faut voter PQ et qu’au final nous souhaitons un gouvernement péquiste. Et même si ces ententes ne se réalisent pas, c’est la conséquence objective de ce qui est défendu dans l’option des alliances ou des pactes avec le PQ.

Depuis notre naissance, on nous dit que Québec solidaire divise le vote, que notre parti est un obstacle à la défaite des libéraux. Les directions syndicales ont déjà pour la plupart décidé de voter pour le PQ en appelant ça le vote stratégique. Il a fallu des années de travail pour gagner l’appui souvent sectoriel de secteurs du mouvement syndical. Tels que le Conseil central de la CSN et le Conseil régional de la FTQ de Montréal métropolitain ou le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes.
Les raisons de la défaite du Parti québécois ce n’est pas QS, ce sont ses politiques néolibérales, son total manque de perspectives concrètes dans la lutte pour l’indépendance du Québec.

N’oublions pas non plus que c’est le PQ lui-même qui a envoyé dans les bras des libéraux le vote des communautés issues de l’immigration et particulièrement la communauté musulmane qui ont eu peur des conséquences de la charte des valeurs pour leur avenir dans la société québécoise. C’est pourquoi nous avons toujours refusé d’accepter ce discours sur la division du vote.

On nous parle de stratégies et de calculs avec un parti qui en ce moment-même non seulement refuse de reconnaitre qu’il existe un racisme systémique au Québec mais lance une pétition pour demander de refuser une consultation sur cette question. Il refuse que la population victime de l’exclusion et du racisme systémique puisse exprimer son vécu, ses craintes et ses solutions. Une opération médiatique qui servira encore une fois à galvaniser les forces qui se réclament du nationalisme identitaire à un moment où les dangers d’une droite raciste sont bien réels, comme l’ont démontré les assassinats à Québec, et où les québécois et québécoises d’autres cultures se posent bien des questions concernant leur place dans la nation québécoise.

Comment dans un tel contexte peut-on même penser faire une alliance ou des pactes avec un parti qui a ostracisé la communauté musulmane et particulièrement les femmes dans une stratégie purement électoraliste.

Jean-François Lisée s’est d’ailleurs fait élire à la direction de son parti en jouant sur les sentiments anti musulmans. ( Il a affirmé que des Burkas pouvaient cacher des Kalachnikovs et a même accusé Alexandre Cloutier d’être lié à Adil Charkaoui ).
Si ce parti a décidé de choisir un chef qui n’a aucune loyauté envers ses propres collègues, comment pensez-vous qu’il en aura envers la population du Québec et encore moins avec nous.

Ce parti nous a harnachés aux multinationales du pétrole à Anticosti et s’est confronté depuis les années 80 aux aspirations des mouvements syndicaux et sociaux, et relègue la souveraineté à un futur lointain parce que cette souveraineté pour se réaliser, nécessite une démarche pour une société inclusive et une mobilisation des forces sociales contre l’austérité, pour la transition énergétique et pour l’indépendance, ce qui ne fait de toute évidence pas partie des plans du PQ.
Établir une stratégie d’alliance ou conclure un pacte avec le PQ ou même reporter la décision auront le même effet et jouera contre nous.

Au final nous n’aurons pas non plus construit notre base politique, nous l’aurons au contraire affaiblie et désarmée devant une offensive qui vise au fond à nous éliminer du paysage électoral.

Le PQ est un parti en déclin, il a atteint son plus bas taux d’appui historique depuis sa fondation et pour cause. Nous devons mettre de l’avant nos solutions et faire campagne pour l’indépendance.

Nous devons compter sur nos propres moyens pour gagner

Entre nous on peut se fabriquer toutes sortes de scénarios tactiques et on peut y croire. On pourra à la limite se convaincre de la justesse de stratégies intéressantes sur papier, plus de députéEs est certainement un horizon intéressant. Mais ces calculs seront incompréhensibles pour la population qui tentera d’y décoder un message.

On ne peut concevoir une tactique qui ne s’insère pas dans un cadre stratégique plus global. Celui de changer le mode de fonctionnement et les relations de pouvoirs des grandes corporations dans cette société.

La logique implacable qui découle de la position des défenseurs des alliances ou des pactes tactiques avec le PQ c’est qu’au final Québec solidaire devra soutenir l’élection d’un gouvernement, qui défend les mêmes politiques d’austérité, pour renverser les libéraux. Toutes les propositions à l’effet de s’entendre sur des questions comme la réforme du scrutin reposent sur le fait qu’on ne peut gagner l’élection et qu’il faut élire le PQ pour réaliser cette réforme qui nous permettra de croître à l’avenir. Et toute la conception des alliances repose également sur cet état de fait, en bout de piste elle conduit l’électorat à conclure qu’il faut voter pour le parti qui peut battre les libéraux et réaliser certaines réformes démocratiques ,qu’il n’a jamais réalisées depuis sa création.

Mais il faudra aussi convaincre la population de voter pour Québec solidaire. On dira alors que le PQ ne représente pas réellement les intérêts de la population, sinon pourquoi existons nous ? Mais en même temps on ne pourra pas trop le critiquer puisqu’on a l’appui, (ententes de non-agression ou tout autre scénario).
Vous pensez vraiment qu’on fera une campagne électorale avec ça et qu’on va convaincre la population de voter pour nous ? Avec de telles propositions c’est plutôt le cynisme et l’abstention qu’on encouragera.

Il faut au contraire poursuivre dans la lancée qui vient de s’amorcer et construire notre soutien. Dans cette perspective, une alliance avec Option Nationale continuera d’additionner nos forces et d’ajouter de la crédibilité à notre projet.
Notre Parti, actuellement en forte croissance, a bénéficié au cours des derniers mois de beaucoup d’appui. Nous pouvons continuer dans cette voie, celle de l’honnêteté, celle du Parti porteur des aspirations d’espoir, celle du Parti porteur des luttes contre toute cette injustice et pour une société égalitaire qui mettra fin au vol de nos ressources minières par les multinationales et au contrôle de notre économie par les sociétés financières.

Pour réaliser un tel projet nous avons besoin d’un rapport de forces. Et seul un projet de Québec indépendant dont la réalisation est l’aboutissement de la mobilisation des forces de la société, qui luttent pour la préservation de l’environnement, pour une véritable transition énergétique, pour le contrôle démocratique de notre économie, et contre le libre-échange, pour le réinvestissement dans les services publics pourra être inspirant. Pour y arriver nous avons besoin d’une société inclusive qui prend des mesures concrètes contre la violence envers les femmes et contre le racisme, où le Québec que nous voulons appartient à toutes celles et ceux qui y résident.
Seul un tel projet politique peut être rassembleur et permettre de tracer la voie vers un Québec égalitaire, démocratique et indépendant.

Pour ces raisons je vous demande d’appuyer au congrès les propositions de l’option A qui permettront de donner un sens aux chantiers du renouveau que nous avons déjà initié, en lançant dès le printemps 2017 une campagne pour l’indépendance du Québec qui liera la question nationale avec les enjeux de la réforme de nos institutions démocratiques, de la transition énergétique et du climat, de la protection des services publics et des programmes sociaux et la lutte contre la pauvreté et les inégalités, sur la base d’une vision féministe, inclusive et civique de la nation québécoise et en solidarité avec les Premières nations et leur droit à l’autodétermination, et permettront de nous placer comme l’alternative politique maintenant, aux prochaines élections et par après. Québec solidaire présentera donc des candidats et candidates dans les 125 circonscriptions à moins d’entente avec Option Nationale.

Voici le lien pour l’option A. Vous trouverez la proposition à la fin de l’argumentaire http://www.pressegauche.org/Quebec-solidaire-vise-un-veritable-front-uni-contre-l-austerite-pour-la

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Impliqué également dans la gauche québécoise et canadienne, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et de Canadian Dimension. Il est également membre du comité de coordination nationale de Québec solidaire en tant que responsable aux communications. Il écrit ici à titre personnel.

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