Édition du 27 juin 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débat sur les politiques d’alliance

La convergence indépendantiste

2017/03/17 | tiré de l’Aut’journal

À une semaine d’intervalle, Martine Ouellet a été couronnée chef du Bloc Québécois et Gabriel Nadeau-Dubois a profité de l’annonce de sa candidature à l’élection partielle de Gouin et au poste de co-porte-parole de Québec Solidaire pour afficher très clairement ses convictions indépendantistes, tout en lançant un appel à Sol Zanetti d’Option Nationale pour un rapprochement entre les deux organisations.

Curieusement, les deux indépendantistes ont été accueillis par une volée de bois vert dans les médias nationalistes. On reproche à Martine Ouellet de vouloir diriger le Bloc, tout en conservant son siège à l’Assemblée nationale, en s’autorisant impertinemment à vouloir gérer son agenda.

En fait, on lui tient rigueur de ne pas avoir accepté la mise au rancart de la souveraineté et d’être désormais le point de ralliement des indépendantistes qui refusent le cul-de-sac du nouvel étapisme.

Un vrai renouveau générationnel

Gabriel Nadeau-Dubois s’est attiré les foudres d’une certaine intelligentsia souverainiste pour avoir affirmé qu’il était temps de « sortir la classe politique actuelle qui, depuis 30 ans, a trahi le Québec ».

Pourtant, ce n’est pas d’hier que la gauche indépendantiste – et l’aut’journal en particulier – accuse les Bouchard, Boisclair, Landry et Marois d’avoir fait preuve d’atermoiements – pour employer un euphémisme – sur la question de l’indépendance et d’avoir bradé l’héritage social-démocrate du Parti Québécois pour ce succédané qu’est le « New Labour » de Tony Blair.

L’intelligentsia souverainiste appelle à un renouveau générationnel du mouvement souverainiste, mais ne semble prête à accepter qu’un rajeunissement « propret », indolore et contrôlé à la Paul St-Pierre Plamondon.

Quand le changement de la garde prend la figure d’un jeune de 26 ans, qui a été la figure de proue d’une des plus importantes mobilisations victorieuses de l’histoire du Québec ; qui a eu l’intelligence politique de démissionner de son poste de leader étudiant pour priver Jean Charest d’une tête de turc, lors de la compagne électorale de 2012, et permettre ainsi l’élection du Parti Québécois ; qui a réussi à lever plus de 400 000 $ pour la campagne contre l’oléoduc d’Énergie-Est ; qui a rallié en quelques jours plus de 4 000 nouveaux membres à Québec Solidaire ; et, dernier point mais non le moindre, proclame ses convictions indépendantistes, on lui tombe dessus à bras raccourcis !!!

Que les adversaires déclarés des « carrés rouges » voient toujours rouge à la seule mention des lettres GND est compréhensible. Mais l’est moins la même condamnation de la part de ceux qui portaient fièrement le carré rouge.

Bien sûr, il y a des calculs électoraux. La droite nationaliste veut forcer le Parti Québécois à rompre ses négociations avec Québec Solidaire et à se rapprocher de la CAQ. Qu’une certaine gauche nationaliste se laisse entraîner dans cette voie, où le thème de « l’identité nationale » remplace la quête de l’indépendance, en dit long sur le degré de renoncement atteint.

Des propositions critiquables

Ceci étant dit, cela ne signifie pas qu’il faille s’abstenir de critiquer certaines des propositions mises de l’avant par GND, entre autres dans le livre « Ne renonçons à rien », dont il est un des cosignataires.

Ainsi, nous avons critiqué sévèrement le fait qu’après avoir identifié l’éducation comme priorité nationale, GND et les autres auteurs du livre ne réclament pas la fin des subventions publiques aux écoles privées, alors que le Conseil supérieur de l’éducation, dans son dernier rapport, a tiré la sonnette d’alarme à ce sujet .

Avec la croissance du réseau des écoles privées, l’augmentation des projets particuliers et le nombre accru d’élèves en difficulté dans les classes ordinaires, le CSE affirme que « notre système scolaire, de plus en plus ségrégé, court le risque d’atteindre un point de bascule et de reculer sur l’équité ».

De façon plus générale, on peut également reprocher au rapport « Ne renonçons à rien » de partager, avec le Parti Québécois, le même travers provincialiste, c’est-à-dire de ne pas lier une question particulière à notre état de dépendance dans la fédération canadienne.

Par exemple, un long chapitre est consacré à la santé et à son sous-financement, sans montrer que cela est une conséquence de la réduction draconienne des transferts fédéraux, comme l’actualité le démontre. En 1970, les transferts fédéraux représentaient 50% du financement de la santé. Avec la dernière proposition fédérale, ils n’en constituent plus que 20%.

C’est cette approche provincialiste, héritée du « home rule » britannique, que Martine Ouellet veut combattre avec sa conception d’un travail transparlementaire.

Deux projets souverainistes

Plus fondamentalement, nous sommes, avec la droite nationaliste et GND, devant deux projets souverainistes, un premier axé sur un contenu identitaire, l’autre sur un contenu social et politique.

Dans « Ne renonçons à rien », on qualifie de « stratégie perdante » le projet identitaire de ceux qui « proposent de tout miser sur la particularité nationale, sur ses racines historiques et sur l’identité canadienne-française ».

« Il faut bien sûr garder trace et souvenir de notre histoire, mais il faut être aussi capable de la réactualiser », souligne-t-on avec raison, tout en affirmant que « nous ne devons pas faire l’indépendance pour sauver le passé, mais pour réaliser pleinement ce que le Québec peut devenir ».

Sous-jacent à ce débat se trouve celui sur l’immigration, amorcé avec la déclaration sur les « votes ethniques » de M. Parizeau, le soir du référendum de 1995, réactualisé avec une coloration religieuse avec les « accommodements raisonnables » et la Commission Bouchard-Taylor, puis avec la Charte des valeurs du Parti Québécois.

Ce débat divise profondément le mouvement souverainiste. D’une part, il y a ceux qui le jugent « superficiel », comme Gabriel Nadeau-Dubois, et veulent l’éviter, mais que la réalité rattrapera comme l’ont appris à leurs dépens Thomas Mulcair et le NPD avec le niqab, lors de la dernière campagne électorale fédérale.

D’autre part, il y a des souverainistes qui, à la faveur du renvoi du référendum aux calendes grecques par Jean-François Lisée, substituent dans les faits la question identitaire à l’indépendance.

Les deux voies sont sans issue. Mais le débat peut permettre de surmonter les divergences.

Chose certaine, avec Martine Ouellet, Gabriel Nadeau-Dubois et Sol Zanetti, s’ouvre la possibilité d’une convergence indépendantiste et le renouveau d’un discours axé sur le nationalisme politique d’émancipation plutôt que sur le nationalisme de survivance, tourné vers le passé.

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