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dimanche 5 mars 2017, par Francis Lagacé

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Élections

Quand on n’apprend pas de ses erreurs


Dans le cadre des élections présidentielles françaises, les commentateurs politiques sont en train de répéter l’erreur qu’ils ont commises pour les élections états-uniennes. J’ai parlé de commentateurs, on me permettra d’utiliser le masculin, car la majorité des membres de ce que j’appellerai cette « confrérie » sont encore des hommes (blancs et privilégiés, pour faire bonne mesure). Je prendrai d’ailleurs Jean-François Kahn (JFK) comme représentant exemplaire de ces analystes qui, sous couvert de nous instruire, nous fourguent leurs biais idéologiques.

Comme les élections présidentielles se font à deux tours, tout le monde s’inquiète des deux candidatures qui se feront face dans le deuxième et décisif épisode. Et il semble bien que Marine Le Pen sera en tête au premier, donc il faut un champion capable de la défaire au second.

Et c’est là que les commentateurs, JFK en avant, y vont d’affirmations contradictoires en prétendant d’un côté que n’importe qui battra Le Pen et son parti fasciste à la deuxième manche, et de l’autre qu’il faut absolument choisir quelqu’un qui sera capable de lui faire face.

Comme le candidat de la droite dure, Fillon, a des difficultés de nature juridique et risque de devenir inéligible, on nous dit que la population aurait tout intérêt à se reporter sur quelqu’un qui se trouve au centre et qui pourra rallier autant la gauche que la droite. Or, ce quelqu’un, c’est Emmanuel Macron, ancien socialiste, probablement aussi socialiste que Sarkozy, et nouveau « ni à gauche ni à droite », donc partisan d’un discours supposément rassembleur et de mesures carrément posées à droite, par exemple augmentation du sécuritaire, peines minimales, exonération des charges sociales pour les heures supplémentaires, baisse des impôts pour les entreprises et « modernisation » de l’économie, ce qui rappellera aux Québécois les sinistres années Charest.

Et tout le monde, JFK en tête, fait comme si Hamon et Mélenchon n’existaient pas, comme si le seul choix devant le ras-le-bol du tout-à-l’économie, comme si le désir d’en finir avec l’establishment financier ne débouchait que sur une alternative : le fascisme ou le renforcement de l’establishment financier. Exactement, ce que les commentateurs annonçaient aux États-Unis : vous avez Trump un hurluberlu et, pour l’éviter, n’allez surtout pas favoriser Sanders le socialiste, non allez vers Clinton, la fille de l’establishment.

Croyez-vous que l’ouvrier moyen, qui n’a pas le temps de faire des analyses politiques fines et qui ne voit que les discours superficiels des candidats, commentés superficiellement par les « analystes », aura envie de voter pour un Macron, qui promet de renforcer le patron ? Il aura peut-être envie de voter pour une Le Pen, qui promet de « casser la baraque ». Pour moi, l’alternative existe pourtant entre les establishments de droite et de pseudo-gauche : le proto-fascisme et l’écosocialisme, Le Pen ou Mélenchon.

Mais les classes privilégiées, qui gouvernent, qui commentent, qui se rencontrent au restaurant Le Siècle, sont tellement incapables d’imaginer que les choses peuvent changer, en fait craignent plus que tout que les choses changent, instillent dans le cœur des citoyenNEs la plus grande désespérance en prétendant que pour sortir du même (Hollande=Sarkozy), il faut plus ou moins du même (Macron) ou plus du même (Fillon, Juppé ?). Cette désespérance peut se muer en ruade et en une méchante surprise au second tour si les ceusses d’en bas, fous de désespérance, se jettent dans la politique du pire ayant goûté à la pire politique, celle de la prétendue « indépassabilité » du néolibéralisme.

LAGACÉ, Francis