Édition du 30 novembre 2021

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Environnement

Visite en terre Atikamekw : les ravages de l’industrie forestière ont assez duré

Le 8 septembre 2014 marque une date historique pour le Québec, date à laquelle pour une première fois dans l’histoire contemporaine, une nation autochtone a formellement déclaré sa souveraineté sur son territoire ancestral. Les Atikamekws, dont le territoire couvre 80 000 km2 sur l’ensemble de la Mauricie et une partie des régions avoisinantes, ont ainsi utilisé la nouvelle porte ouverte par le récent jugement de la Cour suprême du Canada sur le droit des peuples autochtones à un consentement préalable face à l’exploitation des ressources sur leur territoire. En revendiquant leur souveraineté territoriale, les Atikamekw envoient un message clair au gouvernement du Québec et aux compagnies forestières qui exploitent de façon intensive les forêts sur leurs terres patrimoniales : « assez c’est assez ! ».

L’auteur est de Greenpeace Canada.

L’arrogance de l’industrie forestière n’a pas de limite

En visite cette semaine sur le territoire Atikamekw (https://www.flickr.com/photos/greenpeace_canada/sets/72157647645988649/), le constat est frappant. Le labyrinthe de chemins et de coupes forestières est si intense qu’il est difficile de croire que nous sommes à plus de 250 km d’une ville. Le trafic sur les chemins de terre, parfois plus larges que des autoroutes, est tel qu’il n’est pas difficile de comprendre l’exaspération des Atikamekws. Or dans une arrogance légendaire, l’industrie forestière signifiait ce matin (http://www.journaldemontreal.com/2014/09/25/appui-aux-forestieres-contre-les-attikameks) qu’elle n’est pas concernée par les droits des Premières Nations, en menaçant du même coup d’utiliser les tribunaux pour continuer le saccage. 

« Ce n’est pas un débat qui nous concerne directement » 

André Tremblay, PDG du Conseil de l’Industrie forestière du Québec, aujourd’hui dans le Journal de Montréal (http://www.journaldemontreal.com/2014/09/25/appui-aux-forestieres-contre-les-attikameks)

La liste des compagnies forestières qui bûchent sur le territoire Atikamekw est longue, tout comme l’est l’historique de coupe. Des plus gros joueurs comme les géants Produits forestiers Résolu et Kruger en allant par les multinationales de l’emballage comme Smurfit Stone et RockTenn, des dizaines de millions d’arbres sont coupés chaque année, et ce depuis des décennies, afin de rassasier l’appétit des industriels. En Mauricie seulement, les compagnies Kruger, Résolu et RockTenn extraient à elles seules plus de 1 500 000 mètres cubes de bois des forêts publiques, assez pour couvrir la distance entre Montréal et Vancouver 15 fois avec une planche de 2x4 !

Entre 2000 et 2012, les analyses satellites de l’Université du Maryland compilées par notre laboratoire de géomatique montrent que plus de 600 000 ha de couvert forestier ont disparu du territoire traditionnel des Atikamekws. Pour vous donner une idée de grandeur, cette superficie équivaut à près d’un million de terrains de football américain. D’ailleurs, les dernières grandes forêts vierges du territoire Atikamekw ont disparu durant la dernière décennie, et seulement quelques fragments vierges sont encore observables de l’espace, le reste étant tombé sous l’emprise de l’industrie.

« Nous ne consentons aucunement à l’exploitation forestière sur notre territoire »

Conséquence directe de la déclaration du 8 septembre dernier, le Chef Christian Awashish est sorti publiquement cette semaine en annonçant que la Nation Atikamekw « n’a jamais consenti ou encore donné son accord à l’exploitation massive des ressources forestières qui se retrouvent sur son territoire », demandant du même coup que les certificats du Forest Stewardship Council (FSC) obtenus par les compagnies forestières soient révoqués. Cette certification, tant prisée par les compagnies forestières, car de plus en plus exigée sur les marchés canadiens et internationaux, requiert des exploitants forestiers l’obtention du consentement libre et éclairé des Premières Nations avant que toutes coupes ne soient effectuées.

En déclarant publiquement que le consentement n’a pas été donné, les Atikamekws n’indiquent pas seulement aux marchés internationaux que la gestion forestière au Québec fait défaut et viole les droits autochtones, mais ils signalent aussi au gouvernement Couillard qu’il est grand temps qu’une plus grande place soit faite à la protection des forêts et des valeurs culturelles et écologiques qui y sont rattachées.

Québec se positionne contre les Atikamekws

La réponse du gouvernement Couillard ce matin est par contre sidérante : « Les compagnies ont toute la légitimité de continuer leurs opérations », estime Pierre-Olivier Lussier, le porte-parole du ministre de la Forêt, Laurent Lessard. Il précise que, de fait, « les travaux forestiers se poursuivent normalement en forêt ».
Avec une carence lamentable en terme d’aires protégées en Mauricie (5%) et une omniprésence industrielle depuis des décennies, il est clair que le raz-le-bol des Atikamekws est le symptôme d’un système qui priorise les profits des multinationales au détriment des droits autochtones et de la protection de la nature.

Plus que jamais, les Atikamekws ont besoin de notre soutien. S’il vous plait, partagez ce blogue sur Facebook (https://www.facebook.com/sharer/sharer.php?u=http%3A%2F%2Fwww.greenpeace.org%2Fcanada%2Ffr%2FBlog%2Fvisite-en-terre-atikamekw-les-ravages-de-lind%2Fblog%2F50777%2F%23.VCWxBpBJGcY.facebook), Twitter (https://twitter.com/greenpeaceQC/status/515571926425939968) et vos réseaux.

Visitez la galerie photo (https://www.flickr.com/photos/greenpeace_canada/sets/72157647645988649/) de Greenpeace en territoire Atikamekw.

Nicolas Mainville

Greenpeace Canada

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