Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Les gilets jaunes

Quand les citoyens souffrent, les ministres trinquent

Pour cette 18eme semaine de crise, un gouvernement au top de sa forme ! C’est notre cher ministre de l’intérieur Christophe Castaner qui ouvre le bal, surpris en boite de nuit, enchainant shots de vodka et baisers mouillés avec un inconnue sur la piste de danse. N’a -t- on pas le droit à quelques moments de détente ? me direz vous. Certes, mais le problème est que cet homme est marié, prone le respect des valeurs familiales et représente l’état.

La presse se jette avec voracité sur cet os, les comiques s’en donnent à coeur joie, mais se sont les policiers les plus touchés. En effet, cette petite sauterie a lieu un samedi soir … les forces de l’ordre ont encore passé une journée éprouvante, enchainant les heures supplémentaires, tentant de maitriser une foule toujours plus déterminée, tandis que leur ministre excite cette même foule via les réseaux sociaux, publiant à la chaine des déclarations provocantes. Imaginez vous à la place des policiers, sous payé, terrifié par la haine populaire, voir vos collègues se suicider sous la pression et, après une journée de guerre civile, découvrir votre responsable trinquer en boite de nuit …

Pour certains, ç’en est trop, comme pour le syndicat France police qui libère la parole et dénonce très clairement l’absurdité des ordres reçus (texte en annotations 1). Dans la famille « je me détends à l’abri des balles », le président Macron gagne haut la main ! Pendant que la jeunesse de France marche pour lui rappeler l’urgence climatique, se joignant aux gilets jaunes pour scander « Fin du monde, fin du mois, même combat », pendant que les manifestants submergent la police et saccagent les champs Elysées, notre chef de l’état est en vacances au ski … quoi de plus normal !

Chaque vendredi depuis le début des hostilités, Macron se débrouille pour nous sortir une petite provocation, une phrase méprisante, une déclaration un peu extrême etc … juste histoire de s’assurer que la manifestation du samedi sera motivée par la colère. Mais en cette 18ème semaine, il s’est surpassé ! Voilà une provocation qui se passe de mots ; une photo du couple présidentiel, rayonnants de sérénité, sur les pistes de la station de La Mongie. D’autres photos rythmeront la journée du samedi ; le président au restaurant, le président sur un télé siège, …

Ici, nul besoin de traduire le message envoyé aux citoyens qui sont dans la rue pour réclamer l’égalité des droits. « Ça m’est égal, vous pouvez bien vous rassembler, mettre toute votre énergie dans vos combats, vous pouvez avoir tort ou raison, ça m’est égal. Je suis au dessus de ça, au dessus de vous et de vos préoccupations. » Le président reviendra « en urgence » samedi soir, écourtant son week end aux sports d’hiver par pure conscience professionnelle … en effet qui aurait pu prévoir que ce 18eme samedi de manifestation provoquerait des troubles publics ??? On se le demande …

Après une très sérieuse réunion de crise pour savoir pourquoi (mon dieu pourquoi ?!) les français ont saccagé un lieu aussi beau que le Fouquet’s, l’exécutif choisit un souffre douleur qui assumera ce cafouillage. C’est le préfet Michel Delpuech qui sera limogé pour l’exemple, officiellement car il n’a pas appliqué la stratégie de maintien de l’ordre habituelle en limitant les tirs de LBD (cette arme largement critiquée dans le monde entier).

Moins de blessés, plus de matériel détruit, c’est en effet une honte ! Mais ce qui fait surtout de Delpuech un agneau sacrificiel parfait, c’est sa mise en cause dans l’affaire Benalla. En effet, il apparait que cet homme a menti sous serment à la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale en déclarant ne pas connaitre Alexandre Benalla. (Ses mensonges ne se résument pas à ça mais ça prendrait trop de temps de les exposer ici (un lien 2 qui précise les faits est disponible en annotations). La sortie de piste de cet homme tombe à point nommé !

C’est ce qui s’appelle faire une pierre deux coups. On remplace le préfet par Didier Lallemand, autrefois directeur du cabinet de Michèle Alliot-Marie sous la présidence de Nicolas Sarkozy, l’un des cabinets de l’intérieur les plus radicaux de l’histoire de la Vème république, ayant initié « la chasse au gauchiste » avec la catastrophique affaire de Tarnac. Un homme à poigne … un de plus. Cette nouvelle nomination s’accompagne d’un renforcement de la fermeté face aux manifestants. Après qu’Emmanuel Macron déclare qu’il ne veut plus voir de violences, en particulier dans le quartier des champs Elysées (sous entendu chez les riches), le premier ministre annonce que l’armée (les militaires de la mission antiterroriste Sentinelle) sera présente pour soutenir les forces de l’ordre samedi prochain. Une décision qui fait couler beaucoup d’encre (et beaucoup de bave) …

Enhardie par ce regain répressif, les journalistes et les élus se lâchent, tandis que le gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Leray déclare tranquillement que « Si leur vie ou celle des personnes qu’ils défendent est menacée, les militaires pourront aller jusqu’à l’ouverture du feu », Bruce Toussaint, présentateur d’un des JT les plus suivi de France, suggère d’utiliser le stade de France pour y parquer les manifestants (toute ressemblance avec des faits historiques passés est totalement fortuite !). Bernard Henri Levy lui, se contente de suggérer de ne pas comptabiliser le vote des mécontents (voilà qui serait bien efficace !) Pendant plusieurs jours, on n’entend que ça : « Il va y avoir des morts », « les militaires sont autorisés à tirer dans la foule », etc … Juste ce qu’il faut pour pousser les manifestants pacifiques, les Jojo, les Martine, les Michel, à se demander si le jeu en vaut la chandelle.

Samedi matin seulement, les représentants du gouvernement interviendront pour préciser que non, les militaires ne sont pas là pour tirer sur la foule mais pour protéger les bâtiments publics … trop tard, une bonne partie des gilets jaunes, effrayés, ne se rendront pas à l’acte XIX. Nous auront droit à des images des Champs Elysées encore plus effrayantes que la semaine précédente : les manifestants sont remplacés par des chars blindés, les dégradations cachées sous des coques d’acier qui protègent les bâtiments … l’ordre règne sur le silence. Dans les villes de province, les manifestations sont interdites, comme ça au moins c’est réglé …

Tous les manifestants « seront considérés comme complices des casseurs » déclare Edouard Phillippe, ce qui simplifie les règles de répression. À Nice, alors que Macron reçoit le président chinois, une femme de 73 ans qui porte
un drapeau « paix » est matraquée puis piétinée par les CRS. Questionné par les journalistes, le président déclare : « Pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable. Je pense que quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci. Cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre. Elle s’est mise en situation d’aller dans un endroit interdit, de manière explicite, et donc d’être prise dans un phénomène de panique.

Je le regrette profondément, mais nous devons, partout, faire respecter l’ordre public. Je lui souhaite un prompt rétablissement, et peut-être une forme de sagesse. » Malgré les photos et vidéos qui font preuve, il continue de prétendre que cette dame n’a pas été « en contact » avec les forces de l’ordre … Il semblerait donc qu’elle se soit jetée à terre toute seule et se soit elle même infligée des blessures l’ayant conduite au service de réanimation. Fin du débat. Sous nos yeux, et encouragés par le gouvernement, la police se radicalise. Ce tract publié par le syndicat de police majoritaire est assez clair (annotation 3), les manifestants y sont décrits comme un « essaim de cloportes » qu’il faut éradiquer … J’ajoute une petite plaisanterie sur les chiffres officiels de l’acte XIX annoncés par la préfecture de police : « - 3100 manifestants à Paris - 4688 contrôles policiers » … quand on ne prend même plus la peine de falsifier correctement les chiffres c’est en général le début de la fin.

Annotations

1) Déclaration syndicat France Police : Envoyer nos collègues au casse-pipe face aux casseurs et sortir des drones, c’est tout ce qu’a trouvé Edouard Philippe comme mesures fortes. Ubuesque ! Comme attendu, le fusible Delpuech a sauté. Mais aucune sanction contre les Castaner, Nunez ou Belloubet, malgré une chienlit inédite sous la cinquième République. Au lieu de répondre aux revendications des Gilets jaunes, le gouvernement envoie encore et toujours nos collègues au feu. La nouvelle stratégie ? Aller au contact des casseurs..

Ces mêmes politiciens donneurs d’ordres vont ensuite jouer les vierges effarouchées et faire pleuvoir les enquêtes IGPN contre nos collègues, étonnés qu’il y ait des blessés ou des morts.. Si dans trois semaines, les groupes violents veulent à nouveau en découdre, il risque d’y avoir des morts, d’un côté comme de l’autre. Ce gouvernement est tout simplement irresponsable. Si les ronds-points n’avaient pas été évacués manu-militari, nous n’en serions pas là. Une question se pose : le fiasco de samedi ne sert-il pas les intérêts politiques de la macronie ?

Car avec de telles violences, les Gilets jaunes finiront par ne plus descendre dans la rue où il ne restera face à nous que des casseurs ultra-violents. Mais peu importe, l’essentiel pour cet exécutif étant de ne surtout pas toucher à l’ISF, ni rendre le pouvoir au peuple par le RIC, tout en continuant à taxer les Français jusqu’à la mise en bière. Nos collègues sont utilisés comme des casques bleus qui doivent s’interposer sans aucun moyen. Cette instrumentalisation est insupportable.

2) Mise en cause du préfet Delpuech dans l’affaire Benalla : benalla-le-prefet-delpuech-a-t-il-doublement-menti-sous-serment

3) Tract syndicat de police synergie

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