Édition du 7 février 2023

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Planète

Crise climatique et aliénation

Nous sommes tous des passagers d’un nouveau Titanic. Toutefois, contrairement à celui de 1912, les officiers et la plupart des passagers de ce superbe transatlantique sont au courant. Ils savent que si le nouveau Titanic continue son cours actuel, il va immanquablement heurter un iceberg et couler. L’iceberg s’appelle « Changement climatique ».

Tiré du blogue de l’auteur. Article paru dans la revue Ecorev n° 53, dec. 2022.

Crise climatique et aliénation

Nous sommes tous des passagers d’un nouveau Titanic. Toutefois, contrairement à celui de 1912, les officiers et la plupart des passagers de ce superbe transatlantique sont au courant. Ils savent que si le nouveau Titanic continue son cours actuel, il va immanquablement heurter un iceberg et couler. L’iceberg s’appelle « Changement climatique ».

Certains des officiers ont posé la question d’un changement de cours. « Trop cher » leur a-t-on répondu : il faudrait indemniser les passagers, etc., bref, de grosses dépenses. On a cependant pris la résolution de réduire l’allure, mais elle n’a guère été appliquée. Pendant ce temps, dans la luxueuse Classe affaires, l’orchestre joue et les passagers dansent. En Classe économique les gens suivent avec passion, à la télévision, le championnat de football. Un groupe de jeunes indignés protestent, et exi- gent une autre route, mais leur voix est couverte par le bruit de l‘orchestre et de la télévision.

Certains passagers, aussi bien en Classe affaires qu’économique, sont inquiets. Très inquiets même. Ils savent qu’un certain nombre de passagers clandestins ont réussi à monter sur le transatlantique. Ils se mobilisent activement pour les pourchasser et les jeter à la mer. Une minorité philanthropique pro-pose qu’on leur donne un gilet de sauvetage avant de les abandonner dans l’océan. C’est encore en discussion.

Pendant ce temps, le nouveau Titanic avance, inexorablement, vers son iceberg.

Cette allégorie tragicomique peut servir à illustrer la situation de notre civilisation (capitaliste industrielle moderne) face à la menace, de plus en plus évidente, de la catastrophe écologique, à savoir d’un changement climatique irréversible et incontrôlable, mettant en péril les fondements même de la vie en général, et de la vie humaine en particulier. N’y aurait-il pas là une aliénation de l’humanité tout entière, incapable de parer au danger imminent ?

L’iceberg approche

Qu’est-ce que donc l’aliénation ? Le dictionnaire Robert en donne deux définitions :

1) Trouble mental, passager ou permanent, qui rend l’individu incapable de se conduire normalement.

2) État de l’individu qui devient esclave des choses et des conquêtes de l’humanité, qui se retournent contre lui.

Sommes-nous dans le premier cas ? Peut-on parler d’une sorte de « trouble mental » collectif, qui rend les individus incapables de se conduire normalement ? Peut- être. Mais plutôt que de « trouble mental », il faudrait parler d’aveuglement volontaire ou de myopie aggravée ou encore de comportement d’autruche (face au danger, la tête dans le sable).

Je penche plutôt pour la deuxième définition du dictionnaire, à condition de l’étendre de l’individu à la collectivité.

L’analyse classique de l’aliénation (Entfremdung) se trouve chez Marx, en particulier dans les Manuscrits de 1844. Pour le jeune Marx l’aliénation est le processus par lequel les produits de l’activité humaine, du travail, de la production, deviennent indépendants de leurs créateurs et prennent la forme d’une puissance autonome, qui échappe à leur contrôle et s’oppose à eux comme hostile et étrangère.

Tel est le cas des marchandises, du marché mondial, des énergies fossiles, de l’agriculture industrielle, du productivisme, du consumérisme. En fait, c’est toute la civilisation industrielle qui est devenue une puissance incontrôlable, qui se retourne contre ses créateurs, et menace de les détruire. ll est une sorte de système « automate », impersonnel, qui fonctionne selon ses propres règles parfaitement fondées sur des calculs mathématiques (de pertes et de profits) impéccables. Le Nouveau Titanic navigue en conduite automatique, dont le fonctionnement est âprement défendu par ceux qui jouissent des privilèges de ce bateau de grand luxe.

Le pire peut encore être évité. On peut encore sortir du cercle infernal de l’aliénation et reprendre le contrôle de la navigation. On peut encore changer de route. Mais le temps presse...

Changeons de route

Qui sont ces jeunes qui tentent, avec une énergie inépuisable, de réveiller les passagers du Nouveau Titanic et rompre le charme mortifère de l’aliénation marchande ? La nouvelle génération est de plus en plus consciente que ce sera à elle de « payer l’addition », dans quelques dizaines d’années, pour l’aveuglement de ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir, fusse-t-il économique ou politique. Elle comprend très bien que le problème ne se situe pas seulement au niveau des gouvernants – dont l’inertie est évidente, et se traduit dans le spectaculaire échec des dizaines de réunions de la COP, y compris la dernière sur le climat à Charm el-Cheikh, mais dans le système économique en place (i. e. le capitalisme industriel moderne). Cette conscience se traduit dans le mot d’ordre d’innombrables manifestations depuis la Confé- rence de Copenhague en 2009 : « Changeons le système, pas le climat ! » Car, comme le résume parfaitement Greta Thunberg : « Il est mathématiquement impossible de résoudre la crise climatique dans le cadre de l’actuel système politique et économique ».

Greta Thunberg – traité de « sorcière » par les fascistes, néo-fascistes et réactionnaires de tout poil – a indéniablement joué un rôle catalyseur dans la mobilisation de la jeunesse pour le climat. Son appel de 2019 à une grève mondiale pour le climat a été suivi par 1,6 million de jeunes dans 125 pays du monde et celui du 20 septembre 2019 par 7 millions ! La crise de covid-19 a sans doute ralenti cette mobilisation, mais elle reprend à nouveau, sous mille formes différentes : Friday for Future, Global Climate Strike, Extinction Rebellion, Youth for Climate, etc.

Résumant l’état d’esprit de cette génération, Greta Thunberg déclarait récemment : « Nous ne capitulerons pas sans lutter. » Cette combativité de la jeunesse est notre principal espoir pour éviter le naufrage collectif.

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