Édition du 27 septembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

Éditorial du comité de condition féminine de la FIQ

Des ratios et des femmes

À l’heure où l’on se parle, être professionnelles en soins est tout un défi, que ce soit en raison de la surcharge de travail, du manque de main-d’œuvre, des conditions difficiles ou de la non-reconnaissance de notre expertise et de l’importance de notre rôle pour la société. Les quelques centaines d’arrêtés et de décrets, adoptés depuis 2 ans par le gouvernement, en sont un bon exemple. En bafouant les conventions collectives de façon aussi importante et pendant aussi longtemps, on voit bien que le gouvernement préfère s’arroger des pouvoirs exceptionnels et temporaires plutôt que de s’attaquer au problème de fond. Les décideurs s’en remettent aux anges gardiennes, en majorité des femmes, qui ont le cœur sur la main et qui feraient ce métier par « vocation ». Ils comptent sur ce dévouement pour que les professionnelles en soins en fassent toujours plus, malgré des conditions de travail qui se dégradent constamment.

Face à ce constat, la FIQ et la FIQP demandent davantage de considération envers les professionnelles en soins et envers la population qui a droit à des soins sécuritaires. Pour y arriver, l’une des pistes de solutions prônées depuis longtemps est une loi garantissant des ratios sécuritaires.

Un ratio professionnelles en soins/patient-e-s, c’est quoi ?

Implanter des ratios sécuritaires en soins de santé signifie qu’il y aura toujours la présence d’une équipe minimale de professionnelles en soins pour un groupe de patient-e-s ayant des problèmes de santé similaires. Ce minimum est ensuite ajustable à la hausse selon les besoins des patient-e-s. Cette présence minimale, en tout temps, permet aux professionnelles en soins de dispenser tous les soins requis par leurs patient-e-s.

Des projets ratios ont été réalisés au Québec en 2018-2019 et les professionnelles en soins qui y ont participé sont unanimes : cela a réellement amélioré leurs conditions de travail et la qualité des soins qu’elles ont été en mesure de dispenser. Malheureusement, comme ces ratios n’étaient pas garantis par une loi, les établissements ont mis fin à ces initiatives depuis.

Pourquoi la FIQ et la FIQP font-elles des ratios leur cheval de bataille ?

Les ratios professionnelles en soins/patient-e-s sont bénéfiques pour tout le monde : la population, les professionnelles en soins, les proches aidant-e-s, et ce, particulièrement pour les femmes. C’est LA mesure structurante par excellence pour améliorer l’ensemble des conditions de travail des membres de la FIQ et de la FIQP :

- 90 % des professionnelles en soins sont des femmes. Améliorer les conditions de travail des professionnelles en soins, c’est améliorer la condition d’un important nombre de femmes.

- La désorganisation du réseau de la santé nuit aux femmes qui y travaillent, mais aussi aux femmes qui bénéficient des services. En effet, quand l’État se désengage et sabre dans les services de santé, ce sont généralement les femmes qui doivent compenser en s’occupant de leurs proches, puisque ce sont souvent elles qui agissent comme proches aidantes ou qui s’occupent des besoins de santé de leur famille. Par exemple, lorsqu’un établissement de santé fait appel aux proches aidant-e-s pour libérer des lits d’hôpitaux, ce sont les femmes de l’entourage du-de la patient-e qui vont devoir trouver des solutions pour compenser.

Ainsi, demander des ratios en santé, ça peut être une mission féministe !

La FIQ et la FIQP misent sur les ratios pour lutter contre la pénurie de personnel et ses effets nocifs sur les conditions de travail. Les ratios sécuritaires ont le pouvoir de freiner le cercle vicieux de la dégradation des conditions de travail, qui entraîne l’exode des professionnelles en soins, ce qui dégrade davantage les conditions de travail, et ainsi de suite.

Donc, en implantant des ratios sécuritaires, cela aurait pour effet chez les professionnelles en soins de :

- Favoriser la stabilité des équipes de soins ;

- Diminuer la précarité d’emploi ;

- Créer des postes plus attractifs ;

- Rehausser la pratique professionnelle et maximiser la contribution de tous les titres d’emplois.

À leur tour, ces nouvelles conditions amélioreraient grandement la qualité de vie d’une majorité de femmes qui pourraient :

- Exercer une profession valorisée, où tous les soins dont les gens ont besoin sont prodigués et où sont maximisées les compétences professionnelles ;

- Assumer une charge mentale et émotionnelle plus stable (par exemple, ne pas avoir l’impression de tout réapprendre en étant délestée je-ne-sais-où, devoir intégrer une nouvelle équipe et prendre en charge de nouveaux-velles patient-e-s sans avoir son mot à dire) ;

- Bénéficier d’une meilleure conciliation famille-travail-études, non seulement grâce à des équipes et des horaires plus stables, mais aussi grâce à une charge mentale et émotionnelle liée au travail qui empiète moins sur la vie personnelle.

Une volonté politique est nécessaire pour établir au Québec ce qui a été implanté avec succès ailleurs dans le monde, dont l’Australie et la Californie, au lieu de se buter à des illusions de privatisation comme solution miracle, comme le feraient des mouches dans une fenêtre.

Vu sa réticence à adhérer au projet et à créer une loi sur les ratios, il semble que la sécurité des patient-e-s ne soit pas la priorité du gouvernement. Et ça, ça devrait indigner l’ensemble de la population québécoise !

D’ailleurs, le 29 avril dernier, 12 groupes de la société civile québécoise, de tous les horizons, ont uni leurs voix pour demander au gouvernement d’implanter une loi sur les ratios sécuritaires professionnelles en soins/patient-e-s. En signant un plaidoyer, les organisations exigent que le gouvernement cesse de se cacher derrière des prétextes et qu’il donne un coup de barre dans la gestion du réseau en implantant des ratios.

Pour en savoir plus sur les ratios sécuritaires et pour signer le plaidoyer en faveur des ratios, visitez ratiosensante.org.

Amélie Barrette pour le comité Condition féminine de la FIQ

Amélie Barrette

Militante du comité de condition féminine de la FIQ.

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