Édition du 19 octobre 2021

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Europe

La justice française accuse Nicolas Sarkozy de fraude et le condamne à la prison ferme

France : Procès Bygmalion

On la disait en état « moribond », la Justice française reprend du poil de la bête dans le dossier Bygmalion pour lutter contre la dilapidation pécuniaire, le trafic d’influence et le népotisme. Rencogné dans l’angle de la culpabilité, jeudi 17 juin, pour des dérives irréfragables, l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, a écopé d’un an de prison dont six mois fermes.

De Paris, Omar HADDADOU

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L’acte corruptif et le pouvoir tiennent beaucoup du cannabis. Plus on en consomme, moins on mesure l’ampleur du péril !

Un procès politico-judiciaire historique aux ramifications méandreuses où, pour la première fois, hormis la condamnation avec sursis en 2011 de feu Jacques Chirac pour des emplois fictifs, un Président de la République française est traduit, tel un dévoyé de droit commun, devant le tribunal correctionnel de Paris.

Soyons pragmatiques, Nicolas Sarkozy, le fondé de pouvoir (mai 2007) qui voulait nettoyer la cité déshéritée du 93 au kärcher, fin usager des ressorts salvateurs, propres aux cols blancs, échappera, in fine, sans nul doute, à ce verdict qui met à mal le « rayonnement de la France », porteuse de valeurs républicaines. L’arsenal juridique en main, ses lieutenants sont déjà montés au front pour vider de sa substance la sentence prononcée dans l’affaire Bygmalion, société spécialisée dans l’événementiel. Un râtelier providentiel !

Absent à l’audience de ce jeudi 17 juin au tribunal de Paris, l’ancien chef de l’Etat est jugé depuis le 20 mai pour des dépenses excessives de sa campagne présidentielle de 2012, qualifiée « d’or massif ». La majorité des prévenus déclare n’avoir rien vu, rien entendu. Les procureurs eux, mettent en avant sa totale désinvolture, le mensonge et le coût faramineux des meetings électoraux, requérant 1 an de prison dont 6 mois fermes et 3750 euros d’amende.

Frappé par l’audace occultant les manœuvres népotiques et l’abus de confiance, le Ministère public dénonce des dérives financières majeures et un système opaque. En effet, l’ancien chef de l’Etat, ébloui par son statut régalien, n’aurait pas lésiné sur la prodigalité, signant à tout va : " L’important n’était pas le plafond légal de campagne mais de gagner l’élection (…) l’argent ne comptait pas ", assénait la procureure Vanessa Perrée au début de son réquisitoire. D’emblée, elle va à l’abordage : «  Nicolas Sarkozy a choisi de ne pas se comporter comme un justiciable comme les autres. Il n’a assisté qu’à une seule journée d’audience alors que toutes le concernaient ».

Et son collègue Nicolas Baïetto d’enfoncer le clou : "Il était président de la République au moment des faits, fonction qui exigeait un comportement irréprochable".

Des peines allant de 18 mois à 4 ans de prison avec sursis ont été requises à l’encontre des 13 prévenus jugés pour les dépenses exorbitantes. Eclaboussé par ce scandale copieusement médiatisé, l’ancien directeur adjoint de campagne, Jérôme Lavrilleux, s’est vu infliger, après avoir reconnu la fraude - ainsi que les responsables, Franck Attal, Sébastien Borivent et Guy Alvès - une peine de 3 ans avec sursis et 50.000 euros d’amende.

A mesure que les têtes tombent, le citoyen que l’impôt réduit en naufragé, prend la mesure de ces énarques véreux arrosant le peuple d’allocutions artificieuses, le séant lové dans le velours et les yeux se délectant du faste ambiant, poussé à l’extravagance par la feuille d’or. Trois ex-cadres de Bygmalion, ont admis avoir accepté la mise en place d’un système de fausses factures. D’où les dix-huit mois de prison avec sursis requis contre eux. La 11e chambre correctionnelle annonce une explosion de dépenses, soit 42,8 millions d’euros.

Documents faisant foi, Vanessa Perrée évoque « une marée d’inorganisation ». Pis encore, elle s’offusque de ce budget prévisionnel voté par personne. Pas de feuille de route, pas de cahier des charges, pas d’instructions, fait-elle observer. Prise dans la ferveur du triomphe, la campagne sakozienne s’offre le grand faste : Posters géants, grues vidéo, écrans XXL, prestations hauts de gamme, trains affrétés depuis toute la France pour les très grands meetings. Enfin un show à l’américaine, soldé par le pauvre contribuable.
Une attèle à la jambe, l’ex-directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, Guillaume Lambert, s’est efforcé de minimiser son rôle dans les surfacturations et le gouffre financier, jurant que « presque tout était dissimulé derrière son dos ». Les enquêteurs le démontent, citant les alertes des experts. Le préfet hors cadre ne passera pas entre les mailles du filet. Le parquet a requis 4 ans de prison avec sursis et 50. 000 € d’amende.
La tentative de faire porter le chapeau au président des Républicains LR, anciennement UMP, Jean-François Copé, l’accusant de détournement de l’argent de campagne à des fins personnelles, reste vaine : « Je suis bouleversé de tout cela, d’autant que ce sont des collaborateurs, des gens qui ont abusé de ma confiance, s‘est défendu le Maire de Maux, la Justice a tout regardé et a conclu que c’était faux (mensonge). En réalité, l’argent a bien servi au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy ! ». Baisser de rideau, chers lecteurs (trices).
Des dérapages qui renseignent sur la mécanique improbe et sordide en haut lieu, accouchant d’une défiance indéniable entre le citoyen et l’élu. Le taux d’abstention aux votes de ce week-end, en est la preuve !
O.H

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